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le mot russe pour « crimes » employé dans le nom :

Publié le 06/01/2014

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le mot russe pour « crimes » employé dans le nom : « Note que le mot pour crime a ici de fortes implications morales -- différentes, par exemple, du « crime » dans Crime et châtiment, qui est légal/dépourvu de passion - et il ne serait pas exagéré de traduire par « actes maléfiques » ou «vilenies»). Cette commission, créée en 1942 par le Soviet suprême et généralement désignée par ChGK (acronyme du nom russe), était responsable de l'investigation sur les crimes de guerre allemands. Selon leurs propres dossiers, plus de trente mille enquêteurs ont pris part à cette entreprise, interviewant les résidents qui avaient survécu dans les petites et grandes villes Judenrein ravagées et enregistrant leurs histoires ; plus de sept millions de citoyens soviétiques sont censés avoir été interviewés. Les vingt-sept immenses collections qui ont été condensées à partir de cet énorme trésor de témoignages oculaires représentent le gros des preuves présentées par les Russes aux procès de Nuremberg. Une des villes visitées par les enquêteurs de la Commission extraordinaire avait été Bolechow - ou, comme disent les Russes, Bolekhov. Yaacov m'a envoyé trois pages du rapport sur Bolekhov. La première est la page de titre et on y lit ceci :   Rapport de l'investigation sur les actes malépiques des fascistes allemands et de leurs complices dans le district de Bolekhov de la région de Stanislavov   Sur la troisième page que Yaacov m'a envoyée, qui est en fait la septième et dernière page du rapport complet de Bolekhov, figurent cinq signatures : les signatures du président du Comité d'enquête et des quatre autres membres du Comité. Ces noms de bureaucrates signés, avec leurs arabesques illisibles, apparaissent juste au-dessous d'une liste verticale d'autres noms. Ces noms, donnés selon le format russe standard, nom de famille, prénom, nom patronymique, sont tous tapés en lettres cyrilliques (comme les lettres qu'on peut voir aujourd'hui sur la façade du bâtiment à Bolekhiv qui était autrefois le Dom Katolicki, celles qui disent cinéma et théâtre). Devant chacun de ces noms se trouve un chiffre et, après chaque nom, apparaissent les mentions suivantes en colonnes : année de naissance ; sexe ; profession ; date d'exécution/de rafle ; adresse. Certains des noms de cette liste - que je peux lire parce que j'ai appris tout seul à lire les caractères russes, peut-être dans un désir de trouver grâce aux yeux de la dernière femme revêche de mon grand-père, celle qui avait été russe avant qu'Auschwitz fasse d'elle une citoyenne de nulle part -, certains de ces noms me sont familiers à présent, en raison des voyages que j'ai faits et des gens à qui j'ai parlé. Je peux, par exemple, déchiffrer une Malka Abramovna Lew, qui doit être une parente de Dyzia Lew, quand bien même Dyzia ne pourra plus jamais me donner la moindre information à ce sujet ; je peux déchiffrer un Dovid Israelevich Reifeisen, et supposer qu'il est lié au procureur Reifeisen, qui s'est pendu avant que les choses empirent. Je peux même voir quelqu'un qui porte le nom de jeune fille de Meg Grossbard et je me demande en silence qui cette personne pouvait bien être, bien que je sois conscient de ne jamais pouvoir le savoir, à présent, parce que je ne reçois plus d'appels de Meg, tard dans la nuit. La dernière entrée de cette liste porte le chiffre 350. Lorsque j'ai regardé ces pages à la hâte, la première fois, j'ai été frappé par le fait qu'à aucun des noms ne correspond une entrée dans la colonne « profession ». Cette anomalie, je m'en suis aperçu rapidement, était due au fait que « l'année de naissance » pour la quasi-totalité de ces trois cent cinquante personnes tombe en général entre la fin des années 1920 et le début des années 1930, et pratiquement chaque entrée sous la colonne « date de rafle/d'exécution » est le 3/IX/1942 ; ce qui veut dire que tous les gens de cette liste étaient des enfants entre dix et quatorze ans. Pendant que je lisais pour la première fois ces noms, ces entrées, il m'est lentement venu à l'esprit que ce que j'avais sous les yeux, c'était une liste des enfants juifs de Bolechow qui avaient été assassinés pendant la rafle qui avait lancé la seconde « grande » Aktion des 3, 4 et 5 septembre 1942, celle qui s'était terminée avec les survivants embarqués dans les fourgons à bestiaux à destination de Belzec. L'Aktion au cours de laquelle, selon ce que savaient tous les gens à qui j'avais parlé pendant les cinq ans de l'écriture de ce livre, ma grand-tante Ester et sa plus jeune fille, Bronia, avaient péri. Par une coïncidence étrange, Bronia est en fait la première entrée de cette liste : elle est numéro un. Son nom est Bronia Samuelevna Yeger, et son adresse, correcte, est Dlugosa 9. L'année de sa naissance sur ce document est 1929, ce qui fournit aujourd'hui une confirmation officielle de l'intuition de Jack Greene du fait qu'elle était bien née cette année-là, comme il me l'avait dit dans sa salle de séjour en Australie, il y a quatre ans déjà ; année de naissance de son dernier frère. La date à laquelle Bronia a été « prise dans la rafle et abattue » est le 3 septembre 1942. Et donc, conséquence de cette nouvelle main tendue, de cet autre contact établi contre une attente raisonnable, je dispose désormais de ce fait concret que je peux ajouter au petit monticule des faits que j'ai rassemblés au cours des cinq années de voyage, de recherche et d'écriture qui ont abouti à ce livre : Bronia, dont tous les gens se souvenaient qu'elle était encore une enfant, encore occupée à s'amuser avec ses jouets, a été prise dans une rafle et abattue au cours de ces premières journées atroces de la deuxième Aktion à Bolechow ; et elle n'avait que treize ans, ou même pas treize ans, lorsqu'elle est morte de cette façon (nous ne connaissons toujours pas sa date de naissance exacte). Et donc, sa très brève histoire a du moins un début assez concret (« 1929 ») et une fin très précise («3/IX/1942 »). J'ai mentionné plus haut le fait que ce nouveau document nous a aussi fourni un autre genre d'information - non pas concrète, mais implicite. Voyez-vous, à la fin de tous mes voyages et de toutes mes interviews, lorsqu'il a paru certain, finalement, que Tante Ester et Bronia avaient été emmenées au cours de la deuxième Aktion, j'avais pensé - de manière sentimentale, c'est indéniable - que, au cours de ces ultimes heures inimaginables, peut-être même ces jours, de leurs vies, la mère et la fille avaient eu la consolation d'être ensemble : avaient fait le trajet ensemble, s'étaient (peut-être) tenues là, nues et terrorisées, mais ensemble, les bras de la mère serrés sur la fille au moment où le gaz avait commencé à envahir la pièce hermétiquement scellée. Mais à présent, du fait qu'un voisin quelconque avait vu quelque chose en 1942 et fait une déposition devant la Commission soviétique quelques années plus tard, un tout petit fait parmi les nombreux millions de faits qui avaient fait leur chemin jusqu'au rapport communiqué par la Commission Extraordinaire de l'Etat Soviétique pour l'Etablissement et l'Enquête sur les Crimes Commis par les Envahisseurs Fascistes Allemands et Leurs Complices, nous savons que Bronia a été tuée pendant la rafle ; une rafle tristement célèbre pour les assassinats brutaux d'enfants, comme nous le savons aussi. Et puisque je connais ce fait concret à présent, je suis aussi contraint de spéculer sur quelque chose qui ne pourra jamais être prouvé, mais qui est presque une certitude : quelle qu'ait été, pour ma Tante Ester - Ester Jäger, née Schneelicht, pour être juste, âgée de quarante-six ans et mère de quatre enfants, femme au foyer de Bolechow, bonne épouse et bonne cuisinière, qui faisait probablement du crochet pour faire passer le temps pendant les longues nuits d'hiver, qui avait une si jolie paire de jambes et qui avait un jour ajouté un postscriptum à une lettre désespérée qui avait fait son chemin jusqu'à New York, post-scriptum qui, d'une façon ou d'une autre, avait disparu quelque part, ce qui explique pourquoi il ne reste absolument rien des pensées de cette femme aujourd'hui -, quelle qu'ait été la souffrance endurée par Tante Ester au cours de la fin atroce de cette vie, elle l'a endurée seule.       Remerciements     Un livre qu'il a fallu cinq ans - et plus, en fait - pour achever n'aurait pas pu être écrit sans le soutien et l'encouragement de nombreuses personnes, et c'est un grand plaisir pour moi que de témoigner ma gratitude envers ceux qui la méritent tant. Ce livre est un livre consacré à la famille et ma plus grande dette, à tous égards, est et a toujours été vis-à-vis de ma famille : tout d'abord et surtout vis-à-vis de mes parents, Marlene et Jay Mendelsohn, qui ont encouragé les enthousiasmes bizarres de mon enfance (« la table d'Athéna » ; les excursions photographiques au cimetière) et qui, depuis lors, ont dépensé sans compter leur temps, leurs souvenirs et bien d'autres choses encore pour moi ; puis, vis-à-vis de mes frères et de ma soeur, et leurs épouses et époux, qui ont été, comme ces pages l'auront montré, non seulement des supporters enthousiastes, mais aussi des participants actifs et constants du Projet Bolechow : Andrew Mendelsohn et Virginia Shea ; Matt Mendelsohn et Maya Vastardis ; Eric Mendelsohn ; Jennifer Mendelsohn et Greg Abel.

« entrée souslacolonne « datederafle/d'exécution » estle3/IX/1942 ;ce qui veut direquetous les gens decette listeétaient desenfants entredixetquatorze ans.Pendant quejelisais pour la première foiscesnoms, cesentrées, ilm'est lentement venuàl'esprit queceque j'avais sous les yeux, c'était uneliste desenfants juifsdeBolechow quiavaient étéassassinés pendantla rafle quiavait lancé laseconde « grande » Aktion des 3,4et 5septembre 1942,cellequis'était terminée aveclessurvivants embarqués danslesfourgons àbestiaux àdestination deBelzec. L' Aktion au cours delaquelle, selonceque savaient touslesgens àqui j'avais parlépendant les cinq ansdel'écriture decelivre, magrand-tante Esteretsa plus jeune fille,Bronia, avaient péri. Par une coïncidence étrange,Broniaestenfait lapremière entréedecette liste:elle est numéro un.Son nom estBronia Samuelevna Yeger,etson adresse, correcte, estDlugosa 9. L'année desanaissance surcedocument est1929, cequi fournit aujourd'hui uneconfirmation officielle del'intuition deJack Greene dufait qu'elle étaitbiennéecette année-là, commeilme l'avait ditdans sasalle deséjour enAustralie, ilya quatre ansdéjà ;année denaissance deson dernier frère.Ladate àlaquelle Broniaaété « prise danslarafle etabattue » estle3 septembre 1942. Et donc, conséquence decette nouvelle maintendue, decet autre contact établicontre une attente raisonnable, jedispose désormais decefait concret quejepeux ajouter aupetit monticule desfaits quej'airassemblés aucours descinq années devoyage, derecherche et d'écriture quiont abouti àce livre :Bronia, donttouslesgens sesouvenaient qu'elleétait encore uneenfant, encoreoccupée às'amuser avecsesjouets, a été prise dansunerafle et abattue aucours deces premières journéesatrocesdeladeuxième Aktion à Bolechow ;et elle n'avait quetreize ans,oumême pastreize ans,lorsqu'elle estmorte decette façon (nous ne connaissons toujourspassadate denaissance exacte).Etdonc, satrès brève histoire adu moins undébut assezconcret (« 1929 ») etune fintrès précise («3/IX/1942 »). J'ai mentionné plushaut lefait que cenouveau document nousaaussi fourni unautre genre d'information – nonpasconcrète, maisimplicite.

Voyez-vous, àla fin detous mesvoyages etde toutes mesinterviews, lorsqu'ilaparu certain, finalement, queTante EsteretBronia avaient été emmenées aucours deladeuxième Aktion, j'avais pensé– demanière sentimentale, c'est indéniable – que,aucours deces ultimes heuresinimaginables, peut-êtremêmecesjours, de leurs vies,lamère etlafille avaient eulaconsolation d'êtreensemble :avaient faitletrajet ensemble, s'étaient(peut-être) tenueslà,nues etterrorisées, mais ensemble, les bras dela mère serrés surlafille aumoment oùlegaz avait commencé àenvahir lapièce hermétiquement scellée.Maisàprésent, dufait qu'un voisin quelconque avaitvuquelque chose en1942 etfait une déposition devantlaCommission soviétiquequelquesannéesplus tard, untout petit faitparmi lesnombreux millionsdefaits quiavaient faitleur chemin jusqu'au rapport communiqué parlaCommission Extraordinaire del'Etat Soviétique pour l'Etablissement etl'Enquête surlesCrimes Commis parlesEnvahisseurs FascistesAllemands et Leurs Complices, noussavons queBronia aété tuée pendant larafle ;une rafle tristement célèbre pourlesassassinats brutauxd'enfants, commenouslesavons aussi.Etpuisque je connais cefait concret àprésent, jesuis aussi contraint despéculer surquelque chosequine pourra jamaisêtreprouvé, maisquiestpresque unecertitude :quelle qu'aitété,pour maTante Ester – Ester Jäger,néeSchneelicht, pourêtrejuste, âgéedequarante-six ansetmère de quatre enfants, femmeaufoyer deBolechow, bonneépouse etbonne cuisinière, quifaisait probablement ducrochet pourfairepasser letemps pendant leslongues nuitsd'hiver, quiavait une si jolie paire dejambes et qui avait unjour ajouté unpostscriptum àune lettre désespérée quiavait faitson chemin jusqu'àNewYork, post-scriptum qui,d'une façonou d'une autre, avaitdisparu quelque part,cequi explique pourquoi ilne reste absolument rien. »

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