Devoir de Philosophie

L'Empathie En Littérature Dans Blade Runner De Philip K. Dick

Publié le 26/09/2010

Extrait du document

Si l'empathie est un sujet fréquemment traité en philosophie, il n'en est rien en littérature. Ce n'est que partiellement, simplement sur quelques pages ou quelques lignes, que des auteurs s'y sont attardé. En revanche, le genre de la science-fiction s'y est intéressé de plus près. En effet, ressentir ce que les autres personnes ressentent semble plutôt relever de la fiction que de la réalité.  Nous allons donc, par le biais de cette étude du roman de Philip K. Dick intitulé Blade Runner, montrer comment peut être traitée la question de l'empathie en littérature et, plus particulièrement dans la science-fiction.  Dans un premier temps, l'objet essentiel de l'humain : la boîte à empathie, révèlera ce qu'est l'empathie pour l'humain de la société décrite dans ce roman. Dans un second temps, les androïdes ou robots humanoïdes verront les traits communs avec les humains être exposés. Enfin, dans un dernier temps, les différences entre androïdes et humains seront dévoilées dans le but de montrer que le robot fait comme l'homme, et donc n'en est pas une parfaite copie.    I / Les humains et leurs boîtes à empathie :  1°/ Son officialité : le mercerisme :  La boîte à empathie se trouve présente dans chaque habitation humaine. Elle est nommée pour la première fois dans le roman alors que Rick Deckard, le protagoniste, s'apprête à l'utiliser : « il gagna sa boîte à empathie « (p.27). A partir de là, le lecteur comprend que cet objet fait partie de la vie de tous les jours chez les humains. Cette première mention explicite également une discussion entre Rick et sa femme dans les premières pages. Cette dernière parle de « programme « : « Mon programme du jour prévoit six heures de dépression et d'auto-accusation, dit Iran « (p.9). A ce moment, le lecteur pense se trouver en présence de robots, mais avec la mention plus tardive de cette boîte à empathie, tout s'explique. Ainsi, ce sont bien les humains qui ont recours à cet appareil.  Plus loin encore, l'utilisation de cette boîte est nommée le « mercerisme «. Ainsi, cela apparait comme un mode de vie, ou bien encore une religion. Dans tous les cas, le mercerisme est chose officielle, approuvée à la fois par le peuple qui si conforme, mais aussi par les dirigeants qui l'ont reconnu : « Il ne gênait personne ; même l'O.N.U. l'approuvait ! Et les polices américaines et soviétiques avaient déclaré publiquement que le mercerisme faisait diminuer la criminalité en rendant les gens plus conscients de la situation d'autrui. Comme l'avait déclaré Titus Corning, secrétaire général de l'O.N.U., à plusieurs reprises : « L'humanité a besoin de d'avantage d'empathie «. « (p.82).    2°/ Fonctionnement et utilité :  Physiquement, cette boîte à empathie se présente comme une sorte d'ordinateur duquel sortiraient deux manettes, ou deux bras, auquel l'utilisateur doit se tenir pour la faire fonctionner. Mais ce qui importe le plus dans cette boîte, c'est son fonctionnement. En y fusionnant, l'utilisateur entre en communication spirituelle avec d'autres utilisateurs, fusionnés au même moment. Ainsi, Iran avoue à son mari : « spirituellement, nous sommes ensemble. J'ai senti tout le monde, dans le monde entier, tous ceux qui avaient fusionné en même temps. « (p. 178-179). Les utilisateurs sont donc bel et bien reliés les uns aux autres grâce à la boîte à empathie. C'est seulement quelques lignes plus loin que le lecteur apprend, par le biais d'une anecdote contée par Iran, ce à quoi sert réellement de fusionner : « Une fois, j'ai reçu quelqu'un dont l'animal venait de mourir. Heureusement d'autres ont pu lui faire partager leur joie – moi, je n'en avais pas du tout, comme tu t'en doutes –, et ça l'a remonté. «. C'est alors que tous deux souhaitent fusionner afin de partager leur bonheur – dû à l'achat d'une chèvre – avec ceux qui en auraient besoin. Voici ce que déclare Iran pour convaincre Rick d'y participer : « Tu ne fusionnes jamais ; je veux que tu transmettes ton état d'âme actuel ; nous leur devons ça. Ce serait immoral de garder ça pour nous. « (p.179). L'officialité, mais surtout le fait que chacun adhère au mercerisme, apparait alors d'avantages comme quelque chose de logique pour tous.  Cependant, cette pratique engendre des inconvénients. Il semble exister une certaine contagion, même si ce point n'est pas approfondi par l'auteur. En effet, cela apparait alors qu'Iran vient de lancer son programme de dépression. Cette dépression atteint à deux reprises Rick : « l'aile du désespoir qu'Iran avait évoquée tout à l'heure vint lui effleurer l'épaule. « (p.18) et « Deckard se sentait déprimé. « (p.41). Philip K. Dick ne poussant pas plus loin le développement de cette difficulté, elle demeure donc hypothétique. En revanche, de véritables inconvénients existent. Trois se démarquent surtout. Le premier se remarque lors de l'utilisation de la boîte à empathie. Les deux poignées semblent agir tels des œillères puisque l'utilisateur n'est plus conscient de ce qui se passe autour de lui. Ainsi, Iran ne se rend pas compte de la présence de son mari : « Iran n'avait pas remarqué sa présence ; comme d'habitude, la fusion avec Mercer était totale. « (p.183). Le second inconvénient intervient notamment lorsque l'utilisateur est joyeux. En partageant leur joie avec les autres, ils s'exposent également à partager les malheurs des autres, et donc à diminuer leur propre joie originelle. Malgré les efforts de sa femme pour minimiser cet effet négatif, Rick exprime tout de même ce point de vu : « Ils participeront à notre joie, dit Rick. Mais nous y perdrons. Nous échangerons ce que nous sentons contre ce qu'ils sentent et notre joie sera perdue. « (p.179). Ici, le mercerisme apparait comme un principe d'échange qui pourrait être qualifié de social, surtout dans l'utilisation que compte en faire le couple à ce moment précis. Il s'agit d'aider les autres car ils ont déjà été aidés par le passé et le seront certainement dans l'avenir. Cela n'empêche pas Rick, qui n'est pas tellement adepte de la boîte à empathie, de ne voir d'abord que ce côté négatif de l'affaiblissement de sa propre joie. Avec le mercerisme, faire ressentir à autrui ce que l'on ressent, revient à diminuer ce sentiment. Le troisième et dernier inconvénient est physique bien qu'il survienne également pendant la pratique. Une simulation de l'ascension d'une montagne apparait à l'utilisateur. Or, c'est pendant cette ascension que le danger survient par le biais de pierres qui sont lancées dans sa direction. Cela a pour effet, à la fois d'être frustrant, mais aussi de blesser physiquement. Cette frustration est mise en avant au moment où Rick retire sa femme de la boîte à empathie pour prendre la pierre à sa place : « Je suis contente que tu m'aies décrochée. Je n'arrive pas à supporter qu'on me frappe. Merci d'avoir pris la pierre à ma place. « (p.185). Quant à la blessure physique, Rick en obtient une à la suite de cette intervention : « il lui prit le mouchoir et se dirigea vers la porte, encore tout sonné, et avec la nausée par-dessus le marché. « (p.185). Il récolte même une seconde blessure dans les dernières pages du livre : « Ce fut alors que la première pierre – et ce n'était pas du caoutchouc, pas du plastique mou – le frappa à l'aine. Et la douleur, la certitude absolue d'être seul et souffrant, irradia à travers tout son corps. « (p.238).    3°/ La controverse :  Malgré cette officialité et le caractère répandu du mercerisme, souffle tout de même un vent de controverse à l'encontre de ce mouvement. Cette opposition est organisée par Buster. Cet « homme « est un personnage comique qui est télévisé vingt-trois heures sur vingt-quatre sur la chaîne gouvernementale. Tout le monde l'aime, au moins autant qu'ils sont adepte du mercerisme. Cependant, en secret, « l'ami Buster « enquête sur le programme dans lequel se trouvent projetés les utilisateurs de la boîte à empathie. Avant même sa grande révélation, « d'une manière subtile, presque imperceptible, Buster tournait en dérision les boîtes à empathie. « (p.82). Derrière nombre de ses ironies se trouvent donc des critiques de la boîte à empathie ; si bien que l'un des fans invétéré de l'ami Buster, Isidore, déclara : « Je crois que Buster et Wilbur Mercer se bagarrent. A qui régnera sur nos consciences. « (p.83).  Si cette sorte de guerre psychologique et cachée aux hommes n'échappe pas à un « spécial « comme Isidore, il en va de même pour les androïdes. En effet, pour eux, l'empathie humaine ne serait qu'un mythe et existerait uniquement par le biais de ces boîtes. Roy Baty, l'un des Nexus-6, déclare que « toute cette histoire d'empathie est une escroquerie. « (p.217). Mais cette affirmation intervient après que sa compagne, Irmgard, ait vidé son sac sur cette empathie et sur le mercerisme : « Non, c'est cette histoire d'empathie, répéta Irmgard avec conviction. (Les poings serrés, elle se jeta à la rencontre d'Isidore, dans la coulisse.) N'est-ce pas, n'est-ce pas ? N'est-ce pas que c'es pour prouver que vous, les humains, êtes capables de faire quelque chose dont nous sommes incapables ? Parce que, s'il n'y avait pas cette histoire de Mercer, votre empathie, il faudrait y croire sur parole, non ? « (p.217). Dans cette attaque, Irmgard Baty révèle ne pas croire à une empathie purement humaine, mais bel et bien que c'est cette boîte qui, grâce à Mercer, donne le pouvoir aux hommes d'éprouver de l'empathie pour les autres, ce que eux, androïdes, ne peuvent faire.  Enfin, la chasse secrète de Buster va finir par ne plus l'être. Il choisit de tout révéler aux téléspectateurs alors qu'il vient d'apprendre toute la vérité sur les trucages du mercerisme. Il explique comment il s'y est pris avant de tout dévoiler : « Faisant appel à mes connaissances télépathiques, j'ai sondé l'esprit brumeux et encombré de souvenirs mal digérés du vieux Jarry . « (p.215). Grâce à ces souvenirs, il parvient alors à revisiter la fondation du mercerisme qui s'avère en fait n'être qu'un « film «, qu'une fiction offerte aux humains pour, comme le suggérait Irmgard, que ceux-ci éprouvent plus d'empathie les uns envers les autres. Il révèle que tout est faux : le ciel, le soleil, les pierres, le sang, etc.  Ainsi s'achève le mythe du mercerisme, pas les révélations de Buster, bien aidé il est vrai, par les doutes de certaines personnes, y compris des robots humanoïdes. Malgré tout, à la fin du roman, la confiance que les gens avaient mise en Mercer ne semble pas être réellement ébranlée, comme s'ils ne pouvaient plus se passer de l'empathie, mais l'histoire ne parle ni des jours qui suivent cette nouvelle, ni de la réaction des populations.    II / Des androïdes ou robots humanoïdes et de leur proximité à l'humain :  1°/ Conçus pour parfois se croire eux-mêmes humains, ou du moins, le faire croire aux autres en semant le doute dans leurs esprits :  Le « robot humanoïde [ou] androïde organique « (p.21) se trouvait être à l'origine un « Combattant Synthétique « pour faire la guerre. De l'utilité miliaire, il est passé à l'utilité quotidienne pour aider les gens dans la vie de tous les jours. Leur nom déjà, comportant les adjectifs « humanoïde « et « organique «, prêtent à confusion puisqu'ils apparaissent alors autant comme une sous-classe de l'homme que comme une classe supérieur du robot de base.  Au-delà des apparences (nom et physique), ces androïdes sont également dotés de caractéristiques humaines. Tout d'abord, ils peuvent posséder des souvenirs implantés. Le but était simple : leur cacher leur propre condition en espérant donc qu'ils ne puissent révéler ce qu'ils ignorent en passant au test . Le narrateur explique ce principe alors que Rick vient de découvrir que Rachel Rosen n'est pas humaine : « Il arrivait parfois que les andros ne le sachent pas. A plusieurs reprises, on avait enté de leur implanter des souvenirs, une mémoire factice, dans l'idée – fausse – que cela modifierait les réactions au test. « (p.67). Toujours en relation avec le physique, mais au-delà des apparences, il est possible de parler de souffrances synthétiques pour les androïdes. C'est Isidore, le spécial, qui, le premier, nomme de la sorte ce qu'un nom humain peut ressentir à la suite d'une blessure : « Encore que la souffrance synthétique n'ait pas l'air de déranger Milt Borogrove ni notre patron, Hannibal Sloat. « (p.80). Ce principe mis en place, la souffrance peut alors être morale : « Bien sûr que non, intervint Garland, le visage ravagé par l'indignation. « (p.124). C'est pourtant la souffrance physique qui joue un rôle plus important car si des souvenirs peuvent être implantés, alors pourquoi pas des émotions humaines ? En revanche, faire ressentir une douleur physique à un androïde qui n'est pas fait de chair proprement parlé, prouve à quel point ils sont proches de l'homme et, en cela, vivent et ressentent comme l'homme. Ainsi, Luba Luft, l'une des Nexus-6 traqués, a un réflexe de survie face à la mort, puis une douleur physique lors de la blessure : « Phil tira mais, au même moment, dans un sursaut frénétique de bête traquée, elle se tordit, esquiva, tourna sur elle-même et se laissa tomber. Le rayon laser passa au-dessus d'elle, mais Resch ajusta son tir et lui creusa un petit trou dans le ventre, sans un bruit. Elle se mit à hurler, accroupie contre la paroi de l'ascenseur, elle hurlait. « (p.141). Cette description de mort est en tous points semblable à la mort d'un être humain. En cela, il n'est donc pas aberrant d'affirmer que l'androïde ici présent a ressenti la même peur, a eu le même réflexe de survie et la même douleur au moment de mourir qu'un être humain.  Enfin, et en guise d'anecdote rapprochant les sentiments androïdes aux sentiments humains, il y a l'épisode qui met en avant un attrait pour les choses, et ici il s'agit de l'art. C'est avec Luba Luft qu'intervient cet attrait alors qu'elle se trouve dans une galerie d'art : « Luba Luft semblait absorbé par le tableau devant lequel elle était arrêtée « (p.137). L'art est quelque chose qui déclenche des émotions chez les humains, mais ici, c'est sur un androïde que le tableau de Munch intitulé La puberté fait effet. Cette attirance pour l'art, mais également le fait qu'une réaction agisse en elle rapproche encore un peu plus l'andro, comme les nomme Dick, de l'humain. Ils semblent donc tout à fait aptes à ressentir ce que l'homme ressent dans des situations similaires.    2°/ De leur rapport avec un spécial : symbole de leur similitude avec l'humain :  Isidore est un spécial, un humain plus couramment appelé « débile « par les gens. Ayant été trop exposé aux retombés de poussières comme plusieurs réfractaires ayant refusés de quitter la Terre, il a vu son QI baisser considérablement. Si l'humain « normal « semble moins apte qu'un blade runner à reconnaître un andro, un spécial l'est évidemment encore moins. Ainsi, à travers son regard, le lecteur se rend compte que la duperie fonctionne parfaitement sur des personnes non formées à ce genre de différenciation. Dans un premier temps, c'est ce que ressent Isidore lors de leur rencontre qui est étrange : « Il sentit, derrière cette porte close, la présence de la vie. « (p.69). Même si les andro ont une durée de vie avoisinant les quatre ans, selon Rachel Rosen, il demeure difficile d'affirmer qu'ils sont vivants étant donné qu'ils ne naissent pas mais sont crées. Sa première erreur se trouve donc là puisque à aucun moment il n'aurait dû pouvoir sentir la vie, mais plutôt entendre du bruit ou sentir une présence. Ensuite, après avoir fait plus ample connaissance avec Priss, il confirme qu'à aucun moment il ne se doute qu'elle n'est pas humaine. Il va même jusqu'à s'indigner qu'elle n'utilise pas de boîte à empathie, sans même que cela ne lui mette la puce à l'oreille quant à la véritable condition de Priss : « Vous n'avez jamais participé à la fusion ? Vous n'avez pas de boîte à empathie ? […] C'est la seule façon d'entrer en contact avec les autres hommes […] « (p.74). Sa compréhension est exprimée d'une manière tellement sincère que le lecteur ne peut que se rendre compte combien il confond sans l'ombre d'une hésitation le Nexus-6 à un humain. Cette confusion est à mettre en rapport avec son erreur au travail. Il faut rappeler qu'il travail chez un vétérinaire pour animaux électrique. En effet, alors qu'un client vient de lui confier son chat, le spécial le prend pour un animal électrique, bien qu'il l'ait analysé : « On jurerait un vrai « (p.76). C'est donc la robotique toute entière qui est tellement précise qu'un humain peut facilement se fourvoyer sur la condition humaine de ce qu'il a en face des yeux : personne ou animal.  Sous un autre angle, les andro sont également à rapprocher d'Isidore. En effet, tous possède le même attrait pour les émissions de Buster et, tout particulièrement pour la révélation qui les tient en haleine depuis longtemps. Les Nexus-6 présents chez lui ont exactement le même désir que le débile de connaitre le secret que leur promet Buster : « Fermer l'Ami Buster ? […] Tu n'y penses pas ! L'heure est venue d'écouter la fameuse révélation de Buster. […]  Ca fait des semaines qu'il nous fait patienter, pour monter le truc en épingle… […]  – Je veux écouter. C'est très sérieux. Ce que Buster doit révéler dans son émission de ce soir est extrêmement important. […]  Et surtout, le récepteur de télé. Nous voulons écouter le communiqué de l'Ami Buster.  – Oui, approuva Irmgard Baty, les yeux brillants comme des lanternes de carnaval, il y a longtemps que nous attendons ce moment. Il nous faut absolument la télé, ça ne va plus tarder, maintenant… « (p.208-209). Cette irrésistible volonté de regarder la télé, combinée à un désir de suivre un propos pour en connaitre le dénouement, est un sentiment typiquement humain. Tout comme pour l'épisode du tableau de Munch avec Luba Luft, le lecteur se rend compte ici combien les andro peuvent avoir les mêmes désirs, les mêmes attirances et les même réflexes envers ce qui passionnent les humains.    3°/ Des émotions humaines chez les androïdes :  Le mot « émotions « est employé par le narrateur lui-même alors que Rick est en train de se rendre compte de son attirance pour Rachel Rosen : « quand on sait qu'il s'agit de machines mais qui ont des émotions. « (p.103). Malgré cette caractéristique qu'il leur attache soudain, Rick ne reste pas moins lucide puisqu'il n'omet pas de continuer à les considérer pour ce qu'ils sont, à savoir des machines. En revanche, bien qu'il ne soit pas dupe, il reconnaît la proximité frappante entre l'humain qu'il est et le Nexus-6 ; les émotions étant la caractéristique majeure censée les différencier l'un de l'autre. Rick émet plus tard une nouvelle hypothèse quant aux capacités mentales des androïdes. Cette fois, il s'interroge sur leurs rêves : « Les androïdes rêveraient-ils ? se demanda Rick. Bien sûr, puisqu'il leur arrive de tuer leur patron pour d'enfuir vers la Terre. Vers une vie meilleure sans servitude. Comme Luba Luft, pour chanter Don Juan ou Les noces, au lieu de trimer dans un champ de cailloux sur une planète colonisée. « (p.189). Bien sûr, cette interrogation est à mettre en rapport avec le titre original : Do androïdes dream of electric sheep ? . Même s'il ne s'agit là que d'une supposition de sa part, à la différence des émotions qui sont réelles, cela montre à quel point le doute peut s'immiscer dans l'esprit de personnes bien moins aptes qu'un blade runner à reconnaître un andro.  Deux émotions principales se retrouvent chez les Nexus-6 que traquent Rick Deckard : la rancœur et la peur. Ces deux sentiments sont surtout présents chez Rachel Rosen puisque c'est avec elle que Rick passe le plus de temps bien qu'elle ne figure pas sur sa liste d'andro à réformer. La rancœur, tout d'abord, se manifeste chez elle envers Rick, surtout après qu'il lui ait appris qu'elle n'était pas humaine. C'est d'abord lui qui s'en rend compte lorsqu'il lui demande : « Qu'est-ce que vous avez contre moi ? « (p.51). C'est alors qu'elle ne plus se retient plus dans sa rancœur : « (Elle lui lança un regard de côté plein de rancœur.) « (p.51). Cette rancœur se manifeste également chez Baty et Irmgard mais plutôt sous la forme de haine ; une haine envers les humains : « Ils ont fait confiance à un être humain donné dont ils ont cru qu'il était différent. « (p.172), et plus particulièrement envers les blade runner : « Ils ont envoyé cet enquêteur, ce blade runner, dit Irmgard avec émotion, un nommé Dave Holden. Elle avait craché le nom comme un venin. « (p.161). Chez Priss aussi cette rancœur se matérialise par de la répulsion, mais cette fois pour un seul être : Isidore, le spécial, ou plutôt le « débile « comme elle l'appelle : « Un débile ? Non mais, je ne vais pas m'installer avec un débile ! dit Priss, les narines dilatées. « (p.162). Même Luba Luft, malgré une courte apparition, trouve le temps d'éprouver de la rancœur envers Rick : « Elle continuait de le fixer, avec hostilité et aversion. « (p.140). Ce sentiment de rancœur qui revient chez chacun d'eux montre à quel point les andro sont capables de ressentir des émotions, à la base, propres à l'homme.  Le sentiment de peur et le second sentiment très présent dans le roman et il trouve également son origine dans la traque des Nexus-6. En relation avec cette traque, il y a d'abord la peur du test. Ainsi, Rick ressent la peur de Rachel Rosen : « Ils ont peur de moi, comprit-il soudain, Rachel aussi. « (p.52). Plus tard, c'est au moment où Rick s'apprête à dévoiler son verdict que sa peur est la plus forte : « Les sourcils levés, elle respirait l'aversion… et l'inquiétude. Il perçut la tension de son squelette […] Elle se tenait assise toute raide, l'expression d'aversion déformant encore ses traits. « (p.66). Cette peur de découvrir sa condition, bien qu'elle semble propre à un andro, s'avère tout à fait humaine. Pour comprendre cela, il suffit de la mettre en relation avec les inquiétudes de Phil Resch, un blade runner qui doute de son appartenance à la race humaine. En effet, après la mort de Garland qui était en fait un andro, Resch commence à douter de lui-même, souhaite savoir et insiste auprès de Rick pour passer un test. Il remet même cela sur le tapis car la nouvelle l'inquiète, tout comme Rachel Rosen (p.134-135, puis p.144-146). Par la suite, c'est Luba Luft qui ressent la même peur face au test : « Elle commençait à avoir l'air inquiet. « (p.107) et « Tremblant nerveusement « (p.112). Quand à Priss, la peur se manifeste chez elle lorsqu'elle rencontre Isidore là où elle pensait être seule et en sécurité : « La frayeur lui donnait l'air malade. « (p.70), tandis que Irmgard se trouve effrayée seulement face au danger : l'arrivée d'un blade runner : « La peur, une peur abjecte, rétrécissait ses yeux. « (p.224). Là encore, tout comme pour la rancœur, la peur se manifeste chez les andro lors de situation dans lesquelles elle se serait tout autant déclarée chez un humain. Non seulement ils ressentent comme l'homme, mais en plus ils réagissent de la même manière à des situations similaires.  Une dernière émotion, plus particulière et qui explique donc qu'elle soit traitée à part, est relative aux liens affectifs. L'amitié, d'abord, émane de plusieurs Nexus-6 dans ce roman. Même si cette amitié reste cantonnée entre eux et non avec des humains, ce sentiment n'en demeure pas moins présent. C'est surtout Priss qui en donne souvent des exemples, d'abord en parlant de ses semblables déjà réformés par Rick : « C'étaient mes meilleurs amis. « (p.154), puis envers son amie Irmgard lorsqu'elle la retrouve saine et sauve : « Isidore se retourna et vit les deux femmes s'embrasser. « (p.159). Cette amitié est même empreinte du même sentiment de joie que chez l'humain : « La joie qui avait inondé le visage de Priss à l'arrivée de ses amis « (p.161).  Chez Rachel Rosen, cette affection se matérialise par une sensation d'esprit de famille. Elle exprime ce sentiment en découvrant la fiche de Priss dans les papiers de Rick. Cela l'affecte directement car Priss lui est similaire : « Elle est du même modèle que moi. « (p.193). Ici, le modèle s'apparente parfaitement à la notion humaine de famille. Cependant, la manière dont elle ressent cette proximité avec Priss est différente que chez l'humain. En effet, là où un homme s'inquièterait de perdre un proche car il l'aime, Rachel s'inquiète plus pour elle car elle va voir mourir son double. Elle avoue elle-même ressentir quelque chose qui est presque de l'empathie, mais qui n'en est pas : « Vous savez ce que je ressens pour cette Priss Stratton ?  – De l'empathie, dit Rick.  – Quelque chose de ce genre… Je m'identifie à elle. C'est dingue ! Je vais me voir mourir. « (p.194). Malgré une similitude dans le sentiment, cette fois il ne semble pas guidé par le même reflexe que chez l'humain.  Si les andro semblent capables d'éprouver des sentiments humains entre eux, mais aussi envers les humains, des différences tendent tout de même à apparaitre derrière se masque physique d'humain et ces émotions.    III / De ce qui différencie les androïdes et les humains :  1°/ Une froideur apparente, y compris entre eux et envers les animaux :    Comme pour d'autres traits de caractère des andro, c'est par le biais de Rick que le lecteur découvre cette froideur spécifique aux andro. Cette froideur est explicitée la lors de sa première rencontre avec Luba Luft : « Qui êtes-vous ? demanda-t-elle, le ton emprunt d'une froide réserve, et de cette autre froideur qu'il avait trouvée chez tant d'androïdes. « (p.107). De même au moment où lui et Phil Resch retrouvent enfin Luba Luft. Le narrateur fait part des réflexions de Rick sur ce point alors même que le blade runner avait déjà pris conscience de trait de caractère depuis longtemps : « Luba Luft manifesta une certaine mauvaise volonté mais n'opposa pas de résistance active ; elle paraissait résignée. C'est un phénomène que Rick avait déjà observé chez les androïdes placés dans une situation critique. La force vitale artificielle qui les animait semblait s'effondrer lorsqu'elle était soumise à une pression excessive… « (p.138-139). Cette réaction observée par Rick n'est en rien humaine. Même si Luba Luft tente de survivre au moment où Phil Resch essaie de la réformer (p.141), c'est seulement lors de l'instant critique que cette réaction « humaine « survient. Nombre des autres évènements qui peuvent se présenter à eux sont traités avec froideur, comme s'en est déjà rendu comte Rick Deckard.  Cette froideur, Isidore la ressent également en la présence de Priss, bien qu'il soit attiré par elle : « Maintenant que sa peur avait diminué, quelque chose d'autre avait commencé à émaner d'elle. Quelque chose de plus étrange. Et, trouvait-il, de regrettable. Une froideur. Quelque chose comme l'haleine du vide qui s'étend entre les mondes habités. L'haleine de nulle part. Ce n'était pas ce qu'elle disait ni faisait, mais ce qu'elle ne disait pas, ce qu'elle ne faisait pas. « (p.75). Là encore, il s'agit d'une réaction face à un évènement ; réaction qui devrait être tout autre. En effet, puisqu'Isidore tente de la séduire – à sa manière pas spécialement explicite, il est vrai – Priss devrait avoir une réaction plus « humaine « dans ce genre de circonstance : jouer le jeu ou le repousser, mais en aucun cas rester de marbre sans dire ni oui, ni non. Cette réaction froide, même si elle peut arriver également chez l'humain, n'est pas la plus courante. Si cela avait été le seul épisode du genre, cette froideur aurait pu passer pour une exception, mais inscrite dans ce roman et avec les remarques de Rick sur la fréquence de ce caractère, il est clair qu'il s'agit bien là d'une caractéristique propre aux andro ; caractéristique qui les différencie des humains. Philip K. Dick explique ce phénomène dans les dernières pages en affirmant que cette réaction de froideur est due à leur condition et aussi aux antécédents de l'humanité (expériences, Histoire, etc.) qu'ils ne possèdent pas : « l'élan vital s'échappait d'elle par tous les ports de sa peau, comme ça arrivait si souvent à des androïdes. Une résignation classique. L'acceptation intellectuelle, quasi mécanique, de ce à quoi un véritable être vivant, avec deux milliards d'années de lutte pour la vie inscrites dans ses gènes, ne se serait jamais résigné. « (p.206-207). L'auteur différencie ici lui-même les androïdes de son monde fictif aux humains en avançant que, malgré leur perfection mécanique, ils ne peuvent réagir comme l'homme dans chacune des situations possibles. L'être humain, pour en arriver là, a mis « deux milliards d'années « pour en arriver là, tandis que les andro sont récents et donc sans expérience.    2°/ Ils n'éprouvent pas d'empathie et le savent :    Avant tout, les Nexus-6 sont parfaitement conscient de leur condition (hormis Rachel Rosen bien évidemment). Pourtant, une fois qu'elle a appris sa condition d'androïde, cela ne l'empêche pas d'être lucide sur le sujet en rabaissant l'androïde face à l'homme : « Les androïdes ne peuvent pas avoir d'enfant, finit-elle par dire. Est-ce une perte ? « (p.199). Elle apparait là tout à fait consciente que l'androïde ne mérite pas, à cause de ses défauts (défauts que n'ont pas les humains et qui les différencie), de se reproduire. Elle va même plus loin que de rabaisser sa « race «, elle la compare avec des insectes : « qu'est-ce que ça fait de naître ? Nous ne naissons pas, nous ne grandissons pas ; au lieu de mourir de vieillesse ou de maladie, nous nous usons, comme des fourmis. Tiens, encore les fourmis ! C'est ce que nous sommes. Pas vous, moi. Des machines réflexes recouvertes de chitine et dépourvues de vie réelle. « (p.199). Après avoir différencié les andro des humains, elle les rapproche d'une autre espèce, inférieure à l'humain qui plus est. Enfin, pour Rachel, la comparaison n'a même pas lieue d'être puisque comme elle l'avoue à Rick : « Nous pourrions vivre dans le pêché, mais le hic, c'est que je ne vis pas… « (p.203). Cette ultime prise de conscience de Rachel Rosen montre la grande différence entre l'humain organique et l'andro électrique .  Dans le même registre que la première citation attribuée à Rachel, Priss dénigre sa « race « en la classant comme inférieure à l'humain : « C'est du gâchis d'apporter ça pour moi. « (p.152). Elle affirme cela, malgré sa joie originale, « D'une voix terne «. Ce ton montre combien elle regrette sa condition, et donc qu'elle a conscience d'être différente, de ne pas être humaine, mais simplement une sorte de copie mécanique.  Cette prise de conscience est importante dans le roman car elle présente les andro comme une « race « à part entière. Cet effet donne explicitement les indices nécessaires au lecteur pour identifier avec certitude les andro et les humains. Les humains (représentés par les blade runner, et Rick en particulier) peinent à faire la différence et les andro eux-mêmes d'ailleurs. C'est à cause de cette difficulté que la prise de conscience des andro quant à leur condition de robot est essentielle pour guider le lecteur au travers du livre et montrer qu'il existe tout de même des différences, aussi infimes soient-elles.    3°/ Le test :    Il a existé plusieurs tests avant le test actuel du Voigt-Kampff. Au moment de la narration, c'est celui-ci qui est utilisé pour reconnaitre un androïde d'un être humain. Son existence même prouve qu'il y a des différences perceptibles entre l'humain et l'andro. C'est lors d'une discussion entre Rick et son supérieur, Bryant, que le principe de ce test est expliqué. En fait, le test sert à mesurer l' « aplatissement des affects « (p.44). Le but est d'analyser les réactions de la personne testée en le plaçant mentalement dans des situations dérangeantes. Si une réaction, du type de la froideur fréquente chez les andro, est enregistrée par l'appareil de mesure, alors le blade runner sait qu'il n'a pas affaire à un humain. Bien entendu, les questions sont toutes pièges ; elles doivent déclencher des émotions humaines du type du dégoût, de l'incompréhension, etc. Voici des exemples de questions posées à Rachel Rosen, la première à subir le test dans le roman afin de vérifier son efficacité : « On vous offre un portefeuille de pécari pour votre anniversaire. «, (p.55) « Un petit garçon vous montre sa collection de papillons, ainsi que le bocal dans lequel il les tue. «, (p.55) « Dans un magazine, vous tombez sur une photo pleine page en couleurs d'une fille nue. […] La photo plait à votre mari. […] La fille est allongée sur le ventre sur un beau tapis de peau d'ours. […] Votre époux décide d'accrocher la photo au mur de son bureau « (p.56). C'est avec ce dernier exemple que Rick commence à soupçonner Rachel d'être un androïde. En effet, selon les aiguilles, mais surtout selon ce qu'elle a dit, elle n'a pas réagi à la « peau d'ours «, or, tout humain, dans la société actuelle, aurait été bien plus choqué par une peau d'ours que par une femme nue ; l'animal est chose sacrée.  Cependant, cela ne suffit pas pour affirmer qu'elle est un andro. Rick pense avoir échoué mais c'est alors que lui vient une idée et il la soumet à un dernier exemple avec l'appareil de mesure. Il teste sa réaction en lui confiant que sa mallette en en « peau de nourrisson « (p.67). Tout comme les andro n'ont pas d'animaux, ils ne peuvent pas avoir d'enfant. La réaction outragée de Rachel arrive donc mécaniquement et donc trop tard pour qu'elle soit humaine.  La différence entre un andro et un humain est donc avérée grâce au test Voigt-Kampff. Les andro le savent bien puisqu'ils tentent de le rendre inefficace comme le font les Rosen, ou, à l'instar de Luba Luft, d'y échapper. Cette dernière, lorsque Rick se présente à elle pour la première fois, essaie de convaincre le blade runner de passer le test avant elle afin qu'il lui montre qu'elle peut avoir confiance dans les résultats : « Je veux bien y passer, dit-elle, à condition que vous y passiez d'abord. « (p.109). Si le test fait peur aux andro, c'est parce qu'il est efficace et parce que les andro, tout comme les humains (ou du moins ceux qui travaillent à détecter les andro) savent qu'il existe des différences entre eux.    Conclusion :    Cet exemple littéraire de science-fiction offre en effet plus qu'une approche de l'empathie. En plus d'être l'un des sujets essentiels de l'œuvre, c'est également le sujet sensible. Le doute des Nexus-6 quant à l'existence de l'empathie chez l'humain combiné à la remise en cause du mercerisme par Buster tend à déstabiliser ce qui se présente dans le roman comme l'objet de la supériorité de l'homme sur l'androïde qu'il a créé. En dehors de cette nouvelle problématique (que le roman ne traitera pas puisque s'achevant après les révélations de Buster), le roman donne à voir une empathie humaine bien plus poussée que celle de la réalité, une empathie qui apparait comme la marque de fabrique de l'être humain, une empathie sur laquelle repose toute la société. En plus de cela, et grâce à ce genre qu'est la science-fiction, il est donnée au lecteur une vision nouvelle de l'empathie : celle de l'androïde. En, effet, même si ce n'est pas de l'empathie au sens convenu, le ressentir ce qu'autrui ressent devient un ressentir comme autrui. La confrontation entre l'humain et l'androïde permet de voir comment un autre être peut tenter de ressentir comme un autre pour lui ressembler au maximum. S'il n'est pas humain et n'est pas doté de la même capacité d'empathie, au moins l'androïde, par ce qui peut également s'appeler de l'empathie – mécanique –, tente de copier l'humain, de ressentir comme lui, de réagir comme lui, etc. Une phrase de Luba Luft explicite clairement ce propos : « Depuis que je suis arrivée de Mars, toute ma vie s'est passée à imiter un être humain, à faire ce qu'il aurait fait, à agir comme si j'avais des idées et des désirs humains. J'imitais ce qui, pour moi, représente une forme de vie supérieure. « (p.140). L'empathie mécanique en science-fiction s'explique donc par une tentative de ressembler le plus possible à l'homme, non pas physiquement, mais mentalement.

« déjà été aidés par le passé et le seront certainement dans l'avenir.

Cela n'empêche pas Rick, qui n'est pas tellement adepte de laboîte à empathie, de ne voir d'abord que ce côté négatif de l'affaiblissement de sa propre joie.

Avec le mercerisme, faire ressentirà autrui ce que l'on ressent, revient à diminuer ce sentiment.

Le troisième et dernier inconvénient est physique bien qu'il survienneégalement pendant la pratique.

Une simulation de l'ascension d'une montagne apparait à l'utilisateur.

Or, c'est pendant cetteascension que le danger survient par le biais de pierres qui sont lancées dans sa direction.

Cela a pour effet, à la fois d'êtrefrustrant, mais aussi de blesser physiquement.

Cette frustration est mise en avant au moment où Rick retire sa femme de la boîte àempathie pour prendre la pierre à sa place : « Je suis contente que tu m'aies décrochée.

Je n'arrive pas à supporter qu'on mefrappe.

Merci d'avoir pris la pierre à ma place.

» (p.185).

Quant à la blessure physique, Rick en obtient une à la suite de cetteintervention : « il lui prit le mouchoir et se dirigea vers la porte, encore tout sonné, et avec la nausée par-dessus le marché.

»(p.185).

Il récolte même une seconde blessure dans les dernières pages du livre : « Ce fut alors que la première pierre – et cen'était pas du caoutchouc, pas du plastique mou – le frappa à l'aine.

Et la douleur, la certitude absolue d'être seul et souffrant,irradia à travers tout son corps.

» (p.238). 3°/ La controverse :Malgré cette officialité et le caractère répandu du mercerisme, souffle tout de même un vent de controverse à l'encontre de cemouvement.

Cette opposition est organisée par Buster.

Cet « homme » est un personnage comique qui est télévisé vingt-troisheures sur vingt-quatre sur la chaîne gouvernementale.

Tout le monde l'aime, au moins autant qu'ils sont adepte du mercerisme.Cependant, en secret, « l'ami Buster » enquête sur le programme dans lequel se trouvent projetés les utilisateurs de la boîte àempathie.

Avant même sa grande révélation, « d'une manière subtile, presque imperceptible, Buster tournait en dérision les boîtesà empathie.

» (p.82).

Derrière nombre de ses ironies se trouvent donc des critiques de la boîte à empathie ; si bien que l'un desfans invétéré de l'ami Buster, Isidore, déclara : « Je crois que Buster et Wilbur Mercer se bagarrent.

A qui régnera sur nosconsciences.

» (p.83).Si cette sorte de guerre psychologique et cachée aux hommes n'échappe pas à un « spécial » comme Isidore, il en va de mêmepour les androïdes.

En effet, pour eux, l'empathie humaine ne serait qu'un mythe et existerait uniquement par le biais de cesboîtes.

Roy Baty, l'un des Nexus-6, déclare que « toute cette histoire d'empathie est une escroquerie.

» (p.217).

Mais cetteaffirmation intervient après que sa compagne, Irmgard, ait vidé son sac sur cette empathie et sur le mercerisme : « Non, c'estcette histoire d'empathie, répéta Irmgard avec conviction.

(Les poings serrés, elle se jeta à la rencontre d'Isidore, dans lacoulisse.) N'est-ce pas, n'est-ce pas ? N'est-ce pas que c'es pour prouver que vous, les humains, êtes capables de faire quelquechose dont nous sommes incapables ? Parce que, s'il n'y avait pas cette histoire de Mercer, votre empathie, il faudrait y croire surparole, non ? » (p.217).

Dans cette attaque, Irmgard Baty révèle ne pas croire à une empathie purement humaine, mais bel etbien que c'est cette boîte qui, grâce à Mercer, donne le pouvoir aux hommes d'éprouver de l'empathie pour les autres, ce queeux, androïdes, ne peuvent faire.Enfin, la chasse secrète de Buster va finir par ne plus l'être.

Il choisit de tout révéler aux téléspectateurs alors qu'il vientd'apprendre toute la vérité sur les trucages du mercerisme.

Il explique comment il s'y est pris avant de tout dévoiler : « Faisantappel à mes connaissances télépathiques, j'ai sondé l'esprit brumeux et encombré de souvenirs mal digérés du vieux Jarry .

»(p.215).

Grâce à ces souvenirs, il parvient alors à revisiter la fondation du mercerisme qui s'avère en fait n'être qu'un « film »,qu'une fiction offerte aux humains pour, comme le suggérait Irmgard, que ceux-ci éprouvent plus d'empathie les uns envers lesautres.

Il révèle que tout est faux : le ciel, le soleil, les pierres, le sang, etc.Ainsi s'achève le mythe du mercerisme, pas les révélations de Buster, bien aidé il est vrai, par les doutes de certaines personnes,y compris des robots humanoïdes.

Malgré tout, à la fin du roman, la confiance que les gens avaient mise en Mercer ne semblepas être réellement ébranlée, comme s'ils ne pouvaient plus se passer de l'empathie, mais l'histoire ne parle ni des jours qui suiventcette nouvelle, ni de la réaction des populations. II / Des androïdes ou robots humanoïdes et de leur proximité à l'humain :1°/ Conçus pour parfois se croire eux-mêmes humains, ou du moins, le faire croire aux autres en semant le doute dans leursesprits :Le « robot humanoïde [ou] androïde organique » (p.21) se trouvait être à l'origine un « Combattant Synthétique » pour faire laguerre.

De l'utilité miliaire, il est passé à l'utilité quotidienne pour aider les gens dans la vie de tous les jours.

Leur nom déjà,comportant les adjectifs « humanoïde » et « organique », prêtent à confusion puisqu'ils apparaissent alors autant comme une sous-classe de l'homme que comme une classe supérieur du robot de base.Au-delà des apparences (nom et physique), ces androïdes sont également dotés de caractéristiques humaines.

Tout d'abord, ilspeuvent posséder des souvenirs implantés.

Le but était simple : leur cacher leur propre condition en espérant donc qu'ils nepuissent révéler ce qu'ils ignorent en passant au test .

Le narrateur explique ce principe alors que Rick vient de découvrir queRachel Rosen n'est pas humaine : « Il arrivait parfois que les andros ne le sachent pas.

A plusieurs reprises, on avait enté de leurimplanter des souvenirs, une mémoire factice, dans l'idée – fausse – que cela modifierait les réactions au test.

» (p.67).

Toujours. »

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