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HUME

Il vaut la peine d'observer, à propos de l'envie, qui provient d'une supériorité d'autrui, que ce n'est pas la grande disproportion de nous-mêmes à un autre qui la suscite ; c'est, au contraire, notre proximité. Un soldat du rang ne saurait envier son général comme il envie son sergent ou son caporal ; de même, un grand écrivain n'est pas tant jalousé par de vulgaires écrivailleurs que par des auteurs qui le serrent de plus près. On pourrait, en vérité, penser que plus grande est la disproportion, plus grand doit être aussi le malaise qui résulte de la comparaison. Mais on peut considérer d'autre part qu'une grande disproportion interrompt la relation des idées : soit en empêchant la comparaison de nous-mêmes avec ce qui nous est éloigné, soit en diminuant les effets de cette comparaison. La ressemblance et la proximité produisent toujours une relation des idées ; et quand vous détruisez ces liens, quels que soient les événements qui peuvent accidentellement rapprocher entre elles ces deux idées, comme elles n'ont ni attache ni qualité liante pour les joindre dans l'imagination, il est impossible qu'elles puissent rester longtemps unies, ni avoir une influence considérable l'une sur l'autre.HUME

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HUME

Il est évident que nous devons recevoir, en réfléchissant sur notre propre situation et sur nos conditions d'existence, une satisfaction ou une insatisfaction plus ou moins grande proportionnée au bonheur ou au malheur qu'elles paraissent renfermer, aux degrés de richesse, de pouvoir, de mérite, de réputation dont nous nous croyons détenteurs. Or comme nous jugeons rarement des objets par leur valeur intrinsèque, mais en formons l'idée plutôt par comparaison avec d'autres objets, il s'ensuit que, selon la part plus ou moins grande de bonheur ou de misère que nous observons chez les autres, nous ne pouvons pas nous empêcher d estimer la nôtre et d'en ressentir en conséquence une peine ou un plaisir. La misère d'autrui nous donne une idée plus vive de notre bonheur, et son bonheur, une idée plus vive de notre misère. La première, par conséquent, produit un agrément ; le dernier, un malaise.HUME

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HUME

Les hommes se gouvernent si peu par la raison dans leurs sentiments et dans leurs opinions qu'ils jugent toujours les objets par comparaison plutôt que par leur prix et leur valeur intrinsèques. Quand l'esprit considère un degré de perfection ou qu'il s'y est accoutumé, tout objet qui ne l'atteint pas, serait-il réellement estimable, a néanmoins sur les passions le même effet que s'il était défectueux et mauvais. Nous avons affaire ici à une qualité originelle de l'âme, semblable à ce dont nous faisons l'expérience journalière dans nos corps. A un homme qui s'est chauffé une main et s'est refroidi l'autre, la même eau paraîtra en même temps chaude et froide, selon la disposition respective de ses mains. Un faible degré d'une qualité, qui succède à un degré plus élevé, produit la même sensation que s'il était plus faible qu'il n'est en réalités ; il peut aller parfois jusqu'à produire la même sensation que la qualité opposée. Si une légère souffrance succède à une violente, elle paraît insignifiante, ou plutôt elle se transforme en plaisir ; tandis que si une violente souffrance succède à une légère, notre chagrin et notre malaise s'en trouvent redoublés.HUME

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MACHIAVEL

CAPITOLO DE L'OCCASION A FILIPPO NERLI QUI es-tu, toi qui ne parais pas une mortelle, tant le ciel t'a ornée et comblée de ses grâces ? Pourquoi ne te reposes-tu point ? Pourquoi as-tu des ailes à tes pieds ? « Je suis l'Occasion ; et bien peu me connaissent : et ce pourquoi je ne cesse de m'agiter, c'est que toujours je tiens un pied sur une roue. « Il n'y a point de vol si rapide qui égale ma course ; et je ne garde des ailes à mes pieds que pour éblouir les hommes au passage. « Je ramène devant moi tous mes cheveux flottants, et je dérobe sous eux ma gorge et mon visage pour qu'ils ne me reconnaissent pas quand je me présente. « Derrière ma tête, pas un cheveu ne flotte, et celui qui m'aurait laissée passer, ou devant lequel je me serais détournée, se fatiguerait en vain à me rattraper. » -Dis-moi : Qui est celui qui marche sur tes pas ? -C'est le Repentir. Ainsi, fais-y bien attention : celui qui ne sait m'attraper, ne garde que regret. « Toi-même, tandis que tu perds ton temps à me parler, livré tout entier à tes vaines pensées, tu ne t'aperçois pas malheureux, et tu ne sens pas que je t'ai déjà glissé des mains. » CAPITOLO DE LA FORTUNE A Giovanni Batista Soderini DF quelles rimes, de quels vers pourrai-je jamais me servir pour chanter le royaume de la Fortune, et ses aventures prospères, et ses adversités, Et pour dire comment, toute injurieuse et importune que nous la jugions, elle rassemble tout l'univers à l'entour de son trône ? Giovan BATTISTA, les seules blessures que tu puisses ou que tu doives redouter sont celles qui proviennent de ses coups. En effet cette créature versatile est accoutumée le plus souvent à opposer ses plus grandes forces où elle voit que la n~ture en déploie davantage. Sa puissance naturelle renverse tous les humains et sa domination n'est jamais sans violence, à moins qu'une virtù supérieure ne lui tienne tête. Je te prie donc d'être satisfait si, après avoir examiné ces vers, tu y découvres quelque chose qui te paraisse digne de toi. O Que cette déesse cruelle tourne un moment vers moi ses yeux inhumains, qu'elle lise ce que je vais chanter d'elle-même et de son empire Qu'elle jette un regard sur celui qui ose la chanter telle qu'elle est. La multitude lui donne le nom de Toute-Puissante parce que quiconque reçoit la vie dans ce monde éprouve tôt on tard son empire. Souvent elle tient les bons abattus sous ses pieds tandis qu'elle élève les méchants, et si parfois elle fait une promesse, jamais on ne la lui voit tenir. Elle renverse de fond en comble les États et les royaumes au gré de son caprice, et elle ravit aux justes le bien qu'elle prodigue aux pervers. Cette déesse inconstante, cette divinité mobile place souvent ceux qui en sont indignes sur un trône où ceux qui le mériteraient n'arrivent jamais. Elle dispose du temps au gré de sa volonté ; elle nous élève, nous renverse sans pitié, sans loi et sans raison. Elle n'aime pas se prodiguer trop longtemps à ceux qu'elle favorise, ni laisser pour toujours les victimes au plus bas de sa roue. Personne ne sait de qui elle est fille ni de quelle race elle est née ce qu'il y a de certain seulement, c'es~ que Jupiter lui-même redoute son pouvoir. Son palais e~t une demeure ouverte de tous côtés et dont elle n'interdit l'entrée à personne, mais la sortie n'en est point également certaine. Tout l'univers se rassemble à l'entour désireux de voir des choses nouvelles et tout entier en proie à son ambition et à ses convoitises. Elle demeure au sommet de ce palais, et jamais elle ne refuse à personne de se montrer à sa vue ; mais en un clin d'oeil elle change d'aspect et de figure. Cette antique magicienne a deux visages, I'un farouche, l'autre riant ; et tandis qu'elle tourne, tantôt elle ne vous voit pas, tantôt elle vous menace, tantôt elle vous invite. Elle écoute avec bienveillance tous ceux qui veulent entrer ; mais elle se fiche ensuite contre eux lorsqu'ils veulent sortir, et souvent même elle leur a barré le passage. Dans l'intérieur on est entraîné par le mouvement d'autant de roues qu'il y a de degrés différents pour monter aux objets sur lesquels chacun a jeté ses vues. Les soupirs, les blasphèmes, les injures sont les seuls accents que l'on entende sortir de la bouche de tous les êtres que la Fortune a réunis autour de son trône ; Et plus ils sont comblés de richesses et de puissance, plus on les voit manifester d'humeur, tant ils sont peu reconnaissants de ses faveurs. En effet, c'est à elle qu'on impute tous les malheurs qui nous accablent ; tandis que si un mortel éprouve quelque bonheur, il s'imagine ne le tenir que de son propre mérite. Au milieu de cette foule diverse et toujours nouvelle de serfs que renferme sa cour, c'est l'audace et la jeunesse qui obtiennent le plus de succès. On y voit la Crainte sans cesse courbée vers la terre et si remplie de soupçons et de doutes qu'elle ne sait absolument rien. A ses côtés le Repentir et l'Envie lui font une guerre continuelle. L'Occasion est la seule qui s'amuse dans ce lieu ; et l'on voit cette naïve enfant courir rieuse, échevelée, à l'entour de toutes ces roues. Elles tournent sans cesse nuit et jour parce que le ciel, aux décrets duquel rien ne résiste, veut que l'Oisiveté et la Nécessité les suivent sans cesse. L'une répare le monde, l'autre le ravage ; et l'on voit à chaque instant et à chaque pas combien vaut la Patience et combien elle suffit. Les riches et les puissants jouissent en toute hâte de l'Usure et de la Fraude ; au milieu de ces deux compagnes on voit la Libéralité, en loques et rompue. Au-dessus des portes, qui, comme je l'ai dit, ne sont jamais fermées, on voit assis le Hasard et le Destin, privés d'yeux et d'oreilles. La Puissance, la Gloire, la Richesse, la Santé sont offertes pour récompenses ; pour châtiments la Servitude, l'Infamie, la Maladie, et la Pauvreté. C'est avec cette dernière famille que la Fortune manifeste son courroux à ceux auxquels elle en veut elle présente elle-même l'autre à ceux qui ont obtenu son amour. Parmi la foule qui emplit sans cesse cette demeure celui-là est le plus sage qui choisit sa roue conformément aux vues de la souveraine ; Car, selon que l'inclination qui a déterminé votre choix s'accorde avec la sienne, elle est la source de votre félicité ou de votre malheur. Ce n'est pas toutefois qu'il faille vous fier à elle ni vous imaginer que vous puissiez éviter sa cruelle morsure et ses coups imprévus et terribles ; Car au moment même où vous êtes porté sur le sommet d'une roue heureuse et favorable, elle rétrograde. Comme vous ne pouvez changer votre personne ni vous dérober aux décrets dont le ciel a fait votre partage, la Fortune vous abandonne au milieu du chemin. Si cela était bien connu et bien compris, celui-là serait toujours heureux qui pourrait sauter de roue en roue. Mais comme cette faculté nous a été refusée par la vertu secrète qui nous gouverne, notre sort change avec le cours de notre roue. Rien dans ce monde n'est éternel : ainsi le veut la Fortune, qui se divertit de la sorte afin que son pouvoir se manifeste avec plus d'éclat. Ainsi donc il faut tâcher de la choisir pour notre étoile, et, autant qu'il dépend de nous, nous accommoder sans cesse à ses caprices. Au-dedans et au-dehors on voit son palais orné de peintures, où sont représentés les triomphes dont elle s 'honore le plus. Dans le premier lieu on aperçoit comment autrefois tout l'univers fut soumis et courbé sous le joug de l'Egypte Comment elle le tint longtemps assujetti dans une longue paix, et comment c'est là qu'on décrivit les merveilles de la nature. On voit comment elle fit ensuite monter les Assyriens à la suprême domination, quand elle ne voulut plus que l'Égypte régnât davantage ; Puis, comment elle se tourna toute joyeuse vers les Mèdes, puis des Mèdes aux Perses, et comment elle orna le front des Grecs de la gloire qu'elle enlevait à ces derniers. C'est là que l'on aperçoit tour à tour subjuguées Memphis, Thèbes Babylone, Troie, Carthage, Jérusalem, Athènes, Sparte et Rome. Ces cités montrent jusqu'à quel point elles furent belles, glorieuses, riches et puissantes, et comment à la fin la Fortune en fit la proie de leurs ennemis. C'es^t là qu'on voit les faits immortels de l'empire romain, et comment il écrasa l'univers entier sous le poids de ses ruines. Semblable à un torrent rapide qui s'enorgueillit, fracasse tout ce qu'il rencontre partout où il s'élance, Élevant le terrain d'un côté, l'abaissant de l'autre, changeant ses rivages, son lit, son cours, et faisant trembler la terre partout où il passe : Ainsi la Fortune, dans sa course impétueuse, va changeant, tantôt ici, et tantôt là, la face de ce monde. Si ensuite vous portez plus loin votre regard, vous apercevez les portraits d'Alexandre et de César parmi ceux des mortels qui furent heureux pendant leur vie. Il est facile de voir par leur image combien elle aime et choie ceux qui l'attaquent, qui la bousculent, qui la talonnent sans relâche. Et toutefois le premier ne put aborder au port qu'il désirait, et l'autre, percé de nombreuses blessures, fut immolé aux mânes de son ennemi. Plus loin on aperçoit cette foule innombrable d'ambitieux que la déesse n'a fait monter au plus haut rang que pour les en précipiter avec plus d'éclat. C'est là qu'on voit Cyrus et Pompée, captifs, abattus et rompus, après avoir été portés jusqu'au ciel par la Fortune. Si vous avez jamais vu quelque part comment un aigle s'élance dans les profondeurs des cieux, chassé par la faim et par le jeûne, Et comme il emporte dans son vol rapide une tortue afin de la briser en la laissant tomber et de pouvoir se rassasier ainsi de cette chair sans vie Pareillement la Fortune élève un mortel jusqu'au faîte, non pas pour l'y maintenir, mais pour qu'il en tombe, et qu'elle s'en rie, et qu'il en pleure. On aperçoit encore les images de ceux qui du plus bas se sont élevés à la grandeur, et les vicissitudes de leur vie. C'est là qu'on voit comment elle a tourmenté et Cicéron et Marins, et combien de fois elle a tranché ou renforcé les cornes brillantes de leur gloire. On y voit enfin que de tout temps les heureux ont été peu nombreux et que ces heureux-là sont ceux qui sont morts avant que leur roue fît marche arrière, ou poursuivant son cours, les eut portés en bas. MACHIAVEL

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MACHIAVEL

CAPITOLO DE LA FORTUNE A Giovanni Batista Soderini DE quelles rimes, de quels vers pourrai-je jamais me servir pour chanter le royaume de la Fortune, et ses aventures prospères, et ses adversités, Et pour dire comment, toute injurieuse et importune que nous la jugions, elle rassemble tout l'univers à l'entour de son trône ? Giovan BATTISTA, les seules blessures que tu puisses ou que tu doives redouter sont celles qui proviennent de ses coups. En effet cette créature versatile est accoutumée le plus souvent à opposer ses plus grandes forces où elle voit que la nature en déploie davantage. Sa puissance naturelle renverse tous les humains et sa domination n'est jamais sans violence, à moins qu'une virtù supérieure ne lui tienne tête. Je te prie donc d'être satisfait si, après avoir examiné ces vers, tu y découvres quelque chose qui te paraisse digne de toi. O Que cette déesse cruelle tourne un moment vers moi ses yeux inhumains, qu'elle lise ce que je vais chanter d'elle-même et de son empire Qu'elle jette un regard sur celui qui ose la chanter telle qu'elle est. La multitude lui donne le nom de Toute-Puissante parce que quiconque reçoit la vie dans ce monde éprouve tôt on tard son empire. Souvent elle tient les bons abattus sous ses pieds tandis qu'elle élève les méchants, et si parfois elle fait une promesse, jamais on ne la lui voit tenir. Elle renverse de fond en comble les États et les royaumes au gré de son caprice, et elle ravit aux justes le bien qu'elle prodigue aux pervers. Cette déesse inconstante, cette divinité mobile place souvent ceux qui en sont indignes sur un trône où ceux qui le mériteraient n'arrivent jamais. Elle dispose du temps au gré de sa volonté ; elle nous élève, nous renverse sans pitié, sans loi et sans raison. Elle n'aime pas se prodiguer trop longtemps à ceux qu'elle favorise, ni laisser pour toujours les victimes au plus bas de sa roue. Personne ne sait de qui elle est fille ni de quelle race elle est née ce qu'il y a de certain seulement, c'es~ que Jupiter lui-même redoute son pouvoir. Son palais est une demeure ouverte de tous côtés et dont elle n'interdit l'entrée à personne, mais la sortie n'en est point également certaine. Tout l'univers se rassemble à l'entour désireux de voir des choses nouvelles et tout entier en proie à son ambition et à ses convoitises. Elle demeure au sommet de ce palais, et jamais elle ne refuse à personne de se montrer à sa vue ; mais en un clin d'oeil elle change d'aspect et de figure. Cette antique magicienne a deux visages, l'un farouche, l'autre riant ; et tandis qu'elle tourne, tantôt elle ne vous voit pas, tantôt elle vous menace, tantôt elle vous invite. Elle écoute avec bienveillance tous ceux qui veulent entrer ; mais elle se fiche ensuite contre eux lorsqu'ils veulent sortir, et souvent même elle leur a barré le passage. Dans l'intérieur on est entraîné par le mouvement d'autant de roues qu'il y a de degrés différents pour monter aux objets sur lesquels chacun a jeté ses vues. Les soupirs, les blasphèmes, les injures sont les seuls accents que l'on entende sortir de la bouche de tous les êtres que la Fortune a réunis autour de son trône ; Et plus ils sont comblés de richesses et de puissance, plus on les voit manifester d'humeur, tant ils sont peu reconnaissants de ses faveurs. En effet, c'est à elle qu'on impute tous les malheurs qui nous accablent ; tandis que si un mortel éprouve quelque bonheur, il s'imagine ne le tenir que de son propre mérite. Au milieu de cette foule diverse et toujours nouvelle de serfs que renferme sa cour, c'est l'audace et la jeunesse qui obtiennent le plus de succès. On y voit la Crainte sans cesse courbée vers la terre et si remplie de soupçons et de doutes qu'elle ne sait absolument rien. A ses côtés le Repentir et l'Envie lui font une guerre continuelle. L'Occasion est la seule qui s'amuse dans ce lieu ; et l'on voit cette naïve enfant courir rieuse, échevelée, à l'entour de toutes ces roues. Elles tournent sans cesse nuit et jour parce que le ciel, aux décrets duquel rien ne résiste, veut que l'Oisiveté et la Nécessité les suivent sans cesse. L'une répare le monde, l'autre le ravage ; et l'on voit à chaque instant et à chaque pas combien vaut la Patience et combien elle suffit. Les riches et les puissants jouissent en toute hâte de l'Usure et de la Fraude ; au milieu de ces deux compagnes on voit la Libéralité, en loques et rompue. Au-dessus des portes, qui, comme je l'ai dit, ne sont jamais fermées, on voit assis le Hasard et le Destin, privés d'yeux et d'oreilles. La Puissance, la Gloire, la Richesse, la Santé sont offertes pour récompenses ; pour châtiments la Servitude, l'Infamie, la Maladie, et la Pauvreté. C'est avec cette dernière famille que la Fortune manifeste son courroux à ceux auxquels elle en veut ; elle présente elle-même l'autre à ceux qui ont obtenu son amour. Parmi la foule qui emplit sans cesse cette demeure celui-là est le plus sage qui choisit sa roue conformément aux vues de la souveraine ; Car, selon que l'inclination qui a déterminé votre choix s'accorde avec la sienne, elle est la source de votre félicité ou de votre malheur. Ce n'est pas toutefois qu'il faille vous fier à elle ni vous imaginer que vous puissiez éviter sa cruelle morsure et ses coups imprévus et terribles ; Car au moment même où vous êtes porté sur le sommet d'une roue heureuse et favorable, elle rétrograde. Comme vous ne pouvez changer votre personne ni vous dérober aux décrets dont le ciel a fait votre partage, la Fortune vous abandonne au milieu du chemin. Si cela était bien connu et bien compris, celui-là serait toujours heureux qui pourrait sauter de roue en roue. Mais comme cette faculté nous a été refusée par la vertu secrète qui nous gouverne, notre sort change avec le cours de notre roue. Rien dans ce monde n'est éternel : ainsi le veut la Fortune, qui se divertit de la sorte afin que son pouvoir se manifeste avec plus d'éclat. Ainsi donc il faut tâcher de la choisir pour notre étoile, et, autant qu'il dépend de nous, nous accommoder sans cesse à ses caprices. Au-dedans et au-dehors on voit son palais orné de peintures, où sont représentés les triomphes dont elle s 'honore le plus. Dans le premier lieu on aperçoit comment autrefois tout l'univers fut soumis et courbé sous le joug de l'Egypte Comment elle le tint longtemps assujetti dans une longue paix, et comment c'est là qu'on décrivit les merveilles de la nature. On voit comment elle fit ensuite monter les Assyriens à la suprême domination, quand elle ne voulut plus que l'Égypte régnât davantage ; Puis, comment elle se tourna toute joyeuse vers les Mèdes, puis des Mèdes aux Perses, et comment elle orna le front des Grecs de la gloire qu'elle enlevait à ces derniers. C'est là que l'on aperçoit tour à tour subjuguées Memphis, Thèbes Babylone, Troie, Carthage, Jérusalem, Athènes, Sparte et Rome. Ces cités montrent jusqu'à quel point elles furent belles, glorieuses, riches et puissantes, et comment à la fin la Fortune en fit la proie de leurs ennemis. C'est là qu'on voit les faits immortels de l'empire romain, et comment il écrasa l'univers entier sous le poids de ses ruines. Semblable à un torrent rapide qui s'enorgueillit, fracasse tout ce qu'il rencontre partout où il s'élance, Élevant le terrain d'un côté, l'abaissant de l'autre, changeant ses rivages, son lit, son cours, et faisant trembler la terre partout où il passe : Ainsi la Fortune, dans sa course impétueuse, va changeant, tantôt ici, et tantôt là, la face de ce monde. Si ensuite vous portez plus loin votre regard, vous apercevez les portraits d'Alexandre et de César parmi ceux des mortels qui furent heureux pendant leur vie. Il est facile de voir par leur image combien elle aime et choie ceux qui l'attaquent, qui la bousculent, qui la talonnent sans relâche. Et toutefois le premier ne put aborder au port qu'il désirait, et l'autre, percé de nombreuses blessures, fut immolé aux mânes de son ennemi. Plus loin on aperçoit cette foule innombrable d'ambitieux que la déesse n'a fait monter au plus haut rang que pour les en précipiter avec plus d'éclat. C'est là qu'on voit Cyrus et Pompée, captifs, abattus et rompus, après avoir été portés jusqu'au ciel par la Fortune. Si vous avez jamais vu quelque part comment un aigle s'élance dans les profondeurs des cieux, chassé par la faim et par le jeûne, Et comme il emporte dans son vol rapide une tortue afin de la briser en la laissant tomber et de pouvoir se rassasier ainsi de cette chair sans vie Pareillement la Fortune élève un mortel jusqu'au faîte, non pas pour l'y maintenir, mais pour qu'il en tombe, et qu'elle s'en rie, et qu'il en pleure. On aperçoit encore les images de ceux qui du plus bas se sont élevés à la grandeur, et les vicissitudes de leur vie. C'est là qu'on voit comment elle a tourmenté et Cicéron et Marins, et combien de fois elle a tranché ou renforcé les cornes brillantes de leur gloire. On y voit enfin que de tout temps les heureux ont été peu nombreux et que ces heureux-là sont ceux qui sont morts avant que leur roue fît marche arrière, ou poursuivant son cours, les eut portés en bas. MACHIAVEL

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MARX

Ce qui détermine la valeur d'une marchandise, c'est la quantité totale de travail qu'elle contient. Mais une partie de cette quantité de travail est réalisée dans une valeur pour laquelle un équivalent a été payé sous forme de salaire ; une autre partie a été réalisée dans une valeur pour laquelle aucun équivalent n'a été payé. Une partie du travail contenu dans la marchandise est du travail payé, l'autre est du travail non payé. Il s'ensuit qu'en vendant sa marchandise à sa valeur, c'est-à-dire en tant que cristallisation de la quantité totale de travail qui lui a été consacrée, le capitaliste doit nécessairement la vendre avec profit. Il vend non seulement ce qui lui a coûté un équivalent, mais aussi ce qui ne lui a rien coûté du tout, encore qu'il en ait coûté du travail à son ouvrier. Ce qu'une marchandise coûte au capitaliste, ce qu'elle coûte en réalité, ce sont là deux choses différentes. Je répète donc que les profits normaux et moyens se font en vendant les marchandises non point au-dessus de leur valeur, mais bien à leur valeur réelle.MARX

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ROUSSEAU

Supposez un printemps perpétuel sur la terre ; supposez partout de l'eau, du bétail, des pâturages : supposez les hommes sortant des mains de la nature une fois dispersés parmi tout cela : je n'imagine pas comment ils auraient jamais renoncé à leur liberté primitive et quitté la vie naturelle, pour s'imposer sans nécessité l'esclavage, les travaux, les misères inséparables de l'état social. Celui qui voulut que l'homme fût sociable toucha du doigt l'axe du globe et l'inclina sur l'axe de l'univers. A ce léger mouvement, je vois changer la face de la terre et décider la vocation du genre humain : j'entends au loin les cris de joie d'une multitude insensée ; je vois édifier les palais et les villes ; je vois naître les arts, les lois, le commerce ; je vois les peuples se former, s'étendre, se dissoudre, se succéder comme les flots de la mer ; je vois les hommes, rassemblés sur quelques points de leur demeure pour s'y dévorer mutuellement, faire un affreux désert du reste du monde, digne monument de l'union sociale et de l'utilité des arts.ROUSSEAU

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ROUSSEAU

Je médite sur l'ordre de l'univers, non pour l'expliquer par de vains systèmes, mais pour l'admirer sans cesse, pour adorer le sage auteur qui s'y fait sentir. Je converse avec lui, je pénètre toutes mes facultés de sa divine essence ; je m'attendris à ses bienfaits, je le bénis de ses dons ; mais je ne le prie pas ; que lui demanderais-je  ? Qu'il change pour moi le cours des choses, qu'il fît des miracles en ma faveur  ? Moi qui dois aimer par-dessus tout l'ordre établi par sa sagesse et maintenu par sa providence, voudrais-je que cet ordre fût troublé par moi  ? Non, ce voeu téméraire mériterait d'être plutôt puni qu'exaucé. Je ne lui demande pas non plus le pouvoir de bien faire ; pourquoi lui demander ce qu'il m'a donné  ? Ne m'a-t-il pas donné la conscience pour aimer le bien, la raison pour le connaître, la liberté pour le choisir  ? Si je fais le mal, je n'ai point d'excuse ; je le fais parce que je le veux ; lui demander de changer ma volonté, c'est lui demander ce qu'il me demande ; c'est vouloir qu'il fasse mon oeuvre et que j'en recueille le salaire ; n'être pas content de mon état, c'est ne vouloir plus être homme, c'est vouloir autre chose que ce qui est, c'est vouloir le désordre et le mal. Source de justice et de vérité, Dieu clément et bon ! dans ma confiance en toi, le suprême voeu de mon coeur est que ta volonté soit faite. En y joignant la mienne, je fais ce que tu fais, j'acquiesce à ta bonté ; je crois partager d'avance la suprême félicité qui en est le prix.ROUSSEAU

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L'HISTOIRE ET SES LEÇONS "L'histoire en un sens ne prouve rien du tout; elle nous intéresse à une idée en nous la montrant prise dans le drame humain." Alain, Préliminaires à la mythologie, 1943

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PASSION ET TRAVAIL "À notre insu le travail nous guérit de la partie inférieure et presque mécanique de nos passions." Alain, Les Aventures du coeur, 1945.

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LE POUVOIR ET LA LIBERTÉ "Le pouvoir le plus énergique est justement celui qui voudrait avoir l'approbation de l'homme libre. Donc la force laisse ici ses baïonnettes, et veut séduire." Alain, Propos Il, 1921.

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LA VOLONTÉ ET L'ÉDUCATION "Les travaux d'écolier sont des épreuves pour le caractère, et non point pour l'intelligence. Que ce soit orthographe, version ou calcul, il s'agit d'apprendre à vouloir." Alain, Propos 1929.

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" Quand il n'y aurait qu'un objet circulaire dans l'expérience humaine, le Cercle et le nombre Pi n'en seraient pas moins des idées universelles. Et, du reste, il n'y a point d'objet circulaire, à parler rigoureusement. Le cercle est un moyen parmi d'autres, qui permet d'approcher des formes réelles et de les déterminer de mieux en mieux. Peut-être pourrait-on dire qu'aucune idée n'est réellement générale, sinon pour l'usage et la commodité, mais que toute idée est toujours pensée comme universelle." ALAIN

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MERLEAU-PONTY: Ce qui fait qu'il y a une histoire humaine...

« Ce qui fait qu'il y a une histoire humaine, c'est que l'homme est un être qui s'investit au dehors, qui a besoin des autres et de la nature pour se réaliser, qui se particularise en prenant possession de certains biens et qui, par là, entre en conflit avec les autres hommes. Que l'oppression de l'homme par l'homme se manifeste sans masque, comme dans le despotisme où la subjectivité absolue d'un seul transforme en objets tous les autres, qu'elle se déguise en dictature de la vérité objective comme dans les régimes qui emprisonnent, brûlent ou pendent les citoyens pour leur salut (et le déguisement est vain puisque une vérité imposée n'est que la vérité de quelques-uns, c'est-à-dire l'instrument de leur puissance), ou qu'enfin, comme dans l'État libéral, la violence soit mise hors la loi et en effet supprimée dans le commerce des idées, mais maintenue dans la vie effective, sous la forme de la colonisation, du chômage et du salaire, il ne s'agit que de différentes modalités d'une situation fondamentale. » MERLEAU-PONTY

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Comte: Travail et salaire

« Depuis que l'action réelle de l'Humanité sur le monde extérieur a commencé, chez les modernes, à s'organiser spontanément, elle exige la combinaison continue de deux classes distinctes, très inégales en nombre, mais également indispensables : d'une part, les entrepreneurs proprement dits, toujours peu nombreux, qui, possédant les divers matériaux convenables, y compris l'argent et le crédit, dirigent l'ensemble de chaque opération, en assumant dès lors la principale responsabilité des résultats quelconques; d'une autre part, les opérateurs directs, vivant d'un salaire périodique et formant l'immense majorité des travailleurs, qui exécutent, dans une sorte d'intention abstraite, chacun des actes élémentaires, sans se préoccuper spécialement de leur concours final. Ces derniers sont seuls immédiatement aux prises avec la nature, tandis que les premiers ont surtout affaire à la société. » A. COMTE

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Alain et l'apprentissage des sciences

« Il est bien sûr que les faits de nature intéressent tout homme; encore mieux, l'homme s'approche des mécaniques armé d'une merveilleuse attention. Les enfants sont de même; et je comprends qu'on veuille leur voir toujours en main un objet qu'ils défont et refont, qu'ils essaient, qu'ils explorent, qu'ils comprennent enfin comme on comprend le mécanisme d'une horloge. Seulement je suis assuré que si l'on espère éveiller l'esprit par ces moyens-là, on se trompe. Ce qui intéresse n'instruit jamais. L'homme est naturellement ingénieux, observateur, inventeur. Vous n'apprendrez rien à un chasseur qu'il ne sache mieux que vous. Et ce n'est pas d'hier qu'on nous invite à admirer le sauvage suivant une piste. Est-ce savoir? N'y a-t-il pas autre chose à savoir? Platon voulait écrire au fronton de son école : « Nul n'entre ici s'il n'est géomètre. » Par exemple, dans une horloge, c'est le mouvement régulier du pendule qu'il faut comprendre; on ne le peut sans la loi de la chute; on ne peut comprendre la loi de chute si l'on n'est géomètre. » ALAIN

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Alain et la loi suprême de l'invention humaine

« Puisqu'il est évident que l'inspiration ne forme rien sans matière, il faut donc à l'artiste, à l'origine des arts et toujours, quelque premier objet ou quelque première contrainte de fait, sur quoi il exerce d'abord sa perception, comme l'emplacement et les pierres pour l'architecte, un bloc de marbre pour le sculpteur, un cri pour le musicien, une thèse pour l'orateur, une idée pour l'écrivain, pour tous des coutumes acceptées d'abord. Par quoi se trouve défini l'artiste, tout à fait autrement que d'après la fantaisie. Car tout artiste est percevant et actif, artisan toujours en cela (...) Ainsi la méditation de l'artiste serait plutôt observation que rêverie, et encore mieux observation de ce qu'il a fait comme source et règle de ce qu'il va faire. Bref, la loi suprême de l'invention humaine est que l'on n'invente qu'en travaillant. Artisan d'abord. Dès que l'inflexible ordre matériel nous donne appui, alors la liberté se montre. » ALAIN

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ALAIN: La mémoire supérieure est représentation d'un ordre.

ALAIN: La mémoire supérieure est représentation d'un ordre. «Supposons qu'un ignorant parcoure un traité de géométrie sans y rien comprendre ; quel souvenir gardera-t-il de cette lecture ? Peut-être la représentation de quelques figures ou fragments de figures, de quelques mots, de quelques constructions de phrases qui l'auront frappe, sans qu'il puisse mettre dans tous ces souvenirs un ordre certain et déterminé autre que celui selon lequel ils s'évoquent les uns les autres, une figure faisant penser à une autre figure et un mol à un autre mot. Comparons à ce souvenir embryonnaire et irréfléchi, qui mérite à peine le nom de souvenir, le souvenir rationnel que possède le mathématicien après avoir lu et compris les mêmes chapitres : ici non seulement l'ordre de succession des mots, des propositions, des démonstrations est conservé, mais encore il est le principal élément du souvenir, aucun détail n'étant alors conservé pour lui-même, et chacun d'eux n'ayant d'intérêt que par sa place après certain autres dont il dépend, et avant certains autres qui dépendent de lui. Comme tout le monde accordera que ce souvenir est certainement plutôt un souvenir que le souvenir de l'ignorant, nous avons le droit de dire que la perfection de la mémoire semble consister dans la représentation exacte d'un certain ordre de succession irréversible.» Alain

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Alain: Religion et Eprit absolu

La religion consiste à croire par volonté, sans preuves et même contre les preuves, que l'esprit, valeur suprême et juge des valeurs, existe sous les apparences et même se révèle sous les apparences pour qui sait l'histoire. Il y a des degrés dans la religion. La religion de l'espérance veut croire que la nature est bonne au fond (panthéisme). La religion de la charité veut croire que la nature humaine est bonne au fond (culte des héros). La religion de la foi veut croire à l'esprit libre et s'ordonne d'espérer en tout homme (égalité) et aussi de ne point croire que la nature ait des projets contre nous (..). La religion n'est pas une philosophie, c'est une histoire. Tous les évènements manifestent l'esprit ; mais il en est de plus évidemment miraculeux ; les uns comme les autres n'ont lieu qu'une fois. Le culte consiste à commémorer les principaux de ces événements, de façon à entretenir une société à la fois publique et intime entre l'homme et l'esprit absolu, c'est-à-dire entre l'homme et son esprit. ALAIN

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Alain: Que la raison jamais ne s'endort en l'Homme !

Dès que l'on a éveillé sa Raison, par la géométrie et autres choses du même genre, on ne peut plus vivre ni penser comme si on ne l'avait pas éveillée. On doit des égards à sa raison, tout comme à son ventre. Et ce n'est pas parce que le ventre exige le pain du voisin, le mange, et dort content, que la raison doit être satisfaite. Même, chose remarquable, quand le ventre a mangé, la Raison ne s'endort point pour cela ; tout au contraire, la voilà plus lucide que jamais, pendant que les désirs donnent les uns sur les autres comme une meute fatiguée. La voilà qui s'applique à comprendre ce que c'est qu'un homme et une société d'hommes, des échanges justes ou injustes, et ainsi de suite ; et aussi ce que c'est que sagesse et paix avec soi-même, et si cela peut être autre chose qu'une certaine modération des désirs par la raison gouvernante. A la suite de quoi elle se représente volontiers des échanges convenables et des désirs équilibrés, un idéal enfin, qui n'est autre que le droit et le juste. Par où il est inévitable que la raison des riches vienne à pousser dans le même sens que le désir des pauvres. C'est là le plus grand fait humain peut-être. Alain.

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Alain: Mémoire et Souverain

« Quand je récite, on peut bien dire que je reconnais le texte, et par conséquent que je me reconnais moi-même. Mais ma pensée ne se dirige pas par là. L'intérêt n'est pas de savoir si c'est bien moi qui ai appris cela et à quelle époque... Un chimiste ne se reconnaît pas lui-même, même explicitement en ses « souvenirs » de chimie, pour autant qu'il les utilise; toutefois il se reconnaîtra en un procédé qu'il a inventé; mais alors, par ce mouvement, il s'éloigne de la science, il revient à lui et à cette sorte de rêverie biographique qui plaît à tous. Tous nos souvenirs ont deux faces. Par un côté, ils s'accordent à nous-mêmes et nous restituent un moment de notre vie. Jean-Christophe sait la musique ; mais il peut penser aussi à ses premières admirations, à ses désespoirs. On remarquera à ce sujet que les souvenirs explicitement reconnus ne consistent jamais dans un acte de mémoire limité, mais se rapportent à une vue du monde, à un moment de l'histoire du monde. Notre rêverie biographique cherche toujours à étendre chaque souvenir et c'est par ce moyen qu'il prend le sens de quelque chose de passé, qui ne fut qu'une fois. La sonate est toujours la même sonate, mais les lieux, les personnes, non. Et nos sentiments non plus. Je ne suis plus celui qui croyait..., qui pensait..., qui espérait. » Alain

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Alain: La liaison des choses de l'Univers

Ce qui pèse, dans l'or, c'est la liaison de l'or à la terre, à la lune, au soleil, à toutes choses. Et ce qui éclaire dans la lampe ce sont des liaisons entre les fils du secteur, les dynamos, les machines à vapeur et le charbon. Tout changement dans les choses réelles suppose un travail, qui se réduit au fond à un déplacement. Les choses imaginaires se déplacent sans peine, comme on voit dans les contes ; un palais surgit et disparaît par la baguette. Les choses réelles résistent au déplacement ; l'univers résiste au déplacement ; c'est en cela et seulement en cela qu'il est réel. Le réel de l'Univers c'est la négation de l'enchanteur et de toute magie, c'est la dépendance de toute chose par rapport à toute chose ; et rien de plus. Il n'y a donc rien dans la chose, rien à chercher dans la chose. Et la dernière propriété du dernier atome, ce serait encore une liaison avec tout le reste qui ferait frein au déplacement. L'atome d'électricité n'est pas l'électricité ; c'est le système des liaisons entre les atomes d'électricité qui est l'électricité. Ou, pour parler autrement, une charge électrique qui n'est pas une relation, c'est-à-dire une différence de niveau entre un corps et un autre, est un non-sens, et je reconnais en la charge absolue l'enchanteur de mon enfance. Alain.

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Alain: apprentissage et enseignement

L'apprentissage est l'opposé de l'enseignement. Cela vient de ce que le travail viril craint l'invention. L'invention se trompe, gâte les matériaux, fausse l'outil. L'apprenti subit cette dure loi; ce qu'il apprend surtout, c'est qu'il ne doit jamais essayer au-dessus de ce qu'il sait; mais bien plutôt toujours au-dessous. Il y a une timidité dans l'apprenti, qui devient prudence dans l'ouvrier, et qui est marquée sur les visages. « Je ne sais pas; ce n'est pas mon métier », tel est le refus du compagnon. Le chercheur est plus modeste quand il dit : « On va bien voir. » Toutefois on devine que le chercheur libre s'occupe fort peu de ce que les essais pourront coûter. Et c'est par là que les inventeurs souvent se ruinent, dont le fameux Palissy est le symbole. Et l'on comprend que cette entreprenante pensée ne soit pas reçue à l'atelier, car elle menace à la fois la planche et le ciseau, sans compter le temps perdu. Autant dire que l'apprenti apprend surtout à ne point penser. Ici se montre la technique, qui est une pensée sans paroles, une pensée des mains et de l'outil. On voudrait presque dire que c'est une pensée qui craint la pensée. ALAIN

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Alain et le choix

« Qui est-ce qui a choisi ? Je le demande. Personne n'a choisi, puisque nous sommes tous d'abord des enfants. Personne n'a choisi, mais tous ont fait d'abord; ainsi les vocations résultent de la nature et des circonstances. C'est pourquoi ceux qui délibèrent ne décident jamais; et il n'est rien de plus ridicule que les analyses de l'école, où l'on pèse les motifs et mobiles; c'est ainsi qu'une légende abstraite, et qui sent le grammairien, nous représente Hercule choisissant entre le vice et la vertu. Nul ne choisit; tous sont en marche et tous les chemins sont bons. L'art de vivre consiste d'abord, il me semble, à ne se point quereller soi-même sur le parti qu'on a pris ni sur le métier qu'on fait. Non pas, mais le faire bien. Nous voudrions voir une fatalité dans ces choix que nous trouvons faits et que nous n'avons pas faits; mais ces choix ne nous engagent point, car il n'y a point de mauvais lot; tout lot est bon si l'on veut le rendre bon. Il n'y a rien qui marque mieux la faiblesse que de discuter sur sa propre nature; nul n'a le choix; mais une nature est assez riche pour contenter le plus ambitieux. Faire de nécessité vertu est le beau et grand travail. » ALAIN

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alain et le spectacle humain

« Ce n'est pas peu de chose qu'être spectateur. Mais aussi ce n'est pas facile. Le spectacle humain est à ce point émouvant, et nous sommes si bons juges de l'injustice et des passions d'autrui, qu'aussitôt nous voulons entrer dans le drame; et cette impatience d'agir, mêlée de la peur qu'il faut surmonter, nous met au niveau des plus furieux, semblables à un médecin qui, en donnant ses soins au malade, prendrait lui-même la maladie. Cet effet d'une violence qui dans le fond est généreuse n'est point communément remarqué; on voit le mal dans les effets, mais on va rarement jusqu'à apercevoir que la cause du mal est dans les passions. Piège où les hommes sont pris depuis tant de siècles; ils font la guerre à la guerre, mais la guerre est en eux; je dirai même qu'une guerre juste serait, d'une certaine manière, la pire de toutes; car on pardonne alors à l'emportement, à la fureur, à la frénésie d'après des motifs honorables et même sublimes. Contre quoi Platon soutient que la vraie injustice est toujours cette sédition à l'intérieur de l'individu lui-même, et que la première justice est de se posséder et gouverner soi-même. » ALAIN

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