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CRÉATION Musicale de 1930 à 1939 : Histoire

Publié le 17/12/2018

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L'ESPRIT DU TEMPS

 

Bien que les révolutions proprement dites du langage et de l'écriture dans le domaine musical au xxc siècle soient intervenues principalement au lendemain de la Grande Guerre, la décennie 1930-1939 offre une richesse et une complexité remarquables, tant dans le domaine de la création lyrique que dans celui de la composition instrumentale. Dominée par des personnalités artistiques extrêmement démarquées les unes des autres (Bartôk, Schonberg, Stravinski, Hin-demith, Chostakovitch ou Milhaud), les années trente sont moins théoriques et expérimentales que les années vingt ou les années cinquante, mais davantage préoccupées par les lents cheminements individuels. Pourtant, l’artiste ne cesse d’y interroger le monde et la société, dont il vérifie déjà le morcellement politique, idéologique et culturel à travers la montée du fascisme en Europe et l’installation du totalitarisme stalinien en Union soviétique.

 

Art, langage, tradition

 

Par le biais de la création musicale, les compositeurs des années trente semblent animés par le besoin de retrouver et de réinventer une forme de tradition culturelle et quelquefois religieuse, que l'éclatement du langage musical opéré dans les années vingt avait vouée aux gémonies. Pourtant, cette recherche d’éléments propres à la culture traditionnelle ne s'accompagne pas, sauf peut-être chez Paul Hindemith, d’un retour à un langage conventionnel et à un style académique. La quête dont il s’agit semble plutôt d'ordre spirituel.

 

Trois œuvres importantes donnent le ton de cette orientation à l'orée de l’année 1930: les Offrandes oubliées, d'Olivier Mes-siaen — qui figure avec l'Ascension (1934), la Nativité du Seigneur (1935) et les Poèmes pour Mi (1936) parmi les œuvres préférées du compositeur — , la Cantataprofana, l’une des œuvres majeures de Bêla Bartok, et la Symphonie des psaumes, d’Igor Stravinski, commanditée par Serge Koussevitzky pour fêter le cinquantenaire d’existence de l’orchestre de Boston. Elle sera créée à Bruxelles la même année. Dédiée «à la gloire de Dieu», cette véritable messe, qui rompt avec le ritualisme archaïque du Sacre, sera amplifiée par un Credo, composé en 1932, et par un Ave Maria, ajouté en 1934. En 1939, Stravinski composera la monumentale Symphonie en ut, elle aussi dédiée «à la gloire de Dieu». Écrite dans les règles du diatonisme, cette dernière œuvre est l’une des plus grandioses du compositeur.

 

Cet élan vers le spirituel, tout à fait évident avec Stravinski et Messiaen, est toutefois décelable chez d’autres compositeurs, tel Arnold Schonberg, qui entreprend à la même époque (1930-1932) la composition de son opéra Moïse et Aaron dont le troisième acte restera inachevé. Cette œuvre, d’une facture dodécaphonique extrêmement complexe, précédera de peu le départ du compositeur pour les États-Unis en octobre 1933. Mythe biblique et judaïque, Moïse et Aaron est aussi une allégorie autobiographique, qui traite à travers le thème de la représentation de Dieu celui du visible et de l’invisible, intrinsèquement lié à la problématique de la création artistique. Déjà préfigurée dans Von Heute auf Morgen (1928-1929), un opéra bouffe en un acte d’un style berlinois et moderniste, cette thématique devait inévitablement conduire Schonberg à abandonner toute forme d’écriture scénique et de représentation théâtrale, si l’on admet comme le compositeur, pour qui la position de Moïse est la sienne propre, que la présence de Dieu ne peut être qu’invisible pour l’homme. C’est dans cette perspective également qu’il faut comprendre l’attachement de Schonberg pour la composition instrumentale puisque, à 

histoire

« CRÉATION r-.IUSICALE.

Arnold SchOnberg (à droite) et Léopol� Godowsky (à gauche) s'exilent aux Etats-Unis et verrom leurs œuvres imerdites par I'AIIemagm� hitlérienne.

Ci-comre: les deux compositeurs en compagnie d'Albert Einstein, à New York, en 1934.

© Siiddeurscher Ver/ag CRÉATION MUSICALE.

Sergueï Prokofiev est l'un des principaux représentants de la musique russe dans les années treille.

Ci-contre: le compositeur dirige le violoniste David Oïstrakh à Moscou, en 1936.

©APN Si cette attitude rapproche Schonberg d'Alban Berg, elle contraste avec la fidélité qu'Anton Webern montre à l'égard du séria· lisme.

Le Quatuor opus 22 (1930) et les Trois Chants (1934) feront la démonstration d'un discours sériel parfaitement constitué, c'est-à-dire unifié et harmonisé.

Webern atteindra en outre une maîtrise complète de l'art de la variation et du canon, dont les formes polyphoniques apparaîtront dans l'œuvre pour chœur Das Augenlicht (1935), mon­ trant la voie d'un équilibre entre résurgence de formes traditionnelles et pensée sérielle.

Alban Berg, qui devait s'éteindre le 24 décembre 1935, lais­ sera aux années trente deux de ses plus grands chefs-d'œuvre: le Concerto pour violon, .

Utilisant même le système modal (connu dans les sociétés traditionnelles), André Jolivet compose Cosmogonie en 1938, et Cinq Danses rituelles, en 1939.

C ouRANTS ACADÉMIQUES À cô té de ces nouveaux courants musicaux, auxquels on peut associer le Webern du Concerto pour 9 instruments (1934) et le Bartôk des Musiques pour cordes, harpe, célesta et percussioiiS (1936), des formes d'écriture musicale plus académiques trouvent encore l'oc­ casion de se perpétuer.

Avec Paul Hindemith, qui publie en 1937 son traité d'harmonie, Unterweisung im Tonsatz, on retrouve l'usage d'une tonalité traditionnelle, aux formes néo-classiques et aux accents postromantiques: Konzermusik ( 1931) et Mathis der Ma/er, opéra inspiré de la vie du peintre Mathias Grünewald, de même que le Bacchus et Ariane d'Albert Roussel qui meurt en 1937, ou l'Arabella de Richard Strauss feront écho à cette conception.

Stravinski lui­ même, qui collabore avec André Gide pour le ballet Perséphone, donnera l'exemple d'un néo-classicisme qui rappelle l'époque des Bal­ lets russes.

Médée de Darius Milhaud et Nicolas de Flües d'Arthur Honegger alimenteront ce courant.

Avec Stravinski, à qui l'on doit notamment un Concerto en ré (1931-1932), un Duo concertant pour violon et piano (1933}, un Concerto perdue pianiforti (1935) et enfin le célèbre Concerto en mi bémol (Dumbarton Oak.s Concerto, 1938), Sergueï Prokofiev et Chos· takovitch sont les principaux représentants de la musique russe durant les années trente.

Si Stravinski choisit dès les années vingt de vivre en Europe, puis aux États-Unis, Prokofiev et Chostakovitch resteront en Union soviétique.

Tandis que Prokofiev fait allégeance à l'idéologie soviétique, en adoptant pour Siméon Kotko (1939) notamment une esthétique populiste, Chostakovitch montre avec le Nez (1931), son premier opéra, l'ampleur de son génie dramatique et satirique.

Tiré d'une nouvelle de Gogol, le Nez sera suivi en 1933 d'un opéra plus acide encore, Lady Macbeth de Mzensk.

Cette œuvre sera d'abord saluée par la presse avant d'être violemment attaquée, lors d'une campagne orchestrée par Staline.

Le 28 janvier 1936, Jdanov publie, dans la Pravda, «Le Chaos en guise de musique»: «Cette musique décuple et transpose à l'opéra tous les éléments négatifs du théâtre de Meyerhold.>> Lady Macbeth sera retiré des théâtres.

On doit aussi à Chostakovitch une œuvre instrumentale gigantesque, sensible aux courants contemporains dont il faut retenir le Concerto pour piano n• 1 (1933), la Suite pour orchestre de jazz (1934), la Sonate en ré mineur et la Symphonie n• 4- sans doute l'œuvre la plus complexe du compositeur qui se libère alors de l'influence russe.

La 5' Symphonie (1936), son œuvre la plus populaire, et la 6' Symphonie (1937) seront, sur le plan de l'écriture musicale, moins audacieuses.. »

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