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Pensez-vous, avec Jean Brun (Entretiens de Cerisy-la-Salle sur le surréalisme en juillet 1966, Mouton), que le surréalisme se soit méfié du merveilleux moderne et machiniste : «(Le surréalisme) s'est toujours refusé de se laisser prendre aux prestiges de la machine ; car le surréalisme a toujours dénoncé les prophétismes machinistes, il a sans cesse introduit dans le fonctionnement ou dans la structure de la machine - qu'il me suffise de rappeler l'oeuvre de Marcel Duchamp - une notion que la machine ignore totalement : l'humour. Le surréalisme n'a cessé de jouer des blagues à la machine, blagues qui ne sont pas des plaisanteries faciles mais qui remettent en question les prétentions mêmes de la machine : les machines inutiles, les fausses machines, les machines fonctionnant à contresens sont autant d'antimachines nous invitant à ne pas nous laisser prendre par la machine. Car le surréalisme n'a jamais cessé de dénoncer le pseudo-merveilleux. C'est un hommage qu'il convient de lui rendre : au moment où les premières fusées partirent dans l'espace, tout le monde se mit à applaudir, même et surtout les incompétents, car bien peu nombreux étaient et sont ceux qui peuvent prétendre être capables de voir tous les problèmes techniques, mathématiques ou biologiques qui ont dû être résolus pour qu'un cosmonaute pût habiter un satellite artificiel. On applaudissait une expérience «merveilleuse» ; mais les surréalistes refusèrent de s'associer à ces applaudissements grégaires et à ces clameurs infantiles prenant la conquête de la verticalité spatiale pour l'accès à une surréalité du type de celle relevant de l'aventure à laquelle ils nous convient. Se détournant de Dédale, le surréalisme s'est inspiré d'Orphée en demandant à celui-ci les voies d'approche et d'approfondissement.»

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