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Don Juan Resume Et Analyse

Publié le 22/03/2012

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Résumé

 

Acte I : “L'infidèle”

Scène 1 : Sganarelle fait à Don Gusman, écuyer d'Elvire, le portrait de Don Juan, son maître, débauché impie. Il prévient Don Gusman de l'échec probable d'Elvire, femme de Don Juan, abandonnée par lui et venue à sa recherche pour le lui reprocher.

Scène 2 : Don Juan paraît et confirme par ses propos libertins le portrait esquissé.

Scène 3 : Elvire arrive et reproche à Don Juan son départ. Elle est reçue avec tant d'insolence qu'elle se retire en menaçant l'infidèle de sa vengeance de femme offensée. Don Juan, lui, ne songe qu'à une nouvelle conquête.

 

Acte Il : “Le séducteur”

Scène 1 : Charlotte, paysanne, écoute Pierrot, son fiancé, lui faire le récit du sauvetage de Don Juan qui a été naufragé. Elle subit sans enthousiasme la cour maladroite de Pierrot, qui sort, pour aller se désaltérer...

Scène 2 : Survient Don Juan, déjà distrait de sa mésaventure par une autre paysanne qu’il a entrevue. Il aperçoit Charlotte, et se plaît à séduire la jeune fille qui est éblouie.

Scène 3 : Quand Pierrot revient, il est mal reçu par Charlotte, et bousculé par le grand seigneur. Il s'en va.

Scène 4 : Survient Mathurine, l'autre paysanne, qui se croit des droits sur Don Juan. Il danse entre les jeunes filles humbles et crédules un ballet de la séduction, et les berne conjointement en promettant à chacune le mariage.

Scène 5 : Il aurait peine à conclure, mais La Ramée, son soldat, lui annonce que des hommes armés le cherchent. Don Juan sort pour aviser.

 

Acte III : “Le grand seigneur libertin”

Scène 1 : Don Juan discute avec Sganarelle, déguisé en médecin. Sganarelle croit à tout, son maître ne croit à rien. Le valet essaie de catéchiser Don Juan, mais «casse le nez à ses raisonnements»  et le grand seigneur libertin se moque de sa piété.

Scène 2 : Ils rencontrent un pauvre, que Don Juan tente en vain de faire blasphémer pour un louis.

Scène 3 :  Don Juan vole au secours d'un inconnu attaqué par trois voleurs. Or c'est Don Carlos, un des frères d'Elvire, qui poursuivent (sans le connaître) le mari infidèle de leur sœur. Il raconte son histoire à Don Juan, qui se porte garant de... Don Juan.

Scène 4 : Arrive Don Alonse, qui veut tuer Don Juan, mais Don Carlos s'entremet : il lui doit la vie, et veut lui laisser le  temps de réfléchir.

Scène 5 :  Don Juan, seul avec son valet, confirme cyniquement sa lassitude de Done Elvire. Comme il se trouve près du tombeau d'un Commandeur qu'il a tué jadis, il invite la statue du mort à souper avec lui. La statue incline la tête en signe d'assentiment, mais Don Juan refuse de croire au prodige.

 

Acte IV  : “L'inhumain”

Scène 1 : Don Juan, rentré chez lui, fait préparer un souper.

Scène 2 : On lui annonce la visite d'un créancier, M. Dimanche.

Scène 3 : Il se débarrasse de celui-ci avec une désinvolte et impertinente politesse.

Scène 4 : Survient Don Louis, père de Don Juan, qui vient lui reprocher son inconduite. Don Juan l'écoute en silence, et ne lui répond que d'un mot insolent.

Scène 5 : Son père parti, Don Juan souhaite sa mort.

Scène 6 : Elvire, à son tour, rend visite à Don Juan. Elle s'est détachée de lui et retourne à Dieu. Don Juan veut la retenir.

Scène 7 : Don Juan se met à table, avec Sganarelle.

Scène 8 : Mais ils sont interrompus par une apparition de la statue qui invite à son tour Don Juan. Il accepte par bravade.

 

Acte V : “L'hypocrite”

Scène 1 : Don Juan joue à son père la comédie de la conversion.

Scène 2 :  Après le départ du vieillard, il explique à Sganarelle son dessein délibéré de jouer l'hypocrite.

Scène 3 : Don Juan refuse à Don Carlos toute satisfaction par les armes : le Ciel le lui défend.

Scène 4 : Don Juan affirme à Sganarelle effrayé son dédain de ce Ciel qu'il invoque.

Scène 5 : Apparaît un spectre de femme qui l'avertit de sa perte prochaine, puis prend la figure du Temps, et s'envole quand Don Juan veut le frapper de son épée.

Scène 6 : Don Juan refuse pourtant de se repentir. Entre la statue, qui vient le chercher. Elle lui tend la main. Il la prend, et est précipité dans les flammes au milieu des éclairs. Sganarelle réclame à grands cris ses gages.

 

 

Analyse

 

Intérêt de l’action

 

Originalité : On a toujours connu ce type d’homme qu’est Don Juan, surmâle par excellence, plus jouisseur qu'amoureux, inspirant du goût aux femmes autant qu'il en éprouve pour elles, et révolté contre toutes les contraintes qui peuvent faire obstacle à son désir. Mais c’est la morale chrétienne, surtout après la Renaissance, explosion de désir et de joie, qui a suscité l'indignation contre ce personnage qui ne connaît ni dieu ni diable.

Ce n'est pas un hasard si l’«inventeur» de Don Juan, Tirso de Molina, fut, au Siècle d'or, un moine de la très catholique Espagne, le frère Gabriel Tellez. En 1625, il mit sur scène une tradition née probablement de faits réels et rapportée par la “Chronique de Séville” : une nuit, Don Juan Tenorio tua le commandeur de Calatrava, Don Gonzalo d'Ulloa, dont il avait séduit et déshonoré la fille. C’est dans le couvent de franciscains où le vieillard avait été enseveli que les religieux, attirant Don Juan, le massacrèrent. Ils déclarèrent ensuite que, venu insulter Ulloa sur son tombeau, le séducteur avait été entraîné en enfer par la statue, soudain douée de vie, par sa victime. Il intitula son œuvre “El burlador de Sevilla y convidado de piedra”, “Le trompeur de Séville et le convive de pierre”.  Le sous-titre français, \"Le festin de pierre\", résulte sans doute d'une mauvaise traduction de l'espagnol «convidado» qui signifie «convive», et non «banquet». Les jeunes débauchés ne manquaient pas dans l'Espagne des derniers Habsbourg. Tirso de Molina put observer, en particulier, deux libertins fameux : Don Juan de Villamédiana et Don Pedro Manuel Girôn, fils du duc d'Osuna, l'un des plus grands seigneurs espagnols. Juan Tenorio était un jeune seigneur qui se divertissait à abuser des filles en leur faisant croire qu'il voulait les épouser, et plus encore à berner des maris ou des fiancés qui étaient parfois ses propres amis. Le cœur n'avait pas la moindre part à ses entreprises, qu'il menait avec un bonheur inégal, secondé par Catalinon, son valet pleutre et souvent récalcitrant. Il n'était pas un incroyant mais un débauché, dans un pays où la religion était intimement mêlée à tous les incidents de la vie : à son dernier instant, il réclamait un prêtre. La pièce, satire des mœurs de la jeunesse madrilène, après avoir commencé par de banales aventures d'amour, s'achevait en un drame religieux d'une grandiose ampleur, dominé par l'idée du châtiment divin. Elle fut d'abord présentée comme la transposition scénique d'un exemplaire sermon de carême ; mais l'auteur se proposait de servir Dieu par des voies obliques, et non du haut de la chaire, d'où sa discrétion : le pieux Tirso de Molina a été éclipsé par le diabolique Don Juan, qu'il avait inventé en 1625.

Le Don Juan de Tirso devint, sur les champs de foire, un personnage célèbre à l'égal de Polichinelle. Des pièces italiennes ou françaises ont été bâties sur le même sujet. Deux comédies italiennes ont le même titre : “Il convitato di pietra”, l'une d'Onofrio Giliberto, de Solofra (1653), l'autre de Jacinto Andrea Cicognini, de Florence. Celui-ci, dans sa pièce (de date incertaine, mais probablement antérieure à 1650), changea le caractère et le sens du thème original ; il piquait la curiosité par le mystérieux, mais laissait perdre toute la signification religieuse : le surnaturel se transformait en féerie. Il développait le comique (souvent de qualité douteuse) en se servant de «lazzi», en utilisant les personnages de la «commedia dell'arte» : le Docteur, Pantalon, Brunetta. Le valet de Don Juan, Passarino, n'était qu'un pitre. Quant à Don Juan lui-même, il apparaissait uniquement comme un mâle grossier que le désir poussait. On ne connaît pas la pièce de Giliberto. Dès 1658, “Le festin de pierre” était joué à Paris par les comédiens italiens de Locatelli (Trivelin). On a une idée de ce que pouvait être cette «commedia dell'arte», inspirée sans doute de Giliberto et de Cicognini, car Dominique Biancolelli, qui jouait le rôle du valet sous le nom d'Arlequin, qui doubla Locatelli à partir de 1662, et finalement le remplaça dans le rôle, laissa un scénario dont le Français Gueullette fit, au XVIIIe siècle, la traduction qui nous est parvenue. D'après ces notes, on peut constater qu'il s'agit d'une farce vulgaire qui gardait le thème général de la fable, mais développait les traits comiques. Don Juan était réduit au rôle d'un joyeux et banal débauché.

Les Français Dorimond et Villiers sont les auteurs chacun d'une pièce qui porte le même titre : “Le festin de pierre ou Le fils criminel” (1650 et 1651), deux tragi-comédies (où les moments comiques sont rares) qui offraient une étroite ressemblance pour les noms, les caractères, la conduite de l'action, traduisant sans doute un même original, la pièce de Giliberto. Les deux auteurs avaient surtout considéré le caractère de Don Juan. C'était un révolté : contre son père, contre sa patrie, contre les idées et les sentiments de la foule. Il refusait de s'incliner devant la tyrannie des destins et les multiples contraintes de la religion, de la famille, de la société. Il voulait vivre intensément par ses passions, par ses désirs. Toutefois, il n’était pas athée, il ne niait pas Dieu, mais l'insultait (le mot Dieu était d'ailleurs remplacé par celui de Jupiter). Les deux auteurs avaient allégé le drame en lui donnant davantage d'unité ; toute l'action était localisée à Séville, et il ne s'agissait plus d'un jeune homme ardent qui dépensait sa jeunesse sans mesure, mais de l'apôtre des droits individuels contre les obligations de la morale universelle.

Ce qui avait poussé les gens de l'époque vers le thème de Don Juan était sans doute le goût baroque du merveilleux, de la multiplicité et de l'imprécision des lieux ; le goût de la machinerie au théâtre ; le désir d'un divertissement assaisonné de «lazzi» et de bons mots.

Molière a-t-il lu le “Burlador”? Autrefois, on croyait que non ; on est moins affirmatif aujourd'hui.  Il a pu être influencé par le scénario de «commedia dell’arte». Il l’a été, sans aucun doute, par les pièces de Dorimond et de Villiers. Il est fidèle à la trame initiale qui est riche en épisodes dramatiques. Mais il a approfondi le caractère du personnage dont il a fait un monstre d’orgueil et de cynisme cruel. Sa pièce, qui commence tard dans le destin de Don Juan, est devenue une tragi-comédie édifiante.

 

Déroulement : L’action est fondée en grande partie sur l’antithèse entre un Don Juan iconoclaste et n’ayant peur de rien et un Sganerelle poltron et défenseur des valeurs établies. Mais l’essentiel tient aux différentes transgressions auxquelles se livre Don Juan qui font que de plus en plus de difficultés se dressent devant lui, que l'anathème le frappe.

 

 

Structure : Le sujet même de “Dom Juan” est apparu en Espagne, dans le contexte du théâtre baroque et, sous l'influence de cette esthétique,  Molière a donné à sa pièce une structure qui la situe à part dans son œuvre, et il a maltraité les règles comme jamais ne l’avait fait un auteur de la génération classique.

Il a cyniquement violé l'unité de lieu. Les fréquents déplacements des personnages rendent impossible son respect. Au premier acte, l’action a lieu dans un palais indéterminé en Sicile ; mais elle pourrait très bien se dérouler ailleurs. Le lieu n'est pas caractérisé, aucun pittoresque sicilien n'est présent dans la pièce (et les paysans parlent avec l'accent campagnard français). Au deuxième acte, l’action se situe dans une campagne au bord de la mer. Au troisième acte, on est dans une forêt où, par le plus grand des hasards, se dresse le mausolée du Commandeur. Au quatrième et cinquième actes, le lieu est l'appartement de Don Juan. Son caractère errant et aventurier força Molière à ouvrir le théâtre comme l’avait fait Shakespeare : un plateau nu, vide, élémentaire.

 

L'unité de temps n'est pas respectée : comment tant d'événements auraient-ils pu se produire en vingt-quatre heures? Mais elle est moins violée que celle de lieu : l'action se déroule en gros en trente-six heures :

- Acte I : le matin

- Acte II : en début d'après-midi

- Acte III : le soir

- Acte IV : la nuit

- Acte V : le lendemain soir.

Molière n'a donc pas rejeté la notion d'unité de temps ; il s'est contenté de l'aménager,  nous laissant entendre qu'il s'en soucie peu : «Je ne suis plus le même d'hier au soir», dit Don Juan à son père (V, 1). Remarquons de plus qu'il a eu soin de mettre en valeur le fait que ce qu'il nous montre n'est qu'une action parmi d'autres.Les tentatives de séduction auxquelles nous assistons se sont déjà produites avec d'autres personnes ; tout ce qui arrive s'est déjà passé. Chacun des personnages et chacune des actions est ainsi située dans une chronologie (exemple : le pauvre est depuis dix ans dans les bois).

L'unité d'action elle-même laisse singulièrement à désirer. Molière ne la respecte guère plus. Le sujet sera-t-il la reconquête de Don Juan par Done Elvire? Mais alors... le second acte? Elvire et ses frères n'apparaissent que dans quelques scènes aux actes III, IV et V. Le hasard aidant, se présente une foule de personnages jusqu’à un spectre, le Commandeur qui n'est pas le père d'Elvire, comme dans la légende. Chaque acte, chaque scène parfois, a sa propre unité, raconte une histoire à elle seule (l'acte II ; la scène du pauvre). À tel point que certaines scènes ont pu être censurées entièrement sans que la pièce perde de sa valeur ni de sa logique.Bref, l'intrigue reste décousue, incomplète. Cependant, les tableaux successifs s'harmonisent. Et il apparaît qu’à ce conflit ouvert, il n'est pas d'autre solution que la foudre finale, l’Intensité dramatique augmentant avec le retournement hypocrite, l’invitation du Commandeur, élément fantastique.

Il n'est pas jusqu'à l'unité de ton qui n'ait suscité des inquiétudes. Le titre pourrait être celui d'une tragédie ou d'une comédie de caractère. Il met en effet en valeur le personnage principal, fait de lui le sujet de la pièce, ce qui est bien le cas, mais ne suffit pas à rendre compte de la complexité. Le mélange des sources espagnoles, italiennes et françaises, avec des traits observés sur le vif et des méchancetés décochées impunément, le tout à la sauce comique, donne un résultat extraordinaire. Le caractère de la pièce est disparate : un assemblage de bouffonnerie italienne, de mystère religieux, de drame humain et de conflit social. Le tragique est le fait surtout du personnage d'Elvire. Au même registre appartient l’affrontement entre Don Juan et la statue, dont on connaît dès le début l'issue fatale. Celui entre Don Juan et le pauvre appartient également à ce registre, puisque chacun des deux protagonistes suit inexorablement sa destinée. La tragicomédie (ou comédie héroïque) apparaît de façon très pure dans les scènes avec Don Carlos (III, 3-4 ; V, 3). Les relations avec Don Luis se situent tout à fait dans ce registre et il semble même que Molière ait parodié Corneille dans la tirade de l'acte IV). La pastorale de l’acte II évoque des campagnards vivant dans une nature idyllique. La comédie sérieuse marque les rapports entre Don Juan et Sganarelle, mais la farce marque le jeu de celui-ci. Le burlesque est également sans cesse présent. Ajoutons à cela le rôle des machines dans la pièce (III, 5-6 ; mais aussi les changements de décor). Ceci plaisait à un public avide de spectaculaire.

Selon la tradition des tréteaux de foire, Molière fait se succéder des scènes de farce (le burlesque de la scène avec les paysannes), des «lazzi», des passages de «grande comédie», des catastrophes miraculeuses (le festin de pierre). Maître du jeu théâtral, il fait que les blasphèmes de Don Juan sont sans cesse aux confins du badinage, ce qui les rend supportables au spectateur.  Cet éclatement du genre est évident dès la scène I, 1, qui constitue une triple exposition. L'éloge du tabac annonce une comédie de mœurs, le dialogue avec Gusman une comédie d'intrigue, le portrait de Don Juan une comédie de caractère. Il reste que, malgré l'absence des unités classiques, la comédie a une unité profonde.

Cette pièce, toute en ruptures et en ambiguïtés, est bien loin de cette stricte observation des règles que préconisait le théâtre classique ; elle se présente comme une pièce baroque, libérée des contraintes du classicisme, pour s'opposer au grand siècle religieux que fut le XVIIe siècle, siècle de la rigueur et du jansénisme. Et Don Juan, archétype de l'indépendance intellectuelle en est le fer de lance. Sa quête est spirituelle et métaphysique et nous mène dans les confins de l'âme humaine qui se pose universellement les mêmes questions. Aussi brave-t-il tous les interdits et tous les codes sociaux en héros cynique qui brutalise les corps et les esprits.

 

Intérêt littéraire

 

On excusa Molière d’avoir écrit cette «grande comédie» en cinq actes en prose car on considérait qu’il s’agissait d’une adaptation de l’italien, non d’une pièce originale. Cette prose est rythmée et variée : passant de la langue des aristocrates au patois des paysans dont opn peut se demander s’il est bien le parler rustique de l'Ile-de-France (et serait peut-être la seule transcription sténographique sur le vif que nous ayons de la langue populaire réellement parlée dans cette région au XVIIe siècle) ou s’il n’a pas été repris et arrangé par l'esprit d'un lettré, d’où une part factice qui ressortirait à la tradition farcesque.

 

Intérêt documentaire

 

Même si on n’avait pas de souci de la couleur locale au XVIIe siècle, “Dom Juan” est la peinture d'une société. Molière se livre au pasage à sa satire de la médecine. Mais il  présente surtout une galerie de portraits qui en font de sa pièce une comédie de mœurs. Nobles, bourgeois, serviteurs, paysans, forment un ensemble bizarre mais étrangement cohérent.

Don Juan est avant tout un aristocrate ; tout, dans son attitude, révèle le grand seigneur peut-être brisé par le pouvoir, tel le prince de Condé qui a été exclu pour avoir voulu fronder. À ce seigneur qui n'est politiquement plus rien, tout est dû : il exige, prend ce qui lui plaît et ne doit rien en retour. La pièce montre bien la domination de l’aristocratie sur les autres classes. Le bourgeois auquel Don Juan emprunte de l'argent, le paysan dont il séduit la fiancée et qu'il soufflette à la première protestation, sont logés à la même enseigne que Sganarelle, à qui il dit (II, 5) : «C'est trop d'honneur que je vous fais, bien heureux est le valet qui peut avoir la gloire de mourir pour son maître».

Mais la noblesse est soumise aussi à des règles, dont le sens de l’honneur arboré comme une oriflamme, alors qu'il n'était déjà plus que l'ombre d'une réalité féodale. Les  personnages nobles de la pièce représentent chacun une réaction de la noblesse devant les tentatives de domestication de la part de la royauté. Tandis que Don Louis s’est rallié à la nouvelle forme de gouvernement, Don Carlos et Don Alonse restent des féodaux. Et Don Juan représente les aristocrates incrédules, libertins, débauchés, hypocrites à l'occasion, qui cherchaient à échapper aux règles de leur classe dont Molière fait une critique  acerbe.

 

Les bourgeois ne sont pas mieux traités par l’écrivain, chez qui ils sont très souvent médiocres ou ridicules ; presque aucun ne présente quelque élévation ou valeur morale. M. Dimanche est un tailleur aisé, rapace, à l'échine très souple devant ses clients ; fasciné par un grand seigneur corrompu, grevé de dettes, il se laisse prendre à ses amabilités cousues de fil blanc.

 

Les serviteurs, quant à eux, sortent tout droit de la tradition du Zanni, du Gracioso ou même de Tabarin.  .

Quant aux paysans, ils peuvent sembler vrais : Pierrot avec sa lenteur d'esprit, sa minutie puérile dans l'énumération de détails oiseux, sa vanité de malin de village ; Charlotte, qui,  froide et ambitieuse, forme avec lui un couple qui parodie grossièrement, mais en l'inversant, le couple Don Juan-Elvire (voir I, 3 et II, 1).

 

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