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Confession d'un enfant du siècle (la) d'Alfred de Musset (analyse détaillée)

Publié le 23/10/2018

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Confession d'un enfant du siècle (la). Roman d'Alfred de Musset (1810-1857), publié à Paris chez Félix Bonnaire en 1836; le chapitre 2 avait paru dans la Revue des Deux Mondes le 15 septembre 1835.

Ouvrage capital pour la compréhension du romantisme français, la Confession fut composée au retour de Venise, quand Musset eut l'intention de raconter ses amours avec George Sand : «Je voudrais te bâtir un autel », lui écrit-il durant l'été 1834. Mais la rupture de novembre, la reprise des relations en janvier 1835 et la séparation définitive du 6 mars modifient le projet initial et le roman porte la trace de ces tumultes sentimentaux.

 

Le titre place l'ouvrage dans la lumière de saint Augustin et de Rousseau. Il s'agit d'avouer ses fautes, mais surtout de dévoiler, au-delà de la « maladie morale abominable » d’un auteur de vingt-cinq ans, le mal du siècle et d'en analyser les causes. Le projet autobiographique se trouve d'ailleurs faussé par le double souci de disculper George Sand et de modeler l'histoire des deux amants sur les exemples prestigieux d'Héloïse et Abélard, de Roméo et Juliette, de Werther et Charlotte. Surtout, Musset se cache derrière un narrateur, héros de sa propre histoire, d'où la constitution d'un texte romanesque où jeux de masque, distance et primauté de la fiction importent sans doute plus que l'exhibition d'une vie encore bien jeune. Enfin, l'intrigue amoureuse d'Octave et Brigitte se trouve encadrée par l'histoire d’une génération et un épilogue à la troisième personne (V, 7). En multipliant ainsi les points de vue, Musset établit le lien entre l'époque et l'individu, faisant jouer destinée personnelle et détermination historico-sociale.

 

Première partie. Les trois premiers chapitres donnent avec l'incipit (« Pour écrire l'histoire de sa vie. il faut avoir vécu ; aussi n'est-ce pas la mienne que j’écris ») l’une des clés du texte, et analysent les causes et les modalités du mal du siècle. Aux souvenirs exaltants de la Révolution et de l’Empire ont succédé le vide et la médiocrité. Les cœurs se sont mis au diapason de cette époque : hypocrisie et trahison l’emportent (1-3). Octave, le narrateur-héros, âgé de dix-neuf ans, après une première trahison amoureuse (4), éprouve cette amère vérité (5-7). 

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« place en marge du monde , par l'alcool d'abord (8), puis en parodiant l'am our avec une fille res­ semblant à sa ma1tresse (9-1 0). Deuxième partie. Octave suit les conse ils de son am i Desgenais et se lance à corps perdu dans la déba uch e ( 1 ). Au cours de cet appren tissa ge, qui « ressemble à un vertige », il arbore le mas­ que du cynisme (2-3) mais éprouve avec la cour­ tisane Marc o toute la sécheresse du cœur (4). Après avoir exprimé la douleur de sa solitude à Desgenais, il apprend que son père se meurt. et part pour la ma ison fami liale (5). Troisiè me parti e. Octave trouve son père mort ( 1) et s'installe chez lui, à la campagne (2). Il renco ntre alors Brigitte Pierson, une jeune veuve, qui vit seule avec sa mère et se consacre à faire le bien (3) . Pro menades, conversations : l 'amour nai't peu à peu (4-6). Après l ui avoir demand é de ne plus la revoir (7), puis de partir e n voyage (8). Brigitte finit par accepter les pro­ position s d'Octav e (9). Elle devient sa maltresse ( 1 0-1 1) : « Ange éternel des nuits heureuses, qui racontera ton silence ? » Qua 'lrième parti e. Le poison du soupçon s'insi­ nue de nouveau dans l'espri t d'Octave. incapab le d'aimer avec spontanéité : «j'ai à raconter mai n­ tenant ce qui advint de mon amour et le change­ ment qui se fit en moi » ( 1 ), et ses querelles. dues à sa jalo usie et son cynisme, font souffrir Brigitte (2-4). La méd isanc e s'en mêle, et les amants se rendent à Paris avec l' inten tion de quitter la France (S-6). Cinquième partie. À Paris, Brigitte tombe ma lade alors que le couple semb le réconcilié ( 1 ) . Elle reçoit les fréquente s visites de son ami, un jeune homme nommé Smith, et se remet lente­ m ent, alors qu' Octave est torturé de jalousie (2- 4). Il insist e pour partir et avoue ses soupçon s. Brig itte, brisée, défaille : «Pourquoi m'as-tu aimée, s i tout devait finir ainsi ? » (5). En plein désarroi, au bord de la folie, Octave recule devant le meurtre en apercevant « entre l es deux seins blancs un petit crucifD< d'ébène». Il trouve une lettre où Brig itte fait ses adieux à Smith (6). Il renonce à elle et la don ne à Smith: «Vous aurez un meilleur amant, vous n'aurez pas un meilleur frère. » Ce «jeune homme », tout d'abnégation. reme rcie alors « Dieu d'avoir per­ mis que. d e tro is êtres qui avaient souffert par sa faute, il ne restât qu'un malh eureux» (7). « A lors, su r ce mo nde en ruines, s'assit une jeunes se soucieuse ,. (1, 3). La Restauration a abandonné toute une gé nération aux affres de l'incerti­ tude : un passé glorieux, un présent terne , un avenir obscur. La jeunesse ne peut s'investir dans des projets enthou­ siasmants. Frustrée, elle bute sur une société mondaine fermée, glacée de respectabili t é, confite d'ennui et cachée sous le masque de l'hypocrisie . La littérature n 'offre que la « désespé­ rance totale ,. ou, sous les influences anglaise et allemande, un " dégoût morne et silencieux». La vie étud iante s'épuise dans les plaisirs frelatés et l'agitation de la débauche reste le seul dérivatif pour ces en fants du siècle. Enfants, ils le sont doublement : par leur jeunesse et parce que l'époq ue les a engendrés. Quant au siècle, Il vau t à la fois comme moment historique, le XJxe, donc celui de la modernité, fils dégradé de la Révolution, et comme terr estre, matérialiste, bruissant des vanités et des intérêts humains, trop humains. Plus de perspective sodale ou politique , plu s d'idéa l, fût-il reli ­ gieux : le siècle ne propose que sa sté­ rilité. Dans ce tableau sinistre, un drame sentimental se déroule, lié à une bio­ graphie intellectuelle et morale, à la manière du *V olupté de Sainte-Beuve. C'est là écrire selon une conception moderne de l'individu : la passion ne saurait être séparée de toute s les autres composantes de l'intériorité. Traiter d'un cœur particulier et non du " cœur humain » en général : cette constante mu ssétie nne recherche l'expression spéc ifique d'une douleur unique. D'où l'originalité de la Confession: le cas d'Octave serait d'une affligeante banalité (être trompé à dix-neuf ans par une femme menteuse, la belle affa. ire !) s'il n'affectait toute son âme, dont la faiblesse et les manques sont attribués aux circonstances histori­ ques .. Comme dans Roi/a (1833), il s'agit d' un drame de la foi. Ne pouvant »

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