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Claude LÉVI-STRAUSS, Race et Histoire.

Mais quelle serait notre position en face d'une civilisation qui se serait attachée à développer des valeurs propres, dont aucune ne serait susceptible d'intéresser la civilisation de l'observateur ? Celui-ci ne serait-il pas porté à qualifier cette civilisation de stationnaire ? En d'autres termes la distinction entre les deux formes d'histoire [cumulative et stationnaire] dépend-elle de la nature intrinsèque des cultures auxquelles on l'applique, ou ne résulte-t-elle pas de la perspective ethnocentrique dans laquelle nous nous plaçons toujours pour évaluer une culture différente ? Nous considérerions ainsi comme cumulative toute culture qui se développerait dans un sens analogue au nôtre, c'est-à-dire dont le développement serait doté pour nous de signification. Tandis que les autres cultures nous apparaîtraient comme stationnaires, non pas nécessairement parce qu'elles le sont, mais parce que leur ligne de développement ne signifie rien pour nous, n'est pas mesurable dans les termes du système de référence que nous utilisons. [...] La civilisation occidentale s'est entièrement tournée, depuis deux ou trois siècles, vers la mise à la disposition de l'homme de moyens mécaniques de plus en plus puissants. Si l'on adopte ce critère, on fera de la quantité d'énergie disponible par tête d'habitant l'expression du plus ou moins haut degré de développement des sociétés humaines. La civilisation occidentale, sous sa forme nord-américaine, occupera la place de tête, les sociétés européennes venant ensuite, avec, à la traîne, une masse de sociétés asiatiques et africaines qui deviendront vite indistinctes. Or ces centaines ou même ces milliers de sociétés qu'on appelle insuffisamment développées et « primitives » qui se fondent dans un ensemble confus quand on les envisage sous le rapport que nous venons de citer (et qui n'est guère propre à les qualifier, puisque cette ligne de développement leur manque ou occupe chez elles une place très secondaire), elles se placent aux antipodes les unes des autres ; selon le point de vue choisi, on aboutirait donc à des classements différents. -- Claude LÉVI-STRAUSS, Race et Histoire.

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TEXTE Claude BERNARD, Introduction à l'étude de la Médecine expérimentales

TEXTE Claude BERNARD, Introduction à l'étude de la Médecine expérimentales S'il fallait définir la vie d'un seul mot, qui, en exprimant bien ma pensée, mît en relief le seul caractère qui, suivant moi, distingue nettement la science biologique, je dirais: la vie, c'est la création. En effet, l'organisme créé est une machine qui fonctionne nécessairement en vertu des propriétés physico-chimiques de ses éléments constituants. Nous distinguons aujourd'hui trois ordres de propriétés manifestées dans les phénomènes des êtres vivants: propriétés physiques, propriétés chimiques et propriétés vitales. Cette dernière dénomination de propriété vitale n'est, elle-même, que provisoire; car nous appelons vitales les propriétés organiques que nous n'avons encore pu réduire à des considérations physico-chimiques; mais il n'est pas douteux qu'on y arrivera un jour. De sorte que ce qui caractérise la machine vivante, ce n'est pas la nature de ses propriétés physico-chimiques, si complexes qu'elles soient, mais bien la création d'une machine qui se développe sous nos yeux dans les conditions qui lui sont propres et d'après une idée définie qui exprime la nature de l'être vivant et l'essence même de la vie.

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Note : 8/10
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Le savant complet est celui qui embrasse à la fois la théorie et la pratique expérimentale. 1° il constate un fait ; 2° à propos de ce fait, une idée naît dans son esprit ; 3° en vue de cette idée, il raisonne, institue une expérience, en imagine et en réalise les conditions matérielles. 4° de cette expérience résultent de nouveaux phénomènes qu'il faut observer, et ainsi de suite. L'esprit du savant se trouve en quelque sorte toujours placé entre deux observations : l'une qui sert de point de départ au raisonnement, et l'autre qui lui sert de conclusion. Pour être plus clair, je me suis efforcé de séparer les diverses opérations du raisonnement expérimental. Mais quand tout cela se passe à la fois dans la tête d' un savant qui se livre à l'investigation dans une science aussi confuse que l'est encore la médecine, alors il y a un enchevêtrement tel, entre ce qui résulte de l'observation et ce qui appartient à l'expérience, qu'il serait impossible et d'ailleurs inutile de vouloir analyser dans leur mélange inextricable chacun de ces termes. Il suffira de retenir en principe que l'idée a priori ou mieux l'hypothèse est le stimulus de l'expérience, et qu'on doit s'y laisser aller librement, pourvu qu'on observe les résultats de l'expérience d'une manière rigoureuse et complète. Si l'hypothèse ne se vérifie pas et disparaît, les faits qu'elle aura servi à trouver resteront néanmoins acquis comme des matériaux inébranlables de la science. L'observateur et l'expérimentateur répondraient donc à des phases différentes de la recherche expérimentale. L'observateur ne raisonne plus, il constate ; l'expérimentateur, au contraire, raisonne et se fonde sur les faits acquis pour en imaginer et en provoquer rationnellement d'autres. Mais, si l'on peut, dans la théorie et d'une manière abstraite, distinguer l'observateur de l'expérimentateur, il semble impossible dans la pratique de les séparer, puisque nous voyons que nécessairement le même investigateur est alternativement observateur et expérimentateur. On voit donc que tous les termes de la méthode expérimentale sont solidaires les uns des autres. Les faits sont les matériaux nécessaires ; mais c'est leur mise en oeuvre par le raisonnement expérimental, c'est-à-dire la théorie, qui constitue et édifie véritablement la science. L'idée formulée par les faits représente la science. L'hypothèse expérimentale n'est que l'idée scientifique, préconçue ou anticipée. La théorie n'est que l'idée scientifique contrôlée par l'expérience. Le raisonnement ne sert qu'à donner une forme à nos idées, de sorte que tout se ramène primitivement et finalement à une idée. C'est l'idée qui constitue, ainsi que nous allons le voir, le point de départ ou le primum movens de tout raisonnement scientifique, et c'est elle qui en est également le but dans l'aspiration de l'esprit vers l'inconnu. Claude BERNARD

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La double mémoire de l'Occident - Armand Abécassis

La double mémoire de l'Occident - Armand Abécassis La civilisation européenne est incompréhensible si on oublie qu'a coté de l'héritage gréco-romain,qui lui a légué la raison philosophique et juridique celui de Jérusalem a fauconné sa spiritualité son âme. Nous traversons tout le cursus des études,depuis l'enfance jusqu'aux diplôme universitaires sans avoir entendu parler de l'histoire biblique sinon comme celle qui concerne les religieux.sur la façade de notre dame à Paris 28 rois veillent de jour et de nuit sur les parisiens:combien parmi eux savent que ce sont des rois de Judée ancêtres de jésus et non ancêtre de louis XVI ? Et comment comprendre Montaigne,Racine, Hugo, Claudel ou Valéry sans culture biblique ? Les racines de l'occident sont biblique,c'est a dire d'abord juives.c'est la thorah qui a travers le christianisme lui a fourni ses principales valeurs mais c'est l'église qui a commencé par estomper la référence directe aux textes juifs et interdisant de les lires et en leur accordant une valeur négative quand les protestants s'y rapportèrent. La 3eme république étendra l'interdit au "nouveau testament" en bannissant la bible de la scolarité.La culture française se trouva ainsi déracinée. Or,quelle que soit notre conviction religieuse ou laïque,il nous faut reconnaitre la double mémoire de notre civilisation occidentale: celle "painne" reçues de la Grèce et de Rome et celle monothéiste hérité de la Thorah et des Évangiles. D'Athènes nous avons recueilli le logos opposé au mythos.l'universel que les Babyloniens lisaient dans le ciel a travers leur astronomie et leur astrologie revétit une nature chez les grecs qui le caractérisèrent par la raison et ses principes.Ils forgèrent le concept d'être. D'après eux,la pensée humaine est capable de le connaitre.Quand elle coïncide avec lui et qu'elle fonde ainsi son savoir,on dit qu'elle atteint la vérité,c'est a dire son adéquation a ce qui est.Ce savoir vrai est doublement nécessaire puisqu'il permet d'agir sur le monde et de le connaitre.Il permet surtout de déduire ce qui doit être,la morale étant considérée comme l'épanouissement de ce qui est.Il s'agit donc,dans ce type de culture,de connaitre pour faire et pour bien faire.Tout y dépend de la vérité c'est a dire du concept et de la vérification.Mais son autre racine,celle qui lui vient de Jérusalem lui rappelle qu'il ne suffit pas de connaitre pour bien faire.La faute ne peut être réduite a l'erreur,ni le mal seulement découler de l'ignorance. Le message de la Jérusalem biblique d'abord,puis évangélique,est celui du sens et de l'exigence morale.Il proclame que l'histoire humaine ne peut reposer sur la maitrise du monde qui n'est pas une fin en soi,mais sur la prévalence de la conduite morale et sa transcendance par rapport a la science,au politique,à l'institution.En prescrivant par la bouche des prophètes de nourrir ceux qui ont faim et de défendre ceux qui sont persécutés,la Bible exige l'obéissance,sans condition,avant tout savoir,aux obligations qui émanent de chaque singularité,ici et maintenant. telle est la double mémoire de l'Occident:la recherche de l'universalité par l'abstraction et par les idées,et le souci de la personnalité concrète et de la justice qui doit lui être rendue par la reconnaissance de sa valeur au sein de l'entreprise commune.En d'autres termes,l'occident se détermine en résorbant les tensions,ou en les équilibrant tout au moins,entre l'intériorité et l'extériorité,entre le savoir intellectuel et l'esprit,entre le sujet et l'objet,entre le fait et le droit,entre ce qui est et ce qui doit être. Nous ne devons pas accepter que la culture se fonde et se construise sur la vérité exclusive c'est a dire sur le fonctionnement catégoriel et conceptuel de la raison à l'exclusion du sens et de son fonctionnement symbolique.

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Claude Bernard: de la nature du raisonnement expérimental.

« Le raisonnement expérimental est précisément l'inverse du raisonnement scolastique. La scolastique veut toujours un point de départ fixe et indubitable, et ne pouvant le trouver ni dans les choses extérieures, ni dans la raison, elle l'emprunte à une source irrationnelle quelconque : telle qu'une révélation, une tradition ou une autorité conventionnelle ou arbitraire. Une fois le point de départ posé, le scolastique ou le systématique en déduit logiquement toutes les conséquences, en invoquant même l'observation ou l'expérience des faits comme arguments quand ils sont en sa faveur (...) Au contraire (...) Toutes les théories qui servent de point de départ au physicien, au chimiste, et à plus forte raison au physiologiste, ne sont vraies que jusqu'à ce qu'on découvre qu'il y a des faits qu'elles ne referment pas ou qui les contredisent. Lorsque ces faits contradictoires se montreront bien solidement établis, loin de se roidir1, comme le scolastique ou le systématique, contre l'expérience, pour sauvegarder son point de départ, l'expérimentateur s'empressera, au contraire, de modifier sa théorie, parce qu'il sait que c'est la seule manière d'avancer et de faire des progrès dans les sciences. L'expérimentateur doute donc toujours, même de son point de départ ; il a l'esprit nécessairement modeste et souple, et accepte la contradiction à la seule condition qu'elle lui soit prouvée. » Claude Bernard (1813-1878) Introduction à la médecine expérimentale (1865)

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« La première condition que doit remplir un savant qui se livre à l'investigation dans les phénomènes naturels, c'est de conserver une entière liberté d'esprit assise sur le doute philosophique. Il ne faut pourtant point être sceptique ; il faut croire à la science, c'est-à-dire au déterminisme, au rapport absolu et nécessaire des choses, aussi bien dans les phénomènes propres aux êtres vivants que dans tous les autres ; mais il faut en même temps être bien convaincu que nous n'avons ce rapport que d'une manière plus ou moins approximative et que les théories que nous possédons sont loin de représenter des vérités immuables. Quand nous faisons une théorie générale dans nos sciences, la seule chose dont nous soyons certains, c'est que toutes ces théories sont fausses absolument parlant. Elles ne sont que des vérités partielles et provisoires qui nous sont nécessaires, comme des degrés sur lesquels nous reposons pour avancer dans l'investigation ; elles ne représentent que l'état actuel de nos connaissances, et par conséquent, elles devront se modifier avec l'accroissement de la science ? et d'autant plus souvent que les sciences sont moins avancées dans leur évolution. » CLAUDE BERNARD.

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Claude Bernard: découverte scientifique et hasard

On a souvent dit que pour faire des découvertes il fallait être ignorant. Cette affirmation, fausse en elle-même, cache cependant une vérité. Elle signifie qu'il vaut mieux ne rien savoir que d'avoir dans l'esprit des idées fixes appuyées sur des théories dont on cherche toujours la confirmation en négligeant tout ce qui ne s'y rapporte pas. Cette disposition d'esprit est des plus mauvaises et elle est éminemment opposée à l'invention. En effet une découverte est en général un rapport imprévu qui ne se trouve pas compris dans la théorie, car sans cela il serait prévu. Un homme ignorant qui ne connaîtrait pas la théorie serait en effet, sous ce rapport, dans de meilleures conditions d'esprit ; la théorie ne le gênerait pas et ne l'empêcherait pas de voir des faits nouveaux que n'aperçoit pas celui qui est préoccupé d'une théorie exclusive. Mais hâtons-nous de dire qu'il ne s'agit pas ici d'élever l'ignorance en principe. Plus on est instruit, plus on possède de connaissances antérieures, mieux on aura l'esprit disposé pour faire des découvertes grandes et fécondes. Seulement, il faut garder sa liberté d'esprit et croire que, dans la nature, l'absurde suivant nos théories n'est pas toujours impossible. CLAUDE BERNARD

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