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LA : Médée de Corneille

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LA : Médée Le XVIIème siècle en France voit l’ascension du prestige et la réhabilitation du genre, né en Grèce antique, de la tragédie. Ainsi, pendant le « siècle classique » qui est celui de Louis XIV, les dramaturges perçoivent dans la tragédie le genre littéraire le plus noble, notamment parce qu’il amène le public à se distraire tout en observant un modèle héroïque, qui va l’amener à se comparer lui-même au héros, pour bénéficier de ses qualités, et se prémunir de ses défauts. Dans le cas de Médée, par exemple, le dramaturge Corneille présente au spectateur une femme monstrueuse qui renie son rôle de mère, pour se laisser envahir par la haine qu’elle éprouve en tant que femme trompée. En mettant un tel personnage en scène, l’auteur avertit son public contre toute attitude excessive qui pourrait s’apparenter à celle de Médée. Ici, la femme répudiée par Jason a appris qu’elle allait être condamnée à l’exil, et que ses enfants allaient lui être arrachés pour être confiés à sa rivale par l’homme qui l’a trahie. Médée a commencé à mettre son plan de vengeance en action, en offrant à Créon et Créuse une robe empoisonnée conçue pour les tuer. Dans la scène 2 de l’acte V, l’héroïne se trouve en plein dilemme et c’est grâce au monologue qu’elle va nous annoncer son choix. On peut donc s’interroger sur les modalités du dilemme de l’héroïne tiraillée entre deux passions contraires, mais contrainte de prendre une décision fixée et inéluctable. Il s’agira en premier lieu de souligner les caractéristiques et les particularités de ce monologue délibératif, apparemment logique, mais en réalité dysfonctionnel, avant d’étudier l'ambiguïté des sentiments de l’héroïne en proie à un doute extrême, ce qui la pousse à la folie. Enfin ,nous allons  en quoi la décision prise par l’héroïne apparaît comme irrévocable. I Les particularités de ce monologue délibératif :                                  1) Une délibération apparemment réfléchie et logique : –Évolution progressive du monologue de l’interrogation à la prise de décision → la réflexion se fait progressivement, en enchaînant de manière logique un questionnement (v.1327-1332), puis des arguments qui se font face (v.1333-1354), puis une prise de décision en fin de passage (v.1355-1358). Le monologue est donc lui-même organisé de manière progressive, pour mener à la fin à une situation stable dans laquelle le questionnement n’a plus lieu d’être, car la décision a été prise. – Médée se pose de véritables questions, qui ne sont pas rhétoriques, même si le lecteur connaît, lui, la fin de l’histoire : « Est-ce assez…./ est-ce assez /…. est-ce pour… ? » → l’anaphore des expressions interrogatives souligne le questionnement de l’héroïne qui sert de base à cette scène. L’expression impérative « consulte avec loisir » montre la nécessité d’un temps de réflexion dans le processus de la prise de décision. – Puis viennent les arguments qui s’opposent et se complètent → les idées se font face et s’opposent non pas en deux blocs distincts, mais groupes de vers après groupes de vers : 1333-36, argument favorable au meurtre ; 1337, argument défavorable ; 1337-40, favorable ; 1341-42, défavorable ; 1347-51, favorable ; 1352, défavorable. – Enfin, la prise de décision, comme attendu, s’effectue en fin de monologue, dans les quatre derniers vers. – La portée argumentative apparaît de dans le monologue grâce au champ lexical de la délibération et de la prise de décision : « n’en délibérons plus », « innocents », « loi », « criminels », etc. → ce champ lexical judiciaire souligne l’importance d’une prise de décision apparemment réfléchie, qui se ferait de la même manière que dans un tribunal. L’analogie du monologue délibératif avec le système judiciaire se fait ainsi de façon évidente et pousse le lecteur à accorder au monologue de Médée une dimension réfléchie et sensée. 2) Malgré ces apparences, une délibération dysfonctionnelle : – Même si le texte semble argumenté et sensé, Médée prononce ici un monologue dysfonctionnel, où elle occupe tous les rôles dans la délibération ; elle est à la fois victime, juge et avocat des deux parties, et bourreau. – Médée est avant tout la victime de la situation : lexique de la trahison appliqué à Jason “perfide” “trahison” ”traître” → rappel des affronts subis par Médée – Elle est aussi l’avocate de sa propre cause : on retrouve ainsi le vocabulaire de la culpabilité appliqué au “camp” de Jason : “criminels d’avoir Jason pour père” → culpabilité de Jason est si grande qu’elle semble s’étendre par métonymie à ses enfants qui sont une part de lui. – Le plaidoyer de Médée pour sa propre cause transparaît aussi dans les tournures injonctives reprises en anaphore (v.1339-40) « Il faut », « ce n’est pas seulement pour » → montrent la nécessité d’une punition pour satisfaire à la justice – Médée semble quand même se plonger dans une argumentation sans queue ni tête : la répétition des « mais » (v.1337-41-52) souligne la juxtaposition sans lien d’arguments opposés qui ne sont pas réconciliables / l’exclamation « Mais quoi ! » (v.1352) insiste sur la situation délicate et sans issue dans laquelle est Médée – Les termes repris par la Médée « avocate de la défense » soulignent l’absurdité du projet de s’en prendre à ses enfants, avec le lexique de l’innocence : « ils sont innocents » (v.1337). On remarque que la proportion des passages où Médée prend la défense de ses enfants, par rapport à ceux où elle projette leur mort, est plus petite, et sont toujours entourés par des arguments contraires. – L’héroïne, qui est à la fois victime et avocate de sa propre cause, assure également le rôle de juge, qui est contradictoire avec ses deux rôles précédents : termes à la première personne fréquemment associés à l’idée de décision finale et de châtiment, « immolons », « suppléons », « n’en délibérons plus », « allons à son trépas… » → les impératifs à la 1ère personne montrent que la décision induite par les impératifs est lié au destin aux dieux → tragédie classique; la métonymie « mon bras en résoudra » associe aussi la personne de Médée avec « mon bras » et l’idée de sentence définitive avec « résoudra ». 3) … entièrement soumise à la vengeance et non à la justice : – Enfin, Médée revêt également l’habit du bourreau, de celui qui inflige la sentence : lexique des actes violents associés à Médée (donc à la première personne dans le texte) « arracher », « immolons », « je vais l’en priver », « ce triste ouvrage » → tous ces termes insistent sur l’idée d’un acte violent et sanguinaire. La proposition « mon bras en résoudra » connote aussi une certaine violence → le bras, par métonymie, sert de symbole pour le meurtre, le moment de l’infanticide. – En raison de ces différents rôles tenus par une Médée qui endosse différents habits, il ne s’agit donc pas ici de justice, mais de vengeance, raison fondamentale pour laquelle l’argumentation n’a plus lieu d’être. On retrouve d’ailleurs le champ lexical de la vengeance, qui vient compléter et en même temps s’opposer à celui de la justice : « vengeance », « venger » (v.1332), « qu’il souffre », « redouble son tourment », « projets » (euphémisme), « l’en vais priver » → termes qui dénotent ou connotent (pour « projets ») la volonté de Médée de s’en prendre à Jason de la même façon qu’il l’a fait souffrir. La souffrance apparaît comme un besoin, une nécessité, et pas seulement la justice. – L’idée de réciprocité (« œil pour œil, dent pour dent ») est donc importante dans ce passage. Médée cherche une symétrie parfaite entre ses actes et ceux que Jason a commis contre elle : « il me prive de vous, et je vais l’en priver » → le chiasme et le jeu sur la répétition du verbe insistent sur la réciprocité parfaite des actions que Médée projette afin d’obtenir une vengeance qu’elle estime satisfaisante. – La décision qui doit être prise est par avance invalidée puisque ce n’est pas la justice raisonnable qui l’appelle, mais des émotions (étymo. « movere » en latin : « bouger », « se mouvoir », → idée d’impossibilité à contrôler) qui ne peuvent pas être régulées par la logique universelle. II Médée est en proie à des sentiments contradictoires et irréconciliables, preuve de sa folie :       1) Des sentiments contradictoires : – Antithèse omniprésente entre des idées et des notions opposées (→ dichotomie). Les sentiments sont rassemblés en deux groupes contradictoires et irréconciliables. – Un premier groupe de sentiments est constitué par ceux qui inspirent à Médée l’envie de s’en prendre à ses enfants pour faire payer à Jason plus le crime qu’il a commis à son égard. Ces sentiments sont principalement la colère et la haine. Ils viennent concourir au désir de vengeance déjà évoqué. Lexique « fureurs », « audace », « fureur », « sentiments de femme » → sentiments violents qui correspondent à un extrême de la personnalité de Médée, celui de la femme blessée rendue agressive. – Certains mots évoquent le feu ou la braise, et donc la violence, la brûlure infligée par ces sentiments négatifs : « ardents transports », « animer » → douleur intense due à la trahison totale de Jason et de sa maîtresse. – Un second groupe de sentiments se compose d’émotions plus douces de Médée à l’égard de ses enfants, et de son rôle de mère : « pitié » (x2), « amour », « tendresses » → termes qui connotent une certaine douceur et qui supposent une attitude indulgente et prête au pardon. – La Médée maternelle refait parfois surface, dans ces moments de douceur et d’apaisement : « enfants » (x3), « mère », « chers fruits de mon amour », « je vous ai fait naître » → champ lexical de la maternité = insistance sur le lien naturel de protection de la mère aux enfants. – Ambivalence qui peut être résumée par le chiasme éloquent des v. 1345-46 : « (A) De l’amour aussitôt (B) je passe à la colère / (B) Des sentiments de femme (A) aux tendresses de mère » → aller-retour permanent entre un pôle de sentiments et l’autre, jeu de miroir. Un sentiment renvoie nécessairement à l’autre et ceci à l’infini è toute décision est donc effectivement impossible à prendre, il s’agit d’un cercle vicieux.       2) Un sentiment principal, le doute : – L’opposition permanente entre ces groupes de sentiments contradictoires insiste sur le sentiment ou l’état d’esprit principal qui se dégage de la scène, à savoir le doute et l’hésitation. Les constructions syntaxiques des vers sont souvent binaires, et il s’opère des jeux de balancements, de rythmes, voire de figures de style qui permettent d’accentuer cette logique binaire. – La plupart des rythmes de l’extrait sont construits sur un système binaire et des chiasmes qui soulignent l’impasse dans laquelle se trouve Médée : « Puis, cédant tout à coup la place à ma fureur / J’adore les projets qui me faisaient horreur » (v.1343-44), « Je n’exécute rien, et mon âme éperdue / Entre deux passions demeure suspendue » → cercle vicieux du doute. – Insistance sur la notion d’entre-deux : « entre deux passions demeure suspendue » → diérèse sur le mot « passion » qui permet de donner plus de valeur au complément circonstanciel. Effet de boucle avec les mots « entre » et « suspendue » qui dénotent tous les deux l’absence de stabilité. Vocabulaire du mouvement et de l’indécision : « cédant », « je passe à », « éperdue », « suspendue » – Les nombreuses césures à l’hémistiche permettent aussi d’accentuer la coupure, le fossé entre les deux projets assaillis par le doute : « Mais ils sont innocents ; aussi l’était mon frère » – La figure de Médée est presque décrite comme une place forte à prendre, en tout cas comme le lieu d’un siège pour lequel se battent deux camps opposés : champ lexical de la conquête militaire « combat », « se met en sa place », « cédant … la place », « renaît », « revient me braver » → présente Médée et son esprit comme le lieu où se joue un combat de grande importance, partagé par le doute. – De manière générale, toutes les figures qui jouent sur l’aspect binaire de l’extrait contribuent à accentuer le doute qui s’impose à Médée.       3) Médée contrainte à la folie : – Si Médée semble être sur le point de de sombrer totalement dans la folie, c’est avant tout parce qu’elle est sur le point de commettre un acte qui lui apparaît à elle-même contrenature : la phrase « Nature, je le puis sans violer ta loi » apparaît clairement comme une forme d’auto-persuasion vouée à l’échec, puisque la délibération continue et que cet argument ne suffit pas à la convaincre. – Médée choisit d’abandonner sa conscience réfléchie, au profit de ses instincts : « mon bras en résoudra » → la métonymie « mon bras » permet de déplacer la prise de décision essentielle de la pièce dans un membre qui ne pense pas, et qui se contente d’agir sans se soucier des conséquences. – La variété de la ponctuation montre également une Médée que ne se maîtrise plus du tout : « ? », « ! » → le discours est parsemé d’expressions contraires et excessives, entre interrogations, exclamations, et développements plus longs qui tentent de se développer (sans pour autant y parvenir puisque les arguments contradictoires se succèdent les uns aux autres) marque de l’hybris de l’héroïne. – Médée énonce des idées qui vont à l’encontre de toute logique : « Immolons avec joie » → Médée associe des idées que l’on pensait inconciliables dans une forte antithèse, preuve de sa folie, et du fait qu’elle est désormais complètement à la marge des normes sociales, elle ne respecte plus ce qui est considéré comme sacré par les autres. – Les fréquents changements d’énonciation montrent ici le peu de ressources encore à disposition de l’héroïne. Médée, qui ne sait plus à qui se vouer ou sur quel argument s’appuyer pour prendre une décision manifestement impossible, recourt à diverses apostrophes pour tenter d’en tirer conseil : « ma vengeance », « Nature », « pensers irrésolus », « mes enfants » → différents interlocuteurs imaginaires de Médée montrent que l’héroïne n’est plus sensée dans ses adresses, elle demande conseil à des personnes ou des entités incapables de lui répondre (ses enfants ne sont pas encore doués de parole, et ses autres interlocuteurs sont des notions, des idées ou des actes, et non pas des personnes). III L’insistance sur le tragique de la fin :       1) Une décision par l’abandon… – La décision semble impossible à prendre : rappel bref de la présence du doute. – Cette décision en question se prend finalement en refusant de se prendre, c’est-à-dire que Médée cesse de s’efforcer à poursuivre sa délibération contradictoire avec sa situation, et cède finalement à la vengeance, qui a, en dernier lieu, le dessus sur la justice : « n’en délibérons plus », « je n’exécute rien » → Présence des négations montrent que la décision se fait par la négative, de manière passive : « rien », « ne plus » (x2). – Excuses : « je le puis sans » → recherche d’un compromis, qui est explicité au vers suivant (1336) après une ponctuation explicative (« ; »). Beaucoup de « : » et « ; » que l’on peut qualifier de ponctuation explicative et qui présentent les excuses que se trouve Médée les unes à la suite des autres. – Le mot « passion » a aussi un sens particulier au XVIIème siècle : il ne s’agit pas juste d’un sentiment, mais du fait d’être passif vis-à-vis de ce que l’on ressent. Ici, l’emploi de ce mot suggère que Médée se laisse emporter par des sentiments qu’elle ne maîtrise pas, et envers lesquels elle adopte une position de passivité, de laisser-aller. Il en va de même pour « transports », il s’agit d’un mouvement incontrôlable. → C’est le propre du héros tragique que de se voir imposer une décision qu’il essaie de contrer, mais qu’il est finalement incapable de surmonter. La haine et le désir de vengeance sont ici les éléments qui activent la Fortune, le destin de Médée.       2)….mais une décision arrêtée et irrévocable : – Médée se décide elle-même à prendre une décision : « n’en délibérons plus », « cessez, pensers irrésolus » → l’utilisation répétée des impératifs met en valeur la nécessité pour Médée de s’encourager elle-même à arrêter enfin une décision. – L’idée d’arrêt est importante car l’on trouve dans ces tournures injonctives, de différentes manières, l’idée de cessation d’une activité, en l’occurrence de la délibération → la négation « ne… plus » souligne l’arrêt d’une activité qui a eu lieu précédemment ; il en va de même avec le verbe utilisé « cessez » qui rend explicite le besoin d’arrêter (aux deux sens du terme : « stopper » et « fixer ») la délibération. – Utilisation des futurs et futurs proches : « résoudra », « perdra », « verra » → le futur de l’indicatif a une valeur de certitude (contrairement au mode conditionnel, exemple). – Expressions verbales construites sur la base du verbe « aller » suivi d’un infinitif : « l’en vais priver », « allons à son trépas joindre » → ces groupes verbaux expriment le futur proche et le mouvement continuel vers une action à venir.       3) Un acte presque tangible : – L’acte infanticide est rendu presque visible aux spectateurs et présent sur la scène, malgré le fait qu’il ne soit que mentionné dans les paroles de Médée. C’est par sa prise de décision irrévocable que Médée va désormais parler de l’acte à venir comme s’il était déjà acquis et effectué : « je vous perds, mes enfants » → Les verbes sont ici conjugués au présent, ce qui souligne l’aspect de futur proche. On peut parler de « présent performatif » ou de « valeur performative du discours », c’est-à-dire que le texte, ici au présent, donne à voir un acte qui n’a pas encore eu lieu, comme s’il était présent sur scène. – Le rythme des phrases s’accélère ; les propositions deviennent plus brèves et saccadées : « N’en délibérons plus, mon bras en résoudra. / Je vous perds, mes enfants ; mais Jason vous perdra ; / Il ne vous verra plus…. » → les phrases segmentées en parties courtes et expressives, dont le rythme rapide semble entraîner inéluctablement vers une action à venir. – Les points de suspension laissent entendre une suite connue du lecteur dans les actions ; (v.1357) « Il ne vous verra plus… » → la voix doit se prolonger sur les points de suspension pour créer un effet d’attente. Cette ponctuation particulière exprime de manière implicite, sans la dire (on parle de prétérition), une action connue du locuteur et du destinataire du message. CONCLUSION : Ainsi, s’il est clair qu’avant tout, cet extrait constitue un passage du genre codifié du monologue délibératif, dans lequel une évolution et une prise de décision sont attendues entre le début et la fin de la prise de parole, la délibération de Médée apparaît au fur et à mesure comme inutile, contradictoire, et vouée à l’échec du fait de l’omniprésence écrasante de ses sentiments, qui entravent le développement logique et sensé de l’argumentation. En second lieu, il est bon de remarquer que les sentiments de Médée sont tellement contradictoires qu’il se construit une logique binaire et exclusive entre des émotions, des passions qui soulignent encore l’impossibilité d’une quelconque prise de décision. Le seul état d’esprit subsistant est celui du doute, de l’hésitation qui rongent Médée, et qui, en ne lui laissant aucun répit, la pousse à sombrer dans la folie. C’est ce moment charnière du mythe de Médée qui recèle toute l’ambivalence, l’ambiguïté du personnage, et qui la montre aux confins de la folie : sa prise de décision se fait contre les lois de la nature, en privilégiant uniquement ses sentiments de femme blessée, avec toute la démesure (hybris) propre à la tragédie classique. Sans doute est-ce pour cette raison que c’est le moment précis qu’ont choisi de peindre un certain nombre d’artistes, comme le peintre romantique Eugène Delacroix, avec le tableau Médée furieuse  qui dépeint une Médée aveuglée par ses passions, tenant ses enfants dans un geste partagé entre l’étreinte et l’étouffement. Cet instant de décision qui nous est donné dans le monologue délibératif de Médée semble ainsi résumer à lui seul tous les extrêmes de ce mythe où l’héroïne est tiraillée entre deux pôles sentimentaux irréconciliables, et finalement, constituer la substance même de l’histoire de Médée.

« bénéficier de ses qualités, et se prémunir de ses défauts. Dans le cas de Médée, par exemple, le dramaturge Corneille présente au spectateur une femme monstrueuse qui renie son rôle de mère, pour se laisser envahir par la haine qu'elle éprouve en tant que femme trompée. En mettant un tel personnage en scène, l'auteur avertit son public contre toute attitude excessive qui pourrait s'apparenter à celle de Médée. Ici, la femme répudiée par Jason a appris qu'elle allait être condamnée à l'exil, et que ses enfants allaient lui être arrachés pour être confiés à sa rivale par l'homme qui l'a trahie. Médée a commencé à mettre son plan de vengeance en action, en offrant à Créon et Créuse une robe empoisonnée conçue pour les tuer. Dans la scène 2 de l'acte V, l'héroïne se trouve en plein dilemme et c'est grâce au monologue qu'elle va nous annoncer son choix. On peut donc s'interroger sur les modalités du dilemme de l'héroïne tiraillée entre deux passions contraires, mais contrainte de prendre une décision fixée et inéluctable. Il s'agira en premier lieu de souligner les caractéristiques et les particularités de ce monologue délibératif, apparemment logique, mais en réalité dysfonctionnel, avant d'étudier l'ambiguïté des sentiments de l'héroïne en proie à un doute extrême, ce qui la pousse à la folie. Enfin ,nous allons  en quoi la décision prise par l'héroïne apparaît comme irrévocable. I Les particularités de ce monologue délibératif :                                  1) Une délibération apparemment réfléchie et logique : –Évolution progressive du monologue de l'interrogation à la prise de décision → la réflexion se fait progressivement, en enchaînant de manière logique un questionnement (v.1327-1332), puis des arguments qui se font face (v.1333-1354), puis une prise de décision en fin de passage (v.1355-1358). Le monologue est donc lui-même organisé de manière progressive, pour mener à la fin à une situation stable dans laquelle le questionnement n'a plus lieu d'être, car la décision a été prise. – Médée se pose de véritables questions, qui ne sont pas rhétoriques, même si le lecteur connaît, lui, la fin de l'histoire : « Est-ce assez…./ est-ce assez /…. est-ce pour… ? » → l'anaphore des expressions interrogatives souligne le questionnement de l'héroïne qui sert de base à cette scène. L'expression impérative « consulte avec loisir » montre la nécessité d'un temps de réflexion dans le processus de »

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