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Jacques Henri-Lartigue

Publié le 05/11/2012

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Introduction. La photographie fait partie intégrante du quotidien de l'Homme du XX° siècle. En effet, cette technique, relativement jeune sous la forme qu'on lui connaît grâce notamment à DAGUERRE, TALBOT ou NIEPCE et aux avancées du XIX°siècle, s'est simplifiée au fil du temps, s'est rendue accessible, si bien que de nos jours, de nombreuses personnes possèdent un appareil photographique, et ce, surtout dans la perspective d'enregistrer, de figer, des instants de leur existence. Ainsi, elle est au XXI° siècle une sorte de support à la mémoire, un outil autorisant de nombreuses possibilités en matière de saisie de l'évènement. Cependant, tout au long de son histoire, la perception de cette dernière a évolué, et de fait, elle est passée du stade d'outil au service de la science a celui de medium artistique, et il faut considérer que la vision actuelle de la chose est le fruit de nombreuses interrogations et utilisations diverses et variées. Elle exerce essentiellement de nos jours, dans les milieux dits « amateurs «, le rôle « d'outil du souvenir «, qui autorise la création du désormais célèbre « album de famille «. Or, c'est précisément en cela qu'il convient de s'intéresser à l'?uvre du photographe Jacques Henri LARTIGUE (1894, Courbevoie-1986, Nice). En effet, ce dernier, fils d'une famille alors considérée comme l'une des plus riches de France, a, dès ses huit ans, commencé à photographier ce qui l'entourait, son quotidien, or, son ?uvre n'a été révélé qu'en 1963 au Museum Of Modern Art de New York, dans l'exposition intitulée : The Photographs of Jacques Henri LARTIGUE. Ce dernier est surtout reconnu pour son travail de l'instantané, au travers par exemple du mouvement figé, qui était, à son époque, unique vis-à-vis des motivations alors reconnues du champ photographique. Par conséquent, il convient de définir l'Instant de manière générale, à savoir, comme « un moment très court[1] «. Cependant, le photographe en tant que témoin de la scène qu'il photographie n'est pas porteur d'un regard neutre, et donc, la perception de cet Instant lui est propre, et personnelle, qui plus est de par la présence du sujet qui le génère. Jacques Henri LARTIGUE ne peut pas échapper à cela, et de fait, il est nécessaire de s'interroger sur la perception et la valeur de l'Instant dans son ?uvre. En effet, comment, depuis son enfance jusqu'en 1930, a-t-il su faire évoluer, grâce à la photographie, le concept d'Instant et a su dévoiler ses différents aspects ? Dans un premier temps, il convient de s'intéresser à ce qui a fait la popularité de l'artiste, à savoir, l'étude du sujet en mouvement, de l'instant qui lui est propre. Pour cela, il faut redéfinir l'Instant dans son ?uvre et en esquisser les principaux aspects. Cependant, il est à supposer qu'une même scène, de par sa mise en valeur, peut s'interpréter et se représenter, par le biais de la technique pure, de bien des manières différentes. Ainsi, se pose le problème de la mise en valeur de ce sujet. Enfin, il semble indispensable de comprendre en quoi l'?uvre de Jacques Henri LARTIGUE dépasse l'instantané pour ajouter une dimension nouvelle à la simple saisie du fait en cour. I / Le sujet en mouvement. A- L'?il, premier témoin de l'instant. Jacques Henri LARTIGUE a donc été reconnu, essentiellement, pour ses travaux sur l'Instant. Or, si la définition de celui-ci comme « un moment très court « paraît juste, elle n'en est pas moins générale. En effet, si, de la sorte, on en donne le principal caractère, ce dernier n'a de réalité qu'aux yeux de l'être humain, qui reconnaît le temps[2] comme une juxtaposition de ces unités fragmentaires nommées instants. Ainsi, il est alors possible d'en saisir la particularité première, à savoir qu'il y a autant d'instants que de regards. Comme l'?il ne peut pas arrêter, puis, mémoriser une action ou un mouvement de manière nette, clairement définie et « objective « (sans déformer la réalité de l'espace ou des évènements), Jacques Henri LARTIGUE a utilisé divers moyens pour les saisir, que ce soit le dessin, la peinture mais aussi et surtout la photographie. Dès son plus jeune âge, il va exercer son regard à saisir avec justesse le mouvement, non pas à regarder mais à voir[3] (en 1900, il note sur un carnet : « Quand un bateau siffle, je sais qu'il va passer derrière l'île et en jouant, je regarde défiler tous les chalands les uns après les autres. Souvent, j'ai le temps de prendre mon papier et mon crayon et de faire son portrait. «). Ainsi, sur la planche n°1 intitulée Tennis, où le dessin rapidement esquissé représente un match, l'un des deux joueurs (lui- même en l'occurrence) s'apprêtant à « smasher «, se dégage ce sens de l'observation et de la justesse du trait, car en effet, même s'il est directement mis en situation et donc dépourvu de recul par rapport à la scène se déroulant, les mouvements du corps sont retranscrits de manière extrêmement précise. Ici, la jambe droite plus soulevée que la gauche suggère le saut nécessaire à la bonne réception de la balle que l'on suppose donc haute, le bras gauche lui permet de maintenir un bon équilibre en l'air en vue du coup de raquette puissant évoqué par le bras droit projeté. De même, la rupture de la main droite et de la raquette témoigne d'une observation rigoureuse du mouvement dans sa fluidité, de l'Instant. Le personnage lui faisant face, nommé Smith, semble désigner quelqu'un de sa raquette, ou peut-être terminer un renvoi. Il est alors clairement visible ici que la précision de la retranscription d'un instant, inclus dans un tel tumulte, est bien signe d'un « regard photographique « hors pair et rigoureux. Il est ainsi indispensable de voir tout d'abord Jacques Henri LARTIGUE comme un observateur confirmé de la réalité et de l'écoulement du temps. En effet, il a rapidement appris à saisir les différents instants comme fractions de ce dernier, et à les retranscrire via diverses techniques. Cependant, comme é...

« I / Le sujet en mouvement. A- L’œil, premier témoin de l’instant. Jacques Henri LARTIGUE a donc été reconnu, essentiellement, pour ses travaux sur l’Instant.

Or, si la définition de celui-ci comme « un moment très court » paraît juste, elle n’en est pas moins générale.

En effet, si, de la sorte, on en donne le principal caractère, ce dernier n’a de réalité qu’aux yeux de l’être humain, qui reconnaît le temps 1 comme une juxtaposition de ces unités fragmentaires nommées instants.

Ainsi, il est alors possible d’en saisir la particularité première, à savoir qu’il y a autant d’instants que de regards.

Comme l’œil ne peut pas arrêter, puis, mémoriser une action ou un mouvement de manière nette, clairement définie et « objective » (sans déformer la réalité de l’espace ou des évènements), Jacques Henri LARTIGUE a utilisé divers moyens pour les saisir, que ce soit le dessin, la peinture mais aussi et surtout la photographie.

Dès son plus jeune âge, il va exercer son regard à saisir avec justesse le mouvement, non pas à regarder mais à voir 2 (en 1900, il note sur un carnet : « Quand un bateau siffle, je sais qu’il va passer derrière l’île et en jouant, je regarde défiler tous les chalands les uns après les autres.

Souvent, j’ai le temps de prendre mon papier et mon crayon et de faire son portrait.

» ).

Ainsi, sur la planche n°1 intitulée Tennis , où le dessin rapidement esquissé représente un match, l’un des deux joueurs (lui-même en l’occurrence) s’apprêtant à « smasher », se dégage ce sens de l’observation et de la justesse du trait, car en effet, même s’il est directement mis en situation et donc dépourvu de recul par rapport à la scène se déroulant, les mouvements du corps sont retranscrits de manière extrêmement précise.

Ici, la jambe droite plus soulevée que la gauche suggère le saut nécessaire à la bonne réception de la balle que l’on suppose donc haute, le bras gauche lui permet de maintenir un bon équilibre en l’air en vue du coup de raquette puissant évoqué par le bras droit projeté.

De même, la rupture de la main droite et de la raquette témoigne d’une observation rigoureuse du mouvement dans sa fluidité, de l’Instant.

Le personnage lui faisant face, nommé Smith, semble désigner quelqu’un de sa raquette, ou peut-être terminer un renvoi.

Il est alors clairement visible ici que la précision de la retranscription d’un instant, inclus dans un tel tumulte, est bien signe d’un « regard photographique » hors pair et rigoureux. Il est ainsi indispensable de voir tout d’abord Jacques Henri LARTIGUE comme un observateur confirmé de la réalité et de l’écoulement du temps.

En effet, il a rapidement appris à saisir les différents instants comme fractions de ce dernier, et à les retranscrire 1 L’enchaînement indéfini des évènements de manière continue et infinie 2 En cela que voir signifie « percevoir par les yeux » et regarder « avoir en vue : considérer, envisager ». 2. »

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