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Les écrivains de la « beat generation » et l'Amérique contestataire.

Publié le 17/01/2022

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Être « beat », c'est avant tout rejeter la société telle qu'elle existe. Et c'est, aussi, mener une existence en conformité avec ses idées faites de liberté, d'abandon aux plaisirs des sens, et de recherche d'une autre forme de vie moins contraignante. Doit-on y voir un nouveau modèle politique ? Pour ce faire, il faut distinguer deux types de mouvement qui ne se recoupent pas. En effet, le mouvement «beat» se veut totalement apolitique, c'est-à-dire rejet pur et simple des institutions, des hommes politiques et des idées conservatrices issues de ce système. On peut discuter la question de savoir si l'apolitisme n'est pas aussi un moyen différent de faire de la politique. Les prises de position d'un certain nombre d'intellectuels et d'écrivains de cette génération peuvent nous inciter à aller dans ce sens. Mais il convient de laisser là ce vieux débat et de s'en tenir à la profession de foi des fondateurs du mouvement «beat». Par contre, les historiens distinguent, à côté de la «beat generation », un deuxième mouvement plus orienté vers la chose politique, et, en tous cas, exprimant des idées réformatrices. Une étude rapide de cet autre courant doit nous permettre, par comparaison, de mieux faire ressortir les spécificités du mouvement contestataire de nature apolitique.

« l'histoire de la culture américaine ? Certainement pas, quand on songe à l'Amérique de l'entre-deux-guerres.

A cetteépoque précise, l'Amérique engendre une catégorie particulière de travailleurs saisonniers : les Hobos.

Eux-mêmesutilisent le terme de «beat» pour désigner le fait de resquiller sur un train ou chez un commerçant.

Le sociologueaméricain, Nels Anderson, lui-même ancien hobo, a consacré une monographie à cette communauté, parue en 1923,sous le titre : Le Hobo, sociologie du sans-abri.

Ainsi, le parallèle entre ces travailleurs sans domicile fixe, vivantparfois à Chicago, mais le plus souvent sur leurs lieux de travail et les beatniks, au sens où l'entend Kerouac, esttout à fait troublant.Qu'y a-t-il de commun entre ces deux catégories d'individus, vivant à des époques différentes? Le trait d'unionréside dans une certaine tradition américaine consistant à cheminer le long de la « frontière ».

Celle-ci n'est pas unedémarcation géographique précise, mais plutôt une ligne d'horizon invisible que l'on repousse toujours plus loin.L'Amérique s'est formée de cette manière grâce aux pionniers.

Les hobos ont repris dans cette tradition la notiond'errance, de rejet de toute forme de sédentarité.

Les individus de la « beatgeneration» peuvent être considéréscomme les continuateurs de cette épopée typiquement américaine.

De même, la pauvreté fait partie de la panopliedu vagabond.

Toutefois, l'analogie s'arrête là.

En effet, ni les pionniers, ni les hobos ne se satisfont de leur état ; ilscherchent tous, d'une certaine manière, à s'intégrer dans un tissu social et culturel.

Nels Anderson explique bienl'organisation de la société hobo : la hobohème, calquée sur la société américaine.

De même pour les fondateurs del'Amérique, une fois parvenus au bout de leur chemin, la plupart s'arrêtent à l'endroit où ils se trouvent pour fairesouche.

Pour la «beat generation», le problème est bien différent.

L'explication est à rechercher autant dans lesécrits des leaders du mouvement, que dans leurs idées sur la société américaine de l'époque.Être « beat », c'est avant tout rejeter la société telle qu'elle existe.

Et c'est, aussi, mener une existence enconformité avec ses idées faites de liberté, d'abandon aux plaisirs des sens, et de recherche d'une autre forme devie moins contraignante.

Doit-on y voir un nouveau modèle politique ? Pour ce faire, il faut distinguer deux types demouvement qui ne se recoupent pas.

En effet, le mouvement «beat» se veut totalement apolitique, c'est-à-direrejet pur et simple des institutions, des hommes politiques et des idées conservatrices issues de ce système.

Onpeut discuter la question de savoir si l'apolitisme n'est pas aussi un moyen différent de faire de la politique.

Lesprises de position d'un certain nombre d'intellectuels et d'écrivains de cette génération peuvent nous inciter à allerdans ce sens.

Mais il convient de laisser là ce vieux débat et de s'en tenir à la profession de foi des fondateurs dumouvement «beat».

Par contre, les historiens distinguent, à côté de la «beat generation », un deuxième mouvementplus orienté vers la chose politique, et, en tous cas, exprimant des idées réformatrices.

Une étude rapide de cetautre courant doit nous permettre, par comparaison, de mieux faire ressortir les spécificités du mouvementcontestataire de nature apolitique.Le courant réformateur se baptise « la nouvelle gauche ».

Il se situe par rapport à l'ancienne gauche composée decommunistes balayés par le maccarthysme et de libéraux représentant l'establishment.

Par ailleurs, il naît, au débutdes années soixante, dans les universités californiennes en réaction contre la présence des militaires sur les campusqui assurent la préparation au service national, et à la suite des manifestations issues du mouvement des droitsciviques.

Les étudiants américains se battent, alors, pour une démocratie directe et prennent comme chef de file,un des leurs, Tom Hayden qui milite activement dans une association : « Students for a Democratic Society »(S.D.S.).

Ces manifestations d'étudiants donnent lieu à la déclaration de Fort Huron, dans le Michigan, en 1962,laquelle définit les grands axes d'une stratégie tournée tout entière vers une démocratie de participation.

Autrementdit, les étudiants réclament une démocratie plus directe en concurrence avec le système représentatif traditionnel.Pour Jack Kerouac et ses amis écrivains, cette conception de la société leur est totalement étrangère.

Ils serévoltent, précisément, contre toute forme de contrôle et ne veulent surtout pas entrer dans le jeu du pouvoir oud'un pouvoir quelconque.

Mieux, ils fuient l'univers politique comme étant la manifestation la plus perverse d'uneforme de rationalisation qui pousse les individus les uns contre les autres, et sécrétant, à terme, un nouveauconformisme.Burroughs, lui-même, appelle de tous ses voeux une révolution culturelle dans laquelle l'émancipation sexuelle et lalutte contre la censure sont des éléments jugés essentiels dans la construction de la future société américaine.

Onest bien loin des idées de « la nouvelle gauche ».Il y a là une différence de points de vue qui sépare, totalement, les deux mouvements.

Le jour et la nuit en quelquesorte.

A la fin de sa vie, Kerouac se demande même si les contestataires des années soixante ont bien compris lesens profond du mouvement qu'il a initié avec ses compagnons de lutte. [Transition] Au terme de cette première analyse du mouvement contestataire américain, principalement des années cinquante, ily a lieu de s'interroger sur la nature intrinsèque d'une idéologie en rupture avec le conformisme ambiant.

C'est parréaction contre un système qui produit du pouvoir et des formes de contrôle de plus en plus sophistiquées, tels lesmédias, qu'émerge un courant par nature libérateur.

Mais, d'un autre côté, Ginsberg proclame que « les individusdoivent prendre d'assaut les moyens de communication et les contrôles ».

C'est à ce stade que se situe l'ambiguïtédu mouvement.

Prône-t-il une véritable révolution, au sens politique du terme, ou plus simplement une révolution dela pensée et du comportement quotidien? L'examen de la situation des États-Unis, pendant les années soixante, doitnous permettre de faire le point sur ce difficile problème. [Partie II.

La portée des idées de la «Beat generation » dans l'Amérique contestataire des annéessoixante.]. »

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