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Le General Dourakine --Cent mille roubles.

Publié le 11/04/2014

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Le General Dourakine --Cent mille roubles..., plus si vous voulez! s'ecria Mme Papofski." Le capitaine ispravnik: "Alors il me reste un devoir a remplir: c'est de faire au general prince gouverneur un rapport sur l'offre deshonorante que vous osez me faire, et qui vous menera en Siberie ou tout au moins dans un couvent pour faire penitence: ce qui n'est pas agreable; on y est plus maltraite que ne le sont vos domestiques et vos paysans." Madame Papofski, terrifiee: "Au nom de Dieu, ne faites pas une si mechante action, mon cher Yefime Vassilievitche. Tout cela n'etait pas serieux." Le capitaine ispravnik: "C'etait serieux, Maria Petrovna, dit l'ispravnik avec rudesse, et si serieux, qu'il vous faudrait me donner plus de cent mille roubles pour me le faire oublier." Madame Papofski: "Plus de cent mille roubles!... Mais c'est affreux!... M'extorquer plus de cent mille roubles pour ne pas porter contre moi une plainte horrible!" La capitaine ispravnik: "Vous vouliez tout a l'heure me donner la meme somme pour avoir le plaisir de fouetter vos paysans et vos dvarovoi et leur extorquer un abrock enorme: vous pouvez bien la doubler pour avoir le plaisir de ne pas etre fouettee vous-meme tous les jours pendant deux ou trois ans pour le moins." Madame Papofski: "C'est abominable! c'est infame!" Le capitaine ispravnik: "Abominable, infame, tant que vous voudrez, mais vous ne sortirez pas d'ici avant de m'avoir souscrit une obligation de deux cent mille roubles remboursables en deux ans, par moitie, au bout de chaque annee... sinon, je fais atteler mon droschki et je vais deposer ma plainte chez le prince gouverneur. --Non, non, au nom de Dieu, non. Mon bon Yefime Vassilievitche, ayez pitie de moi, s'ecria Mme Papofski en se jetant a genoux devant le capitaine ispravnik triomphant; diminuez un peu; je vous donnerai cent mille roubles..., cent vingt mille, ajouta-t-elle... Eh bien! cent cinquante mille!" Le capitaine ispravnik se leva. "Adieu, Maria Petrovna; au revoir dans quelques heures; un officier de police m'accompagnera avec deux soldats; on vous menera a la prison. --Grace, grace!... dit Mme Papofski, se prosternant devant l'ispravnik. Je vous donnerai... les deux cent mille roubles que vous exigez. "Mettez-vous la, Maria Petrovna, dit le capitaine ispravnik montrant le fauteuil qu'il venait de quitter; vous allez signer le papier que je vais preparer." Le capitaine ispravnik eut bientot fini l'acte, que signa la main tremblante de Maria Petrovna. "Partez a present, Maria Petrovna, et si vous dites un mot de ces deux cent mille roubles, je vous fais enlever et disparaitre sans que personne puisse jamais savoir ce que vous etes devenue; c'est alors que vous feriez connaissance avec le fouet et avec la Siberie." Le capitaine ispravnik la salua, ouvrit la porte; au moment de la franchir, elle se retourna vers lui, le regarda avec colere. "Miserable, dit-elle tout haut, sans voir quelques hommes ranges au fond de la salle. XVI. VISITE QUI TOURNE MAL 71 Le General Dourakine --Vous outragez l'autorite, Maria Petrovna! Ocipe, Feodore, prenez cette femme et menez-la dans le salon prive." Malgre sa resistance, Mme Papofski fut enlevee par ces hommes robustes qu'elle n'avait pas apercus, et entrainee dans un salon petit, mais d'apparence assez elegante. Quand elle fut au milieu de ce salon, elle se sentit descendre par une trappe a peine assez large pour laisser passer le bas de son corps; ses epaules arreterent la descente de la trappe; terrifiee, ne sachant ce qui allait lui arriver, elle voulut implorer la pitie des deux hommes qui l'avaient amenee, mais ils etaient disparus; elle etait seule. A peine commencait-elle a s'inquieter de sa position, qu'elle en comprit toute l'horreur, elle se sentit fouettee comme elle aurait voulu voir fouetter ses paysans. Le supplice fut court, mais terrible. La trappe remonta; la porte du petit salon s'ouvrit. "Vous pouvez sortir, Maria Petrovna", lui dit le capitaine ispravnik qui entrait, en lui offrant le bras d'un air souriant. Elle aurait bien voulu l'injurier, le souffleter, l'etrangler, mais elle n'osa pas et se contenta de passer devant lui sans accepter son bras. "Maria Petrovna, lui dit le capitaine ispravnik en l'arretant, j'ai eu l'honneur de vous offrir mon bras; est-ce que vous voudriez recommencer une querelle avec moi?... Non, n'est-ce pas?... Ne sommes-nous pas bons amis? ajouta-t-il avec un sourire charmant. Allons, prenez mon bras: j'aurai l'honneur de vous conduire jusqu'a votre voiture. Ne mettons pas le public dans nos confidences; tout cela doit rester entre nous." Mme Papofski, encore tremblante, fut obligee d'accepter le bras de son ennemi, qui lui parla de la facon la plus gracieuse; elle ne lui repondait pas. Le capitaine ispravnik, bas et familierement: "Vous me direz bien quelques paroles gracieuses, ma chere Maria Petrovna, devant tous ces gens qui nous regardent. Un petit sourire, Maria Petrovna, un regard aimable: sans quoi je devrai vous faire faire connaissance avec un autre petit salon tres gentil, bien plus agreable que celui que vous connaissez; on y reste plus longtemps... et on en sort toujours pour se mettre au lit. --J'ai hate de m'en retourner chez moi, Yefime Vassilievitche, repondit Mme Papofski en le regardant avec le sourire qu'il reclamait; j'ai ete deja bien indiscrete de vous faire une si longue visite. --J'espere qu'elle vous a ete agreable, chere Maria Petrovna, comme a moi. --Certainement, Yefime Vassilievitche... (dites mon cher Yefime Vassilievitche, lui dit a l'oreille le capitaine ispravnik), mon cher Yefime Vassilievitche, repeta Mme Papofski. (Demandez-moi a venir vous voir, continua son bourreau.) Venez donc me voir a Gromiline... (mon cher, dit l'ispravnik), mon cher... Ah!... ah! Je meurs!" Et Mme Papofski tomba dans les bras du capitaine ispravnik. L'effort avait ete trop violent; elle perdit connaissance. Le capitaine ispravnik la coucha dans sa voiture, fit semblant de la plaindre, de s'inquieter, et ordonna au cocher de ramener sa maitresse le plus vite possible, parce qu'elle avait besoin de repos. Le cocher fouetta les chevaux, qui partirent ventre a terre. "Bonne journee! se dit le capitaine ispravnik. Deux cent mille roubles! Ah! ah! ah! la Papofski! comme elle s'est laisse prendre! j'irai la voir; si je pouvais lui extorquer encore quelque chose! Je verrai, je verrai." Le mouvement de la voiture, les douleurs qu'elle ressentait et le grand air firent revenir Mme Papofski de son evanouissement. Elle se remit avec peine sur la banquette de laquelle elle avait glisse, et se livra aux plus altieres reflexions et aux plus terribles coleres jusqu'a son retour a Gromiline. Elle se coucha en arrivant, pretextant une migraine pour ne pas eveiller la curiosite des domestiques, et resta dans son lit trois jours entiers. Le quatrieme jour, quand elle voulut se lever, un mouvement extraordinaire se faisait entendre dans la maison. XVI. VISITE QUI TOURNE MAL 72

« —Vous outragez l'autorite, Maria Petrovna! Ocipe, Feodore, prenez cette femme et menez-la dans le salon prive.” Malgre sa resistance, Mme Papofski fut enlevee par ces hommes robustes qu'elle n'avait pas apercus, et entrainee dans un salon petit, mais d'apparence assez elegante. Quand elle fut au milieu de ce salon, elle se sentit descendre par une trappe a peine assez large pour laisser passer le bas de son corps; ses epaules arreterent la descente de la trappe; terrifiee, ne sachant ce qui allait lui arriver, elle voulut implorer la pitie des deux hommes qui l'avaient amenee, mais ils etaient disparus; elle etait seule. A peine commencait-elle a s'inquieter de sa position, qu'elle en comprit toute l'horreur, elle se sentit fouettee comme elle aurait voulu voir fouetter ses paysans. Le supplice fut court, mais terrible. La trappe remonta; la porte du petit salon s'ouvrit. “Vous pouvez sortir, Maria Petrovna", lui dit le capitaine ispravnik qui entrait, en lui offrant le bras d'un air souriant. Elle aurait bien voulu l'injurier, le souffleter, l'etrangler, mais elle n'osa pas et se contenta de passer devant lui sans accepter son bras. “Maria Petrovna, lui dit le capitaine ispravnik en l'arretant, j'ai eu l'honneur de vous offrir mon bras; est-ce que vous voudriez recommencer une querelle avec moi?... Non, n'est-ce pas?... Ne sommes-nous pas bons amis? ajouta-t-il avec un sourire charmant. Allons, prenez mon bras: j'aurai l'honneur de vous conduire jusqu'a votre voiture. Ne mettons pas le public dans nos confidences; tout cela doit rester entre nous.” Mme Papofski, encore tremblante, fut obligee d'accepter le bras de son ennemi, qui lui parla de la facon la plus gracieuse; elle ne lui repondait pas. Le capitaine ispravnik, bas et familierement: “Vous me direz bien quelques paroles gracieuses, ma chere Maria Petrovna, devant tous ces gens qui nous regardent. Un petit sourire, Maria Petrovna, un regard aimable: sans quoi je devrai vous faire faire connaissance avec un autre petit salon tres gentil, bien plus agreable que celui que vous connaissez; on y reste plus longtemps... et on en sort toujours pour se mettre au lit. —J'ai hate de m'en retourner chez moi, Yefime Vassilievitche, repondit Mme Papofski en le regardant avec le sourire qu'il reclamait; j'ai ete deja bien indiscrete de vous faire une si longue visite. —J'espere qu'elle vous a ete agreable, chere Maria Petrovna, comme a moi. —Certainement, Yefime Vassilievitche... (dites mon cher Yefime Vassilievitche, lui dit a l'oreille le capitaine ispravnik), mon cher Yefime Vassilievitche, repeta Mme Papofski. (Demandez-moi a venir vous voir, continua son bourreau.) Venez donc me voir a Gromiline... (mon cher, dit l'ispravnik), mon cher... Ah!... ah! Je meurs!” Et Mme Papofski tomba dans les bras du capitaine ispravnik. L'effort avait ete trop violent; elle perdit connaissance. Le capitaine ispravnik la coucha dans sa voiture, fit semblant de la plaindre, de s'inquieter, et ordonna au cocher de ramener sa maitresse le plus vite possible, parce qu'elle avait besoin de repos. Le cocher fouetta les chevaux, qui partirent ventre a terre. “Bonne journee! se dit le capitaine ispravnik. Deux cent mille roubles! Ah! ah! ah! la Papofski! comme elle s'est laisse prendre! j'irai la voir; si je pouvais lui extorquer encore quelque chose! Je verrai, je verrai.” Le mouvement de la voiture, les douleurs qu'elle ressentait et le grand air firent revenir Mme Papofski de son evanouissement. Elle se remit avec peine sur la banquette de laquelle elle avait glisse, et se livra aux plus altieres reflexions et aux plus terribles coleres jusqu'a son retour a Gromiline. Elle se coucha en arrivant, pretextant une migraine pour ne pas eveiller la curiosite des domestiques, et resta dans son lit trois jours entiers. Le quatrieme jour, quand elle voulut se lever, un mouvement extraordinaire se faisait entendre dans la maison. Le General Dourakine XVI. VISITE QUI TOURNE MAL 72 »

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