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Après-midi d'un faune (L') de Mallarmé

Publié le 14/02/2019

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Après-midi d'un faune (L'), églogue, en 110 alexandrins, de Mallarmé. De la première version, Monologue d'un faune, écrite pour la scène en 1865 et refusée par Banville, qui n'y avait pas « rencontré l'anecdote nécessaire que demande le public », à la troisième, publiée en mai 1876 dans une plaquette de luxe illustrée par Manet, en passant par la seconde, rejetée en juillet 1875 par le Parnasse contemporain, un même trajet : de la description parfois libertine à la suggestion, de la réalité au fantasme. C'est pour échapper à Hérodiade et à l'angoisse d'une écriture hantée par les « froides pierreries » de la vierge pure que Mallarmé crée son Faune « au rire ardent ». Mais ce que l'une refusait, la présence et la chair, le héros « aux sens fabuleux », doublement voué à l'extase (enivré par la femme et le chant), ne l'atteint pas : est-ce à cause de celle des deux nymphes capturées et ensemble rêvées (« Je les ravis sans les désenla-cer ») qui, comme une Hérodiade de glace, s'évade de ses bras ? Quoique un des plus charnels, le poème rejoint donc dans l'œuvre la veine essentielle de l'absence, évoquée ici sous la modalité de l'éphémère. « Aimai-je un rêve ? » : formule de la fugacité omniprésente, et jusqu'au sein de la musique de l'églogue, « sorte de fugue littéraire », dit Valéry, comme symbolisée par la flûte du Faune, « instrument des fuites, ô maligne Syrinx ». L'évanescence et la fluidité triomphent, et le Faune, pour surprendre 1' « ombre » du couple féminin perdu même dans sa rêverie, glisse dans le sommeil, ce royaume si semblable, précisément, à celui des ombres.

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