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LA PRISE D'ORANGE (résumé & analyse)

Publié le 28/11/2018

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PRISE D'ORANGE (la) [fin du XIIe ou début du xiiie siècle]. Chanson de geste qui forme avec le Couronnement de Louis et le Charroi de Nîmes un triptyque que l’on considère généralement comme le noyau du Cycle de Guillaume d’Orange. Neuf manuscrits nous en sont parvenus, que l’on regroupe en trois familles indépendantes, et qui ont chacun leur caractère propre. Ainsi la rédaction A est plus comique, pleine d’humour, avec une versification scrupuleuse et une forte structure strophique; la rédaction C, plus romanesque, cultive davantage l’érotisme et présente un affaiblissement de l’art épique traditionnel (laisses hétérogènes, degré formulaire moins fort; la rime remplace l’assonance) et fouille fréquemment les motivations des actes des personnages; la rédaction D, très imparfaite (aucune fermeté de la laisse, vers défectueux, formules excessivement figées, reprise de groupes entiers de vers à travers l’œuvre), est également d’aspect plus archaïque et plus épique. Toutes ces rédactions ont néanmoins un point commun : elles présentent une œuvre qui cherche à divertir sans faire de la propagande idéologique, et dans laquelle le travail de renouvellement du genre épique se traduit par une transformation du personnage de Guillaume, qui est ici mi-héros épique, mi-amant courtois. Le décor joue sur l’exotisme oriental : goût du luxe, arbres merveilleux et même magiques,

« porteurs d'épices; insistance sur Je thème du locus amoenus.

Cette chanson de geste combine en fait des traits empruntés à différents genres qui fleurissent à cette date; elle o' ignore pas la technique épique pure, dont elle n'abuse pas cependant (quelques laisses similaires, peu de reprises bifurquées; quelques types traditionnels de vers d'intonati(ln forts); son thème, celui de la double conquête d'une ville et d'une femme, grâce à la solidarité du lignage, est également épique.

Mais.

comme l'a mon­ tré C.

Lachet, l'auteur se livre à un jeu parodique: des renversements de situation (c'est l'oncle qui finit par obéir au neveu), une parodie héroï-comique de motifs stéréotypés comme ceux de la prison, de 1' armement ou du regret funèbre; enfin un pastiche des techniques épiques (Guillaume combat dans un escalier selon la technique traditionnelle de l'attaque à la lance, qui se pratiquait à cheval), et la recherche du grotesque.

Plus que le genre romanesque c'est, toujours selon C.

Lachet, le lyrisme qui investit l'écriture : J'ouverture printanière, comme dans le grand chant courtois, l'amour de loin, sur la seule réputation, le thème de la mal mariée qui finit par épouser celui qu'elle aime (Orable).

La Pris e d'Orange accentue ainsi les tendances carac­ téristiques de l'épopée dite tardive, tout en se présentant d'abord comme un jeu avec les thèmes, les formes et les genres.

Contrairement aux jugements trop hâtifs du Xtx• siècle (L.

Gautier), 1' œuvre, qui est un remaniement d'un poème plus ancien, présente davantage d'art que de faiblesses, même si l'on y rencontre plus d'une incohé­ rence : le sujet et la construction sont fermement dessi­ nés, les laisses ne sont pas déliquescentes et !"auteur sait toujours méditer ses effets; la surprise est l'un des res­ sorts important:>.

La matière cie cette chanson sera reprise et intégrée, au xv• siècle, dans le Roman de Guillaume d'Orange, en prose, et dans les Narbonesi d'Andrea da Barberine.

[Voir aussi GAIUN DE MONGLANE (cycle de)).

BIBLIOGRAPHIE Éd ition s.

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Frap­ pi er, les Chanso11s de geste du cycle de Guillaume d'Orange.

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1967: M.

Tyssens, la Geste de Guillaume dans les nwnus=rits cycliques, Paris.

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Lachet.

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1986.. »

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