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L’attention.

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IV. — DISTRAITS ET « ABSTRAITS ».

 

Etymologiquement, distraction, c’est dispersion (lat. distrahere : tirer de côté et d’autre). Elle provient de la mobilité d’esprit, de la légèreté, voire de la futilité...

 

Il est fâcheux qu’une impropriété de langage (qui ne date pas d’hier !) fasse employer souvent le qualificatif « distrait » pour désigner des gens absorbés par une pensée ou un labeur et qui n’ont guère conscience d’autre chose ! Il existe bien un mot, c’est le mot « abstrait », ainsi défini par Littré : « Qui n’a d’attention que pour l’objet intérieur qui le préoccupe... : C’est un homme fort abstrait. » Et il ajoute, citant Guizot : « Abstrait. Distrait. Signification commune : défaut d’attention, avec cette différence que ce sont nos propres idées, — nos méditations, qui nous rendent abstraits, tandis que nous sommes distraits par les objets extérieurs qui nous attirent et nous détournent. »...

Le terme intérêt est très équivoque. Il demande à être précisé avec soin dans chaque cas où on l’emploie. Ici, c’est, d’une manière générale, « ce qui importe » à un sujet, ce qui provoque, par conséquent, son activité (sensorielle, mentale, etc.). Et cela peut s’entendre à des niveaux fort différents : élémentaires ou supérieurs... Ce qui varie, c’est la qualité, la valeur ; ce qui, au contraire, est analogue, c’est le mécanisme si l’on peut dire, et les concomitants physiologiques.

 

Constatons, pour le moment, que l'affectivité, une fois de plus, est à la base, et sous-tend l’activité mentale. Les tendances, les besoins, les inclinations de tous ordres suscitent cette tension de l’être. Et, naturellement, plus 1 ’état affectif sera puissant, impérieux, plus l’attention sera vive, intense et prolongée.

 

A l’inverse, l’absence d’affectivité (que ce soit, ou non, pathologique), coïncidera, par définition, avec l'indifférence.

 

II. — QU’EST-CE DONC QUE L’ATTENTION ?

 

Si certains auteurs n’ont pas voulu réserver de place à l’attention dans leurs Traités, c’est que, disent-ils, l’attention n’est pas une fonction (comme le serait, par exemple la mémoire). Ce n’est pas une « entité » psychologique. C’est plutôt un comportement, une attitude qui se peut retrouver aussi bien quand on étudie la perception,

« 26 PHILOSOPHIE DES SCIENCES les actiVItes musculaires, la fixation ou le rappel du souvenir, etc .. RIBOT (cf. Lect.) la présente comme une "attitude musculaire "· L'e xpression a été vivement critiquée. Elle mériterait de l'être si, en l'employant, on négligeait l'état de conscience du sujet "attentif "• si, à côté de l'ada ptation motrice, on ne parlait pas de l'adaptation mentale. Or, Ribot n'a pas commis cette étrange erreur, puisqu'il parle aussi du «monoïdéisme " de l'attention. Ce qu'il a voulu mettre en lumièr e , c'est la relative immobilisation (fa cile à constater même chez l'Animal) qu'exige l'attention (au moins dans les activités dites précisément "immobilisantes "• où l'on ren­ contre les cas les plus fréquents et les plus nets d'attention) ... Immo­ bilisation qui s'étend -toujours de façon relative, bien sûr ! - à la respiration, dont l'amplitude diminue, et qui devient superficielle. Des expériences très précises ont montré que le maximum d'attention coïncide avec un court arrêt respiratoire. D'ailleurs, chacun de nous, instinctivement, ne retient-il pas " son souffle " dans les instants difficiles ? Si l'attention prolongée fatigue, c'est surtout à cause de l'ir regu­ larité respiratoire (dont les conséquences jouent sur l'oxygénation des tissus). Nous savons enfin qu'une gêne de la respiration (enchifrè­ nement, ou, parfois, chez l'enfant, végétations adénoïdes) diminue sensiblement la capacité d'attention. Au point .de vue psychique proprement dit, le "m onoïdéisme " dont a parlé RIBOT n'est certes pas contemplation fixe et stupide d' un objet. Il se produit au contraire un continuel va-et-vient entre l' esprit et cet objet, une série de "questions " et de "réponses "• en quelque sorte, enrichissant la perception et la compréh ension. "M onoïdéisme " doit donc s'entendre comme une relative inhi­ bition (") de toutes idées ou images " parasites " : on ne peut être vraiment attentif à plusi eurs choses à la fois ; il y a forcément préd ominance (ou alors, alternance, l'esprit se portant successivement sur ceci et sur cela.) ... Les organes des sens n'acquièrent pas, dans l'attention, plus d'acuité, croyons-nous. Mais il y a comme une " accommodation "• et, comme on l'a dit souvent, une «focalisation "• un rétrécissement du champ de perception (très sensible dans l'attention visuelle). Parallèlem ent, le champ de conscience contient de moins en moins (à mesure que l' attention est plus vive) d'éléments étrangers à l'objet d'attention. II I. - CLA SSIF ICATION, D'APRÈS LES GENRES D'AC­ TIV ITÉS. Il convient de ne pas exagérer les différences. Tout au plus distin­ guerons-nous : r0 des formes sensorielles d'attention (regarder, écouter, palper, flairer ... ) ; 2° des formes motrices (mouvements qui exigent une extrême précision) ; 3° des formes mentales (réflexion) .. . En fait, bien souvent, ces formes sc combinent (ex. : le chirurgien) .. . »

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