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LE LÉVIATHAN DE THOMAS HOBBES

Publié le 06/09/2018

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hobbes

Alors paraît à Londres un livre au titre étrange : Léviathan ou la matière, la forme el la puissance d'un Étal ecclésiastique el civil. « Léviathan », c'est un monstre biblique, une sorte de gros hippopotame dont parle le livre de Job, en précisant « qu'il n'est pas de puissance sur la terre qui puisse lui être comparée ».

Non moins étrange est le frontispice qui orne le livre. On y voit - émergeant à mi-corps derrière des collines, dominant un paysage de champs, de bois et de châteaux qui précèdent une ville imposante - un géant couronné. Il est brun; chevelu et moustachu, avec un regard fixe, pénétrant, un sourire imperceptiblement sarcas­tique (il ressemblerait, a-t-on dit, à Cromwell). Ce qu'on aperçoit de son corps, buste et bras, est fait de plusieurs milliers de petits individus agglomérés. De la main droite il tient, levé au-dessus de la campagne et de la ville, un glaive ; de la main gauche une crosse épiscopale. Plus bas, encadrant le titre de l'ouvrage, deux séries d'emblèmes contrastés, les uns d'ordre temporel ou militaire, les autres d'ordre spirituel ou ecclésiastique, se font face : un fort, une cathédrale ; une couronne, une mitre ; un canon, les foudres de l'excommunication ; une bataille aux chevaux cabrés ; un concile aux longues robes . . .

C'est un rébus. Que signifie-t-il ? L'auteur, dans l'introduction, nous met sur la voie

. . . l'art de l'homme . . . peut faire un animal artificiel. . . Plus encore, l'art peut imiter l'homme, ce chef-d'œuvre rationnel de la nature. Car c'est bien un ouvrage de l'art que ce grand Léviathan qu'on appelle chose publique ou État (Commonwealth), en latin civifas, et qui n'est rien autre qu'un homme artificiel, quoique d'une taille beaucoup plus élevée et d'une force beaucoup plus grande que l'homme naturel, pour la protection et la défense duquel il a été imaginé. En lui la souveraineté est une âme artifi­cielle, puisqu'elle donne la vie et le mouvement au corps tout entier . . . La récompense et le châtiment... sont ses nerfs. L'opulence et les richesses de tous les particuliers sont sa force. Salus populi, le salut du peuple, est sa fonction ... L'équité et les lois lui sont une raison et une volonté artificielles. La concorde est sa santé, la sédition sa maladie, et la guerre civile sa mort. Enfin les pactes et les contrats qui à l'origine présidèrent à la constitution, à l'assemblage et à l'union des parties de ce corps poli­tique ressemblent à ce fiat ou faisons l'homme que prononça Dieu à la création.

*

L'auteur de ce livre étrange, Thomas Hobbes, était lui-même un curieux homme, un homme de la grande espèce intellectuelle, comme chaque siècle en produit deux ou trois.

 

Il était né en 1588, avant terme. Sa mère avait été trop sensible aux alarmes que suscitaient dans l'opinion anglaise les préparatifs gigantesques de Philippe Il d'Espagne (« l'invincible Armada ») contre Elisabeth, la reine hérétique. Hobbes attribuait lui-même à cette particularité de sa naissance son caractère craintif : « La crainte et moi sommes deux jumeaux.» Son destin voulait qu'il vécût à une époque de l'histoire anglaise peu propice à un amateur de tranquillité et de paix, qu'effrayaient des fantômes et à plus forte raison les hommes réels, assez sauvages, de ce temps troublé. Hobbes, dès sa ·jeunesse, prit en horreur non seulement la scolastique médiévale, mais aussi les discussions politico-religieuses qui faisaient rage, à l'Univer‑

hobbes

« Le «Léviathan » de Hob bes Alors paraît à Londres un livre au titre étrange : Léviathan ou la matière, la forme el la pui ssance d'un Etal ecclésiastique el civil.

«Léviathan », c'est un monstre biblique, une sorte de gros hippopotame dont parle le livre de Job, en précisant «qu'il n'est pas de puissance sur la terre qui puisse lui être comparée ».

Non moins étrange est le frontispice qui orne le livre.

On y voit -émergeant à mi-corps derrière des collines, dominant un paysage de champs, de bois et de châteaux qui précèdent une ville imposante - un géant couronné.

Il est brun; chevelu et moustachu , avec un regard fixe, pénétrant, un sourire imperceptiblement sarcas­ ti que (il ressemblerait, a-t-on dit, à Cromwe ll).

Ce qu'on aperçoit de son corps, buste et bras, est fait de plusieurs milliers de petits individus agglomérés.

De la main droite il tient, levé au-dessus de la camp agne et de la ville, un glaive ; de la main gauche une crosse épiscopale.

Plus bas, encadrant le titre de l'ouvrage, deux séries d'emblèmes contrast és, les uns d'ordre temporel ou militaire , les autres d'ordre spirituel ou ecclésiastique, se font face : un fort, une cathédrale ; une couronne, une mitre ; un canon, les foudres de l'excomm unication; une bataille aux chevaux cabrés ; un concile aux longues robes ...

C'est un rébus.

Que signifie-t-il ? L'au teur, dans l'introduct ion, nous met sur la voie ...

l'art de l'homme ...

peut faire un animal artificiel.

..

Plus encore, l'art peut imiter l'homme, ce chef-d'œuvre rationnel de la nature.

Car c'est bien un ouvrage de l'art que ce grand Léviathan qu'on appelle chose publique ou État (Commonwealth ), en latin civifas, et qui n'est rien autre qu'un homme artificiel, quoique d'une taille beaucoup plus élevée et d'une force beaucoup plus grande que l'homme naturel, pour la protection et la défense duquel il a été imaginé.

En lui la souv eraineté est une âme artifi­ cielle , puisqu' elle donne la vie et le mouvement au corps tout entier ...

La réco mpense et le châtiment.

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sont ses nerfs.

L'opulence et les richesses de tous les particuliers sont sa force.

Salus populi, le salut du peuple, est sa fonction ...

L'équ ité et les lois lui sont une raison et une volonté arti ficielles.

La concorde est sa santé, la sédition sa maladie, et la guerre civile sa mort.

Enfin les pactes et les contrats qui à l'origine présidèrent à la constitution, à l'assemblage et à l'union des parties de ce corps poli­ tique ressemblent à ce fiat ou faisons l'homme que prononça Dieu à la création .

* L' auteur de ce livre étrange, Thomas Hobbes, était lui-même un curieux homme, un homme de la grande espèce intellectu elle, comme chaque siècle en produit deux ou trois .

Il était né en 1588, avant terme.

Sa mère avait été trop sensible aux alarmes que suscitaient dans l'opinion anglaise les préparatifs gigantesques de Philippe Il d' Espagne («l'invincible Armada») contre Elisabeth, la reine hérétique.

Hobbes attr ibuait lui-même à cette particular ité de sa naissance son caractère craintif : «L a crainte et moi sommes deux jumeaux.

» Son destin voulait qu'il vécût à une époque de l'histoire anglaise peu propice à un amateur de tranquillité et de paix, qu'eff rayaient des fantômes et à plus forte raison les hommes réels, assez sauvages, de ce temps troublé.

Hobbes, dès sa ·jeunesse, prit en horreur non seulement la scolastique médiévale, mais aussi les discussions politico-relig ieuses qui faisaient rage, à l'Un iver-. »

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