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Guillaume le Taciturne 1533-1584 Guillaume de Nassau, le Taiseux ou le Taciturne, fut le produit très pur d'une grande tradition politique et du meilleur humanisme.

Publié le 05/04/2015

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Guillaume le Taciturne 1533-1584 Guillaume de Nassau, le Taiseux ou le Taciturne, fut le produit très pur d'une grande tradition politique et du meilleur humanisme. Au XVIe siècle et dans les Pays-Bas. Sur les plaines basses de l'Europe médiane, entre Escaut et Rhin, des habitudes de liberté s'étaient prises très tôt. Là, l'Empire romain avait jadis assigné à ses légions la protection des frontières face aux Germains. Là, un peu plus tard, la civilisation bourguignonne s'était épanouie, unissant la clarté latine aux pénombres germaniques. Le théâtre des affrontements était devenu celui des échanges. La prospérité des villes avait été source de liberté. Et de siècle en siècle les puissances urbaines avaient arraché à leurs seigneurs des franchises citadines et des privilèges provinciaux : la charte de Cortenberg en 1312, la Joyeuse Entrée de Brabant en 1316, tant d'autres encore. C'est sur ce terroir des libertés que Guillaume, dès l'âge de onze ans, fut élevé sur les instructions attentives de Charles Quint. L'enfant pourtant était né allemand, sur la rive droite du Rhin, dans le comté de Nassau, à Dillenbourg, en 1533. Or l'usage voulait, dans cette famille, que fussent laissés à la branche cadette les domaines de la souche germanique, tandis que l'aînée jouait de prestige dans l'État bourguignon, en Hollande et au Brabant. Guillaume pour sa part aurait été voué à la gestion du domaine de Dillenbourg, si la branche aînée ne s'était pas prématurément éteinte. Héritier de son oncle Henri de Nassau-Bréda et de sa tante de Chalon-Orange, tous deux de fortune bourguignonne, Guillaume de Nassau, désormais comte de Nassau et prince d'Orange, était devenu pour Charles Quint un personnage de première importance. De cet enfant élevé par ses parents avec simplicité dans la religion de Mélanchthon, l'empereur entendait faire un catholique et un parfait Bourguignon. Il fallait qu'il fût aimé des peuples, frondeurs mais sensibles, de par-decà et qu'il fût capable lui-même de comprendre chez ceux-ci les susceptibilités politiques autant que les aptitudes affectives. Le jeune homme, qui débordait d'intelligence et de générosité, combla les espérances de son protecteur. Par son aménité, sa distinction, l'égalité de son humain comportement à l'égard " des puissants et des non-puissants ", des pauvres et des riches, il fut d'enthousiasme adopté par le commun peuple. Charles Quint et sa soeur Marie de Hongrie en firent à vingt-deux ans le général en chef de l'armée bourguignonne, jusqu'au jour solennel de l'abdication, où l'empereur lui témoigna sa faveur avec éclat en prenant appui sur son épaule pour traverser la salle des États généraux. Philippe II ménagea ce fils spirituel de son père, ne l'aima pas et s'en méfia. Jalousie, incompatibilité d'humeur, sans doute. Mais plutôt divergences radicales de conceptions. Le duel de ces deux hommes, qui allait dominer la politique européenne au milieu du XVIe siècle, ne fut pas inspiré par de mesquines considérations. Ce fut un impressionnant affrontement sur un thème éternel : celui des rapports de la personne humaine et de l'État public. Comme il arrive souvent, la question ne se trouva pas d'emblée posée en termes aussi directs, mais dans le tumulte d'événements confus. Et sans doute l'historien aurait-il eu du mal à déceler ce dessein, si le génie de l'homme d'État n'avait pas consisté précisément à faire saillir les principes de l'ivraie. Les Pays-Bas étaient d'ancienneté terre de liberté. Guillaume de Nassau en avait étudié les institutions et l'histoire. Son esprit, marqué par cette rencontre avec une grande tradition politique, à l'âge de la formation, devait se f...
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« Les Pays-Bas étaient d'ancienneté terre de liberté.

Guillaume de Nassau en avait étudié les institutions et l'histoire.

Son esprit, marqué par cette rencontre avec une grande tradition politique, à l'âge de la formation, devait se fortifier par la fréquentation d'Érasme, dont l'œ uvre assurait la survie. De cette éducation il retint deux idées.

Celle d'une certaine liberté politique.

Que la monarchie pour n'être pas tyrannique devait emprunter, et à l'aristocratie, en gouvernant avec le concours d'une noblesse franche dans ses avis, et à la démocratie, en consultant les États généraux.

Celle aussi d'une certaine liberté de l'homme.

Que nul n'a le droit de violenter les consciences.

En quelque sens, le jeune Guillaume devint le dépositaire du courant libéral de l'Antiquité qui s'était chargé de christianisme à travers le Moyen Âge. Lorsque, après la guerre qui les avait opposés, les deux grands souverains catholiques, Philippe II et Henri II, retinrent au lendemain du traité de Cateau-Cambrésis le projet formulé par les cardinaux de Guise et de Granvelle de s'unir pour extirper d'Europe la religion réformée, le prince d'Orange, témoin involontaire des confidences d'Henri II, ressentit la première angoisse de sa vie d'homme. Il était clair que ce projet de reconstituer par la force l'unité religieuse, notamment dans les Pays-Bas, était lié dans l'esprit de Philippe II à celui d'y abolir les antiques libertés et d'y instaurer l'autorité monarchique absolue. Pour le Taciturne, les intentions du roi d'Espagne, contraires aux serments faits à son intronisation, correspondaient à un coup d'État.

Gouverneur de Hollande, Zélande et Utrecht, membre surtout du Conseil d'État aux côtés de la gouvernante Marguerite de Parme, il tenta, en franche loyauté, de convaincre son souverain qu'il commettait une erreur politique.

Déjà, dans son esprit, la protection de la personne humaine menacée dans sa conscience par les persécutions était liée à la défense de la patrie menacée elle-même dans ses libertés traditionnelles et dans son épanouissement économique.

Certes Charles Quint, avant son fils, avait fait preuve d'intolérance, mais avec modération.

Et puis n'était-il pas enfant du pays ? Les rigueurs accrues de Philippe II, l'ombre de l'Inquisition espagnole agitée par ce prince qui reniait sa Bourgogne et ses serments, n'étaient pas acceptables. Cependant, sept ans durant, Guillaume allait plaider pour l'ordre : l'ordre chrétien, l'ordre de la raison, l'ordre de la tradition.

Dieu a laissé à l'homme la liberté de se perdre ou de se racheter.

Voir brûler un homme qui croit bien faire “ fait mal aux gens ”.

Les tortures renforcent le courage et la persévérance des hérétiques.

Il faut convaincre par la parole et l'exemple.

En outre, quel service ferait-on au roi si l'on aggravait l'hémorragie de la population active, et si la poursuite de cette politique impopulaire déterminait des troubles, comme déjà l'on pouvait en prévoir ? Bref, l'ordre gît dans la sage tradition libérale que le roi a fait serment de respecter ! A l'heure où l'État moderne s'instaurait en Europe, Philippe II après François Ier, entendait faire du sien un puissant royaume, catholique et centralisé, sous son exclusive. »

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