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Famines et guerres en Afrique

Publié le 22/02/2012

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10 mai 1991 -   L'Afrique noire renoue avec le désastre : la conjonction d'une nouvelle sécheresse, de guerres civiles incessantes, du conflit du Golfe et des événements d'Europe de l'Est, qui ont détourné de l'Afrique, avec l'attention du monde, de très importants flux financiers, plonge à nouveau le continent dans une immense et meurtrière détresse.    Les pluies, au cours de la saison 1990-1991, ont été en de nombreux points (à l'est, au sud, dans la bordure saharienne du Sahel) insuffisantes ou mal réparties. Six pays, en particulier, sont menacés d'une famine aiguë, dont on a tout lieu de craindre qu'elle soit plus dévastatrice encore que celle de 1983-1984.    Comment s'expliquent des chiffres aussi extrêmes ? Un regard sur la carte permet de constater que les six pays dont la situation est particulièrement catastrophique - Soudan, Ethiopie, Somalie, Angola, Mozambique, Libéria - sont aussi ceux où se déroulent d'impitoyables guerres civiles, dont certaines accumulent leurs effets, comme en Afrique orientale ou australe, depuis des années, voire des décennies.    Au Soudan, le manque de pluies, la désorganisation de l'économie provoquée par la guerre civile, l'aveuglement d'un gouvernement qui s'obstine à ne parler que de " déficit " alimentaire et a entravé pendant des mois la distribution des secours provoquent une famine déjà massive.    Une situation analogue prévaut en Ethiopie, où le besoin d'aide alimentaire atteint également 1 million de tonnes, dont 100 000 seulement ont été distribuées. Là encore, la guerre qui a fait rage jusqu'à la fin mai dans les provinces du Nord a conjugué ses effets à ceux de la sécheresse.    En Somalie, la quasi-totalité des infrastructures a été détruite par la guerre, et, malgré une pluviométrie relativement favorable, le pays se débat dans d'inextricables difficultés. Même chose au Libéria, où la situation revient progressivement à la normale  mais les séquelles du conflit sont telles que 650 000 personnes n'ont toujours pas regagné leur foyer - 450 000 s'entassent à Monrovia - et que 750 000 ont fui vers les pays voisins (Côte-d'Ivoire, Guinée et Sierra-Leone), où elles survivent dans des conditions précaires.    Quant à l'Angola et au Mozambique, qui ni l'un ni l'autre ne " devraient " être pauvres, compte tenu de leurs abondantes ressources naturelles, ils ont sombré depuis des années dans le cycle violence-famine, que seule la paix permettrait de briser.    Quant au Sahel, il a enregistré en 1990 une mauvaise récolte sur sa bordure septentrionale, ce qui rend la situation alimentaire difficile, surtout en Mauritanie, au Niger et au Tchad. Les récoltes ont aussi été inférieures à la normale au Bénin, au Ghana, au Nigeria et au Togo.    Est-ce à dire que le seul remède à ces situations d'urgence extrême ou d' " urgence chronique " réside dans l'aide extérieure ? S'il s'agit de l'aide telle qu'elle est pratiquée, assurément non. Il ne suffit pas d'acheminer des tonnes de vivres, sans se soucier de leurs conditions de distribution ou de transport, ni de l'effet déprimant qui peut être ainsi provoqué sur la production locale.    L'allégement de la pauvreté est l'une des conditions essentielles, non pas seulement de l'amélioration directe de la situation des plus démunis, mais aussi du desserrement de l'étau dans lequel les tiennent bon nombre de dictatures.    Car le désastre alimentaire et les guerres civiles se déroulent sur un fond de pauvreté grandissante pour l'ensemble de l'Afrique subsaharienne. Au total, au cours de la décennie 80, le revenu par habitant y a diminué chaque année de 2,4 %, la production ne parvenant en rien à suivre le rythme de l'accroissement démographique.    Actuellement, souligne la FAO, plus d'un Africain sur trois souffre, à des degrés divers, de malnutrition, dont 60 millions d'enfants de moins de cinq ans. La carence en vitamine A, responsable non seulement de cécités mais aussi d'une forte surmortalité, affecte quelque 50 millions de personnes sur le continent. Les effets conjoints de la malnutrition et des maladies infectieuses provoquent, souligne de son côté l'UNICEF, la mort de 10 000 enfants africains... par jour. CLAIRE BRISSET Le Monde diplomatique Juin 1991

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