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Commentaire De Texte La Peste De Camus Incipit

Publié le 15/09/2006

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camus

En 1947, juste après la fin de la seconde guerre mondiale, Albert Camus propose son nouveau roman réaliste: La peste. L'oeuvre peut être associée à l'existentialisme, mouvement littéraire proche de l'humanisme, qui fut très à la mode dans les années 1945/1955. Les existentialistes proclament que l'homme existe par ses actions, car il en est pleinement responsable.  Le récit présente un docteur, Bernard Rieux, confronté a une épidémie de Peste en Algérie. L'extrait étudié est l'incipit du roman; on y retrouve le médecin et M.Michel, concierge, face à la découverte d'un rat mort. Nous étudierons les procédés littéraire qu' Albert Camus a choisis pour le début de son roman.  Nous analyserons donc comment un rat mort sur le palier est associé à une farce, alors qu'un rat qui meurt dans le couloir marquera le début d'une pandémie de Peste.    Un rat mort sur le palier : c'est une farce! Nous verrons dans cet axe comment deux personnages venant d'horizon différents réagissent face à cette découverte, puis déroulent leur journée normalement. Il nous a semblé important de justifier dans cette analyse pourquoi un seul rat mort ne suffit pas à s'inquiéter.  Voyons les deux types de personnes qu' Albert camus a choisis pour commencer son récit. L'un est « docteur « (l.1), l'autre « concierge « (l.7) .En utilisant ces substantifs, Camus nous présente astucieusement ses personnages. Le lecteur peut ainsi se représenter facilement Bernard Rieux, le docteur, comme un personnage instruit, ouvert, réfléchi, raisonné, analysant en permanence les évènements. En effet, les longues études de médecine demandent ces qualités.  Réfléchissons de la même manière pour M.Michel, le vieux concierge. Le profil type d'un concierge est d'être simple, plein de bon sens, soucieux de la propreté et du travail bien fait. A tel point qu'un concierge ne supporte aucune remarque sur la qualité de son travail et sur la propreté de son immeuble. Voilà les deux types de personnages que Camus choisit pour commencer son récit.  Nous remarquons l'emploi du passé simple au tout début du roman, alors que la scène présentée paraît banale : un docteur sort de sont cabinet. C'est qu'une action importante va tout de suite se produire.  Étudions la réaction du docteur face a une découverte troublante. Un homme marche dans un couloir, un obstacle lui barre la route. Machinalement cet homme écarte l'obstacle et poursuit son chemin. Voilà une réaction humaine, normale, banale, un peu comme la loi de l'inertie en Physiques. Maintenant, l'homme est un médecin, et l'obstacle un rat mort : le médecin retourne sur ses pas, même s'il agit d'abord comme un homme normal.  Remarquons l'évolution de la précision des articles qui définissent le rat : « un rat « (l.1), « la bête « (l.1) puis « ce rat « (l.2). Cette gradation définie la façon dont le docteur et lecteur considèrent le rat. C'est à dire qu'à première vue, peu importe qu'il s'agisse d'un rat ou de n'importe quel autre "objet". Puis, « un rat « devient « ce rat «, et Bernard Rieux, comme le lecteur, s'interroge sur sa présence suspecte au milieux du palier. Un docteur ne peut s'empêcher d'assimiler un rat a un vecteur de microbes. La mort de celui-ci pourrait être très grave s'il était mort d'une maladie. Cependant, rien ne le prouve, et le médecin qu'il est n'y peut rien immédiatement. Il décide donc de se comporter comme n'importe quel homme, et de prévenir le concierge pour "objet trouvé sur les parties communes de l'immeuble".  Voyons la réaction d'un concierge. Nous repérons l'apparition d'un champ lexical de "l'esprit fermé" au moment même ou le concierge apparaît physiquement dans le récit :« position [...]catégorique « (l.7/8); « conviction « (l.10); « [c'est] un scandale « (l.7). Cette réaction, totalement différente de celle du docteur, ne peut s'expliquer que par la différence de leurs situations "sociale". En effet, pour un concierge, la présence d'un rat connote la saleté, qui connote un mauvais entretien de l'immeuble, donc un mauvais travail de sa part. Ce raisonnement est inadmissible pour lui, voilà pourquoi il se braque et n'écoute plus Bernard Rieux, effectivement, il ne relève pas lorsque ce dernier lui précise que le rat est certainement mort. Ce "détail" n'a pas une grande importance pour lui, alors que c'est primordial pour le médecin.  L'attitude du concierge, complètement fermé, qui va jusqu'à répéter ses phrases : « il n'y a pas de rats dans cette maison « (l.8/11), rend le dialogue sourd et inutile. Le narrateur l'interrompt grâce au connecteur « bref « (l.12), et nous donne l'unique conclusion de M.Michel : c'est une farce.  C'est alors que Camus utilise une ellipse narrative entre le premier et le second paragraphe. Cela suppose que le docteur a déroulé sa journée normalement, sans plus d'incident jusqu'au soir : un rat n'est pas suffisant pour s'inquiéter.    Un rat meurt dans le couloir : c'est la peste! Nous analyserons dans cet axe comment Camus imposera le sujet de la peste dans son récit, sans pour autant l'évoquer clairement. Étant donné le titre du roman « La peste «, il nous a paru primordial d'étudier les choix littéraires pris par l'écrivain pour faire comprendre au lecteur que la pandémie commence.  Il ne fait aucun doute que dans le deuxième paragraphe, le point de vue adopté par le narrateur est externe. En effet, cette scène clef du récit est entièrement décrite comme un script de cinéma. L'emploi de l'imparfait « cherchait « (l.14) souligne la banalité de l'action : un homme qui cherche ses clefs avant de rentrer chez lui. Chaque lecteur pourra s'y reconnaître.  Notons que texte précise que Bernard Rieux est « debout « (l.13), cette information n'a pourtant aucune utilité en soit. Elle donne l'impression d'une mise en scène, d'un scénario. Camus décrit très précisément la façon dont il veut que son lecteur s'imagine la scène: à ce moment, il met des limites au droit d'imagination du lecteur. Contrairement à la phase précédente où l'utilisation de l'ellipse le laisse libre de s'imaginer la journée "normale" du docteur. La qualité et la précision de la description sont au livre ce qu'est pour le cinéma le ralenti : l'auteur veut que chaque détail du cadre de la scène s'imprime dans l'esprit de son lecteur, parce que l'action qui va s'y dérouler est fondamentale pour la suite. Le lecteur, au sommet de sa concentration est ainsi prêt à percevoir l'importance de la scène.  Voyons comment l'arrivée d'un second rat fait basculer le roman dans son sujet principal: une pandémie. Notons une allitération en [s/r] (l.14/15) : « lorsqu(e); surgir; obscur; corridor; gros; rat «. Ce rafale de sifflantes et de "raclantes" en même temps que l'arrivée du rat souligne la stupeur que doit ressentir le spectateur-lecteur. Cette sonorité montre que l'impression cinématographique que donne ce passage est aussi présente sur le plan auditif que visuel. Lors de la description du rat, nous notons qu'un sujet : « la bête « (l.15) est utilisé pour les six verbes conjugués qui suivent. Cette formation inhabituelle de la phrase donne de la puissance a l'agonie du rat. La phrase ainsi hachée représente les étapes rapides de la mort de ce rat. Tout le passage ainsi écrit au passé simple montre l'importance de ce fait, pas seulement pour cette scène, mais aussi pour la suite de l'histoire. La puissance dégagée par l'agonie de ce rat monte en crescendo depuis son arrivé, pour qu'enfin son passage dans la mort soit mis en relief par un « petit cri « (l.17)  Voyons maintenant comment un docteur analyserait cette mort suspecte. Notons déjà que Bernard Rieux est appelé « le docteur « (l.18), cela connote qu'a ce moment, c'est de cette facette du personnage dont il est question. Lors de la descriptions, les termes utilisés sont uniquement visuels, par exemple « mouillé « (l.15). Un médecin, lui, comprendra immédiatement que le rat devait avoir de la fièvre, ce qui le fit beaucoup transpirer, d'où son état actuel. Il pourra même penser que rat luttait contre une maladie, et qu'il y a succombé. De la même manière, il pourra supposer que le rat était victime de vertige car la description nous apprend qu'il « cherch[ait] un équilibre « (l.16). D'autres symptômes sont aussi repérables par le docteur dans les lignes suivantes. Ils s'enchaînent et s'accumulent comme une montagne se dressant de plus en plus haut devant notre médecin, dont le sommet serait le mot « sang «, qui est à la fois un terme visuel et le pire des symptômes visible. Cette image du rat qui agonise puis qui meurt en crachant du sang peut être considérée comme "l'allégorie de la peste" pour un médecin, c'est à cela que fait allusion la dernière phrase du texte. Ce non dit renforce, décuple l'effet d'annonce, en plus de le faire travailler, elle guide l'imaginaire du lecteur. Cette peste est a la fois inconnue et trop connue de lui, c'est un paradoxe.    Avec cet incipit, le romancier donne les informations nécessaires pour la compréhension de la suite de son oeuvre. Albert Camus plonge le lecteur dans un état de stupeur et d'inquiétude. Il choisit de centrer immédiatement le sujet de son roman sur l'épidémie de Peste.  En cette première page, le mot PESTE est écrit en gros dans l'esprit du lecteur alors qu'il n'y figure pas. Ce tour de force est réussi grâce à l'utilisation de procédés littéraires: ellipse, description cinématographique.  Dans son roman existentialiste, Camus nous montrera comment un homme se construit par ses choix, en réaction à des évènements exceptionnels.  On peut souligner pour conclure, l'étonnante actualité de ce thème de la pandémie, alors qu'on le pensait réservé a des romans historiques faisant état de faits appartenant au passé: Ken Follet, « Un monde sans fin « ou encore Claude Michelet, « Histoire des paysans de France « pour les grandes pestes du XIV° siècle.  Comment chacun de nous réagira-t-il à la grippe annoncée, s'il s'avère que nous vivons au présent la première pandémie du XXI° siècle? Voilà la matière de futurs romans existentialistes!

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« l'impression d'une mise en scène, d'un scénario.

Camus décrit très précisément la façon dont il veut que son lecteur s'imagine lascène: à ce moment, il met des limites au droit d'imagination du lecteur.

Contrairement à la phase précédente où l'utilisation del'ellipse le laisse libre de s'imaginer la journée "normale" du docteur.

La qualité et la précision de la description sont au livre cequ'est pour le cinéma le ralenti : l'auteur veut que chaque détail du cadre de la scène s'imprime dans l'esprit de son lecteur, parceque l'action qui va s'y dérouler est fondamentale pour la suite.

Le lecteur, au sommet de sa concentration est ainsi prêt àpercevoir l'importance de la scène.Voyons comment l'arrivée d'un second rat fait basculer le roman dans son sujet principal: une pandémie.

Notons une allitérationen [s/r] (l.14/15) : « lorsqu(e); surgir; obscur; corridor; gros; rat ».

Ce rafale de sifflantes et de "raclantes" en même temps quel'arrivée du rat souligne la stupeur que doit ressentir le spectateur-lecteur.

Cette sonorité montre que l'impressioncinématographique que donne ce passage est aussi présente sur le plan auditif que visuel.

Lors de la description du rat, nousnotons qu'un sujet : « la bête » (l.15) est utilisé pour les six verbes conjugués qui suivent.

Cette formation inhabituelle de la phrasedonne de la puissance a l'agonie du rat.

La phrase ainsi hachée représente les étapes rapides de la mort de ce rat.

Tout lepassage ainsi écrit au passé simple montre l'importance de ce fait, pas seulement pour cette scène, mais aussi pour la suite del'histoire.

La puissance dégagée par l'agonie de ce rat monte en crescendo depuis son arrivé, pour qu'enfin son passage dans lamort soit mis en relief par un « petit cri » (l.17)Voyons maintenant comment un docteur analyserait cette mort suspecte.

Notons déjà que Bernard Rieux est appelé « le docteur» (l.18), cela connote qu'a ce moment, c'est de cette facette du personnage dont il est question.

Lors de la descriptions, lestermes utilisés sont uniquement visuels, par exemple « mouillé » (l.15).

Un médecin, lui, comprendra immédiatement que le ratdevait avoir de la fièvre, ce qui le fit beaucoup transpirer, d'où son état actuel.

Il pourra même penser que rat luttait contre unemaladie, et qu'il y a succombé.

De la même manière, il pourra supposer que le rat était victime de vertige car la description nousapprend qu'il « cherch[ait] un équilibre » (l.16).

D'autres symptômes sont aussi repérables par le docteur dans les lignes suivantes.Ils s'enchaînent et s'accumulent comme une montagne se dressant de plus en plus haut devant notre médecin, dont le sommetserait le mot « sang », qui est à la fois un terme visuel et le pire des symptômes visible.

Cette image du rat qui agonise puis quimeurt en crachant du sang peut être considérée comme "l'allégorie de la peste" pour un médecin, c'est à cela que fait allusion ladernière phrase du texte.

Ce non dit renforce, décuple l'effet d'annonce, en plus de le faire travailler, elle guide l'imaginaire dulecteur.

Cette peste est a la fois inconnue et trop connue de lui, c'est un paradoxe. Avec cet incipit, le romancier donne les informations nécessaires pour la compréhension de la suite de son oeuvre.

Albert Camusplonge le lecteur dans un état de stupeur et d'inquiétude.

Il choisit de centrer immédiatement le sujet de son roman sur l'épidémiede Peste.En cette première page, le mot PESTE est écrit en gros dans l'esprit du lecteur alors qu'il n'y figure pas.

Ce tour de force estréussi grâce à l'utilisation de procédés littéraires: ellipse, description cinématographique.Dans son roman existentialiste, Camus nous montrera comment un homme se construit par ses choix, en réaction à desévènements exceptionnels.On peut souligner pour conclure, l'étonnante actualité de ce thème de la pandémie, alors qu'on le pensait réservé a des romanshistoriques faisant état de faits appartenant au passé: Ken Follet, « Un monde sans fin » ou encore Claude Michelet, « Histoiredes paysans de France » pour les grandes pestes du XIV° siècle.Comment chacun de nous réagira-t-il à la grippe annoncée, s'il s'avère que nous vivons au présent la première pandémie du XXI°siècle? Voilà la matière de futurs romans existentialistes!. »

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