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Cromwell - Scene 14 Acte V - 5 de Victor HUGO

Publié le 16/09/2006

Extrait du document

cromwell

   Cet extrait se situe lors de la scène XIV de l'acte 5 autrement dit lors de la scène finale de la pièce. Cet acte s'intitule « Les ouvriers «, il débute sur les préparatifs de la place et du trône réalisés par les ouvriers et est consacré au couronnement de Cromwell. Concernant le décors, on se trouve dans la grande salle de Westminster avec une effusion de richesses. Dans la scène qui précède l'extrait, Carr entre sur ordre de Cromwell. Ce dernier l'informe de sa mise en liberté après avoir déjà gracié la totalité des conjurés mais Carr par le biais d'une très longue tirade refuse cette faveur. C'est sur la fin de cette tirade que débute notre extrait. Presque tous les personnages de la pièce sont réunis pour assister au couronnement lors de cette scène finale qui arrive comme une conclusion très attendue par le lecteur et qui repond à cette question qui se dessine en filigramme tout au long de l'oeuvre : Cromwell va-t-il mourir ? En effet nous sommes préparés depuis le commencement à la mort du protecteur par l'illustration des nombreuses conspirations cependant la chute est un véritable effet de surprise car Cromwell ne meurt pas et gagne même une popularité auprès du peuple sans précédent. Lors de la scène XII Cromwell a déjà surpris le lecteur et tous les personnages en refusant la couronne et le titre de roi (p.453). La situation est completement retournée et Cromwell revêt un nouveau visage de parfait manipulateur à un degré encore jamais incarné dans l'oeuvre. Concernant les mouvements de cet extrait nous irons du vers 6378 à 6387 de « Fait donc taire ta meute « à « Carr est le seul de nous qui soit homme « pour le premier mouvement qui montre Carr comme seul détenteur de la vérité puis du vers 6388 à 6402 de « Hosannah ! « à « La Tamise a reçu le furieux apôtre. « pour le second mouvement qui illustre la pulsion assassine de Syndercomb qui se retourne contre lui. Enfin le troisième mouvement se situe du vers 6403 à la fin de « La clémence est, au fait, un moyen comme un autre. « à « Quand donc serais-je roi ? « et montre la performance de Cromwell entre réussite et échec. Quant aux axes nous étuidierons le réseau métaphorique de la religion puis l'esthétique du renversement à l'oeuvre dans cet extrait étroitement lié avec le rôle de l'Histoire dans le drame et la figure de Cromwell élevé au rang de personnage sublime.

 

     Notre premier mouvement s'ouvre au vers 6378 en plein milieu d'un tirade emportée de Carr qui est interrompu par les rires et les moqueries de la foule. C'est donc agaçé que celui-ci reprend la parole en utilisant une métaphore pour qualifier le peuple : « Fais donc taire ta meute ! «. Ici le peuple est assimilé à une meute donc à des chiens asservi ce qui amène l'idée péjorative de dominance et de pouvoir que détiens Cromwell. La suite du vers se poursuit en un contre-rejet externe « En mon cachot peut-être « suivi de « Je suis le seul Anglais dont tu ne sois pas maître; «. Le motif de l'emprisonnement sera très souvent évoqué dans le premier mouvement puisque Carr y était enfermé et désire y retourner. Le pronom possessif « mon « montre que Carr s'est approprié l'endroit où il est censé avoir été mis de force. Il est maitre de sa situation en opposition avec Cromwell qui est maitre de tout un peuple. « Je suis le seul « insiste sur l'individualisme de Carr. La force de la première personne du singulier ajoutée à l'adjectif « seul « insiste sur la solitude en s'opposant à l'idée collective de « meute «. Le « maître « peut aussi renvoyer à la « meute « comme dominateur. Ici la majuscule à « Anglais « n'est pas signicative car c'est ce qui est d'usage lorsque le nom ou attribut désigne une personne au moyen de sa nationalité. Au vers 6380 : « Oui, le seul libre ! - Là je te maudis Cromwell; « l'adjectif « seul « est repris et affirmer avec l'adverbe « oui « (mot très court et significatif). On a encore ici l'idée de marginalisation de Carr qui est un personnage avec ses propres valeurs et sur lesquelles il est intransigeant. L'autre adverbe « Là « lui aussi en une seule syllabe rend le discours de Carr très percutant et en l'inscrivant dans la mémoire. En effet, le rythme est saccadé : 1 + 4 + 1 / 4 + 2 et restitue le discours comme oral et vivant. L'adverbe prend la signification d'ici, maintenant. Carr maudit Cromwell, il s'inscrit contre lui. Au vers suivant : « Là, tous deux je nous offre en holocauste au ciel. «, on a ici une reprise de l'adverbe « Là « qui temporise et inscrit le discours dans le moment présent. Ici c'est encore Carr qui agit, il n'est pas passif : « tous deux je nous offre «. L'holocauste est un sacrifice religieux où la victime était brulée chez les hébreux. Le premier hémistiche de l'alexandrin est construit sur un rythme croissant (1+2+3) qui pourrait mimer le mouvement d'ascension vers le ciel. L'emploi du pronom « nous « met Carr et Cromwell sur un même pied d'égalité. On peut étudier les deux vers suivants ensemble avec la reprise anaphorique exclamative en tête de vers du groupe nominale « ma prison ! « qui revient et insite sur l'idée de possession de Carr et qui détourne la vision habituellement contraignante de la prison. Carr refuse donc de s'en échapper et invoque des lois pour raisonner Cromwell même si celles ci ne vont pas dans le sens de sa religion. C'est ce que traduisent les adjectifs « mondains «, « profanes « et « corrompus « qui cultivent l'idée d'hérésie. Au vers 6385 : « J'y retourne en vertu de l'habeas corpus «, la notion d'habeas corpus désigne un mandat et énonce la liberté de ne pas être emprisonné sans jugement. En vertu de cette loi, toute personne arretée a le droit de savoir pourquoi elle est arretée. Ici carr se sert donc de cette loi en la détournant puisqu'il cherche à mettre Cromwell devant les faits accomplis, il est bien coupable de complot et de trahison et doit être remit en prison. « J'y retourne « montre encore qu'il s'agit d'un choix indiscutable de Carr avec l'emploi du présent. Cromwell intervient au vers suivant (6386) « A votre aise ! Il invoque un bill que rien n'abroge «, on décèle une pointe de moquerie avec l'usage de « A votre aise « l'expression indéfinie qui signifie « comme bon vous semble «. La notion de « bill « provient de la déclaration des droits, en anglais : « Bill of rights « imposée en 1689 aux souverains d'angleterre. « Bill « signifie donc un droit et ici, que rien n'abroge c'est-à-dire que personne ne peut remettre en question. Cromwell se félicite donc des volontés de Carr qui se punie tout seul et le tourne en dérision. Le fou Trick s'exprime lors de la réplique suivante intervenant depuis la tribune des fous : « Sa prison ! il se trompe / il veut dire sa loge. «. Ici on note une reprise du substantif « prison « à cela près que l'anaphore varie en changeant de pronom possessif qui devient « sa «. Le bouffon utilise la métaphore du théatre en intervertissant « loge « et « prison «, on observe d'ailleurs le chiasme qui insiste stylistiquement sur cet échange de point de vue. On peut y voir par mise en abime la notion de « théatre mundi « selon laquelle l'univers est déjà une pièce de théatre. Par « loge « le fou entend qu'il s'agit d'un poste pour observer la scène qui se joue, il atteste donc avec sous-entendu que Carr n'est pas dupe des agissements de Cromwell. Cependant le vers peut aussi prendre la forme d'une raillerie car si Carr a compris ce qui se trame il n'agit pas pour autant, la loge serait alors une possible sécurité. Le premier mouvement s'achève sur le vers 6388, après que Carr soit sorti de la salle et avec la réplique de Syndercomb : «  Carr est le seul de nous qui soit homme. «. Cette réplique du vieu soldat lui permet d'emettre un jugement. On a une nouvelle fois l'adjectif « seul « en opposition avec le pronom personnel sujet « nous « et qui place Carr véritablement en marge des autres et comme seul détenteur d'une vérité qui assume ses convictions. Ce vers est très percutant car composé uniquement de monosyllabes ce qui prête à Carr une dimension unique.

 

    Le deuxième mouvement débute au vers 6388, fin du vers précédent qui fait débuter une série de nombreux vers disloqués et qui induit une notion de vitesse et d'action. C'est une voix dans la foule qui s'éleve : « Hosannah ! « "Osianna" est  un mot composé de deux mots et pourrait se traduire par "Sauve, ô Seigneur" mais on le prononce 'osanna', par élision de la voyelle médiane. C'est donc l'idée de secour qui est délivrée ici à l'intention de Cromwell. Au vers 6389, « Gloire aux saints ! Gloire au Christ ! Gloire au Dieu du Sina ! « on a un rythme ternaire puisque les segments syntaxiques sont sensiblements de la même longueur. Cela impose une ampleur et une régularité qui marque la joie et l'euphorie. On peut voir une gradation sémantique avec la reprise anaphorique du syntagme « gloire au « suivi d'un substantif à connotation religieuse toujours plus important (saints – Christ – Dieu du sina). Le vers suivant se partage en deux répliques d'un hémistiche chacune qui s'étudient ensemble. En effet, « Longs jours au Protecteur ! « déclamé par une voix dans la foule s'étudie directement avec la réplique de Syndercomb exaspéré par la foule et qui se dirigeant sur l'estrade où se trouve Cromwell, agite son poignard : « Mort au roi de Sodome ! «, ici le second hémistiche se présente comme le parfait contraite, la parfaite antithèse. Sodome est une ville biblique supposée être située au sud de la mer Morte, dans l'actuelle Jordanie citée par la Genèse aux chapitres 18 et 19. Sodome est célèbre pour avoir été, selon la Bible, détruite par le feu car elle était habitée par un peuple ayant péché. Il s'agit donc bien d'une insulte ici. Lord Calisle devant l'audace et la menace de Syndercomb se hate d'ordonner aux hallebardiers d'intervenir mais Cromwell au vers 6391 dit « Faites place à cet homme. «. La réaction de Cromwell semble minime face à cet attentat. Cela est renforcé par la didascalie « écartant la garde du geste « qui montre le calme assuré de cromwel et sa désinvolture. Il va même plus loin en demandant par l'interrogative « Que voulez-vous ? « à Syndercomb. Au vers 6396, Syndercomb repond en poursuivant le vers de Cromwell « Ta mort. «, il s'agit donc d'un enchainement syntaxique. On peut lire ces trois dernières répliques comme se succédant dans un mouvement décroissant (6+4+2) qui resserrent la réponse sur ces deux monosyllabes terribles « Ta mort «. La réplique suivante « Allez en liberté, Allez en paix « est une hypozeuxe, elle démontre le calme et l'assurance de Cromwell et commence à introduire le sublime par des répliques courageuses suscitant l'admiration. Sa réaction est une fois de plus étrange puisque celui ne semble ni faché ni déstabilisé par cette réponse audacieuse de Syndercomb. Le lecteur est un peu troublé même si Cromwell a déjà refusé la couronne et a pardonné à tous ses détracteurs, on a du mal à comprendre qu'il reste de marbre à l'écoute de cette remarque. On retrouve presque les réponses courtes et moqueuse que Cromwell fait  un peu auparavant aux longues tirades de Carr comme s'il s'agissait de réponses faites sans reflexion. Syndercomb réplique « Je suis le vengeur suscité. « suivi de « Si ton cortège impur ne me fermait la bouche... «, ici Syndercomb se fait la force agissante de Carr en réemployant l'idiolecte religieux. Le cortège désigne la garde et nous ramène à l'idée d'êtres assujettis par Cromwell et qui le suivent aveuglement. Syndercomb est retenu par les soldats qui l'empêchent de dire ce qu'il pense. Cromwell toujours avec un calme déconcertant fait signe à la garde de le laisser libre et s'exprime avec un simple impératif : « Parlez «. Il domine la situation, un seul mot lui suffit pour être obei et respecté. Au vers 6395 : « Ah ! ce n'est point un discours qui te touche. «, ici l'intejection « ah! « montre que Syndercomb n'est pas aussi serein que Cromwell. Le vers suivant « Mais si l'on n'arrêtait mon bras... « nous permet de voir une symétrie avec le vers 6394 qui se construisent tous deux sur la forme « Si ... + substantif corporel «. On a d'abord une réprimande orale puis physique avec le verbe « toucher « comme element pivot qui permet un glissement de sens. D'abord c'est le sens d'atteindre les sentiments puis il prépare ce qui est de l'ordre physique du toucher et les menaces de Syndercomb. Le « bras « semble faire référence au poignard que tiens Syndercomb par métonymie. Les aposiopèses rendent le ton de Syndercomb hésitant ce qui le distingue du ton très assuré de Cromwell. Cromwell réplique en coupant la parole de son interlocuteur avec encore une fois un impératif qui lui aussi illustre le glissement de sens. On passe de « Parlez. « à « Frappez. « qui renvoie à l'évocation du « bras « de Syndercomb. Ce trait d'audace maximum de Cromwell inébranlable est vraiment troublant de la part de ce personnage pourtant d'habitude aux aguets. Au vers 6396 et 6397, Syndercomb commet l'irréparable en tentant de tuer Cromwell : « Meurs donc, « suivi de « Tyran ! «. La dérivation faîte entre « mort « (v.6392) et « meurs « actualise le meurtre à venir de Cromwell, la conjonction de coordination « donc « va dans ce sens d'actualisation. L'apostrophe exclamative « Tyran ! « est mis en valeur par un rejet externe. Cependant, le peuple s'interpose et le désarme. Au vers 6397, une voix dans la foule s'exclame « Quoi ! par le meurtre il répond au pardon ! «, l'interjection « quoi ! « montre l'étonnement et l'indignation de la foule. Le vers suivant « Périsse l'assassin ! Meure le parricide ! « offre une allitération en /s/ qui donne une unité à l'alexandrin en insistant sur le meurtre. Une seconde dérivation intervient ici, mais retournée puisque c'est le peuple qui actualise le meurtre (meurtre > Meurre). On note la présence d'une hypozeuxe construite sur une synonymie casi totale. Cromwell prend peu à peu l'image d'un dieu aux yeux du peuple qui le considère comme le père des hommes avec cette notion de parricide. Au vers suivant, Cromwell s'adresse à Thurloë et ne montre que peu d'intérêt pour l'homme qu'il prétend vouloir sauver. Il ne se déplace pas lui même et envoie son secrétaire : « Voyez ce qu'ils en font «. C'est notament le pronom personnel « en « qui dégrade Syndercomb car il renvoie plus généralement à des choses inférieures comme des objets ou des animaux. Au vers 6399, la « voix dans la foule « s'unifie  « voix du peuple « qui montre que Cromwell a gagné l'approbation et la défense de tout le peuple : « Assomez le perfide «. C'est un tout qui se proclame en faveur de Cromwell et contre Syndercomb. La multiplication des impératif de la deuxième personne du pluriel peut s'inscrire comme de nombreuses homéoptotes qui participent à rendre la scène plus sombre et mouvementée.  Au vers suivant, Cromwell prend la défense de Syndercomb mais encore une fois sans grand engouement : « Frères, je lui pardonne. Il ne sait ce qu'il fait. «. L'apostrophe « Frères « mise en exergue montre que Cromwell se met à un niveau d'égalité avec le peuple pour mieu s'en faire obeir. Le ton calme et régulier de ce dernier montre bien qu'il ne souhaite pas vraiment que Syndercomb survive. On entend alors au dehors la vois du peuple « A la Tamise ! A l'eau ! «, ces deux exclamatives servent d'elements géographiques qui permet de mieu restituer la scène et rendent l'image plus vivante. Thurloë rentre alors faire son rapport à Cromwell : « Le peuple est satisfait. « suivi de « La Tamise a reçu le furieux apôtre. «

C'est la première fois avec cette simple affirmation que Cromwell semble entièrement vainqueur sur la conjuration mais aussi sur le peuple. Il s'agit étonnement du premier meurtre de la pièce et pourtant celle-ci nous est rapportée de façon anodine. C'est la véhémence et la pulsion meurtrière de Syndercomb qui s'est retournée contre lui en faveur de Cromwell. La tamise devient sujet personnifié « en recevant « Syndercomb, lui même désigné de « furieux apôtre «. L'idiolecte et les références religieuses sont encore présentes et Syndercomb pourrait être vu comme la figure de Judas essayant de trahir le Christ. Cromwell est donc elevé et sacralisé par le peuple au rang de dieu. 

 

    Le troisième mouvement débute donc au vers 6403, c'est Cromwell qui prend la parole à part en se faisant une reflexion personnelle : « La clémence est, au fait, un moyen comme un autre. «. Les alexandrins reprennent leur forme classique dans ce dernier mouvement en coupant court à l'action effrénée du second mouvement. On note ici un présent gnomique qui fait que la reflexion de Cromwell sonne comme un adage. L'incise « au fait « coupe la syntaxe et illustre le calme et le sérieu de Cromwell qui pose calmement et lentement sa théorie. Il révèle sa stratégie qu'il a mené en cachette jusque là et à l'insu du lecteur. C'est alors qu'on prend conscience du génie et de l'audace de Cromwell. Aux vers 6404 et 6405 : « C'est toujours un de moins. Mais qu'à de tels trépas « ; « Ce bon peuple pourtant ne s'accoutume pas. «. Le rejet externe lie expressement ces deux vers. Selon Cromwell, la gentillesse par le pardon par exemple est le meilleur moyen de s'approprier les faveurs du peuple et de le manipuler en vue d'être défendu et d'eliminer ses enemis. Cela est vérifié par la mort de Syndercomb alors que Cromwell n'agit pas une seule fois. Par « ce bon peuple pourtant ne s'accoutume pas. « Cromwell entend  qu'il aurait pu tuer directement les prisonniers et les traitres dont Syndercomb mais que de cette façon le peuple le peuple n'aurait pas cru agir de lui-même et l'aurait qualifié de tyran. C'est après une didascalie décrivant le peuple en liesse qu'Overton prend la parole en s'adressant bas à Milton : « Une victime humaine immolée à l'idole «. « La victime humaine « est une périphrase qui désigne Syndercomb et l'immolation rappelle l'idée de sacrifice des temps primaires. Cromwell est devenu un idole. Le vers suivant : « Tout est à lui, l'armée et ce peuple frivole. « montre par l'adjectif « frivole « le jugement péjoratif à l'encontre du peuple qui accepte la tyrannie détournée de Cromwell. La rime riche entre « idole « et « frivole « confère à l'idolatrie un sens de superficialité et d'idiotie. On pourrait voir une sorte de chiasme « sémantique « entre les vers 6407 et 6408 qui font se correspondre de façon croisée : « tout est à lui « avec « il a ce qu'il lui faut. « et « l'armée et ce peuple frivole. « avec « Rien ne lui manque «. Au vers suivant, la négation restrictive montre la faiblesse des efforts des conjurés : « Nos efforts n'ont servi qu'à le placer plus haut «. Le vers 6410 met en place une hypozeuxe avec la structure : « on l'ose en vain + verbe « qui induit la notion de fatalité et l'échec des conjurés. Au vers suivant : « Il peut, l'un après l'autre, nous abattre. «, on  note des rimes couronnées (combattre // abattre) avec une insistance sur le verbe « battre « qui montre la violence à laquelle on ne peut échapper dans la pièce. L'incise « l'un après l'autre « montre le pouvoir de cromwell sur les conjurés aussi bien collectivement qu'individuellement. Au vers 6412 « Il inspire l'amour, il inspire l'effroi «, on trouve une nouvelle hypozeuxe qui cette fois met sur un même pied d'egalité deux notions opposées en fin d'hémistiche. Le vers 6413 ouvre sur une hypothèse avec le verbe de modalité « devoir « : « il doit être content «. On peut peut-être aussi voir dans les trois dernieres répliques (v.6411 à 6413) une cadence mineure qui ressere l'attention sur l'état de Cromwell et se révèle comme conclusif. La dernière réplique de la pièce est celle de Cromwell qui prend une nouvelle fois le lecteur à rebours : « Quand donc serais-je roi ? « suivie de la didascalie « rêveur «. On peut croire que Cromwell est heureux puisqu'il a triomphé des complots et du peuple, tout comme le suggère Overton, cette réplique intervient donc comme une vérification de ce questionnement. Pourtant, cette interrogative rouvre les aspirations de Cromwell qui démontre bien la complexité du personnage qui a certes obtenu une reussite auprès du peuple mais a subi un echec quant à son désir d'être couronné. 

 

    En conclusion, cet extrait décisif de Cromwell, illustre en certains points les préceptes de la préface. Comme l'expose Victor Hugo à la page 101 de sa préface en parlant de Cromwell : « On voit ici qu'il est immense et unique ; c'est bien là l'heure décisive, la grande péripétie de la vie de Cromwell. C'est le moment où sa chimère lui échappe, où le présent lui tue l'avenir, ou pour employer une vulgarité  énergique, sa destinée rate. «. Ce passage nous informe d'une définition possible du héros du drame romantique c'est-à-dire un personnage peint dans son individualité à la fois unique et complexe et à la fois solitaire et marginal. C'est le héros qui incarne le « mal du siècle « porté par ses désirs. Dans notre extrait si Cromwell se trouve teinté de sublime par le courage avec lequel il affronte ses détracteurs et le génie avec lequel il rallie tout un peuple à sa cause, il apparaît pourtant  à de nombreuses reprises comme un personnage grotesque dans la pièce. La présence d'un réseau métaphorique religieux aide au grandissement de ce personnage qui est sacralisé par la parole populaire. C'est aussi le dénouement qui joue sur un effet de renversement en prenant à rebours le lecteur et en lui permettant d'appréhender le présent avec la peinture du passé.

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