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KARÉNINE Anna Arcadievna. Personnage du roman de Léon Tolstoï Anna Karénine

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KARÉNINE Anna Arcadievna. Personnage du roman de Léon Tolstoï Anna Karénine (1875-77). Son pas rapide et décidé la distingue de son maintien. Le monde s’oriente vers elle à son approche : on la devine belle avant d’avoir vu son visage. Elle est d’abord fraîcheur, sourire, souplesse des mouvements, animation du regard, tout cela comme un halo sur sa forme ; puis, dans l’éclair des yeux et le pli des lèvres, on décèle un feu intérieur et une abondance de force refoulée qui ajoutent à son charme la présence, en elle, d’un double que la vie n’a pas encore satisfait. C’est pourquoi elle trouble, bien que le sourire qui semble flotter entre ses yeux et sa bouche contienne une grâce apaisante et souveraine. L’effacement de sa toilette fait ressortir son élégance innée, son enjouement et son parfait naturel. Quand elle paraît, la vie devient plus intense autour d’elle, non en agitation mais en profondeur. Son équilibre n’est pourtant qu’apparent, car la part d’elle-même qui ne s’est pas encore réalisée, malgré le mariage et la maternité, guette l’instant où, émergeant enfin dans sa conscience, elle pourra prendre vie. Anna ne sait pas la faim qu’elle porte en elle jusqu’à ce qu’elle rencontre Vronski, mais la joie et la frayeur qui l’envahissent, dès qu’il se présente, lui révèlent immédiatement ce que l’habitude et le confort social l’avaient aidée à faire taire : l’insatisfaction latente de tout son être. Ce n’est d’abord qu’un éclair, et elle pense l’avoir refoulé sous la joie de rentrer chez elle, de retrouver son mari, Alexis Karénine, son fils Serge, et son ordre coutumier, mais quand Vronski la rejoint dans le train et lui déclare son amour, elle sait, par l’épouvante mêlée de bonheur qui la saisit, que cet instant a définitivement changé son existence et remis en question tout ce qu’elle a jusqu’alors pensé, connu, vécu. Il lui suffit d’ailleurs d’apercevoir son mari pour comprendre l’hypocrisie de leurs rapports et le vide de leur affection ; elle résiste cependant à elle-même et tente encore d’oublier ce qu’elle vient de découvrir.

 

Cependant Vronski est toujours sur ses pas, non comme un poursuivant mais comme une rencontre, inévitable. L’émoi joyeux qui la bouleverse à chaque fois lui fait comprendre, bien qu’elle s’en défende, que l’assiduité de Vronski est devenue l’intérêt dominant de sa vie. Un soir, elle se décide à lui parler : « Vous me causez le chagrin pénible de me sentir coupable : si vous m’aimez comme vous le dites, rendez-moi ma tranquillité. » Elle veut le chasser, en finir, mais le regard qu’elle lève sur lui est tout chargé d’amour. Peut-être se contenterait-elle de ce bonheur voilé, de ces rencontres frémissantes de choses tues, si son mari ne lui faisait des observations, l'obligeant à mesurer le chemin déjà parcouru et le mur

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