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Publié le 10/02/2013

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Au bout du chemin... Je garde en mon cœur, bien caché, un souvenir lointain. Celui de la route de ma vie, route de mon existence. Je me souviens et je marche, regardant devant moi vers un avenir incertain et sans retour. Des années se sont écoulées depuis que je suis là. Je sens ce trou gigantesque dans ma poitrine, un manque absolu d'amour et de tendresse. Mes lèvres et mes yeux brûlent, mon ventre se tord, j'ai si mal… Un homme tente de me réveiller. Je sens qu'il me frappe, j’entends ses mots violents et cruels : « Ne m'oblige pas à te relever sale étranger ! «. Étranger... Qu'est-ce que cela signifie ? Est-ce parce que je ne leur ressemble pas ? Parce que je ne crois pas au même dieu ? Étranger... Ce mot fuse, il résonne ici entre les cris de terreur et les larmes de désespoir. Et plus je l'entends plus j'aimerais me lever et crier que je suis là, que je suis vivant, comme tous ceux qui sont ici. Hurler que le bonheur existe, qu'au bout de la route se trouve la liberté. Mais je reste allongé, aucun mot ne sort de ma bouche, aucun murmure ne s'échappe de mes lèvres. Je pense sans vraiment le vouloir, mes souvenirs passent comme des nuages vaporeux, sans que je n'y fasse vraiment attention. Ils se mélangent lentement comme des vagues qui viennent et repartent aussitôt. Je pense à avant, au soleil, à la joie, à l'herbe verte sous mes pieds, à ma mère, à ma sœur et quelques fois à mon père. Je me rappelle de la vie, celle où les seules difficultés étaient d'apprendre par cœur les comptines du professeur, celle où les seules blessures que j'avais étaient des égratignures de mes chutes de vélo, celle où Sophie, ma sœur, avait les joues roses et gonflées et celle où Papa avait toujours son regard froid et sévère. Je repense à tout ça, comme si Sophie n'avait pas disparu, comme si le regard de mon père ne s'était pas empli de désespoir et d'inquiétude. Et je me soucie, entre deux sombres pensées, de ce qu'est devenu mon beau vélo rouge. Mais le souvenir s'en va, remplacé par un autre, plus sombre, plus triste, trop triste ; le grand train si noir, comme invisible dans la nuit et inexistant entre les nuages gris du ciel éteint, où nous étions entassés les uns sous les autres. Nous cherchions de quoi respirer, essayant de ne pas devenir des bêtes à force de souffrance, traquant l'Humanité. Je m’étais assis dans un coin, me faisant plus petit que je ne l'étais déjà. J'avais posé mon visage entre mes mains sales pour m'empêcher de voir les silhouettes crasseuses des Hommes se déchaînant pour vivre, des hommes qui pleurent dans des coins comme moi, où qui sont déjà morts et qui remuent sur le sol du wagon, comme des carcasses flotteraient sur l'eau d'un fleuve sale et gris. Je ne fis rien, rien que pleurer silencieusement, sans réelles larmes, je repensais aux bras de ma mère, osseux, fragiles, dont on m'arrache comme pour me punir. Mais me punir de quoi ? Elle me disait avec tendresse «Arrête un peu de réfléchir mon petit ! Vis avant tout.« Mais je ne peux plus vivre maintenant Maman, alors je me questionne, sur le monde, sur la vie, sur les hommes. Je ne suis pas le seul à penser si fort, à chercher des yeux, des réponses, pas le seul sur cette route et pourtant je me sens abandonné malgré tous ces gens qui grouillent de partout : ces vieux, ces femmes, ces gosses de toutes les couleurs et de toutes les langues, qui parlent, qui pleurent, qui chantonnent pour ne pas oublier. Malgré tous ces gens sales, ces gens malades, ces gens comme vous, comme moi écrasés sous la misère et surtout sous les bottes cloutées des hommes « propres «. « Lève-toi ! « Il crie encore. Et moi j'ai toujours envie de hurler, que tout le monde entende mon cri d'espoir : arrêtez tout ce bruit, tous vos cris, arrêtez d'avoir peur ! On m'avait fait descendre ici, avec tous les autres enfants. Je me demandais ce qu'ils pensaient, d’où venaient ces enfants noirs comme la nuit, et ces autres, blancs comme la lune. Que signifiaient ses triangles colorés cousus sur leur poitrine, que signifiait l'étoile dorée que l'on m'avait collée au torse à la place du cœur ? Que faisions nous tous ici, ensemble... Nous, en apparence tellement différents et pourtant enfants innocents et perdus dans un monde qui n’est pas le nôtre. Tous les autres enfants, en fait je ne sais pas. J'avais vu, d'entre mes doigts sales, deux hommes transportant sur leur dos de gros sacs de toile. Dehors, ils se mirent à les frapper contre un mur, violemment. Était-ce de la nourriture qu’ils détruisaient ainsi ? Mon estomac hurlait famine mais plus le sac allait se fracasser sur le mur de pierre, plus celui-ci gigotait. Un grand gars près de moi me tapa affectueusement sur l'épaule et me dit : « Ils s'en prennent aux animaux maintenant, si ce n'est pas pitoyable...«. Je hochai la tête déconcerté, anéanti par cette violence. Je me remis malgré moi à regarder la scène. Pourquoi toute cette mort autour de nous ? Je voyais toujours les sacs s’écraser sur le mur, jusqu'à ce que plus rien ne bouge. « Pauvres bêtes... « murmura le gars. Les hommes presque heureux, un sourire macabre aux lèvres, ouvrirent les sacs. Dans chacun d'eux gisait un enfant, défiguré, démembré. Alors j'ai pleuré, mais pas de tristesse, car la tristesse était un sentiment que j'avais depuis longtemps oublié. Je sanglotais de désillusion, rien ne pouvait donc changer, notre avenir serait ainsi : mourir écrasés, entassés, et disparaître de la terre comme des ombres. Se faire oublier de tous. «ALLEZ !« L'autre me frappa encore, de ses lourdes chaussures. Les « Autres « ce sont les grands, les propres, ceux en uniforme qui commandent, hurlent des mots incompréhensibles, ceux qui m'ont poussé, ainsi que les autres, vers un chemin boueux encerclé de barbelés. Ce sont ceux qui n'ont pas peur, et qui jouissent de la situation, qui rient quand on pleure, qui vivent quand on meurt. Ils nous hurlent de marcher et nous marchons en rang, enfants perdus. Ainsi, la tête baissée, sans notre mère, sans notre père, seulement avec notre peur, qui nous tire par la main, en faisant pleurer nos yeux. On marche, parce qu'on ne sait quoi faire d'autre, rien ne nous retient, nos jambes mécaniques avancent vers un gouffre. Mes yeux, je les ai fermés, je me suis tu alors que certains hurlent encore… Le chemin semblait si long, la porte était si loin, porte de l'Enfer grande ouverte. Je traînais des pieds, fatigué et apeuré. Les regards se croisaient, pleins d'effroi et de questions. Parfois, quand mon cœur empli d'illusion battait encore en ma poitrine, j'entrouvrais les yeux, pour voir si le monde avait refleuri, si les enfants jouaient, si de nouveau se trouvaient autour de nous le soleil et la joie, l'herbe verte sous nos pieds. Mais je n'ai vu que les « Autres «, aux mains salies de sang et de boue, avec leurs sacs sur l'épaule et leurs décorations sur le torse : aigle doré et médaille argentée. Et même quand je fermais mes yeux, je sentais l'odeur de la misère, de la terre et du sang. J'entendais les cris, les pas, le silence des âmes. En cherchant la vie du regard je vis une petite fille, blonde je crois... Ses cheveux étaient cachés sous un amas de poussière, de cendre et de boue séchée. Ses yeux ont croisé les miens, ou peut-être a-t-elle simplement balayé de son regard la scène sanglante qui l'encerclait. Désemparé, son œil vide reflet de son cœur lourd me croisa dans un fracas silencieux. Elle disparut dans la foule, à jamais ensevelie sous les cris. Désillusion, encore. Nous disparaîtrons donc tous, un à un, sans nom, sans vie comme si jamais nous n'avions existé, nous deviendrons des débris, des poussières, de lointains souvenirs. Je m'enfonce dans le sol. Je deviens la terre et la boue. Je disparais écrasé, presque enseveli, on m'efface comme on efface une erreur. Mon nom n'existe plus, mon visage est transparent. L'autre a cessé de crier mais la douleur est toujours là, le trou dans ma poitrine aussi. Il y a tellement de bruit partout autour de moi, tellement de gens ; je suis toujours au sol, je ne me relèverai pas, il m'a frappé trop fort. J'ai mis ma tête entre mes mains, pour ne plus voir, et je ne verrai plus jamais. Je m'appelais Eyal, j'avais 11 ans et toute la vie devant moi. Je m'éteins lentement sur la route et je rejoins les étoiles dont, vu de la terre, on ne voit ni la couleur ni la forme mais seulement l'éclat qui en émane.

« Je m'étais assis dans un coin, me faisant plus petit que je ne l'étais déjà.

J'avais posé mon visage entre mes mains sales pour m'empêcher de voir les silhouettes crasseuses des Hommes se déchaînant pour vivre, des hommes qui pleurent dans des coins comme moi, où qui sont déjà morts et qui remuent sur le sol du wagon, comme des carcasses flotteraient sur l'eau d'un fleuve sale et gris.

Je ne fis rien, rien que pleurer silencieusement, sans réelles larmes, je repensais aux bras de ma mère, osseux, fragiles, dont on m'arrache comme pour me punir.

Mais me punir de quoi ? Elle me disait avec tendresse «Arrête un peu de réfléchir mon petit ! Vis avant tout.» Mais je ne peux plus vivre maintenant Maman, alors je me questionne, sur le monde, sur la vie, sur les hommes. Je ne suis pas le seul à penser si fort, à chercher des yeux, des réponses, pas le seul sur cette route et pourtant je me sens abandonné malgré tous ces gens qui grouillent de partout : ces vieux, ces femmes, ces gosses de toutes les couleurs et de toutes les langues, qui parlent, qui pleurent, qui chantonnent pour ne pas oublier. Malgré tous ces gens sales, ces gens malades, ces gens comme vous, comme moi écrasés sous la misère et surtout sous les bottes cloutées des hommes « propres ». « Lève-toi ! » Il crie encore.

Et moi j'ai toujours envie de hurler, que tout le monde entende mon cri d'espoir : arrêtez tout ce bruit, tous vos cris, arrêtez d'avoir peur ! On m'avait fait descendre ici, avec tous les autres enfants.

Je me demandais ce qu'ils pensaient, d'où venaient ces enfants noirs comme la nuit, et ces autres, blancs comme la lune.

Que signifiaient ses triangles colorés cousus sur leur poitrine, que signifiait l'étoile dorée que l'on m'avait collée au torse à la place du coeur ? Que faisions nous tous ici, ensemble...

Nous, en apparence tellement différents et pourtant enfants innocents et perdus dans un monde qui n'est pas le nôtre. Tous les autres enfants, en fait je ne sais pas.

J'avais vu, d'entre mes doigts sales, deux hommes transportant sur leur dos de gros sacs de toile.

Dehors, ils se mirent à les frapper contre un mur, violemment.

Était-ce de la nourriture qu'ils détruisaient ainsi ? Mon estomac hurlait famine mais plus le sac allait se fracasser sur le mur de pierre, plus celui-ci gigotait.

Un grand gars près de moi me tapa affectueusement sur l'épaule et me dit : « Ils s'en prennent aux animaux maintenant, si ce n'est pas pitoyable...».

Je hochai la tête déconcerté, anéanti par cette violence.

Je me remis malgré moi à regarder la scène.

Pourquoi toute cette mort autour de nous ? Je voyais toujours les sacs s'écraser sur le mur, jusqu'à ce que plus rien ne bouge.

« Pauvres bêtes...

» murmura. »

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