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LE JOURNAL D'UN FOU de GOGOL

Publié le 22/02/2012

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fou
Le fou est désigné comme tel par le regard du narrateur extérieur qui pose dans le titre le diagnostic évoqué plus haut. Mais dans son discours il se présente en maître de soi comme de l'univers : il formule une série de jugements de plus en plus péremptoires qui établissent clairement la ligne de partage entre normalité et anormalité, habitude et exception. La figure du fou est alors investie d'une fonction classique de remise en question et de dénonciation.
fou

« par la perspective Nevsky sur laquelle les chiens sont doués de parole, le récit décrit les étapes d'un calvairemoderne.

On remarquera que la ville de Pétersbourg évoquée ici est une ville quasi abstraite : le texte fournit trèspeu de repères d'ordre géographique ou sociologique.

La perspective Nevsky fait l'objet d'une présentationextrêmement fouillée dans l'incipit du récit éponyme.

Dans Le Journal d'un fou, elle est seulement évoquée au détourd'une phrase (p.

68), lorsque Poprichtchine se rappelle y avoir surpris la « conversation » initiale entre les deuxchiens.

Ce traitement de l'espace va de pair avec la volonté de fournir une évocation de la réalité passée au filtred'une conscience qui la réorganise en fonction de ses propres repères et obsessions.

Le traitement du temps vadans le même sens.La forme littéraire adoptée, celle du journal, contribue à la mise en valeur des différentes étapes du calvaire.

11 estdifficile de parler d'évolution : la présence du mot « fou » dans le titre équivaut d'emblée à la formulation d'undiagnostic dépourvu d'ambiguïté, vite confirmé aux yeux du lecteur par le récit de la « conversation » entre les deuxchiens.

Dès lors, les différentes dates se contentent, dans un premier temps, de fournir une série de repèrescommodes mais purement formels.

Le narrateur évolue dans un temps rythmé en fonction d'échéances qui parlent àd'autres consciences que la sienne : il évoque un « 3 octobre », suivi d'un « 4 octobre », puis d'un « 6 novembre ».Mais aucune nécessité ne justifie l'espacement des scènes, qui pourraient aussi bien être séparées de quelquesheures que de quelques mois.

Le diagnostic est posé d'emblée, le destin du personnage est tracé d'avance (aussibien sur le plan social que sur le plan psychologique).

Dès lors, le récit déploie, selon une série de repères aléatoireset dérisoires (ils sont en effet la seule preuve tangible de l'appartenance de Poprichtchine à la communautéhumaine), une suite de saynètes qui exposent les composantes de l'existence tragi-comique du héros.Dans la deuxième partie, le bouleversement des repères chronologiques fonctionne comme une confirmation.Poprichtchine n'a plus besoin d'organiser son récit en fonction du temps des calendriers et des horloges.

Sa vie nes'organise plus selon une contrainteextérieure (qu'elle soit hiérarchique ou chronologique) : la césure entre temps objectif et temps subjectif intervientaprès le récit du 8 décembre, au cours duquel le narrateur manifeste son souci pour « les affaires politiques de toutel'Europe, l'Empereur d'Autriche, notre Empereur » (p.

77).

Le fou a englobé l'ensemble du monde connu dans savision particulière : la deuxième partie du récit affiche, à travers l'abandon de la chronologie et la mise en place desrepères délirants, la maîtrise du fou sur un monde sommé de se conformer aux injonctions de la conscience quiprétend l'ordonner. Les implications de la folie sur le plan idéologiqueLe fou est désigné comme tel par le regard du narrateur extérieur qui pose dans le titre le diagnostic évoqué plushaut.

Mais dans son discours il se présente en maître de soi comme de l'univers : il formule une série de jugementsde plus en plus péremptoires qui établissent clairement la ligne de partage entre normalité et anormalité, habitude etexception.

La figure du fou est alors investie d'une fonction classique de remise en question et de dénonciation.

Àpartir de son point de vue, le fou formule sur la réalité sociale une série de jugements qui contraignent le lecteur àdes remises en perspective.

Le texte fait grand cas de la distinction entre noble et non noble, reproduisant ainsi lesstéréotypes idéologiques de son temps.

Mais confier l'affirmation des prétentions nobiliaires à un personnageexplicitement désigné comme fou ne va pas sans conséquences.

Le fait de se revendiquer comme noble devientalors une action inconséquente (surtout lorsqu'on considère, par exemple, l'univers de ruelles puantes et crasseusesau milieu desquelles le héros formule ses prétentions, p.

69).

Sur le plan social et idéologique, la folie fonctionnedonc comme un outil de démystification permanente.

Le fou revendique-t-il son appartenance à la noblesse ?L'action est frappée d'inconséquence.

Un autre personnage adopte-t-il en face de lui un comportement plein demorgue ? Il ne saurait en imposer au fou qui, précisément parce qu'il est fou, refuse le consensus social et dénoncel'inconséquence des hiérarchies (ne contraignent-elles pas un roi d'Espagne à occuper un emploi subalterne dans unministère russe ?). La position symbolique du fou le constitue en juge travers psychologiques et des pratiques sociales.

Son po] nt devue attire pêle-mêle l'attention du lecteur sur l'aliénation des fonctionnaires, la futilité des femmes, la vanité desusages, l'hypocrisie des prétendus patriotes, l'absurdité des hiérarchies, la brutalité inhumaine du traitement desaliénés.

Il formule une série de critiques ci invite à des remises en perspective d'autant plus radicales qu'il lesénonce à l'abri d'une folie qui atténue sa responsabilité.

Il devient possible de railler la morgue des fonctionnaires, lamalhonnêteté des marchands et la grossièreté des journalistes (p.

67).

De même, il est licite de dénoncer l'action dela France ou de l'Angleterre dans les affaires diplomatiques européennes (pp.

83-84) : le fou énonce ses véritésparadoxales depuis un lieu symbolique autre.Cette fonction démystificatrice de la folie fait l'objet d'une mise en abyme au cours des scènes consacrées à lalecture par Poprichtchine de la « correspondance » entre les deux chiens.

La mise en abyme suppose l'insertion ausein d'un récit d'une scène de détail dont le fonctionnement ou le contenu renvoie à la signification de l'ensemble.Le chien formule des jugements sur l'inconséquence du comportement social des humains : ainsi le directeur (p.

72)est tout heureux d'avoir reçu « un petit ruban » dépourvu de tout arôme, légèrement salé tout au plus.

La « prosecanine » fournit une nouvelle variation sur le thème du décalage ironique, seul capable d'énoncer la vérité et lavanité d'un monde dont les conventions et les usages sont impitoyablement renversés. Les implications de la folie sur le plan de l'écritureLe choix de mettre en scène un héros frappé de folie n'est pas sans conséquences sur le plan de la stratégienarrative et du style adoptés.

L'usage systématique de la focalisation interne, qui offre une évocation du réel filtrépar le point de vue du locuteur, concourt fortement à la mise en place de cet univers dans lequel les repères du. »

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