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Histoire de la Revolution francaise, tome 1 et la commune entre les individus.

Publié le 11/04/2014

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Histoire de la Revolution francaise, tome 1 et la commune entre les individus. L'assemblee fixa ensuite la qualite de citoyen jouissant des droits politiques. Elle exigea vingt-cinq ans et la contribution du marc d'argent. Chaque individu reunissant ces conditions avait le titre de citoyen actif, et ceux qui ne l'avaient pas se nommaient citoyens passifs. Ces denominations assez simples furent tournees en ridicule, parce que c'est aux denominations qu'on s'attache quand on veut deprecier les choses; mais elles etaient naturelles et exprimaient bien leur objet. Le citoyen actif concourait aux elections pour la formation des administrations et de l'assemblee. Les elections des deputes avaient deux degres. Aucune condition n'etait exigee pour etre eligible; car, comme on l'avait dit a l'assemblee, on est electeur par son existence dans la societe, et on doit etre eligible par la seule confiance des electeurs. Ces travaux, interrompus par mille discussions de circonstance, etaient cependant pousses avec une grande ardeur. Le cote droit n'y contribuait que par son obstination a les empecher, des qu'il s'agissait de disputer quelque portion d'influence a la nation. Les deputes populaires, au contraire, quoique formant divers partis, se confondaient ou se separaient sans choc, suivant leur opinion personnelle. Il etait facile d'apercevoir que chez eux la conviction dominait les alliances. On voyait Thouret, Mirabeau, Duport, Sieyes, Camus, Chapelier, tour a tour se reunir ou se diviser, suivant leur opinion dans chaque discussion. Quant aux membres de la noblesse et du clerge, ils ne se montraient que dans les discussions de parti. Les parlemens avaient-ils rendu des arretes contre l'assemblee, des deputes ou des ecrivains l'avaient-ils offensee, ils se montraient prets a les appuyer. Ils soutenaient les commandans militaires contre le peuple, les marchands negriers contre les negres; ils opinaient contre l'admission des juifs et des protestans a la jouissance des droits communs. Enfin, quand Genes s'eleva contre la France, a cause de l'affranchissement de la Corse et de la reunion de cette ile au royaume, ils furent pour Genes contre la France. En un mot, etrangers, indifferens dans toutes les discussions utiles, n'ecoutant pas, s'entretenant entre eux, ils ne se levaient que lorsqu'il y avait des droits ou de la liberte a refuser[9]. Nous l'avons deja dit, il n'etait plus possible de tenter une grande conspiration a cote du roi, puisque l'aristocratie etait mise en fuite, et que la cour etait environnee de l'assemblee, du peuple et de la milice nationale. Des mouvemens partiels etaient donc tout ce que les mecontens pouvaient essayer. Ils fomentaient les mauvaises dispositions des officiers qui tenaient a l'ancien ordre de choses, tandis que les soldats, ayant tout a gagner, penchaient pour le nouveau. Des rixes violentes avaient lieu entre l'armee et la populace: souvent les soldats livraient leurs chefs a la multitude, qui les egorgeait; d'autres fois, les mefiances etaient heureusement calmees, et tout rentrait en paix quand les commandans des villes avaient su se conduire avec un peu d'adresse, et avaient prete serment de fidelite a la nouvelle constitution. Le clerge avait inonde la Bretagne de protestations contre l'alienation de ses biens. On tachait d'exciter un reste de fanatisme religieux dans les provinces ou l'ancienne superstition regnait encore. Les parlemens furent aussi employes, et on tenta un dernier essai de leur autorite. Leurs vacances avaient ete prorogees par l'assemblee, parce qu'en attendant de les dissoudre, elle ne voulait pas avoir a discuter avec eux. Les chambres des vacations rendaient la justice en leur absence. A Rouen, a Nantes, a Rennes, elles prirent des arretes, ou elles deploraient la ruine de l'ancienne monarchie, la violation de ses lois; et, sans nommer l'assemblee, semblaient l'indiquer comme la cause de tous les maux. Elles furent appelees a la barre et censurees avec menagement. Celle de Rennes, comme plus coupable, fut declaree incapable de remplir ses fonctions. Celle de Metz avait insinue que le roi n'etait pas libre; et c'etait la, comme nous l'avons dit, la politique des mecontens. Ne pouvant se servir du roi, ils cherchaient a le representer comme en etat d'oppression, et voulaient annuler ainsi toutes les lois qu'il paraissait consentir. Lui-meme semblait seconder cette politique. Il n'avait pas voulu rappeler ses gardes-du-corps renvoyes aux 5 et 6 octobre, et se faisait garder par la milice nationale, au milieu de laquelle il se savait en surete. Son intention etait de paraitre captif. La commune de Paris dejoua cette trop petite ruse, en priant le roi de rappeler ses gardes, ce qu'il refusa sous de vains pretextes, et par l'intermediaire de la reine[10]. L'annee 1790 venait de commencer, et une agitation generale se faisait sentir. Trois mois assez calmes s'etaient ecoules depuis les 5 et 6 octobre, et l'inquietude semblait se renouveler. Les grandes agitations sont CHAPITRE IV. INTRIGUES DE LA COUR.REPAS DES GARDES-DU-CORPS ET DES OFFICIERS DU R 62 Histoire de la Revolution francaise, tome 1 suivies de repos, et ces repos de petites crises, jusqu'a des crises plus grandes. On accusait de ces troubles le clerge, la noblesse, la cour, l'Angleterre meme, qui chargea son ambassadeur de la justifier. Les compagnies soldees de la garde nationale furent elles-memes atteintes de cette inquietude generale. Quelques soldats reunis aux Champs-Elysees demanderent une augmentation de paye. Lafayette, present partout, accourut, les dispersa, les punit, et retablit le calme dans sa troupe toujours fidele, malgre ces legeres interruptions de discipline. On parlait surtout d'un complot contre l'assemblee et la municipalite, dont le chef suppose etait le marquis de Favras. Il fut arrete avec eclat, et livre au Chatelet. On repandit aussitot que Bailly et Lafayette avaient du etre assassines; que douze cents chevaux etaient prets a Versailles pour enlever le roi; qu'une armee, composee de Suisses et de Piemontais, devait le recevoir, et marcher sur Paris. L'alarme se repandit; on ajouta que Favras etait l'agent secret des personnages les plus eleves. Les soupcons se dirigerent sur Monsieur, frere du roi. Favras avait ete dans ses gardes, et avait de plus negocie un emprunt pour son compte. Monsieur, effraye de l'agitation des esprits, se presenta a l'Hotel-de-Ville, protesta contre les insinuations dont il etait l'objet, expliqua ses rapports avec Favras, rappela ses dispositions populaires, manifestees autrefois dans l'assemblee des notables, et demanda a etre juge, non sur les bruits publics, mais sur son patriotisme connu et point dementi[11]. Des applaudissemens universels couvrirent son discours, et il fut reconduit par la foule jusqu'a sa demeure. Le proces de Favras fut continue. Ce Favras avait couru l'Europe, epouse une princesse etrangere, et faisait des projets pour retablir sa fortune. Il en avait fait au 14 juillet, aux 5 et 6 octobre, et dans les premiers mois de 1790. Les temoins qui l'accusaient precisaient son dernier plan. L'assassinat de Bailly et de Lafayette, l'enlevement du roi, paraissaient faire partie de ce plan; mais on n'avait aucune preuve que les douze cents chevaux fussent prepares, ni que l'armee suisse ou piemontaise fut en mouvement. Les circonstances etaient peu favorables a Favras. Le Chatelet venait d'elargir Besenval et autres impliques dans le complot du 14 juillet; l'opinion etait mecontente. Neanmoins Lafayette rassura les messieurs du Chatelet, leur demanda d'etre justes, et leur promit que leur jugement, quel qu'il fut, serait execute. Ce proces fit renaitre les soupcons contre la cour. Ces nouveaux projets la faisaient paraitre incorrigible; car, au milieu meme de Paris, on la voyait conspirer encore. On conseilla donc au roi une demarche eclatante qui put satisfaire l'opinion publique. Le 4 fevrier 1790, l'assemblee fut etonnee de voir quelques changemens dans la disposition de la salle. Un tapis a fleurs de lis recouvrait les marches du bureau. Le fauteuil des secretaires etait rabaisse: le president etait debout a cote du siege ou il etait ordinairement assis. Voici le roi, s'ecrient tout-a-coup les huissiers; et Louis XVI entre aussitot dans la salle. L'assemblee se leve a son aspect, et il est recu au milieu des applaudissemens. Une foule de spectateurs rapidement accourus occupent les tribunes, envahissent toutes les parties de la salle, et attendent avec la plus grande impatience les paroles royales. Louis XVI parle debout a l'assemblee assise: il rappelle d'abord les troubles auxquels la France s'est trouvee en proie, les efforts qu'il a faits pour les calmer, et pour assurer la subsistance du peuple; il recapitule les travaux des representans, en declarant qu'il avait tente les memes choses dans les assemblees provinciales; il montre enfin qu'il avait jadis manifeste lui-meme les voeux qui viennent d'etre realises. Il ajoute qu'il croit devoir plus specialement s'unir aux representans de la nation, dans un moment ou on lui a soumis les decrets destines a etablir dans le royaume une organisation nouvelle. Il favorisera, dit-il, de tout son pouvoir le succes de cette vaste organisation; toute tentative contraire serait coupable et poursuivie par tous les moyens. A ces mots, des applaudissemens retentissent. Le roi poursuit; et, rappelant ses propres sacrifices, il engage tous ceux qui ont perdu quelque chose a imiter sa resignation, et a se dedommager de leurs pertes par les biens que la constitution nouvelle promet a la France. Mais, lorsque, apres avoir promis de defendre cette constitution, il ajoute qu'il fera davantage encore, et que, de concert avec la reine, il preparera de bonne heure l'esprit et le coeur de son fils au nouvel ordre de choses, et l'habituera a etre heureux du bonheur des Francais, des cris d'amour s'echappent de toutes parts, toutes les mains sont tendues vers le monarque, tous les yeux cherchent la CHAPITRE IV. INTRIGUES DE LA COUR.REPAS DES GARDES-DU-CORPS ET DES OFFICIERS DU R 63
histoire

« suivies de repos, et ces repos de petites crises, jusqu'a des crises plus grandes.

On accusait de ces troubles le clerge, la noblesse, la cour, l'Angleterre meme, qui chargea son ambassadeur de la justifier.

Les compagnies soldees de la garde nationale furent elles-memes atteintes de cette inquietude generale.

Quelques soldats reunis aux Champs-Elysees demanderent une augmentation de paye.

Lafayette, present partout, accourut, les dispersa, les punit, et retablit le calme dans sa troupe toujours fidele, malgre ces legeres interruptions de discipline. On parlait surtout d'un complot contre l'assemblee et la municipalite, dont le chef suppose etait le marquis de Favras.

Il fut arrete avec eclat, et livre au Chatelet.

On repandit aussitot que Bailly et Lafayette avaient du etre assassines; que douze cents chevaux etaient prets a Versailles pour enlever le roi; qu'une armee, composee de Suisses et de Piemontais, devait le recevoir, et marcher sur Paris.

L'alarme se repandit; on ajouta que Favras etait l'agent secret des personnages les plus eleves.

Les soupcons se dirigerent sur Monsieur, frere du roi. Favras avait ete dans ses gardes, et avait de plus negocie un emprunt pour son compte.

Monsieur, effraye de l'agitation des esprits, se presenta a l'Hotel-de-Ville, protesta contre les insinuations dont il etait l'objet, expliqua ses rapports avec Favras, rappela ses dispositions populaires, manifestees autrefois dans l'assemblee des notables, et demanda a etre juge, non sur les bruits publics, mais sur son patriotisme connu et point dementi[11].

Des applaudissemens universels couvrirent son discours, et il fut reconduit par la foule jusqu'a sa demeure. Le proces de Favras fut continue.

Ce Favras avait couru l'Europe, epouse une princesse etrangere, et faisait des projets pour retablir sa fortune.

Il en avait fait au 14 juillet, aux 5 et 6 octobre, et dans les premiers mois de 1790.

Les temoins qui l'accusaient precisaient son dernier plan.

L'assassinat de Bailly et de Lafayette, l'enlevement du roi, paraissaient faire partie de ce plan; mais on n'avait aucune preuve que les douze cents chevaux fussent prepares, ni que l'armee suisse ou piemontaise fut en mouvement.

Les circonstances etaient peu favorables a Favras.

Le Chatelet venait d'elargir Besenval et autres impliques dans le complot du 14 juillet; l'opinion etait mecontente.

Neanmoins Lafayette rassura les messieurs du Chatelet, leur demanda d'etre justes, et leur promit que leur jugement, quel qu'il fut, serait execute. Ce proces fit renaitre les soupcons contre la cour.

Ces nouveaux projets la faisaient paraitre incorrigible; car, au milieu meme de Paris, on la voyait conspirer encore.

On conseilla donc au roi une demarche eclatante qui put satisfaire l'opinion publique. Le 4 fevrier 1790, l'assemblee fut etonnee de voir quelques changemens dans la disposition de la salle.

Un tapis a fleurs de lis recouvrait les marches du bureau.

Le fauteuil des secretaires etait rabaisse: le president etait debout a cote du siege ou il etait ordinairement assis.

\34Voici le roi,\35 s'ecrient tout-a-coup les huissiers; et Louis XVI entre aussitot dans la salle.

L'assemblee se leve a son aspect, et il est recu au milieu des applaudissemens.

Une foule de spectateurs rapidement accourus occupent les tribunes, envahissent toutes les parties de la salle, et attendent avec la plus grande impatience les paroles royales.

Louis XVI parle debout a l'assemblee assise: il rappelle d'abord les troubles auxquels la France s'est trouvee en proie, les efforts qu'il a faits pour les calmer, et pour assurer la subsistance du peuple; il recapitule les travaux des representans, en declarant qu'il avait tente les memes choses dans les assemblees provinciales; il montre enfin qu'il avait jadis manifeste lui-meme les voeux qui viennent d'etre realises.

Il ajoute qu'il croit devoir plus specialement s'unir aux representans de la nation, dans un moment ou on lui a soumis les decrets destines a etablir dans le royaume une organisation nouvelle.

Il favorisera, dit-il, de tout son pouvoir le succes de cette vaste organisation; toute tentative contraire serait coupable et poursuivie par tous les moyens.

A ces mots, des applaudissemens retentissent.

Le roi poursuit; et, rappelant ses propres sacrifices, il engage tous ceux qui ont perdu quelque chose a imiter sa resignation, et a se dedommager de leurs pertes par les biens que la constitution nouvelle promet a la France.

Mais, lorsque, apres avoir promis de defendre cette constitution, il ajoute qu'il fera davantage encore, et que, de concert avec la reine, il preparera de bonne heure l'esprit et le coeur de son fils au nouvel ordre de choses, et l'habituera a etre heureux du bonheur des Francais, des cris d'amour s'echappent de toutes parts, toutes les mains sont tendues vers le monarque, tous les yeux cherchent la Histoire de la Revolution francaise, tome 1 CHAPITRE IV.

INTRIGUES DE LA COUR.\24REPAS DES GARDES-DU-CORPS ET DES OFFICIERS DU REGIMENT DE FLANDRE A VERSAILLES.\24JOURNEES DES 4, 5, ET 6 OCTOBRE; SCENES TUMULTUEUSES ET SANGLANTES.

ATTAQUE DU CHATEAU DE VERSAILLES PAR LA MULTITUDE.\24LE ROI VIENT DEMEURER A PARIS.\24ETAT DES PARTIS.\24LE DUC D'ORLEANS QUITTE LA FRANCE.\24NEGOCIATION DE MIRABEAU AVEC LA COUR.

\24L'ASSEMBLEE SE TRANSPORTE A PARIS.\24LOI SUR LES BIENS DU CLERGE.

\24SERMENT CIVIQUE,\24TRAITE DE MIRABEAU AVEC LA COUR.\24BOUILLE.

\24AFFAIRE FAVRAS.\24PLANS CONTRE-REVOLUTIONNAIRES.\24CLUBS DES JACOBINS ET DES FEUILLANTS.

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