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Ecrivains noirs antillais d'aujourd'hui

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Il y a des mers de rencontre des civilisations, comme la Méditerranée, la mer de Chine du sud dont les rives sont baignées de civilisation chinoise et indienne, la mer des Caraïbes en est une : au confluent des mondes européen, indien et africain. Nous y pensons peu alors que nous avons avec cette région des liens historiques aujourd'hui encore vivants, nous y contrôlons des territoires miettes de l'empire, une portion importante du peuple de ces îles vit dans nos villes, à la fois parents et étrangers. Semis d'îles en arc de cercle de Cuba aux Guyanes, premières touchées par les navigateurs européens, les premières colonisées : les Indiens vite disparus, baptisés puis massacrés, pourchassés, tués aux travaux. Alors on importe des populations entières d'Afrique. Les grandes îles hispanisées, Cuba, Puerto Rico, et la République Dominicaine, moitié occidentale de l'île d'Haïti, fortement assimilées, où la population d'origine européenne est prépondérante, se définissent un peu à part.

« les divers mouvements inspirés de l'Europe, - du romantisme au surréalisme, la littérature haïtienne , parfois contre les déclarations d'intention de ses protagonistes , a toujours été attachée à la terre de l'île , aux gens du pays et à leurs coutumes : les pay­ sages, le travail des paysans , les fëtes profanes et les cérémonies religieuses du Vaudou. Cette constante devient fondamentale à la fin des années vingt avec « l'école indigéniste » et ne cessera plus, en dépit des différentes tendances, hypothèses, ten ­ tati ves, d'occuper le terrain ensuite jusqu'à nos jours. Dans les années soixante et soixante-dix, alors que les grands écrivains exilés poursuivaient leur œuvre selon leurs voies propres , à l'intérieur d ' Ha ït i les écoles naissaient , à la fois contradictoi­ res et complémentaires, s'appuyant pourtant sur une structure très pauvre, quelques rares revues, des imprimeries faisant surtout du compte d'au­ teur . Sans renier l'indigénisme ni la filiation africai­ ne, mais en recherchant une plus grande autono­ mie , rêvant aussi d'un art total embrassant tous les genres, les poètes du groupe du « spiralisme » veut utiliser les leçons du « nouveau roman », du struc ­ turalisme et de la linguistique. Le « spiralisme » veut faire une descente dans la vérité du langage , à la recherche de ses structures profondes. Le travail de ces poètes, écrivains, critiques, est cependant bien éloigné de l'intellectualisme de toute une par­ tie de la caste littérai~ ~française à laquelle ils se réfèrent tout en la critiquant, avec eux continue de vivre le chant de l'île : "' Que ma terre soit bonne maîtresse à mon retour vers moi qu'elle vienne et m'accueille à grands cris de bannières sur ses tables d'essences d'aube d'azur je boirai l'eau douce de ses grottes ( .. J , René Philoctète (Ces îles qui marchent) Un autre mouvement, le « pluréalisme », Gérard Dougé en est le fondateur -souhaite « réa­ liser une poésie concrète , dans laquelle les poèmes soient de vraies choses perceptibles, des objets concrets tombant sous les sens » ; souhaite que la littérature change pour survivre dans le temps qui voit naître de nouvelles sciences, de nouveaux moyens avec le développement de l'audio-visuel. "'En petits sachets de sons -Voici des poèmes des chansons- Vous en poudrere z peut-être votre soir Par cuillerées de cristaux -Voici des mots - Qui sait si vous n'en brasseriez- Dans une mélan­ colie. De ces miniatures d'images - Avant lessivage du soleil -Essayez la couleur à fondre - Sous la paupière de cette nuit ( . .. ) , (Gérard Dougé Pollens) D 'une école à l'autre , et en dehors de toute école, on retrouve souvent les noms des mêmes poètes, certains se sont regroupés un moment, toutes ten­ dances confondues, sur la base de leur appartenan­ ce régionale, dans le Nord-Ouest, il est difficile de mettre des cadres, des classifications et des étiquet­ tes réductrices, sur ces poètes. Prolongement immédiat, chez le même éditeur paraît le premier recueil de l'œuvre du poète Jean Metellus , qui figure également dans l'anthologie. Jean Metellus vit à Paris, il écrit depuis quinze ans de longs poèmes publiés dans des revues, dont des extraits sont ici recueillis, et surtout « au pipirite chantant » qui donne son titre au volume , long poème de 85 pages, où le souffie de Metellus a l'oc­ casion de donner sa pleine mesure, chant de la beauté et de la misère de l'île, chant du matin inconnu, le premier oiseau qui salue le jour affron­ tant le présent brûlant de violence, à travers le pris­ me de l'exil, des nostalgies, de l'arrachement qui laisse étonné. Œuvre forte et exemplaire, qui s'est constituée jour après jour pendant des années , ici rendue dans une première tentative de réunion, parole émouvante de douleur et d'espoir. Regard qui veut rendre clair, percer le mur d'une société qu i s'ignore elle-même, qui se refuse. Ce n'est pas une image rassurante , faite de lyrisme, de naïveté dans la foi en des lendemains de libération, que nous renvoient les plus lucides des poètes des Antilles aujourd'hui, mais une incertitude, un trouble déséquilibrant. Une recherche vers la clarté inconnue , cri venu d'une île surveillée qui ne nous hante pas assez. Cri de la terre niée, apportée dans les rues de Port-au-Prince, New York, Paris et Dakar: "'Au pipirite chantant le paysan haïtien a foulé le seuil du jour et dessine dans l'air, sur les pas du soleil, une image d'homme en croix étreignant la vie Puis bénissant la terre du vent pur de ses vœux, après avoir salué l'azur trempé de lumière, il arrose d'oraison la montagne oubliée, sans faveur, sans engrais Au pipirite chantant pèse la menace d'un retour des larmes .. . , (Jean Metellus - Au pipirite chantant) Chemin de nous seuls est le titre du livre d'Emile Yoyo, jeune auteur martiniquais (éd. Balland). « Chemin de nous seuls » ou chemin de tous les hommes ? Chemin d'un peuple qui a été trahi plus que quiconque , par ses propres « élites », par l'his­ toire que le phénomène colonial a pervertie. Che­ min frayé à travers une langue et une intelligence apportées de l 'extérieur, mais investies , détournées, par la souffrance, la vie, les gestes, d' un peuple ignoré. Ces textes sont écrits en général en français, langue du colonisateur. Le créole parlé dans la vie courante est lui-même une langue mêlée de français et de formes, de mots, hérités de la lointaine Afri­ que, le tout déformé par les usages locaux, ne béné­ ficiant pas du travail de lexicographie , de dénom­ brement et d'élucidation nécessaire pour en faire une langue écrite et une langue littéraire (pourtant des essais ont été tentés, de longue date, par exemple dans les poèmes de Gratiant, aujourd'hui ils ressortissent plutôt d'une pratique militante). Aussi cette langue est-elle un déchirement, un exil, et pour parler de la conscience raciale charrie-t-elle un flot de mythes, d'images. »

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