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1970 – 1979 : Bandes dessinées

Publié le 29/11/2018

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La bande dessinée a subi de profondes transformations durant les années soixante-dix. Comme beaucoup d’autres phénomènes culturels (principalement la contre-culture issue des mouvements contestataires des années soixante, la bande dessinée étant un de ses aspects), la période charnière, celle qui décide tous les bouleversements de la décennie à venir, se situe autour de mai 1968. Désormais la bande dessinée ne s’adressera plus exclusivement aux enfants ou aux adolescents mais aussi aux adultes. Outre cet élargissement de son public, la bande dessinée fera ses expériences, sortira des sentiers battus et trouvera sa spécificité. Elle sera érotique, intellectuelle, rock, graphique, littéraire. Elle sera aussi provocatrice, outrancière, excessive, expérimentale. La bande dessinée va en quelque sorte explorer et délimiter son propre genre culturel.

 

Dès 1962, LES PRÉMISSES

 

D’UNE BANDE DESSINÉE ADULTE

 

Ces mouvements ont été annoncés quelques années auparavant par des publications quasi confidentielles (mais remarquées!). La première de celles-ci a lieu au printemps 1962 précisément, avec la parution de la fameuse Barbarella de Jean-Claude Forest dans V Magazine. Ici, et les expériences suivantes le confirment, bande dessinée pour adultes signifie bande dessinée érotique et/ou science-fiction. En la matière, l’éditeur Éric Losfeld fait figure de précurseur et de défri

 

cheur. Il est le premier à reprendre Barbarella en album (1964) et publiera notamment par la suite Lone Sloane, la première bande de Druillet (1966) et Epoxy (1968), l’unique album érotique de Cuvelier, l’auteur des très sages aventures de Corentin bien connues des lecteurs du journal Tintin.

 

Ces mêmes années se dessinait déjà un mouvement de reconnaissance et d’analyse de la bande dessinée en tant qu’authentique média culturel. En avril 1967, Claude Moliterni, Pierre Couperie et un groupe de passionnés, tous membres de la Société d’études et de recherches des littératures dessinées (Socerlid), 

« BA NDES DESSINÉES.

Pilote (février 1972 ) .

Couverture par Gotlib et Alexis.

© Dargaud Éditeur, 197 2 BAN DES DESSINÉES.

Claire Bretéch er: couverture des États d'âme de Cellulite.

© Dargaud Éditeur, 1972 NAIS SANCE D'UNE NOUVELLE PRESSE En 1969 , les éditions du Square (éditrices d'Hara-Kiri de­ puis 1960) lancent Charlie mensuel qui préfigure ce que seront les futures revues modernes de bande dessinée.

Elle est faite d'un curieux mélange où l'on trouve des BD de l'âge d'or américa in, la série des Pe anuts de Schulz dont le succès va en s' amplifiant , les dessins de l'é quipe d' Hara-Kiri, des bandes italiennes (Valentina de Crepax no­ tamme nt, mais aussi Buzzelli) et s'ou vre progressivement à l'under­ ground américain (Crumb, Shelton).

La revue , conduite notamment par Wolinski , vivra plus de dix ans en respectant cette politique très éclectique .

Du côté de Pilote , 19 72 est l'année de la crise.

Reiser, Gébé et Cabu retournent à Hara-Kiri d'où ils étaient venus en 1965 et, la liberté d'expression étant le maître mot de l'époque , les auteurs res­ tants cherchent à publier toutes sortes de récits iconoclaste s.

Les uns sont pour, les autres sont contre .

Des clans se forment .

C'est alors l'e xplosi on.

Sous le prétexte d'une histoire refusée, Mandryka claque la porte et entraîne Gotlib et Bretécher dans son sillage .

Ensemble ils fo ndent les éditions du Fromage et publient au mois de mai le numéro un de l'É cho des savanes .

Imprimé à deu x mille exemplair es, ce numé­ ro un est une véritable aventure.

Le trio doit se charger !ni-même du brochage et de la vente (qui s'effectue au porte à porte).

A ses débuts , la revue est trimestrielle et.

..

totalement confidentiel le.

Rapidement pour tant, son succès ira grandissant jusqu'à atteindre la centaine de milliers d'exemplaires en moins d'un an d'existence .

Des plus surpre­ nant es, elle contient tous les défoulements les plus incongr us.

Gotlib notamment se livre à des débordements scatophiles.

Durant huit nu­ mér os, les trois auteurs assumeront et publieront seuls leurs fan­ tas mes .

Puis d'autres viennent les rejoi ndre , ce qui d'une certaine manière condamne à terme le trio à la séparati on.

En 1973 , Bretécher, la première , quitte l'É cho pour s'en aller rejoindre la grande presse, en l'occurrence le Sauvage, puis, sollicitée par le Nouvel Observateur, elle trouve du même coup la notoriété avec la publication de ses Frustrés .

Gotlib , quant à lui , lance en 1975 son propre journal , Fluide glacial, un journal d'humour, de parodie et de dérisi on.

Dès lor�, Mandryka assure seul la direction du journal .

Devenu mensuel, l' E­ cho continue d'accueillir d'autres auteurs : des anciens (Solé, Lob , Pichard , Moebius , et c.) qui s'essaient à de nouv elles expressi ons; et des nouveaux qui font leurs premières armes (Pétillon, Régis Franc, Goetzinger, etc.) .

Ces années sont celles des expér iences éphémèr es.

Forts de la réussite de l'É ch o, d'autres publications verront le jour.

Ce sont Canard sauvage, Mormoil, Tousse Bourrin, Ah! Nana, Surprise, BD.

28 Hormis justement l'É cho des savanes, Fluide glacial et Métal hurlant dont il est fait état plus loin, ces revues ont vécu le temps de quelques numéros puis ont disparu .

ET VINT L'ÈRE DE LA SCIENCE FICTION En 1975 , tandis que Gotlib anime son Fluide glacial, une autre dissidence naît à Pilote .

Moebius (dessinateur de Blueber ry, sous son véritable nom Jean Giraud), Druillet et Dionnet partent fo nder leur maison d'édition, Les Humanoïdes Associés, et leur re­ vue .

Ce sera Métal hurlant, l'une des revues phares de la décennie .

Métal hurlant est voué à la science-ficti on, dont ses fondateurs sont des amateurs éclairés et passi onnés .

Jusq u'au début des années quatr e-vingt , le genre fait recette .

Bande dessinée et littérature s'en­ traînent mutuellement et le succès de la science-fiction est alors total .

Progressiv ement, dès 1978, sous l'influence grandissante de Philippe Manœuvre , la revue amorcera un virage vers la rock-culture , un thème qui deviendra dominant et dont on connaît maintenant l'impor­ tance puisque c'est dans cette mouvance qu'il faut noter l'apparition de Marger in, Dodo et Ben Radis, Tramber t et Jano, Serge Clerc , etc.

Rock et banlieue entament là une longue histoire d'amour ...

LE RETOUR AU CLA SSIC ISME En 1975 toujou rs, Jacques Glénat crée Circus, une revue appar emment à contre-courant qui se propose de revenir à un mode d'expression classique et plus populaire .

Avec le rec ul, cette politique se révèle payante puisque le catalogue Glénat devient l'un des plus fo urnis et que la maison d'édition a connu une expansion foudroyante.

C'est dans Circus qu'ont été publiés en 1979 , avec un formidable succ ès, les Passagers du vent de François Bourgeon.

Ce retour au classicisme est la dominante de la fin des an­ nées soixante- dix.

Cast erman , éditeur des albums d'Hergé , se lance aussi dans la publication d'une revue.

Conscient de l'éla rgissement et de la diversité du public de la bande dessinée, il crée en 1978 le mensuel (À Suivr e), au titre explicite .

Finies les histoires courtes, les bandes publiées seront non seulement à suivre mais pourront être d'une longueur inhabituelle.

(À Suivr e) invente le concept de roman en bande dessiné e.

Premier exemple de cette politique , l'e xceptio nnel Ici-Même de Tardi et For est.

Incide mment, il est à signaler que Tardi fait partie des auteurs les plus appréciés de cette époque (et encore maintenant !) par l'influence qu'il a eue sur la génération montante des jeunes dessinateurs .

Taci teme nt, c'est cette année 1978 qui termine la décennie soixant e-dix.

La bande dessinée a exploré nombre de direct ions, a posé nombre de jalons .

Les années quatre-vingt seront celles des structuratio ns.. »

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