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Les colchiques (Alcools de Guillaume Apollinaire) - commentaire

Publié le 16/06/2012

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Le vers, par ces phénomènes d'enchassement devient élastique. D'autant que la césure intervient sur le verbe « sont « et ne correspond à nouveau pas à la respiration naturelle de la phrase. La césure, en poésie classique devant correspondre à une pause syntaxique dans la phrase. Ce qui conduit donc à accentuer le verbe « sont «. Ce qui est intéressant, car ce mot est par ailleurs répété plusieurs fois aux vers 10 et 11. Pour moi, cela renvoie à la même notion que l'utilisation du présent. Il y a quelque chose de perpétuel et de en dehors du temps au travers de cela.    C'est ici qu'intervient la résolution de l'interrogation sur l'association « pré « et « vénéneux « du vers 1, car on a l'explication que dans le pré fleurissent les colchiques.    Au début du vers, allitération en [k] qui s'oppose ensuite aux allitérations en [l] et [r] de la suite, opposition entre vélaire au son dur et liquides, entre colchiques et yeux-fleurs.    La construction du vers 5 est complexe, ceci est dû au rejet du vers 4 au début du vers 5. L'absence de ponctuation permet une double lecture, équivoque. Après « fleurit «, on devrait avoir une pause syntaxique. Mais si l'on fait abstraction de cette pause, on peut lire le vers 5 différemment : « y fleurit tes yeux «, avec tes yeux COD de « fleurit «, ou sujet de « sont «. Cette ambiguïté ne demeure pas à l'analyse grammaticale, car seule 1 possibilité de lecture correcte. Mais à l'oreille, il y a un doute.

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« -------------automne -------------empoisonne -------------fracas -------------harmonica -------------mères -------------paupières -------------dément -------------doucement -------------abandonnent -------------automne Les finales des vers sont des rimes suffisantes à l'exception de automne/empoisonnent pour lesquels on a la reprise d'un mot entier.

La structure du poème enrimes plates ne correspond pas à la structure du sonnet en abba abba ccd eed/ede. Ici, on a aXabbaa ccdde eaa.

Il y a toutefois un écho de structure. La forme poétique des colchiques montre une poésie en plein renouvellement : il y a bien utilisation de certains éléments du sonnet.

On pourrait peut-être parlerici d'un sonnet irrégulier.

Irrégulier aussi du fait de son élasticité métrique et prosodique, ce qui provoque chez l'auditeur un déséquilibre, une dissonance, quiévoque le désordre amoureux et l'empoisonnement d'un point de vue sémantique, et un accord non résolu avec le vers classique d'un point de vue poétique. Analyse linéaire 1er vers « Le pré est vénéneux / mais joli en automne » Dès ce premier vers est fixé le cadre bucolique.

Il s'agit d'un alexandrin régulier.

Le vocabulaire est un vocabulaire simple du quotidien, ce qui questionne parrapport au sonnet où on traite habituellement de thèmes nobles.

Les mots sont des mots courts de 2 syllabes max.

À l'exception de vénéneux de 3 syllabes.

Deplus, vénéneux est sous l'accent de la césure.

Donc intérêt accru sur ce mot scientifique qui vient du latin classique venenum, puis venimen en bas latin, et quisignifie « décoction de plantes magiques »ET qui a le sens de « charme, philtre » avant de prendre définitivement le sens de « poison ».

Il s'agit d'unétymologisme , mot pris dans son sens étymologique.

« Venenum » provient sans doute du nom « venes » « philtre d'amour », « venes » se rattachant à lamême racine indo-européenne que « Vénus ».

À travers ce mot « vénéneux » apparaît donc 2 paradigmes sémantiques : -amour magique -poison, qui sont les thématiques développées dans le texte... « Vénéneux » est attribut de « pré » dans le texte, et lié à « joli », (attribut aussi de « pré ») par la conjonction de coordination « mais » à valeur adversative.Or la valeur adversative est amplifiée, car « vénéneux », situé entre « pré » et « joli » crée une dysphorie, accentuée par l'assonance en [e].

Si l'on supprime« vénéneux mais »dans le texte, on obtient un syntagme simple à valeur positive.

Et l'adjonction de ces 2 mots crée un malaise, par l'opposition de « vénéneuxmais joli » qui caractérisent tous 2 le pré : « vénéneux » donne clairement une idée fortement négative et « joli » une idée clairement positive.

De plus,« vénéneux » ne peut s'appliquer directement à « pré » d'un point de vue sémantique.

On a donc une hypallage.

On parlerait plutôt d'un champignon vénéneuxou là en l'occurrence d'une fleur vénéneuse.

Le pré, c 'est un tout : figure de style de la métonymie.

C'est un pré de fleurs vénéneuses, les colchiques. Finalement, ce vers qui n'en a pas l'air contient un langage poétique très fort : c'est à dire que malgré le vocabulaire très simple, presque trivial, les procédés delangage font sens et donnent une dimension presque inattendue à ce vers. Pour finir, le dernier mot du vers 1, « automne », est un mot d'appel, qui sera répété 2 autres fois dans le texte (au vers 6 et au vers 15), c'est à dire enposition médiane et finale.

Ce qui fait un phénomène d'écho, et donc de musicalité. 2ème et 3ème vers : « Les vaches y paissant Lentement s'empoisonnent » Dans le 2ème vers, le thème bucolique est filé. Le [v] des « vaches » fait écho au [v] de « vénéneux ».

De plus, « y » reprend tout le premier vers, et du fait de la séparation en 2 de la composition en 2hexasyllabes, fait que ce « y » est en position centrale dans le vers 2 : la syntaxe mime le fait d'un enchassement du vers 1 dans le vers 2.

Cette mise en abîmeévoque pour moi une structure presque géométrique qui est déjà apparue dans la structure en chiasme des vers 3 par 3 au niveau du sens. Dans le 3ème vers, assonance en [ã] qui souligne le glissement au niveau du vocabulaire : « paissant »(neutre), « lentement », puis « s'empoisonnent »(trèsnégatif).

De nouveau, « s'empoisonnent » est un mot de 3 syllabes, comme « vénéneux ». Au rythme régulier, qui crée une impression de monotonie, s'oppose la juxtaposition de deux mots : « empoisonnent » et « lentement », 2 mots presqueantinomiques (il y a de la violence dans l'empoisonnement qui conduit à la mort, et lentement donne une notion de calme).

Cette opposition, qui rappelle cellede «vénéneux mais joli » du vers 1, crée à nouveau une impression de désagréable, renforcée par l'emploi du verbe pronominal « s'empoisonnent »; en effet, cesont les vaches qui sont sujet, elles sont actives dans leur malheur.

Le temps présent achève en nous le phénomène du malaise : on assiste à ce qui est en trainde se faire, de façon non déterminée dans le temps : le présent étant aussi le temps de l'universel.

On est dans le temps de la dispersion du poison par leprésent, par le mot « lentement », par la monotonie du rythme et par la cassure du vers en 2 hexasyllabes. 4ème vers : « Le colchique couleur / de cerne et de lilas » D'un point de vue sémantique, on comprend bien « couleur de lilas », le lilas étant caractérisé par sa couleur violette, éventuellement par son parfum, qui sontdes attributs de la fleur, et donc aussi du colchique.

Mais « couleur de cerne » est une métaphore quelque peu curieuse.

Le cerne évoque à la fois - le bleuté, onest bien dans le paradigme de la couleur mais aussi la fatigue, la maladie : renvoie à la notion de poison l'œil qui va être décrit juste après. Les notions de couleur du colchique créent encore du dysphorique, toujours par la corrélation de 2 termes, un à valeur positive ou neutre, l'autre à valeurnégative.

De plus, le cerne qualifie un être humain et non pas une fleur : c'est une hypallage.

« Couleur », dans ce vers, est placée à la césure, et se trouvedonc accentuée.

Cette accentuation ne correspond pas à la syntaxe et crée encore un malaise... Au traers de l'étude que l'on a faite, on pressent qu'il s'agit d'un poème d'amour.

Or la couleur invoquée n'est pas le rouge-passion de l'amour.

C'est la couleurdu lilas, du cerne, la couleur du délavé, de l'amour qui s'effiloche et dont la couleur s'est atténuée avec le temps. J'ose une digression : la chanson Passer notre amour à la machine, de A.SOUCHON, qui n'a aucune pertinence si l'on se place uniquement du point de vue de G.APOLLINAIRE, mais qui en a pour nous lecteurs d'aujourd'hui.

Pourquoi ? A cause du topos de l'amour délavé, qui est d'autant plus intéressant à mon avis que. »

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