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Le Quart de Nikos Kavvadias (Fiche de lecture)

Publié le 14/03/2011

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 Ils se retrouvent pour « le pire quart «, de minuit à quatre heures du matin. Le radio buvait : il a choisi ce poste pour ne pas faire de dégâts à bord. Quant au capitaine, lui, il n'a pas encore obtenu son brevet. L'aura-t-il un jour, lui qui alla en prison pour avoir fait de la contrebande sur un paquebot et qui, par la même occasion, causa la mort de sa mère, la Céphalonienne demeurée sans ressources ? Le radio préfère nouer avec les femmes des relations claires quoique vénales : il paie des prostituées plutôt que de se lier avec une épouse prompte, sans doute, à tromper un marin. 

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« destinées, maritime et terrienne.

Là encore les souvenirs reviennent, comme des images fantasmatiques; ilscontribuent à déstabiliser l'assise du récit : qui sait si le marin n'aime pas la mer par peur de la terre? S'il ne fait pasl'amour avec les prostituées pour ne pas assumer les liens conjugaux?...

Serait-ce l'angoisse qui le gouverne? La troisième partie se situe dans le port de Schan-T'ou, bombardé et très peu sûr pour les étrangers.

Les marins, àforce de ruses, parviennent à faire consulter un médecin à Diamandis.

Le praticien chinois déplore le manqued'efficacité des nouveaux remèdes : les anciennes médecines empiriques agissaient plus sûrement.

Les trois hommesattendent les résultats de l'analyse du laboratoire.

Le radio se saisit de l'enveloppe et les marins retournent en hâtevers le port.

Mais, sur le chemin du retour, ils aperçoivent le cadavre de leur lieutenant, traîné par des femmeschinoises.

En se baissant, le radio perd l'enveloppe.

Les Grecs hissent le corps à bord et lèvent l'ancre. L'ANALYSE La parole pour conjurer la mort Dans l'Odyssée, Ulysse, le rusé fils d'Ithaque, fait aux Phéaciens le récit de ses aventures.

Au travers de la parolepoétique, symbolisée par les figures fascinantes et monstrueuses des Sirènes, c'est le statut de la paroleenvoûtante que le poète grec, Homère, interroge.

Les mythes antiques représentent, en effet, les scénarios où seprojette l'imaginaire humain.

Les combats d'Ulysse reproduisent la lutte de l'être qui doit affirmer sa civilisation, sonhumanité, contre les dieux marins, contre la mer inhumaine, contre les créatures maléfiques.

Le héros grec épiqueconquiert sa difficile humanité contre la supra-humanité représentée par les dieux et contre l'infra-humanitéincarnée par les monstres, tel le Cyclope, sauvage anthropophage, ignorant tout des bienfaits de la culture. Dans Le Quart, Kavvadias situe l'action dans le cadre restreint d'une cabine de quart.

Réalisant une sorte d'échoinversé de l'épopée solaire homérique, il met en récit l'imaginaire sombre, nocturne, de la mort.

Les récits des marinsforment une sorte de mosaïque où se précise à chaque fois mieux le reflet de leurs personnalités, difficiles à saisir.Ils côtoient le néant sous ses formes les plus humaines.

Alors qu'Ulysse triomphe des monstres, ici, la luttes'intériorise en un combat contre les perversions et fantasmes de chacun, ou, mieux, de tout homme.

« La vérité,affirme le radio, est un péché.

C'est la forme la plus grossière, la plus inhumaine du mensonge.

C 'est seulement poursauver une tête de la potence qu'il est permis de la dire.

» Aussi le récit, toujours très réaliste, frôle-t-il, néanmoins,sans cesse l'élaboration dramatique du fantasme. La vie des marins exige des sacrifices : elle impose une précarité qui exaspère les difficultés propres à la conditionhumaine en général.

Les hommes doivent subvenir aux besoins d'une famille qui dépend d'eux.

Mais leur existencesemble se dérouler à la frontière entre le réel et l'irréel dans la mesure où il leur paraît facile, trop facile parfois, detransgresser les impératifs de la justice et de la morale.

L'alcool, la prostitution, le monnayage du plaisir, tout paraîts'offrir à l'aventurier.

Mais, très vite, il doit apprendre que la loi le rattrape, inéluctablement.

Le plaisir charnel etvénal inocule les germes de maladies vénériennes incurables, qui transforment l'existence du marin en destin cruel.En fait, rien ne lui appartient ; même la cabine où il vécut le temps d'une traversée lui devient étrangère, anonyme,au terme de son contrat.

11 subit les aléas du sort, les difficultés économiques, et se retrouve la proie de sesangoisses, de ses remords, expression de son éthique personnelle.

Il n'existe que lorsqu'il «fonctionne», que lorsqu'ilparticipe à la vie collective, à bord. La référence constante au sexe ne se réduit pas à une obsession d'hommes frustrés par leur vie en mer.

Il symbolisela frontière, ténue, qui sépare la vie du néant.

Il devient l'instrument d'un plaisir mortel, qui fait dégénérer la chair enpourriture.

Ainsi, au cours du récit, le radio et son compère, le capitaine, identifient les stigmates du mal qui rongele bel éphèbe Diamandis.

Le roman s'ouvre sur le pressentiment de la maladie et s'achève sur la consultationmédicale, assortie de considérations sur l'antiquité de la civilisation chinoise.

Elle perdure depuis des siècles,semblable à elle-même en dépit de la pourriture qui la dévore.

Cette composition circulaire enferme les marins dansle cercle fatal, dantesque, d'une condition sans remède.

Sans doute le roman suggère-t-il qu'il n'est pour l'hommed'autre recours que dans la parole — dans la poésie qui, quelque réaliste et obsessionnelle qu'elle soit, introduit unesorte d'écran, de médiatisation, qui aide à supporter une existence dépourvue de sens.

Aussi Le Quart renvoie-t-il àtout homme le miroir de l'humaine condition : la vie ne dure-t-elle pas, elle aussi, l'équivalent d'une veille quereprennent, de génération en génération, des individus hantés par les mêmes obsessions?. »

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