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Le temps de la réflexion

Publié le 10/12/2015

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Le temps de la réflexion L\\'idée de réflexion dans son sens le plus trivial, c\\'est à dire comme attitude mentale active et approfondie vis-à-vis d\\'un objet quelconque, implique presque directement le concept de temporalité, celui-ci sous plusieurs angles. Dans des expressions comme « réflexions faites » le terme sous entend le passé, dans « cela demande réflexion » il sous entend le futur. Lorsque la réflexion est utilisée dans ce sens elle désigne plus précisément un moment proche de la méditation où celui qui réfléchit va devoir se concentrer, faire le tri dans ses idées et tenter d\\'analyser l\\'objet sur lequel il est en train de réfléchir. Elle est alors placée comme hors du temps , c\\'est un recul sur le monde materiel qui amène à un repli dans la pensée, dans cette perspective elle est un mode de pensée qui s\\'apparente à un processus mental qui, en tant que tel, s\\'effectue dans le présent, et cela dans les limites de l\\'acte réflexif même. Ici, passé, présent et futur peuvent être attachés à la réflexion sans entrer en contradiction, ses liens avec la temporalité permettent de le placer sous toutes ces perspectives différentes. En revanche, la reflexion, puisqu\\'elle est ici placée en en relation avec un objet extérieur va s\\'opposer à l\\'intuition immédiate, ou à la spontanéité, elle a un caractère médiat intrinsèque. On va devoir partir de nous même, considérer l\\'objet extérieur sur lequel on va penser, pour enfin revenir dans la pensée. Tout ce mouvement ne peut se faire dans l\\'immédiat, il demande un délai qui mènera ensuite à une délibération. Mais un autre sens du terme réflexion n\\'implique pas forcément cette médiation, c\\'est la réflexion auto-référentielle, celle de la fameuse maxime socratique « connais toi toi même ». Son objet n\\'est pas indéterminé , il fait directement référence à un objet particulier et unique : le sujet qui réfléchit, qui se tourne vers lui-même, qui se pense. Dans ce cas là, la réflexion dans sa relation avec son sujet peut être immédiate et intuitive comme chez Descartes et le cogito. Elle peut être médiate si l\\'on considère que la connaissance de soi ne peut se faire que par le biais de l\\'expérience, de la connaissance d\\'autrui ou du monde extérieur en général, ou même, de manière plus radicale comme chez Nietzsche, elle peut être complètement supprimée à travers l\\'idée qu\\'il n\\'y a pas de fondement suffisant à l\\'affirmation de la connaissance de soi. Dans ces deux sens différents de la réflexion et leur lien avec la temporalité, c\\'est donc ce point entre médiation et immédiation qui pose problème, pour réussir à au moins l\\'amoindrir, il est absolument nécessaire de déterminer ce qui permet d\\'enclencher cette réflexion, de la mettre en marche. En trouvant cela on sera capable de connaître les possibilités de la réflexion et ainsi de comprendre précisément tout ce que l\\'on peut contenir dans le temps de la réflexion car, comment bien la définir et le délimiter si l\\'on ne sait pas à la base ce qui va l\\'amorcer ? Pour se faire, nous développerons plusieurs points de vus sur cette question afin de déterminer lequel pourra le mieux répondre à notre question. Nous déploierons ainsi une étude en 3 parties. La première sera consacrée à la vision de l\\'homme comme acteur de l\\'acte réflexif , la deuxième partie présentera des arguments en faveur d\\'une diminution de cette puissance et enfin la dernière montrera qu\\'il n\\'existe pas de pouvoir direct et immédiat de la réflexion en l\\'homme, voir qu\\'il n\\'y a peut être que de la soumission à la pensée, mais qu\\'il existe tout de même peut être une manière forger la réflexion et par la même occasion, forger l\\'idée d\\'humanité. Dans un premier élan, il semble évident de dire que la réflexion , d\\'après le sens que nous lui donnons aujourd\\'hui communément, c\\'est à dire en tant que pensée approfondie, est directement enclenchée par notre volonté. Il semble en général admis dans des expressions comme « cela demande réflexion » que le sujet décide du moment de sa réflexion et qu\\'il est totalement en son pouvoir de l\\'enclencher. Avant même ce moment où l\\'on pourra véritablement passer à un « moment de réflexion », il y\\'a tout un acte de mise à disposition propice à la méditation. On choisit tel ou tel moment, tel ou tel endroit et cela de manière active, par exemple en s\\'asseyant, tout simplement. Avant même de se mettre à réfléchir , il y a un acte physique qui nous met en position de réflexion, ce qui marque bien son aspect actif. On caractérise souvent la réflexion comme le premier acte philosophique , ce qui marque en tout cas l\\'essentiel de son travail, et lorsqu\\'on oppose le terme au préjugé, c\\'est parce que le préjugé est une connaissance non vérifiée que l\\'on acquiert grâce au savoir d\\'un autre et que l\\'on fait sienne sans passer par la case de la réflexion, sans effectuer l\\'analyse qui doit être effectuée pour la transformer en véritable savoir acquis. Nous ne pouvons être sur et certain d\\'une information tant que nous ne l\\'avons pas nous même vérifié, ce propos marque bien le rôle actif que l\\'homme occupe dans la réflexion, car c\\'est bien à travers elle que l\\'on pourra vérifier une information et ainsi la qualifier d\\'indubitable. Dans l\\'Encyclopédie de Diderot et D\\'Alembert la réflexion est définie de cette manière : « opération de l\\'âme qui dirige successivement l\\'attention sur les diverses parties d\\'un tout » Le verbe d\\'action « diriger » nous place clairement en conducteur de la pensée capable de décision sur les mouvements de celle ci. Toujours sur la réflexion et dans le même ouvrage il est écrit :  « faculté qui marque le pouvoir propre de l\\'âme », la dimension active de la réflexion est noir sur blanc proclamée et ne fait aucun doute, on affirme même mieux, elle fait l\\'essence de l\\'homme si l\\'on considère qu\\'ils sont les seuls à posséder une âme ou une pensée. Il s\\'agissait pour l\\'instant de montrer que le temps de la réflexion prend son point de départ dans la volition de l\\'homme directement , qu\\'il en est le point de départ du moment qu\\'il choisit d\\'entrer dans ce temps de délibération, mais cela uniquement par rapport au premier sens de la réflexion que nous avons présenté dans l\\'introduction. Nous allons maintenant présenter les arguments plaçant toujours l\\'homme comme point de départ de la réflexion, mais en prenant cette fois en compte le second sens de la réflexion, celui qui évoque l\\'auto-référence, la pensée qui se tourne vers elle même. Chez Aristote la valeur des choses se trouve dans leur actualisation, c\\'est d\\'abord par les sens que l\\'on peut espérer toucher à la connaissance, mais lorsque nous sentons en général, nous sentons que nous sentons et à travers cette sorte de perception mentale, immatérielle, il y\\'a la captation partielle de ce que nous sommes, cette auto-référence est comme inscrite dans l\\'homme en son sein, à sa base, de sorte que chaque action sensorielle est accompagnée de cette sensation de sensation, même si elle n\\'est pas consciente. Un peu dans la continuité de cette idée, on retrouve St Thomas d\\'Aquin, il pense que la réflexion s\\'effectue par son essence, le simple fait que l\\'âme puisse connaître, engendrer de la connaissance, se souvenir etc.., amène à l\\'idée qu\\'on doit pouvoir trouver quelque chose à la base qui puisse connaître, comme un terreau fertile sur lequel on va déposer les graines de la connaissance. C\\'est l\\'essence de l\\'âme de l\\'homme, que l\\'on trouve en son sein qui, par sa propre puissance réussi à se connaître. Thomas nous dit « L\\'essence de l\\'esprit est la condition toujours déjà remplie de sa connaissabilité par lui même ». On pourra reprocher à cette vision le manque de contenu au sein la réflexion, en effet elle n\\'est décrite ici que comme simple puissance . Ce qui n\\'est pas totalement vrai. C\\'est par soi que l\\'on va pouvoir juger du vrai, c\\'est ce jugement qui se trouve en acte en nous même. Nous trouvons en notre sein des principes de connaissances qui nous permettront de délibérer et de juger du vrai du faux. Nous pouvons par exemple citer le principe de non contradiction, qui est déterminé comme immanent à l\\'essence de l\\'âme, on reconnaît volontiers que l\\'on a besoin d\\'aucune connaissance extérieur pour savoir qu\\'à un même moment précis, ce qui est ne peut pas ne pas être et que ce qui n\\'est pas ne peut être. Il s\\'agit donc bien d\\'une sorte contenu, certes basique, mais qui va déterminer en acte et dans l\\'esprit la connaissance vraie. Cela dit, ce n\\'est pas ces premiers principes qui vont révéler une quelconque connaissance, ils ont plus une fonction de tri entre le vrai et le faux. Même si cette présence de l\\'âme à elle même ne sera pas source de connaissance, c\\'est elle qui va rendre cette connaissance utile, qui va faire en sorte qu\\'elle ne soit pas vaine, puisqu\\'elle va pouvoir déterminer de la vérité de cette connaissance. Une connaissance qui ne peut-être jugé n\\'a aucun interêt, car une connaissance n\\'est pas nécessairement vraie, elles doivent être hiérarchisées. Il y\\'a une différence entre la connaissance de la couleur d\\'un objet, et la connaissance de la théorie de la relativité générale. Sans la capacité de jugement inhérente à l\\'âme Humaine, la connaissance n\\'a aucun sens. Dans les visions d\\'Aristote et de Thomas d\\'Aquin, certes l\\'homme détient en lui le pouvoir de la réflexion , mais cette réflexion reste complètement dépendante des objets extérieurs. La connaissance se forme grâce aux sens et ensuite se produit le retour en soi caracteristique de la réflexion. L\\'homme est donc complètement dépendant du monde matériel, il n\\'est rien sans lui, et si on lui retire, il ne peut plus acquérir aucune connaissance, ce qui diminue largement sa puissance, voir l\\'annihile. Descartes est celui qui va découvrir une nouvelle voie permettant à l\\'homme, à partir de la réflexion auto référentielle et sans l\\'aide du monde extérieur, de former de la connaissance. L\\'homme est capable, après l\\'instauration d\\'un doute dans la pensée de toute la connaissance qu\\'il a engendré, de revenir à une première connaissance, dépendante uniquement de la pensée. C\\'est le moment où il dit en latin « cogito ergo sum », c\\'est à dire « je pense donc je suis ». C\\'est, d\\'après Descartes une connaissance donnée, intuitive, qui n\\'a donc aucun besoin de raisonnement. Elle est vraie toutes les fois que nous la pensons et pendant tout le temps où nous la pensons. Toute pensée est pensée présence à soi. De plus, Descartes, à partir de cette première connaissance il arrive également à prouver notre liberté, et ainsi à nous rendre acteur et auteur de notre réflexion. En effet, il considère que vouloir, c\\'est penser, et que vouloir c\\'est sentir que l\\'on veut car toute pensée est accompagnée de la connaissance de sa présence, cette connaissance est actualisée si nous nous la représentons dans l\\'esprit. A partir de là, cette expérience de la pensée qui sent qu\\'elle veut, prouve sa liberté. Nous savons que nous voulons, cette connaissance permet d\\'agir librement. Locke sur ce point suit Descartes, chaque pensée est accompagnée de l\\'expérience de cette pensée, mais il va aller plus loin, car pour lui la réflexion va devenir le lieu de la création de pensées. Certes, pour lui nous recevons au départ les pensées des sens, mais il ne s\\'agit pas plus qu\\'une réception, l\\'acteur c\\'est la réflexion qui va opérer sur ces pensées du tri, des comparaisons, des liaisons etc. A travers toutes ces actions, la réflexion va offrir plus de représentations, plus de points de vus que ce que les sens proposent à la base, il lui est donc supérieur. Sa vision s\\'écarte de celle de Descartes dans le sens où la présence chez lui était presque vide. Ainsi, à travers tous ces arguments, nous avons essayé de présenter la réflexion comme étant conduite par l\\'homme et/ou enclenchée par lui, pour cela nous avons présenté des idées qui font de l\\'homme un maître de sa pensée et surtout de sa volonté. Nous allons maintenant essayer de renverser ces idées en limitant cette puissance de la pensée. Le monde de la pensée est un lieu où il est facile de s\\'égarer, à trop s\\'enfoncer dans notre esprit, on risque de perdre tout lien avec la réalité, avec autrui, et par là à nous perdre nous même. Il est difficile d\\'imaginer accéder à une quelconque connaissance utile si nous nous enfouissons complètement dans notre réflexion, et cela que l\\'on parle de son sens auto-référentiel ou de son sens trivial. Car suivre Descartes et accepter le cogito, c\\'est aussi accepter une possible impossibilité de revenir dans le monde concret, celui de nos sens, celui dans lequel nous vivons avant même de savoir réfléchir. Le danger à rester coincé dans ses pensées, se retrouve dans la vie de tous les jours dans des expressions comme « vivre dans le regret » ,« avoir la tête dans les nuages », elles ne méritent pas une explication profonde, nous savons seulement qu\\'elles sont rarement utilisées de manière méliorative, elles expriment un défaut. Trop vivre de manière réfléchie, dans ses pensées ne semble pas pourtant préjudiciable. À priori, aucun danger violent ne se dégage de se comportement. Mais en fait, si on peut accuser un tel comportement, c\\'est peut être dû au lot d\\'erreurs dramatiques qu\\'il entraine. On est souvent porté par l\\'idée (surtout en philosophie) que la pensée, la réflexion sont les meilleurs moyens de gérer sa vie, d\\'atteindre à un moment donné ce sacro-saint bonheur. Mais si l\\'on souhaite aussi démystifier cette idée à travers les expressions précédemment citées, c\\'est parce que l\\'on veut limiter le pouvoir de cet entendement trop souvent surestimé. Pour commencer, nous pouvons parler de ce que Leibniz appelle les « petites perceptions », certes pour lui la pensée a cette capacité réflexive d\\'analyse et de tri des parties d\\'un tout et que cette capacité est un acte, mais il l\\'a décrit comme non intégral. Ces petites perceptions, comme il les a appelées, correspondent par exemple dans le bruit du vague, à l\\'impossibilité de trier le bruit de chaque petit clapotis qui dans leur totalité forme le bruit de la mer. La réflexion prouve sa limitation dans sa liaison avec les sens, elle n\\'est pas toujours capable de saisir dans le détail chaque information que les yeux, les oreilles, la bouche, le nez et le touché nous font parvenir. A partir de là et si l\\'on considère que toute la connaissance vient d\\'abord des sens (comme plusieurs des auteurs présentés dans la première partie), on sait que nos informations sont partielles à la base. Il est alors difficile de penser un progrès efficace dans l\\'acquisition de connaissance grâce à la réflexion. Si la réflexion n\\'est que l\\'écho du sensible, que le retour vers soi ne puisse être que déformant, les informations que l\\'objet envoi et que l\\'on traduit par les sens sont possiblement erronées. En plus d\\'être limitées, les informations que nous recevons des sens ne dépendent d\\'aucune certitude liée à leur acuité. Viennent ensuite les arguments qui voient la possibilité d\\'une réflexion uniquement grâce par le contact et la connaissance d\\'autrui. Chez Freud, on investit son corps et sa conscience en passant par l\\'amour d\\'autrui. Avant cela, il n\\'y a pas d\\'unité du soi et pas de réflexion. C\\'est à dire qu\\'il n\\'y a aucune connaissance individualisante, il n\\'y a pas de personnalité qui soit consciente de soi. Le moi auquel s\\'attache l\\'enfant, c\\'est le moi qui surgit du point de vue d\\'autrui. A partir de là, la réflexion en tant qu\\'auto-référence est possible, et pourtant sachant qu\\'elle se base sur autrui, sur des jugements et de la subjectivité, elle a toutes les chances de n\\'être qu\\'une illusion, de passer à côté de ce qu\\'on est vraiment, cela dit, on ne peut nier que le point de vue d\\'autrui à partir du moment où il constitue notre avis sur nous même, nous construit réellement également. Nous devenons ce que nous pensons être. Après avoir parlé dans la première partie de la puissance de la réflexion présente dans les pensées d\\'Aristote, nous allons montrer ce qui les limite. Pour Aristote, nous l\\'avions déjà un peu évoqué car, comme pour lui ce qui est plus parfait est en acte, alors que la réflexion est une puissance elle ne peut être que limitée. C\\'est lorsque nous la comparons à la pensée Divine que celle de l\\'humanité perd de ses capacités potentielles. C\\'est même la réflexion même qui prouve notre infériorité, car sachant qu\\'elle marque un retour et un délai, qu\\'elle n\\'est qu\\'en puissance et qu\\'elle dépend de l\\'objet qu\\'elle souhaite connaitre, on réalise qu\\'elle est bien loin de la pensée Divine. C\\'est seulement cette dernière qui possède une connaissance immédiate de toute chose, est indépendante, et est en acte. Nous ne nous approchons que de très loin et qu\\'a de très rares moments (grâce à la contemplation par exemple) de cette pensée divine qui est pourtant bien celle qui détient un réel pouvoir. De presque tous les points de vu exposés et d\\'encore bien d\\'autres (Hume, Kant...) on tire l\\'idée qu\\'il n\\'y a rien dans l\\'esprit avant l\\'expérience, qu\\'elle est la source suffisante de toutes les représentations. Qu\\'ensuite, accorder comme chez Locke une qualité supérieure à la réflexion, c\\'est peut être un excès, car la pensée va attribuer un grand nombre de représentations à un seul et même objet, des représentations qui pourront même être contradictoires, elle devient peu sure en tant que source, elle est équivoque. Comment déterminer la valeur de telle ou telle représentations contradictoires sur un même objet ? La pensée, la réflexion sont si fécondes qu\\'elles sont capables de presque trop, l\\'imagination peut trop vite et trop discrètement se mêler à la recherche d\\'une connaissance vraie. Nous avons ici mis à mal une vision de la réflexion comme génératrice de connaissance vraie qui réduit la valeur de ce temps de la réflexion. Nous pouvons peut être l\\'enclencher, mais attention à ne pas penser que cette capacité puisse être le point de départ stable d\\'une connaissance vraie et cela pour les objet qui nous entourent comme pour nous même. Au contraire, l\\'expérience de la réflexion est si facilement accessible, et est pourtant le lieu de tant d\\'erreurs que nous devons nous interroger sur sa capacité à produire quoi que se soit et à dépendre réellement de nous. Pour aller à l\\'encontre du cogito de Descartes, Nietzsche l\\'attaque à sa base. La recherche de Descartes consiste à trouver une connaissance complètement détachée du monde sensible, qui ne soit dépendante que de l\\'intellect du sujet qui la réfléchie. Pour qu\\'elle suffise aux attentes de Descartes elle doit être immédiate et absolument indubitable. Nietzsche voit déjà une contradiction dans l\\'expression de certitude immédiate. La certitude ne peut qu\\'impliquer une attente sur quelque chose qui n\\'a pas été réfléchi et qui deviendra peut être connaissance après avoir été examiné et confirmé en tant que certitude. La certitude passe par la réflexion et la réflexion implique l\\'attente. Quand il y\\'a réflexion, il y\\'a toujours un irréfléchi qui le précède, parce que la réflexion est toujours liée à un interêt, et pour qu\\'il y ait interêt il doit y avoir eu questionnement sur quelque chose qu\\'on ne comprend pas encore. Pour Nietzsche, la connaissance n\\'est qu\\'un point de vu, une interprétation qui informe sur son objet, de sorte qu\\'aucune connaissance n\\'est absolue. Il n\\'y a pas de choses en soi, mais des choses pour moi. Il n\\'y a donc ni certitude en soi, ni connaissance immédiate. Il est donc encore moins possible de lier les deux termes ensemble. Ensuite, pour Nietzsche, la vie de notre esprit conscient n\\'est qu\\'une surface. C\\'est à dire que nous n\\'en connaissons pas les causes, et nous ne pourrons surement jamais. La determination de ces causes n\\'est que très vague et Nietzsche n\\'y voit qu\\'une « multiplicité de nature pulsionnelle », cette nature implique pour lui l\\'impossibilité de maitriser ces causes. Leur connaissance étant déjà incertaine, on comprend qu\\'agir sur elles ne peut être que voué à l\\'échec. La conséquence etant plutôt catastrophique en ce qui concerne Descartes, car l\\'expérience du penser qui chez lui amenait à l\\'accession de la connaissance de soi en tant qu\\'individu existant au moins en pensée, est ici réduite à néant. Chez Nietzsche l\\'expérience du pensé, c\\'est seulement la soumission à l\\'arrivée de nos pensées, nous n\\'avons aucune pouvoir sur elles. Elle ne font qu\\'arriver en nous, la réflexion telle que nous l\\'imaginions en introduction, c\\'est à dire indéfectiblement liée à une connaissance, est largement mise en mal. Une connaissance nécessite une délibération consentie pour être acceptée. Mais s\\'il n\\'est à aucun moment possible de gérer ses pensées, d\\'agir sur elles, est il possible de créer une connaissance fondée ? Il y\\'aura connaissance en effet, mais connaissance superficielle, de surface, qui devra être uniquement comprise dans la dimension interprétative de notre entendement. C\\'est pour cette raison qu\\'il n\\'y a pas de chose en soi, mais seulement des choses pour moi. Chez Sartre, il y\\'a la conscience de cette dimension du « pour moi » que chaque individu en son sein, ne pourra jamais objectivement dépasser. Mais ce que nous, nous ressentons comme déplacement de la pensée vers l\\'objet puis de nouveau vers la pensée n\\'est chez lui pas vécu comme une perte ou comme un défaut. La subjectivité est pleinement vécue, et elle définit l\\'homme en tant que tel. On a essayé, dans les autres parties, à travers les différents arguments et auteurs cités de voir où se situait l\\'homme par rapport à la réflexion, comme ci on plaçait la réflexion en idéal devant être atteint. Mais on devrait plutôt se placer au niveau de l\\'homme pour tenter de composer avec lui, de voir concrètement de quoi il est capable. C\\'est, il nous semble, l\\'objectif que se fixe Sartre. L\\'homme se crée grâce aux actes qu\\'il entreprend, il n\\'y a pas de recherche en soi pour se fixer une morale immuable par exemple, ce n\\'est que nos actes qui vont déterminer ce qu\\'on sera ensuite en notre sein. Un peu de la même manière que pour Nietzsche, chez Sartre la première base à laquelle on puisse se référer c\\'est l\\'instinct pulsionnel. Mais là où chez Nietzsche on se retrouvait comme face à une barrière infranchissable, chez Sartre on se retrouve complètement libre et par là, complètement responsable. Il faut noter que Sartre accepte le cogito, mais que, contrairement à Descartes, son accession permet d\\'atteindre la certitude de notre existence mais aussi celle de toutes les autres. L\\'homme, en faisant des choix dans le monde et en les y actualisant, devient modèle et preuve de sa propre existence autant que celle des autres. En plus de cela, si pour lui un de ses actes quelconque est considéré comme bon, alors cet acte sera bon pour toute l\\'humanité. Il y\\'a emprise de la subjectivité, pour ensuite dans la réflexion, la transformer en sorte d\\'universalité pour l\\'homme. Ce que nous voulions marquer avec Sartre, c\\'est que, quand chez Nietzsche il y\\'a « soumission » à l\\'expérience du penser qui diminue d\\'une certaine manière toute la puissance d\\'être que nous pensons pouvoir détenir, chez Sartre au contraire il y\\'a comme une acceptation de cette soumission pour en faire une puissance. La réflexion comme auto-référence n\\'est pas un donnée innée, mais il peut se construire au moins pour nous. Nous avons à travers toute cette étude tenté de montrer différentes considérations censées êtres en lien avec un « point de départ de la réflexion », autant par rapport à son sens trivial qu\\'à son sens auto-réferentiel. Si elle s\\'enclenche uniquement grâce à l\\'homme, si elle se trouve directement en lui de manière essentielle, si elle est uniquement et complètement dépendante des objets extérieurs, si elle n\\'est que soumise qu\\'à un instinct pulsionnel et donc indépendante de notre volonté . On ne se fixera pas sur une opinion précise, surtout sachant que le terme a évolué et qu\\'a cause de cela, les différentes idées qui lui sont liées n\\'ont pas précisément la même valeur. Mais il semble, si on doit offrir une réponse qui peut confondre toutes ces opinions, que le temps de la réflexion débute au moment ou l\\'homme devient véritablement homme, c\\'est le moment où débute l\\'histoire de l\\'humanité, que son commencement soit actif, passif ou subit, la réflexion, étant liée à la pensée, est toujours une caractéristique appartenant uniquement à l\\'homme, elle fait partie de sa nature. On pourra peut être nous reprocher de ne pas avoir suivi de plus près l\\'utilisation habituelle et connue de l\\'expression « le temps de la réflexion », mais elle semblait n\\'offrir qu\\'une dimension philosophique limité, alors que la direction que nous avons emprunté permettait d\\'engager plus de références philosophique et d\\'ainsi rendre l\\'étude plus profonde.

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