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Six personnages en quête d’auteur: Nous n’avons pas d’autre réalité que l’illusion. Luigi Pirandello

Publié le 19/03/2020

Extrait du document

illusion

« le directeur, sans avoir très bien compris, effaré par cette argumentation spécieuse. — Et alors, où voulez-vous en venir?

le pere. — Oh, à rien, monsieur. Qu’à vous faire voir que si nous autres (il indique de nouveau lui-même et les autres personnages), nous n’avons pas d’autre réalité que l’illusion, vous feriez bien, vous aussi, de vous défier de votre réalité, de celle que vous respirez et que vous touchez en vous aujourd’hui, parce que — comme celle d’hier — elle est destinée à se révéler demain pour vous une illusion.

LE directeur, se décidant à prendre la chose en plaisan-
terie. — Ah, oui! Et dites donc, pendant que vous y êtes, que vous-même, avec cette pièce que vous venez me jouer ici, vous êtes plus vrai et plus réel que moi! le pere, avec le plus grand sérieux. — Mais sans aucun doute, Monsieur!
le directeur. — Ah, oui?
le pere. — Je croyais que vous l’aviez compris dès le début.
le directeur. — Plus réel que moi?
le pere. — Puisque votre réalité peut changer du jour au lendemain...
le directeur. — Mais bien sûr qu’elle peut changer! Elle change continuellement: comme celle de tout le monde !
LE PERE, dans un cri. — Mais pas la nôtre, monsieur ! Vous comprenez? C’est là toute la différence! Elle ne change pas, elle ne peut pas changer, ni jamais être une autre, parce qu’elle est déjà fixée — déjà ainsi — déjà ‘celle-ci’ — pour toujours — (c’est terrible, monsieur!) une réalité immuable, qui devrait vous faire frissonner tous quand vous vous approchez de nous ! »
(traduction de Michel Arnaud)

«J’ai voulu représenter six personnages qui sont à la recherche d’un auteur. Leur drame ne parvient pas à être représenté, précisément parce que fait défaut l’auteur qu’ils cherchent; et ce qui, par contre, est représenté, c’est la comédie de cette vaine tentative qu’est la leur, avec tout ce qu’elle a de tragique du fait que ces six personnages ont été refusés. »

«Même en cherchant minutieusement, je n’aurais pu trouver une manière plus désordonnée, plus bizarre, plus arbitraire et plus compliquée, c’est-à-dire plus romantique, de représenter ‘le drame dans lequel sont impliqués les six personnages’. »

«Je les présente comme les personnages d’une autre pièce qu’ils ignorent, qu’ils ne soupçonnent même pas, si bien que leur agitation passionnée, typique des procédés romantiques, est située de manière humoristique et assise sur le vide. »
«Mais c’est précisément ce chaos organique et naturel que je devais représenter, et représenter un chaos ne signifie nullement le représenter de manière chaotique. »
illusion

« 274 / RÉALITÉ DES PERSONNAGES • 36 cun prétend avoir vécu : ces personnages inachevés ten­ tent, ·en désespoir de cause, de justifier, aux yeux du directeur de la troupe et des acteurs, l'intérêt que présente leur propre drame.

Si ces personnages avaient eu l'aubaine de se faire re­ présenter par des acteurs qui, par vocation, auraient in­ carné leur drame, à partir d'un texte mené.

à son terme en bonne et due forme, nous aurions eu soit une comédie de mœurs (un vaudeville), soit un mélodrame, compte tenu du pathétique dont chacun des personnages cherche à se prévaloir.

En tout état de cause, ces personnages veulent à toute force jouer eux-mêmes leur rôle qu'il s'agisse du Père, mari trompé, la cinquantaine, de la Mère et de ses enfants abandonnés (deux rôles muets, celui d'un adolescent âgé de quatorze ans et celui d'une fillette) ou encore de la Belle-Fille, âgée de dix-huit ans, fille naturelle.

C'est que, après avoir eu un Fils, le Père s'est séparé de sa femme.

La Mère est allée fonder un autre foyer: trois enfants naissent de ce second lit.

Après la mort de son second mari, la Mère revient vivre, avec ses trois enfants, auprès du premier mari.

Mais, entre temps, l'aînée des trois enfants, la Belle-Fille, se prostitue (discrètement) et rencontre dans la maison de rendez-vous le premier mari de sa mère, qui est donc son beau-père (le Père, dans la pièce et, selon la loi italienne, qui ne reconnaît pas la séparation, le père selon la loi).

La Belle-Fille évite de justesse de consommer l' «inceste».

Dans la pièce, la sœur, âgée de quatre ans, se noiera dans l'eau d'un bassin et l'adolescent de quatorze ans se tuera d'un coup de pistolet.

Dans cette «pièce à faire», comme l'indique le sous-titre de la pièce, Pirandello a donc imaginé que ces personna­ ges dont nous venons de parler, certes issus de son inven­ tion créatrice, n'ont pas reçu de lui une forme théâtrale définitivement structurée mais que, toutefois, ils ont trouvé le moyen de se rendre autonomes et d'exprimer eux-mêmes sur la scène (sans l'aide des acteurs présents) leur drame personnel.. »

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