NoCopy.net

le mouvement ouvrier

banniere

EXEMPLES DE RECHERCHE


POUR LE SUJET: L'homme est-il réellement libre ?
TAPEZ LES MOTS-CLES: homme libre

POUR LE SUJET: En quel sens la société libère-t-elle l'homme de la nature ?
TAPEZ LES MOTS-CLES: homme nature ou homme nature société
»Créer un compte Devoir-de-philo
»
»125895 inscrits
<< Biographie Racine moliere >>


Partager

le mouvement ouvrier

Politique

Aperçu du corrigé : le mouvement ouvrier



document rémunéré

Document transmis par : shayma774-305999


Publié le : 12/5/2019 -Format: Document en format HTML protégé

Sources détectées par CopyScape © :

Aucune source détectée - Document original
le mouvement ouvrier
Zoom

Le

mouvement
ouvrier
et le

syndicalisme
(Résumé historique
de 1789 à nos jours)

Formation syndicale – Solidaires Industrie

Le mouvement ouvrier et le syndicalisme
(Résumé historique de 1789 à nos jours)

I. Les corporations et la naissance du syndicalisme
(1789 – 1884)........................................................................... 3
1. Le premier XIXe siècle (1789 – 1848) ............................................................ 3
L’Ancien Régime .............................................................................................................. 3
La période révolutionnaire ................................................................................................ 4
Le Premier Empire ............................................................................................................ 5
La Restauration et les monarchies..................................................................................... 5

2. Un second XIXe siècle, la révolution industrielle (1848 – 1884) ................. 7
La Révolution de 1848, première révolution sociale ........................................................ 7
Le Second Empire et l’entrée en scène du prolétariat industriel ....................................... 8

3. La Commune de Paris et ses conséquences ................................................ 10
La Commune de Paris (1871) ......................................................................................... 10
La reconnaissance légale du fait syndical ....................................................................... 11

II. Le développement du syndicalisme (1884 – 1945) ............. 13
1. La jeunesse du syndicalisme (1884 – 1914) ................................................. 13
La formation de la CGT .................................................................................................. 13
La doctrine syndicaliste révolutionnaire et le syndicalisme d’action directe ................. 14
Les luttes ouvrières ......................................................................................................... 16

2. D’une guerre à l’autre (1914 – 1944)........................................................... 18
Le mouvement ouvrier face à la guerre........................................................................... 18
La scission socialiste et la création de la Section française de l’Internationale
communiste (SFIC) ......................................................................................................... 19
Le syndicalisme divisé .................................................................................................... 19
La naissance et l’affirmation d’un syndicalisme chrétien ............................................... 20

3. Le Front populaire et les tentatives de réunification syndicale ................ 22
La crise économique et la montée des droites ................................................................. 22
La renaissance d’un courant unitaire............................................................................... 22
Le Front populaire ........................................................................................................... 23
La Guerre mondiale......................................................................................................... 25
1

« Le mouvement ouvrier et le syndicalisme »

III. Un syndicalisme davantage reconnu (1945 à nos jours) ... 27
1. La Libération, la Guerre froide et les guerres coloniales (1945 – 1963) .. 27
La Libération : espoirs et controverses ........................................................................... 27
L’évolution interne des centrales syndicales................................................................... 27
L’instabilité politique et la division syndicale (1948 – 1958)......................................... 29
Les luttes ouvrières ......................................................................................................... 30
La guerre d’Algérie (1958 – 1962) ................................................................................. 30

2. Une période particulièrement combative de la lutte de classe
(1963 – 1979) .................................................................................................. 31
Mai 68 et l’après mai....................................................................................................... 33
L’après Gaullisme (1969-1973) ...................................................................................... 37
1974-1980 : La crise, le libéralisme, les divisions du monde du travail ......................... 40

3. De 1981 à aujourd’hui, l’Histoire récente, à compléter… ........................ 42
Le cadre politique ............................................................................................................ 42
L’environnement économique et social .......................................................................... 43
Un nouveau système productif ........................................................................................ 44
L’environnement syndical et revendicatif ....................................................................... 46
Les conflits sociaux ......................................................................................................... 49

Conclusion et questions ............................................................. 51

Formation syndicale – Solidaires Industrie

2

I. Les corporations et la
naissance du syndicalisme
(1789 – 1884)

1. Le premier XIXe siècle (1789 – 1848)
L’Ancien Régime
Dans l’ancien droit, le régime du travail repose
sur les corporations qui rassemblent de façon
obligatoire dans cette même organisation les
maîtres et les compagnons. Petit à petit,
l’accès à la maîtrise se fermant et les conditions de la vie ouvrière devenant plus pénibles,
il y a formation de confréries de compagnons
qui, bien qu’interdites, vont s’opposer aux
confréries d’artisans1.
Avec le développement de l’imprimerie après
1455 2 , Lyon est depuis peu la capitale de
l’industrie en France avec l’édition de livres et
l’introduction du ver à soie qui permet la création d’une industrie de filature et de tissage.
On peut ici situer ce qui fût sans doute la première grande grève ouvrière en France, « le
Grand Tric », qui fût le fait des ouvriers imprimeurs de Lyon en 1539 et qui perdura plu1

La division du travail est largement antérieure au développement du capitalisme. Sous l’Ancien régime les
« spécialistes » sont très nombreux et pratiquent un
travail très limité, encadré par les règlements (taillandier, cloutiers, maréchaux, aiguilliers…) comme l’a
montré l’économiste A. Smith en 1776 dans son ouvrage « La richesse des nations ».

« Fermailleurs » (orfèvres, XVIe siècle)

2

Gutenberg reprend en Europe en 1455, l’invention de
l’imprimerie qui avait été inventée en Corée et en
Chine.
3

« Le mouvement ouvrier et le syndicalisme »

La plus ancienne grève connue
Pour l’anecdote, on peut citer la première grève ouvrière
recensée par les archéologues. Elle date de l’antiquité en
Égypte, sous le règne de Ramsès III, parmi les constructeurs des pyramides.
Les ouvriers qualifiés, tailleurs de pierre, disposaient
d’un statut que n’avaient pas les esclaves. Ils avaient
chacun, avec leur famille, la libre disposition d’une
maison du village et d’une tombe (pyramidon) ainsi que
le droit aux services d’un groupe de femmes-esclaves
qui apportait au village l’eau, les aliments, (poissons,
légumes, dattes) du combustible (bois et bouse séchée)
ainsi que des vases et le linge lavé des habitants. Les
ouvriers recevaient, en plus, une fois par mois, une
ration suffisante de céréales pour préparer, pour un
mois, pour eux et leur famille, du pain et de la bière6
dont ils revendaient le surplus.
En -1169, l’empire de Ramsès III est désorganisé et les
ouvriers ne touchent plus leur ration de céréales. Ils se
mettent en grève pour obtenir leurs rations. Le scribe
menace alors les grévistes de leur intenter un procès
devant le conseil du village. Il est souriant de penser que
la première grève ouvrière recensée ait été lancée pour
obtenir de quoi fabriquer de la bière.
(Les archéologues ont trouvé un papyrus et une ostraca
racontant précisément cet épisode ancien, exposition au
musée du Louvre, 2002, « Les artistes du Pharaon »)

sieurs mois. Les seuls ouvriers-artisans 3 sont
ceux de la construction, les potiers, les menuisiers et forgerons 4 , les tisserands (laine,
chanvre, lin) de village qui travaillent à domicile. C’est la « manufacture dispersée ».
Les débuts de l’industrialisation sont faibles.
Une première compagnie d’extraction de la
3

Le terme « ouvrier » n’apparaît couramment que vers
1831 – 1832. Sous l’ancien régime et au dix-huitième
siècle règne un artisanat précaire de village qui est souvent couplé avec le travail de la terre et qui emploie en
sus des métiers recensés un grand nombre de travailleurs domestiques non rétribués issus de la famille le
plus souvent – femmes et enfants notamment.
4

À partir du XVIe siècle de nombreuses forgesfonderies voient le jour dans toute la France grâce à la
création de hauts fourneaux qui fonctionnent au charbon
de bois ; ils rassemblent dans chaque forge régionale
quelques dizaines d’ouvriers « internes » (logés sur
place) et 150 à 200 ouvriers « externes » (charbonniers,
mineurs de fer, voituriers, bûcherons… qui vivent dans
les bois). Ces forges qui font aussi « fenderies » alimentent en fers les forgerons de village et divers métiers à
domicile comme les cloutiers par exemple.
Formation syndicale – Solidaires Industrie

houille est fondée à Anzin, en 1756 qui emploie mille ouvriers en 1789. En 1786 on
compte seulement six filatures mécaniques de
coton utilisant un millier de « mule-jennys5 »,
ce n’est qu’en décembre 1785 que l’on enregistre la première coulée de hauts fourneaux
de la fonderie royale du Creusot dont le patron
est François Ignace de Wendel.

La période révolutionnaire
Deux principes triomphent avec l’arrivée de la
bourgeoisie au pouvoir :

Le libéralisme économique
Le principe de la liberté au travail souhaité par
la bourgeoisie commerçante conduit à interdire
tout ce qui pourrait gêner le jeu du marché du
travail et du commerce (on supprime les
douanes intérieures, les corporations).

L’individualisme politique
La loi d’Allarde du 2 Mars 1791 supprime les
corporations.
La loi Le Chapelier du 14 juin 1791 interdit les
syndicats ou toute forme d’association ouvrière de ce type. Les classes dirigeantes privilégient le contrat individuel reposant sur la
volonté libre des deux intéressés, en
l’occurrence le patron et l’ouvrier : entre les
libertés, elles choisissent la liberté du travail
contre la liberté d’association. En fait, le travailleur vend sa force de travail pour survivre
et ce qu’il reçoit comme salaire est un salaire
de subsistance.

5

Machine à filer à énergie hydraulique, puis à vapeur,
qui remplace à partir de 1779 l’antique rouet des fileuses à domicile. Elle permet le filage, en un même
mouvement, de 30 à 1 000 fils en même temps. Elle sera
à l’origine de l’expansion de la production textile et de
la Révolution industrielle. Elle entraîna la ruine des
fileurs de Manchester et du Lancashire en Angleterre.
6

Cette bière, que les égyptiens appelaient « zythum »
(vin d’orge) ou « heneket », était proche de la cervoise
gauloise car elle ne contenait pas de houblon (introduit
dans la composition de la bière vers le XVe siècle).
4

Le Premier Empire
La période napoléonienne va codifier ces nouvelles règles et établir sous la forme de lois la
nouvelle domination de la bourgeoisie.
« Toute coalition de la part des ouvriers
pour faire cesser en même temps de
travailler, interdire le travail dans un
atelier, empêcher de s’y rendre et d’y
rester… et en général pour suspendre,
empêcher, enchérir les travaux, s’il y a
eu tentative au commencement
d’exécution sera punie d’un
emprisonnement d’un mois au moins et
de trois mois au plus. » (Code Pénal)
Le livret ouvrier est instauré en 1803 7 . La
seule loi favorable fut celle de la création des
prud’hommes à Lyon en 1811. Le monde ouvrier est faible, particulièrement à cette époque
où les jeunes hommes sont avalés par les tueries des guerres de conquête. En même temps,
Napoléon rétablira en 1802 l’esclavage dans
les colonies qui avait été aboli, sous la pression des insurgés de Saint-Domingue, par la
Révolution en 1794.

La Restauration
et les monarchies
L’environnement économique
Pendant toute cette période l’industrialisation
est lente et inégale. La machine à vapeur va
lentement se substituer à la machine hydraulique, surtout dans quelques régions (Nord,
Seine, Seine-Inférieure, Loire). Le textile est
alors le grand secteur industriel. L’industrie
textile a commencé à utiliser le coton avec les
premiers imprimés, « les indiennes » 8 , dès
7

Issu des corporations, supprimé sous la Révolution, le
livret ouvrier indique le signalement de son possesseur,
il rappelle aussi l’interdiction des coalitions ouvrières, il
doit être visé par le maire ou le commissaire de police
lorsque l’ouvrier quitte une ville ou un patron. C’est une
forme de passeport intérieur et de surveillance patronale. Il ne sera supprimé qu’en 1890.
8

L’origine du mot fait référence à la colonisation de
l’Inde par l’Empire anglais qui y a imposé la culture du
5

1759 où Oberkampf crée la première manufacture de toiles imprimées à Jouy-en-Josas. Le
développement de la métallurgie et de la sidérurgie est lié à la production des rails nécessaires à la construction des chemins de fer,
puis des locomotives et bateaux.
À partir de 1830, début des concentrations
ouvrières dans les mines de houille. La révolution industrielle en France, à cette époque,
manifeste un retard important par rapport à
l’empire anglais. L’industrialisation en France
ne sera effective qu’à la fin du dix-neuvième
siècle.
Pendant cette période, l’industrie occupe trois
fois moins de main d’œuvre que l’agriculture.
Encore beaucoup d’artisanat dans les campagnes, des ouvriers artisans dans les villes qui
travaillent à domicile (cloutiers), c’est le
« sweating system ». C’est pendant la Restauration qu’on rencontrera le mouvement de destruction des machines, le « luddisme » 9 , qui
sera toutefois beaucoup moins important qu’en
Angleterre.
Les ouvrières représentent à cette époque environ un tiers du prolétariat concentré. Leur salaire est la moitié de celui des hommes 10. La
population afflue dans les villes, ce qui exerce
une pression à la baisse sur les salaires : han-

coton. Ce qui entraînera des famines immenses du fait
de l’abandon des cultures vivrières.
9

Le luddisme, du nom mythique d’un certain général
Ludd, vient de la révolte des ouvriers anglais dans les
années 1811 – 1812 qui souleva dans le Nord-Ouest de
l’Angleterre les artisans du textile contre les premiers
manufacturiers (métiers à tisser) où des groupes armés
et cagoulés sillonnèrent plusieurs provinces pendant 2
ans pour y détruire les machines industrielles. En France
le mouvement n’aura jamais l’ampleur qu’il manifesta
en Angleterre. Les bris de machines contre la mécanisation existent surtout dans le midi de la France dans
l’industrie lainière. Les femmes sont très actives dans
ces révoltes. Elles défendent ainsi leur droit au travail et
au travail à domicile. On connaît une émeute à Vienne
en 1819 contre la « Grande Tondeuse » (introduction
d’une machine Douglas qui supprime les tondeurs de
drap). D’autres émeutes sont recensées à Limoux (1819)
et Carcassonne (1821).
10

En 1847 dans les établissements de plus de 10 salariés, on compte 670 000 hommes, 254 000 femmes et
130 000 enfants et adolescents. Les femmes sont surtout
nombreuses dans le textile (56 % dans l’industrie cotonnière, 69 % dans la laine, 70 % dans la soie).
« Le mouvement ouvrier et le syndicalisme »

tise du chômage. Indignés par la condition
ouvrière des philosophes (Proudhon 11 ,
Marx12), des philanthropes (Saint-Simon, Fourier, Owen) et les premiers patrons paternalistes (Godin à Guise, dans l’Aisne) proposent
des solutions qui influenceront plus tard le
mouvement socialiste. C’est la naissance du
« socialisme utopique » et la création des phalanstères.

L’organisation ouvrière
Les ouvriers, peu nombreux, dans des « fabriques », écrasés de travail, sans qualification,
pour la plupart analphabètes, sont souvent résignés. Les conflits, les coalitions, les grèves,
sont essentiellement le fait des compagnons et
des ouvriers travaillant dans les métiers restés
de type plus ou moins artisanal. La première
revendication concerne le salaire : recherche
d’une uniformisation entre les ateliers, revendication du salaire minimum ; revendications
sur la diminution de la durée du travail.

nage et métiers à l’intérieur d’une même société, entraînant souvent des batailles rangées
meurtrières entre compagnons, à coups de
cannes notamment. La cause principale en
était la concurrence pour le gain d’un marché
au niveau d’une ville.

L’environnement politique
Dans un premier temps, les ouvriers vont être
utilisés au service d’une politique qui n’est pas
la leur : par leur participation aux « Trois glorieuses » de 1830 ils vont permettre à la bourgeoisie de remplacer Charles X par le « Roi
citoyen » Louis-Philippe. Mais en 1848 ils
vont imposer la proclamation de la République
à un gouvernement provisoire et obtenir le
suffrage
universel.
Entre
1789
et
l’établissement définitif de la République
après 1870 et la chute du Second Empire, il
faudra un siècle et trois révolutions. En France
le dix-neuvième siècle est celui de la révolution.

Grève et insurrection des canuts de Lyon en
1831 et 1834 pour obtenir un relèvement des
« tarifs » (prix obtenus des pièces de tissus).
Déclin des compagnonnages : organisations
héritées de l’ancien régime et groupant les
compagnons de certains métiers dans des sociétés à demi secrètes qui facilitaient
l’apprentissage, s’inquiétaient du placement,
jouaient le rôle d’organismes mutualistes et
même de sociétés de défense des intérêts des
compagnons. Ce sont là les ancêtres du syndicalisme. Ce passage se fait toutefois difficilement, avec des refus, des conflits et des résistances de beaucoup de compagnons à quitter
leurs anciennes structures pour créer le syndicalisme nouveau.
Le corporatisme et les rivalités ont empêché la
naissance d’un véritable esprit de solidarité.
Les violences, à cette époque, étaient extrêmement vives entre sociétés de compagnon11

Typographe et philosophe, auteur de nombreux ouvrages, partisan d’un socialisme fédéraliste et libertaire.
Il influencera notablement le mouvement anarchiste.
12

Théoricien du capitalisme et du socialisme, auteur du
Capital et de nombreux ouvrages historiques, économiques et politiques. Il influencera durablement le mouvement socialiste et le mouvement ouvrier.
Formation syndicale – Solidaires Industrie

6

2. Un second XIXe siècle,
la révolution industrielle (1848 – 1884)
La Révolution de 1848,
première révolution sociale
Après le renversement de Louis Philippe, un
gouvernement provisoire est mis en place. Le
25 février 1848 une délégation d’ouvriers apporte une pétition réclamant le droit au travail
et le droit d’association auprès du gouvernement provisoire ; le gouvernement prend immédiatement un décret par lequel :
« il s’engage à garantir l’existence de
l’ouvrier par le travail… garantir le
travail à tous les citoyens. »
Il reconnaît que :
« les ouvriers doivent s’associer entre
eux pour jouir du bénéfice de leur
travail. »
Face à la défaillance de l’industrie privée et au
nombre grandissant de chômeurs, l’État tente
de régler le problème du « droit au travail » en
préconisant des chantiers publics. Il encouragera les ouvriers à prendre en main, euxmêmes, l’activité économique en formant des
coopératives de production. Sous le nom
« d’ateliers nationaux » des chantiers sont ouverts. Leur mise en place est un échec face à
l’arrivée massive de travailleurs à la recherche
d’un emploi. Mal organisés, peu efficaces, ces
ateliers sont perçus par la population comme
des ateliers de charité plutôt que des solutions
économiques efficaces.
Le 23 juin débute une révolte spontanée qui,
jusqu’au 26 juin, opposera dans les rues de
Paris les ouvriers à la garde nationale. Environ
10 000 ouvriers seront tués ou fusillés, 25 000
seront arrêtés et 10 000 condamnés à la prison
ou à la déportation. Les conséquences de ces
« journées de juin 1848 » sont décisives pour
l’histoire du mouvement ouvrier et pour la
République naissante. Devant la répression les
7

Avant les syndicats…
travailleurs se sentent de plus en plus membres
d’une même classe et George Sand 13 écrit
alors : « Je ne crois plus à l’existence d’une
république qui commence à tuer les prolétaires ». Cette brève République (1848-1851)
dont une partie des acteurs prendra des chemins moins radicaux 14 compte tout de même
13

Romancière, écrivaine et une des premières femmes
auteure féministe.
14

On les appellera les « quarante-huitards » de manière
péjorative, ce qui donnera par homonymie les
« soixante-huitards » pour les militants de mai 1968.
« Le mouvement ouvrier et le syndicalisme »

des conquêtes sociales comme le suffrage universel qui remplace le suffrage censitaire 15 ,
dans certaines professions l’obtention de la
journée de 9 heures ou 10 heures est obtenue
et la révolution de 1848 met fin définitivement
à l’esclavage dans les colonies françaises.

Le Second Empire
et l’entrée en scène du
prolétariat industriel
Louis-Napoléon Bonaparte s’est fait élire Président de la République le 10 décembre 1848.
Le 2 décembre 1851 il fait arrêter les notables
républicains
et
monarchistes,
déclare
l’Assemblée dissoute et réprime le soulèvement de la population parisienne. Beaucoup de
républicains sont emprisonnés, beaucoup
d’autres doivent s’exiler dont le plus célèbre :
Victor Hugo.

vont suivre et enrichir le marché du travail en
France : 1880 – 1914, 1920 – 1931, et après la
seconde guerre mondiale. Belges, Italiens,
Polonais, Espagnols, Kabyles sont les premiers
non nationaux à se fondre dans la classe ouvrière de France. Ils sont 800 000 en 1876, le
double en 1931 et représentent 59,3 % des
travailleurs de l’industrie à cette date. Moins
qualifiés, sous payés, concurrençant la main
d’œuvre locale, en butte au racisme, ils
s’intégreront progressivement pour se fondre
dans la population ouvrière et conquérir difficilement les mêmes droits (violence contre les
Italiens à Aigues-Morte en 1896). Parallèlement le travail féminin augmente, en 1866 ces
salariées sont d’abord des ouvrières du textile,
du travail des étoffes et employées dans les
manufactures de tabac.

Le mouvement ouvrier :
de la répression à la tolérance
Les conflits :

L’économie : industrialisation
et urbanisation
La période du Second Empire est caractérisée
économiquement par la liaison étroite entre les
grandes affaires et la politique et par le développement rapide du chemin de fer qui va profiter aux secteurs de la sidérurgie et de la construction mécanique lourde : modernisation et
concentration (Wendel, Schneider, création du
Comité des forges en 1864, qui se transformera en UIMM (Union des Industries et des Métiers de la Mécanique).
La forte accélération de la croissance économique entraînera une légère amélioration du
niveau de la consommation ouvrière dans certaines branches ou régions.
Ce sont les années 1850 – 1880 qui marquent
l’arrivée massive de populations immigrées
ouvrières, conséquence de la dépression démographique française. Trois grandes vagues

15

Le suffrage censitaire instauré en 1791 exigeait de
posséder une somme d’argent importante pour pouvoir
voter, le « cens ». Le suffrage devient universel, étendu
à tous à l’exception des femmes qui devront attendre
1945 pour pouvoir voter.
Formation syndicale – Solidaires Industrie

Suite à une grève des typographes parisiens
Napoléon III fait voter en 1864 la loi supprimant le délit de coalition : la grève ne peut
plus être sanctionnée par les tribunaux ; chacun a individuellement le droit de faire grève,
mais la grève rompt le contrat de travail et le
patron n’est pas obligé de réembaucher ; cette
situation persistera jusqu’en 1950. Mais le
syndicat reste interdit. La liberté de coalition
ne s’accompagne même pas du droit de réunion. Par ailleurs, la loi crée un nouveau délit :
celui d’atteinte à la liberté du travail, qui existe
toujours. La suppression du délit de coalition a
un effet stimulant qui va se traduire par une
multiplication des mouvements de grèves ; des
ouvriers se réunissent et désignent des délégations chargées de discuter avec les patrons.
De nouveaux secteurs se mettent en grève : en
1869 les mineurs de la Loire, les ouvrières
lyonnaise (première grande grève féminine
recensée, celle des « ovalistes » à Lyon en
186916).

16

Ouvrières du « moulinage » chargées de préparer le
fil de soie (le tordre avec un ovale) au sortir de la filature pour le rendre propre au tissage. Elles demandent
une augmentation de salaire et une réduction des 12 h
quotidiennes de travail. Elles seront soutenues par la
8

En 1870 les ouvriers du Creusot s’attaquent à
Schneider, président de la Chambre des Députés, régent de la Banque de France et propriétaire de la ville. La grande usine du Creusot
qui existait depuis 1787 enregistre alors son
plein développement17. En 1872 grève du bassin minier d’Anzin.
Le développement
des organisations ouvrières :
Le 25 mars 1852, Napoléon III supprime la
liberté d’association. À partir de 1862, sur le
modèle anglais, la revendication va porter sur
la création de chambres syndicales jouant à la
fois le rôle de mutuelles, de « résistances » et
de coopératives de production. À partir de
1866 le gouvernement va tolérer les chambres
syndicales.
Par ailleurs, des rencontres entre syndicalistes
et leaders ouvriers de différents pays aboutissent à la création à Londres en 1864 de la Ière
Internationale (Association internationale des
travailleurs). L’AIT (1864 – 1872) va fournir
des cadres et une pensée au mouvement ouvrier français.

La grève des forgerons : quête de solidarité

section de Lyon de l’Association Internationale des
Travailleurs (la Première Internationale) et par une large
collecte populaire. La grève se termine par un compromis.
17

En mai 1900 c’est l’entreprise industrielle la plus
importante de France, elle occupe 9 260 ouvriers et
couvre 950 hectares.
9

« Le mouvement ouvrier et le syndicalisme »

3. La Commune de Paris et ses conséquences
La Commune de Paris (1871)
Les échecs enregistrés dans la guerre contre
l’Allemagne provoquent des manifestations,
en province (Lyon, Marseille) puis à Paris en
août et septembre 1870. Ces villes proclament
la République et la déchéance de l’Empire. Un
gouvernement de défense nationale s’installe à
Paris. Pendant que les Prussiens font le siège
de Paris un plébiscite renforce la validité de ce
gouvernement. Fin janvier 1871 suite à un
nouvel échec subi par la Garde nationale lors
d’une sortie en masse pour forcer le blocus, les
gardes nationaux des quartiers populaires marchent sur l’Hôtel de Ville. Le gouvernement
signe l’armistice. L’Assemblée va à Versailles.
À Paris, la « Fédération de la Garde nationale » dans laquelle se sont enrôlés des « citoyens soldats » prend de l’importance. Le 18
mars le gouvernement échoue dans sa tentative
d’enlever de Montmartre les canons de la
Garde nationale ; deux généraux sont exécutés
et le gouvernement fuit à Versailles. Le pouvoir est vacant. Le Comité central de la Garde
nationale organise des élections auxquelles ne
participe que la moitié de la population parisienne, beaucoup de riches ayant fui la capitale.

nement Thiers va poursuivre la répression.
Quelques femmes seront à la tête de la Résistance à Paris, Elisabeth Dimitriev (qui représente l’Internationale) et surtout Louise Michel 18 . Quelques rares villes tenteront, sur le
modèle parisien, de créer des « communes »
éphémères (Lyon, Marseille, Toulouse, Le
Creusot, Saint-Etienne). Sur Paris, les déportations et les exécutions liées à la chute de la
Commune auront aussi pour conséquence de
priver une partie des ateliers de leurs ouvriers
qualifiés. La répression « versaillaise » contre
les communards va priver pour dix ans le
mouvement ouvrier d’une partie de ses dirigeants.

La « Commune » est constituée. Durant sa
courte vie de nombreuses mesures seront édictées : enseignement laïc et gratuit, séparation
de l’Église et de l’État, contrôle des élus, confiscation des ateliers abandonnés qui seront
remis à des associations ouvrières dépendant
des chambres syndicales, limitation de la journée de travail à 10 heures, réduction des écarts
de salaires, abolition du travail de nuit, droits
de la femme, amélioration des conditions de
travail, internationalisme…
Le gouvernement de Versailles, s’appuyant sur
la France rurale, rassemble ses troupes pour
écraser la révolution des « partageux » :
30 000 morts, 45 000 prisonniers. Le gouverFormation syndicale – Solidaires Industrie

18

Louise Michel, déportée avec de nombreux communards en Nouvelle-Calédonie, sera une des rares à se lier
avec les autochtones Kanak, à les alphabétiser et à soutenir leur révolte menée par le chef Ataï en 1878 contre
la colonisation française.
10

Une loi de 1874 fixe à 12 ans l’entrée dans les
ateliers, mais elle ne sera que progressivement
appliquée et respectée. Les enfants sont, avec
les femmes, l’armée industrielle de réserve.

L’organisation de la classe ouvrière
À partir de 1872 des chambres syndicales se
reconstituent à Paris et en province. Mais il ne
saurait être question pour ces syndicats, tolérés, de se rassembler, comme avant la Commune, dans l’Association internationale des
travailleurs : une loi de mars 1872 frappe de
prison l’affiliation à toute Internationale qui a
pour but :
« de provoquer à la suspension du
travail, à l’abolition du droit de
propriété, de la famille, de la religion ou
du libre exercice des cultes. »

Affiche (Paris, 1871)

La reconnaissance légale
du fait syndical
La condition ouvrière
L’industrialisation se poursuit, entrecoupée de
crises économiques provoquant le chômage.
Entre 1875 et 1896 une misère très grande
envahit le prolétariat de France en raison de la
crise économique ; c’est la « Grande dépression ». La condition ouvrière s’aggrave dans
les centres industriels ; elle est un peu meilleure sur le plan matériel quand le patron loge
l’ouvrier. En contrepartie, il en résulte une
dépendance totale (mines, textiles…) : institutions sociales, église, école. C’est, dès le début
du siècle, le début du « paternalisme »19 (Godin, Meunier, Schneider, puis Michelin).

En 1876 est organisé à Paris un congrès rassemblant 151 organisations représentant des
métiers ou des professions : on y met l’accent
sur l’association coopérative, on insiste sur
l’apprentissage et l’enseignement professionnel, on est réticent sur la grève.
À cet attachement à des conceptions anciennes
va s’opposer un nouveau mouvement témoignant d’un renouvellement par la base des
organisations ouvrières.
Des « cercles d’études socialistes » se créent ;
la doctrine marxiste y est diffusée. À
l’occasion du congrès ouvrier de 1879 est créé
à Marseille le « Parti ouvrier » (Jules Guesde).
Les différentes motions adoptées montrent une
prise de conscience nouvelle :
« L’appropriation collective de tous les
instruments de travail et force de
production doit être poursuivie par tous
les moyens possibles. »
« Tout en considérant que la grève n’est
qu’un palliatif, mais n’ayant que cette
seule arme pour résister aux exigences
du capital, nous proposons aux
travailleurs de se soutenir mutuellement

19

Devant un personnel ouvrier instable qui retourne
facilement aux travaux des champs quand il a gardé
quelques lopins de terre, le paternalisme vise à fixer les
ouvriers en les logeant de manière décente. En même
temps l’encadrement social se traduit souvent par un
régime clérical ou laïc qui s’apparente à la caserne. Ce
11

système permet souvent d’éviter les grèves, de faire des
économies de transport ouvrier, en fixant les salarié-e-s
sur place avec des avantages sociaux indéniables pour
l’époque.
« Le mouvement ouvrier et le syndicalisme »

dans les conflits qui peuvent exister
entre le capital et le travail. »
Il n’est plus question des retraites ouvrières,
des coopératives, du droit d’association, mais
on remet en cause le droit de propriété,
l’existence du salariat, et l’on prône le collectivisme. Dans le même temps, la syndicalisation progresse20.

syndicats sont devenus des associations légales ; ils bénéficient d’un régime de liberté
pour se constituer et ils peuvent se regrouper
en unions de syndicats.

Les congressistes, pour l’essentiel des délégués des chambres syndicales, décident de se
constituer en parti politique. Pour Jules
Guesde, le parti doit d’abord s’emparer du
pouvoir politique ; le syndicat n’est qu’un
moyen d’action au service du parti. De ce parti, vont naître des formations socialistes multiples et concurrentes. Chaque fraction socialiste ayant son idée sur les rapports entre parti
et syndicat, toute inféodation du syndicat au
parti a été une perte de force pour le mouvement syndical. L’amnistie totale des Communards est proclamée en 1880 et les exilés reviennent ; beaucoup reprennent une activité
politique.

Les luttes ouvrières
Les années 1878 à 1882 sont marquées par une
poussée gréviste importante, notamment dans
le textile et la région du Nord. La plupart de
ces coalitions 21 sont inorganisées : elles sont
souvent subites et accompagnées de manifestations frisant l’émeute. La grève la plus emblématique de la période est celle des mineurs de
Decazeville (Aveyron) en 1886, qui tient 108
jours, voit l’intervention de la troupe et la défenestration de l’ingénieur Watrin....


Signaler un abus

administration
Ajouter au panierAbonnementEchange gratuit

Corrigé : le mouvement ouvrier Corrigé de 25015 mots (soit 35 pages) directement accessible

Le corrigé du sujet "le mouvement ouvrier" a obtenu la note de : aucune note

le mouvement ouvrier

 Maths
 Philosophie
 Littérature
 QCM de culture générale
 Histoire
 Géographie
 Droit