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LE CHÂTEAU DE BARBE-BLEUE de Béla BARTOK

Publié le 24/10/2010

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bartok

 

opéra hongrois du XXeme siècle de Béla BARTOK (1881-1945)

• opéra en un acte • poème hongrois de Béla Balazs (d'après le conte de Perrault et le drame de Maeterlinck) • créé en 1918 à Budapest

 

bartok

« ANALYSE un langage très moderne pour une oeuvre hallucinée Dans Le Château de Barbe-Bleue, l'action, très statique, se réduit à un affrontement psychologique entre deuxpersonnages.

Pourtant, l'opéra de Bartok est d'une intensité dramatique presque terrifiante.

Bien qu'il soit très court(il dure moins d'une heure), sa matière musicale et symbolique est aussi dense que celle d'un rêve.Inspirée du conte de Perrault et marquée par l'influence des symbolistes français, cette oeuvre se présente commeune fable allégorique.

Le château représente l'âme de Barbe-Bleue, dont Judith, au nom de l'amour, met au jour lessecrets en ouvrant les sept portes.

Les chambres symbolisent les zones d'ombre qui constituent la face cachée dela vie d'un homme : les souffrances infligées ou subies (chambre de torture et vallée de larmes), le goût pour labeauté artificielle ou naturelle (les bijoux, les roses), le désir de puissance (les armes) ou de possession (lesrichesses, les domaines), et enfin, les secrets les plus intimes et les plus vivaces (les femmes aimées).

L'aspiration àla liberté et à la connaissance, incarnée par Judith, s'oppose à l'inviolabilité du secret des âmes, représentée parBarbe-Bleue : «Rien n'éclairera ma demeure».

Cette allégorie de la condition humaine est aussi une tragédie de lasolitude.

En effet, la douloureuse confrontation entre l'homme et la femme (traduite par l'opposition entre le sopranoet le baryton-basse), révèle l'incompréhension tragique entre deux êtres radicalement différents : le premierappartient à la Nuit, tandis que l'autre revendique la Lumière.

Déchirant l'obscurité de son timbre aigu et lumineux,Judith se déchire elle-même, puisqu'elle découvre que l'âme de son mari est entachée par la souffrance et le mal (lesang).

De son côté, la voix grave de Barbe-Bleue exprime un espoir anxieux, puis une douleur sourde, et sonavertissement répété («Judith !») revient comme une incantation fiévreuse et désespérée.

A la fin, la loi du secretl'emporte, et la nuit enveloppe à nouveau le château, comme pour signifier que la lumière de l'amour est impuissanteà guérir les mystérieuses plaies de l'âme.La musique vigoureuse et colorée de Bartok donne à ce drame une extraordinaire force suggestive.

Son langage,débarrassé de toute emphase romantique, apparaît d'une nouveauté totale.

Bartok transfigure à la fois la musiquepopulaire hongroise, le récitatif debussyste, et la sonorité habituelle des instruments.

L'introduction et la conclusions'inspirent d'un motif tiré du folklore transylvanien, une ballade qui inscrit l'oeuvre sous le signe de la plainte.

Lerécitatif, libre et mélodique à la fois, épouse les inflexions naturelles de la langue parlée, comme chez Debussy(Pelléas et Mélisande), tout en retrouvant certains rythmes des mélodies populaires magyares.

La partitionorchestrale combine des harmonies subtiles avec la violence des percussions, obéissant à une esthétiqueexpressionniste.

Ainsi, l'angoissant leitmotiv du sang, joué par les instruments à vent, infiltre peu à peu toute lapartition.

L'ouverture de la cinquième porte est particulièrement impressionnante.

Après un violent martèlement destimbales, les cordes viennent frissonner sur les accords des trombones : l'émerveillement de Judith se mue enépouvante.

Les brusques changements de rythme et d'intensité sonore, caractéristiques du style heurté ducompositeur, traduisent le combat qui se livre entre les deux personnages.

Enfin, la sonorité étrange et irréelle desinstruments crée une atmosphère proprement onirique.

Le grondement des violoncelles donne la chair de poule, ainsique les soupirs de l'orgue et des clarinettes ou la plainte des violons.

Dans cette oeuvre hallucinée, la musique dit letourment infini des êtres. »

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