Devoir de Philosophie

Le problème de la définition de la vérité- La « vérité-correspondance » - Vérité-correspondance ou vérité-cohérence ?

Publié le 08/01/2020

Extrait du document

La vérité n'est-elle qu'une convention ?

Nous rencontrons ici la conception conventionnaliste de la vérité, défendue au début du siècle par Pierre Duhem et Henri Poincaré, et aussi par le physicien Max Planck. Selon cette conception, une théorie physique ne sera qu'un modèle artificiellement construit, auquel on ne demande pas d'expliquer la nature du réel mais seulement de « sauver les phénomènes », c'est-à-dire de rendre compte des données observables et de permettre des prédictions. Face à deux modèles concurrents d'une même réalité, lequel choisir, puisque chacun n'est qu'une construction et qu'aucun n'en énonce l'objective vérité ? Le conventionnalisme répond : choisissons le plus commode. Le plus vrai, c'est le plus simple ! La science n'est qu'une « langue bien faite ».

Pour le conventionnalisme, il n'y a pas des théories objectivement vraies et d'autres objectivement fausses. Les vérités de la science ne sont pas des découvertes, mais des inventions, c'est-à-dire une certaine manière de formuler les observations. Si l'on en choisit une, plutôt qu'une autre, concurrente, ce n'est pas qu'elle est plus « vraie », c'est qu'elle est plus simple : elle est un modèle qui permet une description plus économique des phénomènes.

La définition pragmatiste de la vérité

Ce conventionnalisme étayé sur une analyse de la science moderne semble réactualiser l'aphorisme de Protagoras : « l'homme est la mesure de toute chose ». Si tel est le cas, en effet, la vérité n'est qu'une convention commode... ou bien efficace. Cette dernière éventualité lie la vérité à la réussite de l'action. Nous rencontrons alors la conception pragmatiste* de la vérité dont, au début du siècle, l'américain William James a donné la formulation la plus achevée (cf. texte 8). L'efficacité peut-elle pourtant être un gage suffisant de vérité ? Il importe sans doute à nos idées d'augmenter notre puissance d'agir. Le pragmatisme, en cela, n'a pas tort. Mais il a tort de faire du succès

Si, comme on l'a dit, la vérité est de l'ordre de ce qui s'énonce, deux questions, jusqu'ici restées en suspens, doivent être posées. Premièrement, en quoi consiste un énoncé vrai ? Deuxièmement, à quoi le reconnaît-on ? La première question est celle de la définition de la vérité, la seconde, celle de ses critères.

La « vérité-correspondance »

Nous allons pour l'instant nous attacher à la question de la définition de la vérité, et nous apercevoir qu'elle suscite bien des difficultés et des controverses. La définition qui, par sa simplicité et sa généralité, semble s'imposer fait de la vérité une conformité, adéquation ou concordance du jugement (de l'énoncé) et de la chose (la réalité).

Cette définition traditionnelle remonte aux Grecs, et, au Moyen Âge, Thomas d'Aquin l'exprimait ainsi : « La vérité est en notre esprit en tant qu'il est adéquat à la réalité perçue. » Le logicien contemporain Tarski exprimera encore plus simplement la même conception de la « vérité-correspondance » : la proposition « il neige » est vraie si et seulement si, en fait, il neige.

D'autres définitions sont-elles possibles ?

Cette définition commune de la vérité va se révéler à l'analyse moins simple et moins suffisante qu'il n'y paraît.

Comme le remarque Kant, définir la vérité comme « l'accord de la connaissance avec son objet » est juste, mais c'est une définition purement « nominale ». C'est-à-dire qu'elle n’indique pas un critère sûr et universel de la vérité qui permettrait d'appliquer cette définition et de savoir quelle connais

« sance est vraie.

Autrement dit, quel est le sens de l'adéqua­ tion ? Est-ce, comme l'admettent les empiristes (cf.

texte 6).

à l'esprit d'être adéquat aux choses? Ou, comme le veut Kant, aux choses de l'être à l'esprit? · •Vérité-correspondance ou vérité-cohérence ? La définition de la vérité comme correspondance ne fait pas l'unanimité.

On peut lui opposer d'autres conceptions.

Une des plus importantes d'entre elles définit la vérité en termes de cohérence.

Selon cette conception, une théorie scientifique, par exemple, sera dite vraie, non si elle corres­ pond aux faits, mais si les propositions qui la constituent for­ ment un ensemble cohérent, c'est-à-dire si elles sont com­ patibles entre elles.

La théorie de la « vérité-cohérence » semble difficile à sou­ tenir: l'accord de la pensée avec elle-même n'est, comme le remarque Kant, qu'une condition négative de la vérité.

Plus précisément, c'en est une condition nécessaire (car on ne peut se contredire et énoncer une vérité), mais non une con­ dition suffisante.

Nos pensées peuvent être entre elles cohé­ rentes et en contradiction avec la réalité.

A suivre la « vérité­ cohérence », on devrait tenir des imaginations fantaisistes pour vraies si seulement elles ne renferment pas de contra­ dictions internes ! Mais la théorie de la « vérité-correspondance » suscite aussi des difficultés.

Elle suppose en effet que les données de l'expérience (les« faits»), auxquelles nos théories ou nos propositions doivent correspondre, sont disponibles indépen­ damment de ces théories ou de notre langage.

Or, rien n'est moins sûr.

Toute tentative de parler du monde n'en est-il pas déjà une interprétation? Il n'existe pas de «faits» purs, indépendants de l'esprit et de son effort vers la connaissance.

Notre langage, nos croyances, nos cadres mentaux organi­ sent le monde, et quand on demande à une théorie de «·cor­ respondre »aux faits, les faits auxquels elle correspond n'ont souvent de sens et d'existence qu'à l'intérieur de cette théo­ rie ! Cela ne conduit-il pas à rendre, sinon impossible, du moins problématique l'idée d'une vérité objective? Et à faire de la vérité une simple façon de parler convenablement du monde?. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles