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Lecture Analytique - L'Abbaye de Thélème, Gargantua

Publié le 06/10/2012

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François Rabelais, Gargantua (1534), chapitre LV L'abbaye de Thélème ___________________________________________________________________________ Problématique : En quoi peut-on dire que le système décrit ici par Rabelais incarne une utopie basée sur des idéaux humanistes ? Introduction : (Extrait de Gargantua (1534) ) Les actions du géant Gargantua sont l'occasion, pour Rabelais, d'envisager de nombreuses questions d'actualité, et de réfléchir sur ce que serait une société idéale. L'abbaye de Thélème en constitue une illustration : les chapitres L à LV précisent les circonstances de sa création, son architecture, ceux qui sont destinés à y habiter. Le chapitre LV expose la manière dont on y vit. I) Une abbaye peu conventionnelle 1) L'irrespect des conventions religieuses L'abbaye de Thélème est une abbaye peu conventionnelle: en effet, lorsque l'on entre dans une abbaye, on est soumis au voeu de pauvreté, de chasteté, de réclusion et de dévotion. Le voeu de Pauvreté est blâmé: ici, la vie est basée sur la tenue, les loisirs avec l'adverbe et les adjectifs suivants : « joliment « ; « si élégantes, si mignonnes «. De plus, cette abbaye se veut l'élite de la société: ceci est souligné par le champ lexical de la noblesse "biens nés / honneur / noble / noblement / honnête" ; C'est donc une élite sociale, aristocratique. L'auteur insiste sur la richesse: ("montées sur de belles haquenées, avec leur palefroi richement harnaché, sur le poing joliment ganté") or une Abbaye est censée être austère. Le voeu de Chasteté n'est lui non plus pas respecté: en effet, c'est une abbaye mixte, on le remarque grâce aux termes: « les dames « l.8, « les hommes « l.23, « l'un ou l'une d'entre eux « l. 16, « parmi eux homme ni femme [...] « l.26. Cette abbaye autorise la formation de couples et du mariage par la suite à la sortie ! « « quand [...] l'un d'entre eux [...] voulait quitter l'abbaye, il emmenait avec lui l'une des dames [...] et ils se mariaient « Le voeu de Réclusion est banni : ici, ils quittent l'abbaye quand ils le « voulaient « (vb de volonté) c'est donc un séjour temporaire. Le voeu de Dévotion et de soumission à dieu est erroné : il n'y a aucune allusion à dieu. La devise de Saint Augustin était « aime Dieu et fais ce que tu veux «. Ici, celle de l'abbaye de Thélème est « fais ce que voudras « : Dieu disparaît dans cette devise. De plus, on ne prie plus Dieu: il y a donc une absence de règle religieuse (excepté le mariage à la sortie de l'abbaye). Les Thélèmes agissent selon leur propre volonté. Rabelais est issu d'un enseignement monastique, lui-même ayant suivi un début de carrière religieuse. Dans sa description de l'utopie, il montre cependant les séquelles de l'enseignement strict qu'il a reçu. L'obédience n'est absolument pas respectée ici. La chasteté sexuelle est respectée dans l'enceinte du couvent, mais pas la chasteté sentimentale : il est question de relations amoureuses ici. La noblesse incarnée par les jeunes gens montre que la pauvreté n'est pas respectée non plus. 2) La vie à l'abbaye : un esprit de liberté La vie de l'abbaye s'appuie sur la devise "Fais ce que voudras": c'est donc un système qui repose sur la liberté totale: on relève le champ lexical de la liberté, en opposition avec la sujétion. Ici, il n'y a pas d'horaires stricts, de tenue imposée, de règlement, ils peuvent sortir quand ils veulent "soit à la demande de ses parents soit pour une autre cause". La liberté est soulignée par l'énumération: "bon vouloir et libre-arbitre/quand bon leur semblait/quand le désir leur en venait" La règle est présentée comme une contrainte: Champ lexical de la contrainte = « obligeait « (l.4) ; « imitait « (l.5) ; « asservis « ; « sujétion « ; « contrainte « (l.11) ; « joug de la servitude « (l.13). Le champ lexical de la règle jalonne le texte = « loi «, « statut «, « règles « (l.1), « règlement « (l.4)... -> La soumission est présentée comme étant le contraire de la nature de l'homme. Le pronom « Nous « (l .13/14) => désigne tous les hommes + le narrateur. La thèse de Rabelais est donc que les hommes ont " par nature " le sens de l'honneur et de la responsabilité. Selon lui, les hommes sont entraînés à faire le bien, ce sont les contraintes qui  les poussent au vice. II) Une utopie humaniste L'Utopie ne connaît pas d'évolution parce qu'elle est figée hors du temps => dans la logique l'évolution est synonyme de progrès dans le temps. (paradoxe) 1) Une utopie, (un modèle qui a ses limites) Le texte est construit sous la forme d'un éloge, il prône une société idéale, utopique : l'auteur utilise divers procédés pour cela: l'hyperbole (exagération), l'énumération... Toutes les qualités sont ici. l'énumération renforce le sentiment de perfection de ces gens: "si preux, si nobles, si habiles, si vigoureux" -> le superlatif insiste sur cette perfection. L'élite présentée a naturellement le sens de l'honneur et des responsabilités: "par nature un instinct et un aiguillon qui pousse toujours vers la vertu et retire du vice; c'est ce qu'ils nommaient l'honneur" Le mode de vie des Thélèmes se base sur la totale liberté des faits et des gestes de chacun, si un des leurs contrarie cette dernière alors le système s'écroule. C'est pour cela que Rabelais rappelle l'importance de l'éducation dans son fragile système. 2) Des idéaux humanistes « Un esprit saint dans un corps saint « L'Homme est au centre de la vie quotidienne: l'auteur insiste sur l'abnégation du groupe en faveur de l'individu (alternance singulier/pluriel). L'éducation excelle dans sa diversité, on voit l'importance de l'éducation humaniste: les activités sont raffinées « lire, écrire, chanter...en prose « L'éducation est une valeur absolue par l'humanisme : ici elle est parfaite car cette élite sait tout faire. L'éducation est complète, elle est à la fois artistique (musique, poésie, composition...), mais aussi sportive, cosmopolite (polyglotte) et érudite. Conclusion possible: Gargantua précède Pantagruel (1536) dans Le Cycle des Géants. Cet oeuvre nous présente une société parfaite qui donnerait envie à ses contemporains de changer. Cependant, le système reste fragile, si un individu agit contre la liberté des Thélémites, tout s'effondre. C'est pourquoi l'éducation est ici très importante. Rabelais fait de ce texte une utopie humaniste en imaginant une microsociété qui place l'individu au centre de tout, conformément à l'idéologie humaniste ("L'Homme est au centre de l'Univers" Copernic) (-Lien avec l'Eldorado (Chapitre 8 de Candide de Voltaire), où est décrite une société isolée du monde extérieur) Autre lien avec l'Utopie de Thomas More (1516) présentant un cadre inconnu avec de nouvelles valeurs : Rabelais dresse ici un lieu idéal, Thélème est une utopie, mais elle à des limites. A travers ce texte, on ressent une critique de la société actuelle, des interdits fixés par l'Eglise : François Rabelais est un moine qui exerça surtout la profession de médecin. C'est aussi une critique de la noblesse du XVIème siècle qui passe son temps dans l'oisiveté, les plaisirs (peu d'allusions au travail dans le texte). Ce texte est situé à la fin de Gargantua : il apparaît comme une conclusion qui rappelle les idées de l'humaniste Rabelais: la confiance totale en la nature humaine, pas question d'admettre des notions de pêché originel.

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