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LE CLASSICISME EN LITTERATURE

Philosophie

Aperçu du corrigé : LE CLASSICISME EN LITTERATURE



Publié le : 21/11/2018 -Format: Document en format HTML protégé

LE CLASSICISME EN LITTERATURE
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 «Classique» et «classicisme» font partie des notions les plus délicates à bien utiliser en histoire et critique littéraires — et, plus largement, pour toutes les productions culturelles. Cela tient d’abord à la genèse même de ces termes, où trois sens fondamentaux s’enchevêtrent.

 

En latin, classicus signifie avant tout « du premier ordre », et notamment « citoyen de première classe ». Le sémantisme principal est donc alors l’idée d’excellence. Celle-ci s’est maintenue en français, en particulier lorsqu’il s’agit des textes et des auteurs. Jusqu’au xvie siècle, elle constitue le sens exclusif de « classique » dans cet emploi; et de nos jours, dire d’un écrivain qu’il est devenu un classique signifie qu’il est consacré. Mais un sens dérivé est devenu prépondérant au xviie siècle : ainsi le Dictionnaire de Richelet (1680) définit «classique » par « digne d’être enseigné dans les classes ». A cette date, le terme ne s’utilise de la sorte que pour parler des auteurs de l’Antiquité. Une nouvelle dérivation est survenue au début du xixe siècle, génératrice d’un troisième sens. « Classique » et son dérivé conceptuel et théorisant « classicisme » servent alors à désigner les auteurs célèbres de la seconde moitié du xviie siècle, ainsi que ceux qui les admirent, les imitent et cultivent comme eux la référence à l’antique. On rencontre de tels emplois, notamment, chez Mme de Staël (De l’Allemagne, t. II, 1810), Stendhal (Racine et Shakespeare, t. I, 1823), ou encore Cyprien Desmarais (Essai sur les classiques et les romantiques, 1824). Chez ces auteurs, classicisme forme, par son opposition avec romantisme, un système de distinction et de classement des manières et registres littéraires.

 

Ce cheminement sémantique s’éclaire par l’évolution des pratiques scolaires. Alors que, jusqu’à la fin du xviie siècle, seuls les auteurs anciens avaient droit de cité dans les programmes de l’École, au xviiie siècle un petit nombre d’auteurs français sont mis sur un pied d’égalité avec eux dans la consécration pédagogique. De Corneille à Fénelon, en passant par Molière, Boileau, Racine et La Fontaine, se constitue ainsi un palmarès des classiques, reconnus comme tels parce qu’enseignés en classe et, de fait, consacrés. Et comme il s’agit d’auteurs du « siècle de Louis XIV », l’équivalence s’établit entre le classicisme français et la littérature de cette période.

 

Ce sens persiste à l’heure actuelle comme acception fondamentale du classicisme. Par extension, on parle de « classique » pour tout auteur ayant une large place à l’École, et de « classicisme » pour toute écriture ayant un rapport, objectif ou supposé, avec la manière des « grands » classiques : ainsi a-t-on pu voir cette notion appliquée à Valéry, Gide, voire Camus et d’autres. Cette extension extrême, jointe à la fréquence d’emploi du terme, menace de vider la notion de tout sens repérable et, ce faisant, d’altérer gravement un moyen indispensable de percevoir et décrire les faits culturels. Le sens historique de classicisme, le seul un peu cohérent, exige donc d’être envisagé avec circonspection, dans un souci de rigueur.

 

Le classicisme : une histoire et un mythe

 

A proprement parler, il n’existe pas un mouvement littéraire classique. Le classicisme est plutôt un phénomène ou une conjonction de phénomènes. Ce nom n’a pas été choisi ou revendiqué par les auteurs que l’on regroupe sous cette appellation et il ne désigne pas un groupe organique, encore moins un cénacle ou une école, comme feront par exemple « romantisme » ou « surréalisme ». Les auteurs classiques n’ont pas donné de texte-manifeste fondant, même de façon sommaire, leur unité. Et à l’origine, dans son emploi par les romantiques, le nom lui-même n’est que la reprise polémique d’un terme auparavant connoté de façon positive. Ensuite, à partir de 1850 environ, l’histoire littéraire en a fait une rubrique de classement, en lui redonnant une valeur laudative.

 

A travers de tels contrastes et de telles polémiques, il s’est formé un mythe du classicisme : il constituerait un état de perfection, un modèle appelé à s’éterniser, parce que capable de transcender les contingences historiques en atteignant à une sorte d’idéal supérieur. Ce mythe a des origines dans la politique de prestige de la monarchie louis-quatorzienne, attentive à se faire valoir comme état de perfection politique et suscitant, en conséquence, l’idée que l’art et la littérature qu’elle chargeait de sa célébration étaient eux-mêmes parvenus à un apogée. Cette équivalence entre « Grand Siècle » et « grands classiques » s’exprime déjà chez les auteurs de l’époque; chez Bouhours, qui dans ses Entretiens affirme que le siècle de Louis XIV égale celui d’Auguste à tous égards; chez Perrault (dans ses Parallèles des Anciens et des Modernes) et même, bien avant, chez Malherbe qui n’hésite pas à s’autogratifier d’une gloire éternelle. Des historiens de la littérature ont contribué à entretenir cette imagerie, par des dérivations pédagogiques puériles, faisant de Boileau, Molière, Racine et La Fontaine un groupe homogène, une prétendue « école de 1660 » unie pour célébrer la grandeur de la France et de ses arts... Et les détracteurs du classicisme, dans une vision tout aussi partiale, n’ont fait que retourner le mythe, inversant l’idée de perfection en celle de convention, l’idée de grandeur en celles d’académisme et de sclérose.

 

Face au mythe, reste l’acception historique. Indissolublement lié, par ses origines mêmes, à sa représentation mythique, le classicisme forme un concept historique flou. Il peut néanmoins rendre compte de façon valide de la tendance dominante du goût, en littérature et en art, au milieu du xviie siècle. Si l’on doit lui assigner des dates-repères, on le situera entre 1635 et 1685. 1635 : la fondation de l’Académie française symbolise l’alliance entre la monarchie et le monde littéraire, et le progrès du purisme, deux caractéristiques majeures du phénomène; c’est la date retenue par Voltaire comme point de départ de son Siècle de Louis XIV, qui a largement contribué à forger l’idée d’un âge classique français. 1685, c’est le moment où paraissent les dictionnaires rédigés par les académiciens : l’institution devient productrice, ce qui vaut comme indice d’un changement de son statut dans la société. C’est aussi le moment où la cour se sédentarise à Versailles, celui de la révocation de l’édit de Nantes et de la cristallisation, par les travaux de Newton, des avancées scientifiques amorcées un demi-siècle plus tôt par Gassendi, Galilée, Descartes, Harvey. Les équilibres et agencements en place depuis les années 1630 se modifient, et s’ouvre le temps que P. Hazard a désigné comme la « crise de la conscience européenne ».

 

Pour autant, le classicisme ne disparaît pas après 1685. De même que les écrivains alors parvenus à la plus haute notoriété sont consacrés par l’École, de même les formes et genres qu’ils ont illustrés restent dominants : ainsi Voltaire conquiert la gloire comme auteur de tragédies. Les lettres et les arts prolongent l’influence classique durant le xviiie siècle, et l’Europe, même si elle a été plus fortement marquée que la France par le baroque, imite largement les modèles louis-quatorziens et versail-lais. Si les romantiques, pour s’imposer, s\'opposent aux classiques, c’est bien que de tels modèles restaient vivants et actifs.

 

Mais pour l’essentiel, l’âge classique correspond au temps de Richelieu, Mazarin et Colbert. Une première génération en instaure les pratiques et habitudes culturelles dès les années 1630-1640. Après la crise de la Fronde, qui précipite le processus, une seconde génération les confirme. Il est d’usage de considérer les années 1660-1680 comme l’apogée du mouvement, laissant aux décennies antérieures l’appellation de « préclassicisme » : l\'idée d’apogée n’a guère de pertinence en la matière, mais on peut admettre que cette vingtaine d’années correspond au temps où le goût classique domine sans partage la vie culturelle. Car ce qui fonde l’unité, relative et partielle, de l’âge classique, c’est un goût plus qu\'une doctrine, donc un ensemble d’attitudes plus qu’une idéologie explicite et structurée.

 

Le classicisme comme modernité historique

 

Si l’on abandonne la démarche, traditionnelle et commode mais illusoire, de l’explication des faits culturels par les structures politiques, et que l’on parte des propriétés mêmes de ces faits culturels, l’unité du classicisme prend une réelle consistance dans l’attitude de modernité qu’il constitue. Une même orientation des énergies et des compétences dans un même effort d’adaptation à des données nouvelles lui confère la qualité d’un projet fédérant la fraction cultivée de la population. Projet diffus, certes, et efforts dispersés, voire disparates : il s’agit plus d’un « mouvement vers » que d’un projet d’ensemble. Mais la dynamique existe, particulièrement dans le domaine littéraire.

 

Elle est en relation avec la constitution d’un nouveau public. Après les temps troublés des guerres de Religion, la vie mondaine se développe, la noblesse moyenne et la bourgeoisie aisée manifestent un intérêt croissant pour la vie culturelle et les valeurs distinctives qu’elle confère. Cultivés mais non érudits, les jeunes seigneurs et dames à la mode, familiers des salons, forment un auditoire en expansion, et qui vient s’ajouter aux publics traditionnels que constituaient les clercs d’une part, d\'autre part les aristocrates et la cour. Dans ce milieu, un modèle social nouveau progresse rapidement : l’honnêteté. Les littérateurs s’en font les théoriciens, par imitation ou adaptation de prédécesseurs espagnols et italiens. Faret publie son Honnête Homme en 1630, et Méré donne en 1671 De la vraie honnêteté : la radicalisation de ce modèle correspond au renforcement du classicisme au fil de ces deux générations.

 

L\'honnêteté est un modèle nobiliaire. L’idée que le classicisme est lié à une « montée de la bourgeoisie » est aussi banale qu’erronée. En fait, il est lié à une redistribution des positions des diverses fractions de la noblesse, et donc du système de valeurs de celle-ci. La haute aristocratie connaît alors un temps de déclin relatif, et le prestige de l’exploit individualiste de même. L’honnête homme est modéré et conformiste. Le conformisme a souvent été reproché aux classiques : mais il constituait, en son temps, une attitude neuve après le siècle de divisions de tous ordres qu’avait connu le pays. Souvent, il n’était que de façade, et les opinions intimes autrement contrastées. Reste que la dominante est l’intégration de chacun à la collectivité et à ses us religieux et politiques, comme à ses vues philosophiques.

 

La religion des classiques se fonde sur un stoïcisme tempéré et catholique. Nombre d’écrivains protestants abjurent alors leur foi pour rentrer dans la norme catholique, mais pour autant les classiques ne sont pas des militants de la Contre-Réforme. Celle-ci n’exerce qu’une influence relative, sur le jeune Corneille, puis sur Bossuet et Fénelon. Présentes également, mais également atténuées, les influences du pessimisme janséniste (chez Racine, La Rochefoucauld, Pascal) et du libertinage (chez Molière) [voir Jansénisme et littérature; Libertins]. La philosophie la plus marquante est le rationalisme chrétien de Descartes : confidentielle dans les années 1630, elle est largement diffusée ensuite, dans des versions vulgarisées et tempérées, qui s’adaptent bien au conformisme en fin de compte. Philosophie et religion ne sont d’ailleurs pas les terrains d’élection des classiques, pas plus que la politique. En ce domaine, le

 

classicisme est en relation avec l’essor de la monarchie absolutiste et centralisatrice, dont le triomphe progressif sur les particularismes locaux et aristocratiques établit les bases de l’État moderne.




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