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Le Speronare part du roi Charles pour empoisonner l'empereur de Constantinople, Le vaisseau qui emmenait Jean de Procida le deposa a Malte, d'ou il prit une barque et gagna la Sicile.

Publié le 11/04/2014

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Le Speronare part du roi Charles pour empoisonner l'empereur de Constantinople, Le vaisseau qui emmenait Jean de Procida le deposa a Malte, d'ou il prit une barque et gagna la Sicile. A peine y eut-il mis le pied, qu'evitant les cotes, qui etaient gardees par les Angevins, il penetra dans l'interieur des terres et s'en alla trouver, toujours vetu en franciscain, messire Palmieri Abbate et plusieurs autres barons de Sicile aussi puissants et aussi patriotes que lui. Puis, les ayant rassembles, il leur dit: --Miserables que vous etes, vendus comme des chiens et traites comme des chiens, ne vous lasserez-vous donc jamais d'etre des esclaves et de vivre comme des animaux, quand vous pouvez etre des seigneurs et vivre comme des hommes? Allez, nous n'etes pas dignes que Dieu vous regarde en pitie, puisque vous n'avez pas pitie de vous-memes. Alors, tous repondirent d'une seule voix: --Helas! messire Jean de Procida, comment pouvons-nous faire autrement que nous faisons, nous qui sommes soumis a des maitres puissants comme jamais il n'y en eut au monde? Tout au contraire, il nous semble que, quelque effort que nous fassions, nous ne sortirons jamais d'esclavage. --Eh bien donc! dit Procida, puisque vous n'avez pas le courage de vous delivrer vous-memes, je vous delivrerai, moi, pourvu que vous vouliez faire ce que je vous dirai. Et tous tomberent a genoux devant Jean de Procida, l'appelant leur sauveur et leur second Christ, et lui demandant ce qu'ils avaient a faire pour le seconder. --Il faut, dit Jean de Procida, retourner dans vos terres, armer vos vassaux, et leur dire de se tenir prets a un signal. Quand le temps sera venu, je vous donnerai ce signal, et vous, vous le transmettrez a vos vassaux. --Mais, dirent les seigneurs, comment pouvons-nous entreprendre une pareille chose sans argent et sans appui? --Quant a l'argent je l'ai deja, dit Procida; et quant a l'appui, je l'aurai bientot, si vous voulez ecrire la lettre que je vais vous dicter. Tous repondirent qu'ils etaient prets, et Jean de Procida dicta la lettre suivante: "Au magnifique, illustre et puissant seigneur, roi d'Aragon et comte de Barcelone. "Nous nous recommandons tous a votre grace. Et d'abord messire Alaimo, comte de Lentini, puis messire Palmieri Abbate, puis messire Gualtieri de Galata Girone, et tous les autres barons de l'ile de Sicile, nous vous saluons avec toute reverence, en vous priant d'avoir pitie de nos personnes, comme vendus et assujettis a l'egal des betes. "Nous nous recommandons a votre seigneurie et a madame votre epouse, qui est notre maitresse, et a laquelle nous devons porter allegeance. "Nous vous envoyons prier de daigner nous delivrer, retirer et arracher des mains de nos ennemis, qui sont aussi les votres, de meme que Moise delivra le peuple des mains de Pharaon. JEAN DE PROCIDA 271 Le Speronare "Croyez donc, magnifique, illustre et puissant seigneur roi, a notre devouement et a notre reconnaissance, et, pour tout ce qui n'est point porte en cette lettre, rapportez-vous-en a ce que vous dira messire Jean de Procida." Puis ils signerent cette lettre, et, l'ayant scellee de leurs sceaux, ils la remirent a messire Jean de Procida, qui la joignit a celle qu'il avait deja recue de Michel Paleologue, et qui, se remettant en voyage, partit aussitot pour Rome. Nicolas III de la maison des Ursins regnait alors: c'etait un homme d'une volonte forte et perveverante, qui voulait fixer authentiquement le pouvoir temporel de la tiare, et qui, en consequence, apres avoir fait tous ses parents princes, avait cherche pour eux des alliances dans les plus puissantes maisons d'Europe; il avait donc fait demander a Charles d'Anjou la main de sa fille pour un de ses neveux; mais Charles d'Anjou avait dedaigneusement refuse. De la etait nee dans le coeur du saint-pere une haine secrete, mais profonde, qui lui faisait oublier ce qu'il devait a ses predecesseurs, Urbain IV et Clement IV. Jean de Procida connaissait cette haine, et il comptait sur elle pour rallier le pape au parti de la Sicile. Arrive a Rome, toujours sous sa robe de franciscain, il fit donc demander au pape une audience; le pape, qui le connaissait de reputation, la lui accorda aussitot. A peine Procida se vit-il en presence du saint-pere, que, reconnaissant a la maniere gracieuse dont il le recevait que ses intentions etaient bonnes a son egard, il lui demanda a lui parler dans un lieu plus secret que celui ou ils se trouvaient: le pape y consentit volontiers, et, ouvrant lui-meme la porte d'une chambre retiree qui lui servait d'oratoire, il y introduisit Jean de Procida. Puis, y etant entre a son tour, il ferma la porte derriere lui. Alors, Jean de Procida regarda autour de lui, et voyant qu'effectivement nul regard ne pouvait penetrer jusqu'ou il etait, il tomba aux genoux du pape, qui le voulut relever; mais lui, n'en voulant rien faire: --O Saint-Pere! lui dit-il, toi qui maintiens dans ta droite tout le monde en equilibre, toi qui es le delegue du Seigneur en ce monde, toi qui dois desirer avant toute chose la paix et le bonheur des hommes, interesse-toi a ces malheureux habitants des royaumes de Fouille et de Sicile, car ils sont chretiens comme le reste des hommes, et cependant traites par leur maitre au-dessous des plus vils animaux. Mais le pape repondit: --Que signifie une pareille demande, et comment veux-tu que j'aille contre le roi Charles, mon fils, qui maintient la pompe et l'honneur de l'Eglise? --O tres saint-pere, s'ecria Jean de Procida, oui, vous devez parler ainsi, car vous ne savez pas encore a qui vous parlez; mais moi je sais au contraire que le roi Charles n'obeit a aucun de vos commandements. Alors le pape lui dit: --Vous savez cela, mon fils! et dans quel cas n'a-t-il pas voulu nous obeir? --Je n'en citerai qu'un, saint-pere, repondit Jean: ne lui avez-vous pas fait demander une de ses filles pour un de vos neveux, et ne vous a-t-il pas refuse? JEAN DE PROCIDA 272

« “Croyez donc, magnifique, illustre et puissant seigneur roi, a notre devouement et a notre reconnaissance, et, pour tout ce qui n'est point porte en cette lettre, rapportez-vous-en a ce que vous dira messire Jean de Procida.” Puis ils signerent cette lettre, et, l'ayant scellee de leurs sceaux, ils la remirent a messire Jean de Procida, qui la joignit a celle qu'il avait deja recue de Michel Paleologue, et qui, se remettant en voyage, partit aussitot pour Rome. Nicolas III de la maison des Ursins regnait alors: c'etait un homme d'une volonte forte et perveverante, qui voulait fixer authentiquement le pouvoir temporel de la tiare, et qui, en consequence, apres avoir fait tous ses parents princes, avait cherche pour eux des alliances dans les plus puissantes maisons d'Europe; il avait donc fait demander a Charles d'Anjou la main de sa fille pour un de ses neveux; mais Charles d'Anjou avait dedaigneusement refuse. De la etait nee dans le coeur du saint-pere une haine secrete, mais profonde, qui lui faisait oublier ce qu'il devait a ses predecesseurs, Urbain IV et Clement IV. Jean de Procida connaissait cette haine, et il comptait sur elle pour rallier le pape au parti de la Sicile. Arrive a Rome, toujours sous sa robe de franciscain, il fit donc demander au pape une audience; le pape, qui le connaissait de reputation, la lui accorda aussitot. A peine Procida se vit-il en presence du saint-pere, que, reconnaissant a la maniere gracieuse dont il le recevait que ses intentions etaient bonnes a son egard, il lui demanda a lui parler dans un lieu plus secret que celui ou ils se trouvaient: le pape y consentit volontiers, et, ouvrant lui-meme la porte d'une chambre retiree qui lui servait d'oratoire, il y introduisit Jean de Procida. Puis, y etant entre a son tour, il ferma la porte derriere lui. Alors, Jean de Procida regarda autour de lui, et voyant qu'effectivement nul regard ne pouvait penetrer jusqu'ou il etait, il tomba aux genoux du pape, qui le voulut relever; mais lui, n'en voulant rien faire: —O Saint-Pere! lui dit-il, toi qui maintiens dans ta droite tout le monde en equilibre, toi qui es le delegue du Seigneur en ce monde, toi qui dois desirer avant toute chose la paix et le bonheur des hommes, interesse-toi a ces malheureux habitants des royaumes de Fouille et de Sicile, car ils sont chretiens comme le reste des hommes, et cependant traites par leur maitre au-dessous des plus vils animaux. Mais le pape repondit: —Que signifie une pareille demande, et comment veux-tu que j'aille contre le roi Charles, mon fils, qui maintient la pompe et l'honneur de l'Eglise? —O tres saint-pere, s'ecria Jean de Procida, oui, vous devez parler ainsi, car vous ne savez pas encore a qui vous parlez; mais moi je sais au contraire que le roi Charles n'obeit a aucun de vos commandements. Alors le pape lui dit: —Vous savez cela, mon fils! et dans quel cas n'a-t-il pas voulu nous obeir? —Je n'en citerai qu'un, saint-pere, repondit Jean: ne lui avez-vous pas fait demander une de ses filles pour un de vos neveux, et ne vous a-t-il pas refuse? Le Speronare JEAN DE PROCIDA 272. »

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