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La raison entre-t-elle nécessairement en conflit avec la croyance religieuse ?

Publié le 06/05/2013

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           Toute croyance apparaît d’emblée comme irrationnelle et dès lors elle paraît difficilement compatible avec les exigences de la raison. N’y a-t-il pas alors nécessairement un conflit, une dualité entre croire et savoir ? Mieux, la raison tant scientifique que philosophique, en vertu de sa nature, n’a-t-elle pas pour vocation de contredire, voire de détruire les certitudes fondées sur la croyance, et notamment en direction de la croyance religieuse ? Mais, nous constatons que les croyances prennent le relais lorsque la rationalité échoue. Par exemple sur la question de l’origine du monde, sur la fin ultime de l’humanité ? Comment alors concevoir les rapports entre raison et croyance religieuse ? Assurément toute croyance n’est pas religieuse. Il convient donc de spécifier ce qu’il en est de la croyance religieuse. Celle-ci désigne la foi, qui plus est, la foi en Dieu qui repose sur la vérité révélée. La raison comme longue chaine de raisons, comme démonstration, semble exclure nécessairement la foi, c’est-à-dire la vérité irrationnelle. Une problématique s’esquisse : la raison exclut-elle ou peut-elle cohabiter avec la foi ? 

« qu’homme » (Discours de la méthode , I).

Ainsi, « la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences » afin de devenir « comme maitre et possesseur de la nature » n’a aucun rapport avec la foi comme telle qui, elle, ouvre l’accès au ciel.

Fidèle à la religion de son temps, le philosophe ne se croit pas tenu de partager ses raisonnements avec toute croyance.

Descartes sép are subtilement raison et croyance, raison et foi.

Lorsque la raison parvient en effet à démontrer logiquement et nécessairement la vérité posée pa r la religion — par exemple, l’existence de Dieu, ne rend -t- elle pas superflu et superfétatoi re la croyance correspondante ? En fait, qu’est- ce que croire ? En quoi consiste la c royance ? Croire, c’est affirmer co mme vrai une proposition que sa vérité ne soit la co nclusion nécessaire d’une argume ntation serrée qui la prouve.

A contrario, le scientifique ne croit pas que la terre est ronde , il le sait.

Le mathématicien ne croit pas que la somme des angles d’un triangle soit égale à 180° : il le démontre, il le sait pour l’avoir méthodiquement et soigneusement démontré, c’est -à -dire déduit des axiomes, des premiers princ ipes, des définitions de la gé ométrie euclidienne.

Les preuves de l’existence de Dieu ne nous dispensent -elles pas de croire en Dieu ? Descartes en démontrant que Dieu existe n’évacue- t- il pas la foi ? Lorsque Descar tes affirme avoir démontré l’existence d’un Dieu parfait : « Rev enant à l’idée, dit -il dans le même texte dans sa 4° partie, d’un être parfai t, je trouvais que l’existence y était comprise, en même façon qu’il est compris en celle d’un triangle que ses trois angles sont égaux à deux droits », il n’est plus question de foi, de croyance.

Dans cette optique, la croyance religieuse est ruinée par l’acte même de la raison.

La théologie com me discours démon stratif sur Dieu ne requiert plus la foi.

Non seulement la rationalité scientifico -métaphysique est radicalement indépendante de la foi, mais qui plus est, elle exclut toute croyance.

Mais si la raison expulse sans conflit la foi et avec elle toute forme de croyance, la raison n’inclut -elle pas la nécessité d’en appeler à la foi ? Mieux, la raison dans son fondement ne repose -t- elle pas sur la croyance ? La raison peut -elle faire retour sur elle -même ? Peut -elle s’auto -fonder ? Assurément Descartes raisonne, certes Descartes démontre, mais cette rationalité ne repose -t- elle pas sur une croyance à l a toute- puissance de la raison ? La raison n’i gnore-t- elle pas la réalité de la foi ? La foi n’est -elle qu’une croyance parmi d’autres ? En clair, qu’elle est la véritable nature de la foi rel igieuse ? On connaît le cri de P ascal : « Je ne saurai pardonner à Descartes d’avoir fait de Dieu une simple chiquenaude » voulant dire que Descartes convoque Dieu comme un prétexte.

En effet, Pascal objecte à toute tentative de théologie rationnelle de méconnaître la nécessité de la vérité absolue de l’Amour divin.

« C’est le cœur, déclare-t- il dans Les P ensées (n° 278) , qui sent Dieu et non la raison.

Voilà ce que c’ est que la foi, Dieu sensible au cœur, non à la raison ».

Autrement dit, le vrai Dieu, le Dieu de la foi est « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob , non des philosophes et des savants » (Ibid ., n° 142) .

Ce n’est donc pas la croyance qui exige de la raison qu’elle renonce à accéder à la vérité absolue.

Au contraire, pour Pascal, « la dernière démarche de la raison est de reconnaître qu’y il a une infi nité de choses qui la surpassent ; elle n’est que faible si elle ne va pas jusqu’à connaître cela ».

La raison s’enferme dans la contradictoirité, dans le conflit avec elle- même : « Inc ompré hensible que Dieu soit, et incompréhensible qu’il ne soit pas ; que l’âme soit avec le cor ps, que nous n’ayons pas d’âme ; que le monde soit créé, qu’il ne le soit pas » (Ibid., n° 230) .

Depuis lors, non seulement la raison n’entre pas en conflit avec la croyance, mais elle se dévoile dans sa propre impuissance, dans sa prop re faiblesse.

La raison ne peut s’actualiser qu’en s’ en remettant à la foi , en une vérité révélé e.

Seule la croyance religieuse peut expliquer et combler l’impuissance de la raison.

« Sans ce mystère, le plus incompréhensible de tous, nous sommes inc ompréhensibles à nous -mêmes ».

La foi pascalienne répond en quelque sorte aux problèmes insolubles de la raison ; ce n’est pas la croyance rationnelle qui définit l’usage légitime de la pensée rationnelle, mais cette dernière qui, en dernière analyse, surm onte ses limites par l’adhésion aux vérités révélées du christianisme.

Mais n’est -ce pas prendre le risque de faire de la raison la simple servante de la foi ? A priori , entre le mode de connaissance par la raison et la modalité de savoir par révélation, l a discontinuité est complète, et le premier ne nous fera jamais monter ni même aspirer à la seconde.

Les vérités de la foi ne peuvent. »

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