Devoir de Philosophie

qu'il était déjà deux heures et demie et que nous n'avions pas déjeuné.

Publié le 06/01/2014

Extrait du document

qu'il était déjà deux heures et demie et que nous n'avions pas déjeuné. Nous avons quitté le musée et, après avoir émergé dans la lumière délavée d'un soleil éclatant, nous avons trouvé un petit café chic sur le campus de l'université. Alors que nous étions assis sous un auvent à dévorer nos pappardelle et insalate, il est apparu clairement que Froma voulait, comme d'habitude, saturer la journée avec d'autres activités. Après déjeuner, a-t-elle dit, retournons au musée. Allez. Comment pourrions-nous partir d'ici sans en avoir fini avec le musée ? J'ai secoué la tête en souriant. Après toutes ces années, j'avais l'habitude de son insatiabilité et j'aimais la taquiner parfois à ce sujet - tout comme elle aime me taquiner sur le fait que je suis paresseux et que je manque de curiosité. Froma, ai-je dit, j'en ai assez. Je continuais à sourire, même si j'avais la ferme intention de prendre le dessus dans cette escarmouche. Le trajet jusqu'à Beer Sheva, la veille, avait été long et fatigant ; la chaleur était écrasante et le lendemain, le mardi, le dernier jour de notre séjour en Israël, j'avais d'autres interviews à faire, je voulais me reposer. Je voulais nager dans la Méditerranée, verte et miroitante, qui se trouvait juste derrière mon hôtel. De plus, j'ai toujours résisté à un certain type de femme, à quelqu'un de l'âge de ma mère, à une femme plus âgée que moi et autoritaire à l'égard de qui je me sens à la fois indulgent et obligeant, lorsqu'elle dit, Retournons. Ce que j'ai dit, toutefois, c'était que j'avais besoin d'être seul et d'absorber ce que j'avais appris jusqu'à présent, de relire mes notes, etc. Mais, Daniel, a dit Froma, en agitant une petite olive noire dans ma direction, tu n'as pas vu la section généalogique ! Elle était révulsée par mon manque d'enthousiasme. Lorsque nous étions entrés dans le musée, on nous avait dit qu'il y avait à l'étage une banque de données généalogiques - une pièce avec des ordinateurs sur lesquels on pouvait, par exemple, entrer son nom de famille pour voir quelle information allait apparaître. En essayant de m'appâter et de me faire remonter avec elle la colline jusqu'à l'immense musée, Froma avançait que nous n'avions aucune idée des trésors d' information inconnus sur les Jäger de Bolechow qui pouvaient se trouver dans ces machines. J'ai répondu, sur un ton grincheux, que l'information qui se trouvait sur ces ordinateurs se limitait à ce que mes parents avaient pu y entrer, il y avait je ne sais combien d'années ; et que, franchement, j'en savais beaucoup plus long qu'eux. Mais, bien entendu, elle a fini par gagner. Elle m'a toujours poussé à aller plus loin, à penser plus rigoureusement ; même si je savais qu'il n'y aurait pas de récompense, cette fois-ci, il semblait un peu mesquin de ne pas l'accompagner, si elle en éprouvait aussi intensément l'envie. De plus, me suis-je dit, il était déjà trois heures et quart et le musée fermait à quatre heures. Quoi qu'il puisse arriver, cela ne prendrait pas longtemps. Nous avons fini de déjeuner, nous sommes retournés au musée et nous sommes montés à l'étage. L'endroit donnait déjà l'impression de ces espaces publics qui se vident à l'heure dite ; alors que nous passions devant les portes de différents bureaux, nous pouvions entendre les bruits sporadiques typiques d'une fermeture imminente. La salle de généalogie était vide quand nous y sommes arrivés, à l'exception de deux femmes d'une soixantaine d'années, je dirais, qui étaient de toute évidence des employées et non des visiteuses : elles étaient à l'entrée et bavardaient en hébreu sur un ton familier. Je me suis arrêté à l'entrée et Froma a dit, Allez, dites-leur pourquoi vous êtes ici, peut-être que vous allez trouver quelque chose. Avant que j'aie eu l'opportunité d'ouvrir la bouche, celle qui avait l'air d'être la responsable de la salle, une femme au visage sérieux, à la fois doux et distant, m'a dit en anglais, Je suis désolée, nous allons fermer. Oh, ai-je dit. Bien évidemment, j'étais soulagé. Ça n'a aucun sens pour vous, a-t-elle continué, de louer un ordinateur, vous allez payer pour une heure et nous fermons à quatre heures, dans quelques minutes seulement. Par égard pour Froma, j'ai essayé de prendre un air déçu. J'ai hoché la tête tristement. La femme, qui souriait vaguement, m'a regardé avec un air un peu maternel et a dit, Vous venez de loin ? De New York, ai-je répondu. De New York ? C'est loin ! Elle m'a regardé et puis, avec une imperceptible réticence, elle a dit, OK, écoutez, vous me donnez un nom de votre famille, je le mets dans l'ordinateur et nous allons voir rapidement ce qu'il en est. Merveilleux ! s'est exclamé Froma. Elle se tenait près de la porte, appuyée contre une petite rambarde, et elle m'a fait signe de m'avancer encore. Je crois, aujourd'hui, que la raison pour laquelle j'ai dit Mendelsohn à ce moment-là, au lieu de Jäger, était en partie une résistance puérile à l'enthousiasme de Froma, à son insistance pour que nous retournions jeter un dernier coup d'oeil, à sa confiance dans le fait que mon enquête progresserait en venant là, alors que je savais parfaitement que ce ne serait pas le cas. J'étais venu en Israël pour faire des recherches sur la famille de ma mère et non sur celle de mon père ; mais par pure méchanceté irrationnelle, lorsque cette femme m'a demandé un nom, j'ai dit Mendelsohn. Quand vous grandissez dans une maison où règne un ordre rigoureux, pour ne pas dire maniaque, vous éprouvez une sorte de satisfaction profonde à vous rebeller. Mendelsohn ! m'a dit la femme en souriant légèrement. Elle s'est tournée vers sa collègue, a dit quelque chose en hébreu rapidement, et elles ont ri toutes les deux. Aussi, pour ne pas paraître mal élevée, elle s'est tournée vers moi et m'a expliqué qu'il y avait beaucoup de Mendelsohn dans leur banque de données. C'est un nom juif célèbre ! m'a-t-elle dit. Je sais, ai-je répliqué. Pendant qu'elle s'affairait sur l'ordinateur, elle s'est tournée à moitié vers moi, toujours debout à l'entrée, et a dit, Vous savez, je connaissais des Mendelsohn autrefois, mais ils ne vivaient pas à New York. Ils vivaient à Long Island. Froma et moi avons échangé un regard amusé, et j'ai dit, Vraiment ? Je suis né à Long Island. Oh ? a dit la femme. Et où à Long Island ? Old Bethpage, ai-je répondu avec un petit sourire de défi. Personne ne connaît Old Bethpage, c'est trop petit. Five Towns, vous diront les gens, avec un air entendu, quand vous dites que vous êtes de Long Island. Les Hamptons. Mais Old Bethpage n'était nulle part, une épingle minuscule dans une énorme meule de foin. Elle a souri. Elle a dit, Comment s'appelait votre père ? J'ai dit, Jay. Elle est restée silencieuse et m'a regardé. Puis, elle a dit, Et le nom de votre mère, c'est Marlene, n'est-ce pas ? Et il y a trois garçons, non ? Andrew, Daniel et Matthew. Froma et moi avions cessé de sourire. Froma était, littéralement, bouche bée. J'ai cligné des yeux et j'ai dit, Qui êtes-vous ? En tout cas, elle n'avait pas été en contact avec notre famille depuis longtemps, puisqu'elle ne savait pas que ma mère avait eu deux autres enfants après Matt. La femme a souri de nouveau. Ce n'était plus le sourire poli et impersonnel qu'elle m'avait offert lorsque j'étais arrivé, ni le sourire un peu plus chaleureux dont elle m'avait gratifié quand nous avions commencé à parler. Son sourire était à présent doux et mélancolique à la fois, un peu résigné, le sourire d'une personne qui a l'habitude de voir les choses se produire d'une certaine manière. J'ai eu, pendant une seconde, l'impression nette et irrationnelle en même temps qu'elle s'était attendue à ce qu'une chose pareille se produise. Elle a dit, Je suis Yona.     Le lendemain après-midi d'une journée brillamment ensoleillée et très ventée, Yona et moi marchions sur la plage, près de mon hôtel. J'étais encore bouleversé par l'improbabilité de notre rencontre, après tant d'années. Et je pensais encore aux coïncidences singulières qui, comme nous l'avions appris pendant que Yona parlait à l'entrée de la Section de Généalogie, avaient toujours lié ma famille à la sienne. Après le choc initial, les exclamations et les embrassades, elle m'avait dit, Vous savez pourquoi je m'appelle Yona ? Non, avais-je répondu. Elle avait esquissé un sourire. Hé bien, vous voyez, cela a à voir avec votre grand-père et mes parents. A Bolechow, avant même la Première Guerre mondiale, Avrumche (au cours de cette conversation, elle avait appelé mon grand-père par son surnom yiddish) - Avrumche, votre grand-père, était l'ami intime de mon père et de ma mère, depuis qu'ils étaient petits, tous les trois. Je n'avais jamais entendu parler de ça auparavant. Voilà pourquoi il était tellement proche d'elle, me suis-je dit. Yona hochait la tête. Oui, vous voyez, ils étaient voisins quand ils étaient enfants. Et ma mère et votre arrière-grandmère Taube se connaissaient, c'était des amies proches. Aussi, lorsque ma mère m'a donné naissance (Yona s'est touchée la poitrine, brièvement), elle a rêvé de son amie, votre arrièregrand-mère. Et elle m'a donné son nom ! Un regard de compréhension avait éclairé les traits de Froma. Elle avait vu toute cette chose se

« la salle, unefemme auvisage sérieux, àla fois doux etdistant, m'aditenanglais, Jesuis désolée, nousallons fermer. Oh, ai-je dit.Bien évidemment, j'étaissoulagé. Ça n'a aucun senspour vous, a-t-elle continué, delouer unordinateur, vousallezpayer pour une heure etnous fermons àquatre heures, dansquelques minutesseulement. Par égard pourFroma, j'aiessayé deprendre unair déçu.

J'aihoché latête tristement. La femme, quisouriait vaguement, m'aregardé avecunair unpeu maternel etadit, Vous venez deloin ? De New York, ai-jerépondu. De New York?C'est loin ! Ellem'a regardé etpuis, avecuneimperceptible réticence,elleadit, OK, écoutez, vousmedonnez unnom devotre famille, jelemets dansl'ordinateur etnous allons voirrapidement cequ'il enest. Merveilleux ! s'estexclamé Froma.Ellesetenait prèsdelaporte, appuyée contreunepetite rambarde, etelle m'a faitsigne dem’avancer encore. Je crois, aujourd'hui, quelaraison pourlaquelle j'aidit Mendelsohn à ce moment-là, aulieu de Jäger, était enpartie unerésistance puérileàl'enthousiasme deFroma, àson insistance pour que nous retournions jeterundernier coupd'œil, à sa confiance danslefait que mon enquête progresserait envenant là,alors quejesavais parfaitement quecene serait paslecas.

J'étais venu enIsraël pourfairedesrecherches surlafamille dema mère etnon surcelle demon père ; mais parpure méchanceté irrationnelle, lorsquecettefemme m'ademandé unnom, j'aidit Mendelsohn.

Quand vousgrandissez dansunemaison oùrègne unordre rigoureux, pourne pas dire maniaque, vouséprouvez unesorte desatisfaction profondeàvous rebeller.

Mendelsohn ! m'a ditlafemme ensouriant légèrement.

Elles'est tournée verssacollègue, a dit quelque choseenhébreu rapidement, etelles ontritoutes lesdeux.

Aussi, pournepas paraître malélevée, elles'est tournée versmoietm'a expliqué qu'ilyavait beaucoup de Mendelsohn dans leurbanque dedonnées. C'est unnom juifcélèbre ! m'a-t-elle dit. Je sais, ai-je répliqué. Pendant qu'elles'affairait surl'ordinateur, elles'est tournée àmoitié versmoi, toujours debout à l'entrée, etadit, Vous savez, jeconnaissais desMendelsohn autrefois,maisilsne vivaient pas à New York.

Ilsvivaient àLong Island. Froma etmoi avons échangé unregard amusé, etj'ai dit, Vraiment ?Je suis néàLong Island. Oh ?a dit lafemme.

Etoù àLong Island ? Old Bethpage, ai-jerépondu avecunpetit sourire dedéfi.

Personne neconnaît OldBethpage, c'est troppetit.

Five Towns, vous diront lesgens, avecunair entendu, quandvousdites que vous êtesdeLong Island.

Les Hamptons.

Mais OldBethpage n'étaitnullepart,uneépingle minuscule dansuneénorme meuledefoin. Elle asouri.

Elleadit, Comment s'appelaitvotrepère?. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles