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Journaux intimes de Benjamin Constant (résumé & analyse)

Publié le 22/11/2018

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Il n’est sans doute pas utile de retracer dans le détail les péripéties qu’ont connues les différents documents qui ont été réunis en 1952, et édités par Alfred Roulin et Charles Roth sous le titre de Journaux intimes de Benjamin Constant. On doit néanmoins savoir que, jusqu’à l’année de cette publication, la source essentielle des informations sur lesquelles se construisait l’image même de Constant était étrangement peu sûre. En effet, le texte qui avait été publié dès 1887 par Adrien de Constant dans la Revue internationale et repris en volume par Dora Melegari en 1895, comme étant celui du journal intime de Benjamin Constant, était à la fois incomplet et singulièrement arrangé.

 

En réalité, les journaux intimes que nous lisons aujourd’hui se composent de quatre éléments, dont trois seulement méritent à proprement parler le nom de « Journal ». Le premier document, que Constant a intitulé Amélie et Germaine et qui couvre la période du 6 janvier au 6 avril 1803, est constitué de paragraphes portant chacun une date et rédigés comme le serait un roman. C’est la relation, quasiment au jour le jour, des hésitations que

 

l’auteur a connues entre son désir de demeurer auprès de Mme de Staël et celui d’épouser Amélie Fabri, une jeune personne dont il pensait qu’elle pourrait faire une compagne convenable.

 

Les Journaux proprement dits sont au nombre de trois. — Le premier commence le 1er pluviôse an XII (22 janvier 1804) et s'arrête le 18 floréal an XIII (8 mai 1805). Trois ans plus tard. Constant donne lui-même la cause de cette interruption : « La mort de Mme Talma m'avait jeté dans un tel abattement qu'à dater de ce jour, mon journal, où j'avais retracé tous les détails de sa maladie et jugé quelquefois sévèrement son caractère, me devint insupportable ».

 

Le deuxième journal couvre la même période, mais se poursuit au-delà de la date fatidique, jusqu'au 27 décembre 1807. Il présente la particularité d'être écrit en style télégraphique.

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« tion. 3 retours à ce lien par des souvenirs ou quelque charme momentané. 4 travail. 5 discussion avec mon père. 6 atten­ drissement sur mon père. 7 projets de voyage. 8 projets de mariage. 9 fatigue de Mm• Lindsay. 10 souvenirs doux et retours d'amour vers Mm• Lindsay. 11 hésitation sur mes projets avec Mm• du Tertre [Charlotte!. 12 amour pour Mm• du Tertre. 13 InCertitude sur tout. 14 projet d'établisse­ ment à Dole pour rompre avec Biondetta (l'un des surnoms de Mme de Staël!. 15 projet d'établissement à Lausanne dans le même but. 16 projets de voyages outre-mer. 17 désir s de raccommodement avec quelques ennemis. " Le troisième journal. enfin. va du 15 mai 1811 au 26 sep­ tembre 1816. A son propos. deux choses sont à noter: la première. qu'il est tout entier écrit en caractères grecs. comme si Benjamin, un peu naïvement. voulait en interdire l' accès à des yeux indiscrets; la seconde. d'un autre ordre. que le cahier sur lequel il est rédigé a été laissé par Constant à Bruxelles. à la date où il s'achève, son auteur regagnant Paris et craignant de le voir tomber aux mains de la police. Ce cahier, un grand registre. a été confié à un banquier dont Constant a malheureusement oubli6 le nom au moment où il songe à le récupérer. Ce n'est qu'après la mort de l'écrivain que le dépositaire. apprenant la nouvelle par les journaux. renverra à sa ''euve les papiers qu'il détenait ainsi depuis quinze ans. Si l'on peut être assuré. par la manière même dont Constant parle ju journal tenu à partir de 1804, qu'il s'agit de sa première expérience du genre. on est en revanche en droit de se demandE•r si d'autres documents n'ont pas existé. qui n'auraient pas été retrouvés. C'est notamment la question que suscite la lecture de la note du 12 avril 1808 où l'auteur dit reprendre lo journal interrompu le 28 décembre 1807 et avoir rédigé "L1ne narration assez confuse» de ce qui s'est passé entre ce!; deux dates. car on n'a jusqu'ici retrouvé trace ni de la " narration " ni de la suite du journal. Les docum·3nts que nous pouvons lire n'ont manifeste· ment pas été écrits pour être publiés. ni même pour être connus de qu1conque. La discrétion de Constant, qui n'a révélé leur existence à personne. même parmi ses intimes. viendrait confirmer sur ce point ce qu'implique la nature de ces notes sans autre fard que celui dont l'écrivain a peut-être usé pour idéaliser à ses propres yeux la réalité dont il enten­ dait garder la :race. On ne peut dès lors mettre en doute, au-delà de cette pudeur ou de cette duplicité que l'homme manifeste vis-à-vis de lui-même. la sincérité d'un texte qui fait apparaître à merveille la complexité d'âme et de cœur d'un être à la fois sensible. mobile. lucide. terriblement occupé de lui-même aussi. dont simultanément l'intelligence se nourrit et s'exerce à p3rtir des sujets austères que lui offrent l'érudi· tion et la politique. »

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