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Titien

Publié le 17/01/2022

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Titien est le plus grand peintre de l'École vénitienne de son temps et domine l'activité artistique de la ville au XVIe siècle. À la différence de la plupart des peintres de la Renaissance, Titien excelle dans presque tous les domaines, notamment les mythologies, les oeuvres religieuses et les portraits. Les papes, les rois et l'aristocratie de toute l'Europe s'arrachent ses oeuvres. Lorsqu'il meurt vers l'âge de 90 ans, il est un homme riche et l'artiste le plus célèbre d'Europe.

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« vie fugitive et pathétique de Giorgione.

C'est alors que naquit cette grave falsification qui imposa 1477 ou 1476 comme année de naissance de Titien, à Piave di Cadore.

Et cependant, comme en témoigne Dolce, comme le confirme Vasari, et comme le veut la logique, il n'est pas possible, à moins de faire de Vecelli un incroyable retardataire, qu'il soit né la même année, ou pis encore l'année précédente, que Giorgione, dont il devait devenir « le résultat».

Il faut admettre que Titien vit le jour dix ans après, en 1487 environ, car l'âge de vingt-deux ans qu'il aurait eu en 1508, lorsqu'il apparut sur la scène de la notoriété, collaborant aux fresques du « Fondaco dei Tedeschi », côté terre, n'en fait pas un artiste précoce; à vingt-deux ans, un artiste de la Renais­ sance est déjà dans la plénitude de son activité.

Les gravures faites d'après les fresques du « Fon­ daco » avant sa lente destruction et les premières toiles, telles que le tableau votif d'Anvers et le tableau d'autel avec saint Marc en chaire, rappellent le temps du « Fondaco » et celui du Jugement de Salomon de Kingston Lacy destiné au tribunal du palais ducal et resté inachevé.

Cela suffirait à ruiner les datations antérieures.

Tout un groupe de peintures extrêmement intéressantes de Titien témoigne de ce sédiment primordial, qui ne vient pas de Giorgione.

La ,Zingarella, la Vierge avec les saints Uife et Brigitte, à Vienne, le robuste Tobie avec l'ange de Sainte-Catherine à Venise, les Conversations sacrées de Vienne et du Louvre gardent encore la saveur de cette manière que Francesco Vecelli avait proposée, et il arrive parfois que la critique persiste à confondre les deux frères, comme dans le cas de l'Enfant Jésus joufflu de San Marcuola à Venise, tableau trop inerte pour appartenir à Titien.

La mort soudaine de Giorgione ouvrit au prévoyant Vecelli des perspectives inespérées.

Il devait avoir eu en mains les dessins de son maître, ce qui explique, en effet, des œuvres comme la Madone entre saint Roch et saint François de l'vladrid; mais il dut aussi en recevoir les consignes.

C'est seulement ainsi, me semble-t-il, que l'on peut expliquer cette manière inspirée de Giorgione, chaude et débordante, qui apparaît dans les fresques de l'Ecole du Saint à Padoue, où Titien remporta sa première victoire éclatante.

Ces fresques, finies et payées le 2 décembre 15 1 1, sup­ posent une collaboration avec le maître de Castelfranco.

Plusieurs portraits, comme celui appelé l'Arioste, de Londres, sont eux aussi la meilleure illustration de la soumission de Vecelli à son véritable maître.

C'est ainsi que la compréhension de Titien, dès ses heureux débuts, nous oblige à rendre justice à Giorgione, dont une certaine histoire veut étrangement faire abstraction, nuisant à la fois aux deux maîtres.

Après ces différentes compositions de jeunesse, riches d'évidentes promesses, la .carrière de Titien se déroule jusqu'à sa mort, survenue en 1576, si personnelle et si prodigieuse qu'elle semble presque le paradigme de la peinture pendant plusieurs siècles, car l'œuvre de Rubens et surtout celle de Van Dyck ne sont qu'un hymne au maître.

L'inévitable voyage à Rome, qui n'eu lieu que tardivement en 1546- 1547, exerça peu d'influence sur Titien.

Celui-ci, d'ailleurs, n'avait pas attendu jusque-là pour prêter attention aux antiquités, comme en témoigne sa première œuvre (à Anvers), bien que la date de 151 1 ne puisse être adoptée sans réserve pour la magni­ fique suite des gravures représentant le Triomphe de la Foi, qui sont beaucoup plus proches de l'exé­ cution de Gregorio de Gregoriis en 1517, début de toute une série de gravures sans lesquelles il n'est pas possible de comprendre à fond le graphisme rapide de Titien; gravures d'ailleurs inconcevables sans une rencontre avec le Pordenone et sans la connaissance de certaines inventions de Raphaël et de Michel-Ange.

Par ailleurs, dire que Titien a été contaminé par un maniérisme peu fructueux pour Venise quand il se borne à l'exaltation de la couleur, ne signifie rien pour un artiste comme Vecelli.

Cela dit, il ne nous reste plus qu'à suivre d'étape en étape l'activité merveilleuse du maître.

La première consiste en une utilisation, véritablement triomphale, des formes chères à l'art romain, que le Pordenone, son seul concurrent, qui mourut prématurément en 1539, avait déjà « vénitianisées »; d'où, l'amour de Titien pour les sujets audacieux et la solidité monumentale.

Il suffit de rappeler, comme prototype, la gigantesque Assomption destinée. »

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