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LACAN Jacques : sa vie et son oeuvre

Psychologie

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Publié le : 9/1/2019 -Format: Document en format HTML protégé

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LACAN Jacques : sa vie et son oeuvre
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LACAN Jacques (1901-1981). A peine mort, Jacques Lacan est entré dans la légende. De tous les acteurs de la vie intellectuelle et littéraire du XXe siècle en France, il est sans doute l’un des seuls à avoir rejoint la troupe de cette commedia dell\'arte de la république des lettres, ceux dont le nom à lui seul évoque une silhouette, un masque, une attitude : comme Matamore, en posture de bretteur, brandissant son épée de carton, les yeux exorbités et le poil hérissé, Scapin et ses entrechats, Pantalon, vieillard hargneux, Molière sur le fauteuil du malade imaginaire, Chateaubriand sur le rocher du Grand Bé, la chevelure soulevée par les orages désirés, Rousseau herborisant en robe de chambre — Jacques Lacan faisait irrésistiblement penser à eux lorsque, sur l\'estrade de populeux amphithéâtres, arborant d\'étonnants nœuds papillon, il proférait le texte de son séminaire, d\'une voix « qui n’est la voix de personne / Tant que des ondes et des bois ». Aussi bien fut-il tous ces personnages — et d’autres encore — et s’était-il voulu ainsi, rejoignant les figures de ce théâtre d\'ombres dont il anima lui-même l’avant-scène parisienne.

 

Peut-être eût-il disparu avec elles, rentrant dans l’épaisseur aveugle du mur quand la lanterne s’est éteinte, s\'il n’eût porté ce pouvoir de l\'illusion jusqu\'au cœur du langage, soumettant la langue française, dans sa syntaxe et dans ses tropes, à l\'une des tentatives les plus

 

radicales de réorganisation qu’elle eût connues depuis longtemps. Si nombreux sont ceux qui en ont éprouvé le charme et qui ont tenté, avec plus ou moins de bonheur, de le reproduire qu’il n\'est pas inutile, au milieu de tant de contrefaçons, de chercher à montrer ce que fut réellement dans sa forme cette entreprise qui visait à changer le cours de la langue sinon de la pensée française.

 

Une première évidence s’impose : le travail de Jacques Lacan sur le langage va à contre-courant des principales tendances du français, parlé ou écrit, au xxe siècle : primauté du parlé sur l’écrit; simplification de la syntaxe; déstructuration — inconsciente ou délibérée — de la phrase. Le texte de Lacan, bien que dit, recourt avec délectation aux tours et aux détours les plus élaborés de la syntaxe, échafaude et complique à plaisir les constructions et les figures de style, poétise et restructure ainsi une langue que menaçait d\'asphyxie la pauvreté de l’idiome psychanalytique.

 

On n\'en a bien souvent retenu que les procédés (fréquents) de l\'inversion et du calembour; bien d’autres, plus subtils mais non pas nouveaux, sont empruntés à l’arsenal rhétorique et poétique de la plus ancienne tradition lettrée, et la plus affectée. C\'est aux baroques et aux précieux, à Gongora, à Marini, sinon à Voiture et à Ici Guirlande de Julie, autant qu\'aux effets plus austères de Mallarmé ou de Valéry qu’ils renvoient. Et c’est sous cette double ascendance qui prend sa commune origine dans l\'art baroque, privilégiant l’expression symbolique de la pensée par les tropes et les figures de construction, qu’il faut situer, pour le comprendre, le texte lacanien depuis Écrits (1966) jusqu\'aux volumes de Séminaire, publiés depuis 1973 par les soins de J.A. Miller. La première ascendance, d’inspiration précieuse, développe en spirale la chaîne continue et redondante de la métonymie dans ses formes diverses; Lacan s’y abandonne à l’entraînement de l’« efficacité symbolique », comme il le montre de Dupin — le héros d\'Edgar Poe — dans le séminaire de la Lettre volée : « [...] Sans avoir besoin [...] d’écouter aux portes du professeur Freud, il ira très droit là où gît et gîte ce que ce corps est fait pour cacher, en quelque beau mitan où le regard se glisse, voire à cet endroit dénommé par les Séducteurs le château Saint-Ange, dans l’innocente illusion où ils s’assurent de tenir là la Ville ».

 

Mais c’est pour affirmer aussitôt que l’efficacité symbolique ne s’arrête pas là. Car « le signifiant [...] n’est, par sa nature, symbole que d\'une absence ». Elle suppose aussi le jeu des « non-tropes », figures de construction, figures de style dont la raison est de dissimuler et qui, par le déplacement, l’ellipse, l\'allusion, la réflexion, renvoient au foyer symbolique absent ou caché, le processus en miroir de la métaphore par excellence, l’image absente mais supposée de l\'autre, centre et principe du discours symbolique. Constante de notre tradition poétique, de Scève à Mallarmé, c\'est la seconde ascendance littéraire du texte lacanien. Art de l’absence et du déplacement : « C’est qu’on ne peut dire, à la lettre, que ceci manque à sa place, que de ce qui peut en changer, c\'est-à-dire est symbolique ».




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