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Lecture méthodique: Chant d'automne - Fleur du Mal de Baudelaire

Publié le 01/09/2011

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Chant d'automne

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;

Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !

J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres

Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l'hiver va rentrer dans mon être: colère,

Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,

Et, comme le soleil dans son enfer polaire,

Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.

J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;

L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.

Mon esprit est pareil à la tour qui succombe

Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,

Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.

Pour qui? - C'était hier l'été; voici l'automne !

Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

II

J'aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,

Douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer,

Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre,

Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère

Même pour un ingrat, même pour un méchant ;

Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère

D'un glorieux automne ou d'un soleil couchant.

Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !

Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,

Goûter, en regrettant l'été blanc et torride,

De l'arrière-saison le rayon jaune et doux !

(SPLEEN ET IDÉAL)

Ce poème est, dans la section SPLEEN ET IDÉAL, un des premiers textes

à annoncer l'image angoissante de la mort. Le thème de l'automne prend

ici une double valeur :

... d'une part, l'automne représente, la mauvaise saison, anticipation amoindrie

mais déjà douloureuse de l'hiver, saison de mort, de stérilité et de

paralysie...

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« • La mort obsédante Ce poème est, dans la section SPLEEN ET IDÉAL, un des premiers textes à annoncer l'image angoissante de la mort.

Le thème de l'automne prend ici une double valeur : .,..

d'une part, l'automne représente, la mauvaise saison, anticipation amoin­ drie mais déjà douloureuse de l'hiver, saison de mort , de stérilité et de paralysie; .,..

d 'autre part, l'automne représente un dernier refuge : une quintessence du bonheur , un idéal intense mais éphémère, dont le dernier vers du poème impose le rayonnement glorieux .

.,..

La structure du texte est révélatrice de ce conflit entre le malheur et le bonheur : • les quatre premières strophes de la poésie scandent l'approche inélucta­ ble, obsessionnelle, rigoureusement rythmée de la mort ; • les trois autres strophes construisent une échappatoire fugitive vers les derniers réconforts : mystère et beauté ambiguë d'un regard , tendresse amou­ reuse , absorption dans la beauté radieuse d'un paysage illuminé de soleil, esthétisme fragile qui tente de substituer au réel implacable les construc­ tions de la lumière .

• L'enfermement progressü dans l'angoisse .,..

La mort s'impose avec une présence progres­ sivement oppressante • le futur qui éloigne l'échéance évolue en un pré­ sent directement ménaçant • l'imaginaire produit des impressions de plus en plus angoissantes • le réel est sujet à une interprétation définitive­ ment négative: .,..

Les images qui se substituent au réel devien­ nent de plus en plus cruelles et violentes.

.,..

La mort s'y définit comme une chute iné­ luctable • qui entraîne avec elle son cortège de souf­ frances bientôt nous plongerons • tout J'hiver va rentrer • j'écoute • il me semble • voici J'automne • sonne comme un départ j'entends déjà • j'écoute en fré­ missant • mon esprit est pareil à • il me semble ...

qu'on cloue le bois retentissant • bloc rouge et glacé • J'échafaud qu'on bâtit • tour qui succombe • un cer­ cueil • sonne comme un départ chocs funèbres • enfer polaire • échafaud • bélier infatigable • cercueil nous plongerons dans les froi­ des ténèbres colère , haine , labeur dur et forcé • enfer. »

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