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AMOURS (les) de Pierre de Ronsard (fiche de lecture)

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ronsard

AMOURS (les). Œuvre poétique de Pierre de Ronsard (1524-1585), qui rassemble plusieurs recueils publiés successivement : les Amours de Cassan-dre (à Paris, chez la Veuve Maurice de La Porte en 1552), la Continuation des Amours (à Paris, chez Vincent Sertenas en 1555), la Nouvelle Continuation des Amours (à Paris, chez Vincent Sertenas en 1556), les Vers d'Eurymédon et de Cal-lirée, les Sonnets et Madrigals pour Astrée et les Sonnets pour Hélène (à Paris, chez Gabriel Buon en 1578). L'ensemble constitua le premier et majestueux volume de l'édition ultime des Œuvres, publiée à Paris chez Gabriel Buon en 1584.

 

En se convertissant au « petit sonnet pétrarquizé » qui suscitait tous ses sarcasmes quelques années auparavant, Ronsard ne fait pas à proprement parler preuve d'inconséquence : il ne condamnait pas tant le pétrarquisme à la française que sa vogue excessive, et la mobilisation du dynamisme poétique national dans une seule direction. La poésie telle qu'il la prône se doit de cultiver les genres et les registres les plus divers : lui-même en donne l'exemple en juxtaposant, dans le volume de 1552, deux recueils aussi dissemblables que le premier livre des Amours et le cinquième livre des Odes.

 

Les Amours de 1552, ordonnés autour de la figure de Cassandre Salviati, combinent plusieurs influences. Si Ronsard fait mine de dédaigner Pétrarque, ii a sans doute iu, en 1545, les Rime diversi, anthologie du célèbre pétrarquiste italien Pietro Bembo.

« des recueils et la densité formelle des sonnets suscitent l'admiration, la thé­ matique pétrarquiste, la multiplication des références mythologiques et l'idéa­ lisme néoplatonicien composent une trame apparemment répétitive et conventionnelle, qui souvent décou­ rage les meilleures volontés. Aussi les Amours appartiennent-ils à notre musée littéraire plus qu'à notre mémoire vivante : réduits à une impressionnante virtuosité qu'on n'admire que de loin, ils ne mobilisent guère les questions de notre moder­ nité. Chacun des recueils ménage pourtant, au lecteur attentif, des possi­ bilités d'accès qui permettent d'en revi­ vifier la perception et la compréhen­ sion. Couvrant trente années d'activité poétique, les noms de Cassandre, Marie et Hélène rythment une recher­ che essentielle, où se jouent le rapport de soi à soi et la relation de l'homme au monde. Si l'amour pétrarquien recouvrait une problématique morale, l'amour ronsardien s'interroge sur la plasticité de l'individu, sur son apti­ tude à égaler le cosmos en un processus permanent de transformation : « Et m'esjouis d'estre mélancolique, 1 Pour recevoir tant de formes en moy » (Marie, "Chanson"). Instrument de cette recherche et de cette interroga­ tion, le sonnet doit être lu, en chacune de ses réalisations successives, comme uh «essai »1 une éphémère fixation de la vitalité expansive du poète. Prodi­ gieusement inventive, la combinatoire ronsardienne redistribue et donc redé­ finit d'une pièce à l'autre les éléments · qu'elle emprunte à la tradition. C'est dans cette perspective qu'il faut aborder la thématique pétrarquiste, et plus généralement l'ensemble des topai amoureux qui émaillent les recueils, si l'on veut y voir autre chose qu'une concession aux modes du temps. Cupi­ don l'enfant aveugle, son «arc au poi- gnant trait», la chevelure-prison de la femme aimée, toutes ces images ont pu devenir, dans le pétrarquisme italien ou français, les figures figées d'une rhé­ torique en mal d'invention. Il en va tout autrement chez Ronsard, dont l'énergie protéenne ne saurait se satis­ faire d'aucun système statique: chaque sonnet, madrigal ou chanson entraîne les signes ou emblèmes convention­ nels dans une nouvelle aventure du sens. Il suffit, pour s'en convaincre, d'être sensible à la réactivation que Ronsard fait subir à une image aussi galvaudée que celle du «rocher», en variant savamment son éclairage contextuel : tantôt métonymie de la nature solitaire et sauvage, le « roc endurci», néanmoins attentif aux plaintes de l'amant, sert de repoussoir à la dureté très réelle de l'amante; tan­ tôt il désigne, métaphoriquement, un état idéal de surdité au monde, où l'amant recru de passions souhaiterait se reposer enfin et s'oublier; tantôt, renvoyant à la fatalité injuste de ·la mort où l'amour vient s'échouer, il se prolonge en « marbre » du tombeau ("Sur la mort de Marie"). Forme mobile et plastique, le rocher n'admet pas plus de signification univoque que les autres objets et créatures qui peuplent les Amours. Dans les mots et syntagmes clés du pétrarquisme, Ronsard fait résonner une polysémie personnelle : le texte joue de ces possibilités de glis­ sement sémantique, et se ressource constamment sous couvert de répé­ tition. Glissement et instabilité régissent d'ailleurs la psychologie et l'ontologie des Amours. La passion est vécue sur le mode d'une dépossession qui arrache définitivement la conscience aux états de maîtrise et d'équilibre : «Amour trop fin comme un larron emporte 1 Mon cœur d'emblée, et ne le puis ravoir. [ ... ] 1 Je cognais bien qu'il entraîne ma vie» (Cassandre, CLxxxn). »

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