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Qu'entend-on par expérience ? l'expérience est-elle première, antérieure à la pensée, ou reçoit-elle de la pensée les lois qui la rendent intelligible ?

Publié le 27/02/2008

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A. ? Deux acceptions du mot. Claude BERNARD distingue fort heureusement l'expérience que l'on a et l'expérience que l'on fait : c'est de la première qu'il est question lorsque l'on parle d'un homme d'expérience; c'est la seconde que nous envisageons en disant que l'hypothèse doit être vérifiée par l'expérience. Mais l'expérience que l'on a résulte d'expériences que l'on a faites, soit d'une façon méthodique, en particulier dans les laboratoires, soit le plus souvent sans méthode au cours des diverses activités de la vie ordinaire ou de la profession. C'est donc la nature de l'expérience que l'on fait qui doit être élucidée. B. ? Les conditions essentielles de l'expérience que l'on fait. Pour faire une expérience il faut que soit donné un objet réel, mais il faut aussi être capable de saisir ce donné, être un sujet pensant. a) L'expérience suppose d'abord une sorte de contact direct avec une réalité indépendante de la pensée et qui, au besoin, lui résiste. Ce sont précisément ces résistances qui, peu à peu, amènent l'homme qui a beaucoup vu à assouplir ses idées premières, à distinguer divers points de vue ou diverses circonstances et lui font acquérir l'expérience qu'il a.

« Il n'y a sans doute pas d'absurdité dans la théorie des innéistes d'après lesquels l'homme naîtrait en possession decertaines connaissances, celles précisément qui ne correspondent à aucune des réalités données à l'expérience : lesnotions mathématiques, les normes du bien et du beau...

Mais cette théorie est contredite par les faits qui nousmontrent la nécessité de l'expérience pour faire apparaître ce savoir prétendu inné.

Aussi son promoteur lui-même,DESCARTES, en est-il venu à réduire l'innéité des idées au pouvoir de les former, c'est-à-dire à la faculté de penser. C.

— La première expérience est contemporaine de la première pensée.Puisque nous n'expérimentons pas avant de penser et que, d'autre part, nous ne pensons pas avant l'expérience quifournit à l'esprit matière à élaborer, nous devons conclure que la première expérience coïncide avec la premièrepensée.Nous pouvons aller plus loin et, généralisant, affirmer cette coïncidence de toute expérience et de toute pensée :pas plus chez l'adulte que chez l'enfant, il n'y a ni expérience pure, ni pensée pure; toujours une pensée plus oumoins explicite éclaire l'expérience qui, sans cela, ne saurait rien apprendre; réciproquement, toujours le savoir plusou moins inconscient dans lequel se résume une longue suite d'expériences accompagne la pensée abstraite qui, àelle seule, ne serait la pensée de rien.Ces rapprochements nous amènent même à une identification de l'expérience et de la pensée : ce qu'il est courantd'appeler expérience est une activité de l'esprit s'aidant des organes sensoriels et des mains, une pensée concrète;la pensée proprement dite, une expérience abstraite, mentale, par combinaison des concepts, qui devient dans leraisonnement logique l'expérience de ne pouvoir penser certaines combinaisons.Renvoyant donc dos à dos les empiristes et les rationalistes aprioristes, nous concluons que ni l'expérience, ni lapensée, n'est première.

Avant la pensée il n'y a que des choses qui sont la matière d'expériences possibles; avantl'expérience, il n'y a que des sujets possédant la faculté de pensées possibles. III.

— D'OU VIENNENT LES LOIS QUI RENDENT L'EXPÉRIENCE INTELLIGIBLE ? La conclusion qui vient d'être formulée ne répond qu'à une partie du problème à résoudre.

En effet, même une foisadmis que la première expérience et la première pensée sont contemporaines, que dans toute pensée il y a un donnéempirique et une élaboration mentale, il reste à s'interroger sur l'origine des principes qui interviennent dansl'explication du réel, essentiellement le principe d'identité et le principe de raison suffisante : la pensée — enentendant par là la faculté de penser, que nous avons dite antérieure à l'expérience — les tire-t-elle des chosesdonnées à l'expérience ? Ou, au contraire, sont-ils essentiels à celte faculté elle-même, en sorte que, dès que nouspensons, nous imposons nécessairement au donné de l'expérience les normes qui régissent notre pensée.Nous nous retrouvons donc devant l'alternative : expérience ou pensée ? ainsi que, sous une forme quelque peurenouvelée, devant les deux solutions que nous avions écartées : empirisme ou rationalisme aprioristique ? Nousdevrons nous contenter d'un rapide exposé suivi d'une brève critique. A.

— Pas de l'expérience seule, comme le prétendent les empiristes associationnistes.Pour ces derniers, le retour répété des mêmes consécutions créerait dans l'esprit une habitude de s'attendre,lorsqu'un objet de pensée est donné, à l'objet auquel il s'est trouvé juxtaposé dans la conscience, en sorte que lepremier deviendrait inconcevable sans l'autre.

Mais leur explication ne saurait être acceptée.En effet, l'associationnisme est contredit par l'observation.

Un des principes essentiels de la pensée est le principede raison suffisante.

Or, il s'en faut de beaucoup que l'expérience vulgaire nous fasse connaître la raison suffisantede tout ce que nous voyons arriver.

L'enfant n'en parvient pas moins, après un temps assez bref d'expérience, às'appuyer sur ce principe comme sur une certitude indiscutable : ses « pourquoi ? » dont le témoignage de cetteconviction.

Les lois de la pensée ne viennent donc pas de la seule expérience. B.

— Ni de la seule pensée comme l'enseignent les aprioristes kantiens.Dans cette philosophie, la contemporanéité de l'expérience et de la pensée, par laquelle nous avons conclu notreréponse à la première partie de la question posée, trouve une explication systématique fort claire.

Comme leschoses du monde matériel, la pensée suppose matière et forme : sans la matière fournie par l'intuition sensible ouexpérience, dit KANT, les formes sont vides; sans les formes ou catégories de l'entendement, l'intuition est aveugle.La pensée commence donc avec l'expérience, bien que tout ce qu'elle comporte ne vienne pas de la seuleexpérience.Ce qui est antérieur à l'expérience ou a priori, ce sont les formes ou les catégories, cadres dans lesquels le donné del'expérience doit se couler pour devenir pensable.

Exprimées sous forme de jugements, ces exigences constituent leslois ou les principes rationnels nécessaires à l'intelligibilité de l'expérience.Ayant indiqué brièvement la réponse apportée par KANT à la question qui nous occupe, nous n'irons guère plus loin :il serait à la fois naïf et présomptueux de prétendre juger en quelques lignes un système aussi complexe et aussifortement charpenté que le kantisme. Notons toutefois, en reprenant une observation déjà formulée, qu'à aucun moment de l'évolution mentale, nous neconstatons un a priori antérieur aux données a posteriori et indépendant d'elles : les lois ou principes a priori sont apriori en ce sens qu'ils dépassent les données de l'expérience et ne peuvent pas trouver en elle une vérificationvalable; mais c'est bien de l'expérience que nous les tirons et non de notre entendement ou de notre intelligence,grâce toutefois à cet entendement qui transcende la sensibilitéNous concluons ainsi par la formule classique des empiristes : « II n'y a rien dans l'intelligence qui ne vienne des. »

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