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« LE PRINCE » DE MACHIAVEL

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En Italie même, l'une des missions de Machiavel le mit en contact en 1502 avec César Borgia, duc de Valentinois, fils du pape Alexandre VI. César, cardinal à seize

ans, avait, manquant décidément de vocation, déposé ses dignités ecclésiastiques pour tenter de constituer en Italie centrale un vaste domaine princier. Type achevé du grand fauve de la Renaissance, monstre charmant, il produisit sur Machiavel une impression inoubliable (« Ce seigneur est très splendide et très magnifique ... »).

La carrière du secrétaire florentin était en bonne voie après quatorze ans de services intelligents et dévoués, lorsque le régime de Florence changea à nouveau (1512). La République, prise dans les remous de la lutte entre le pape Jules II et le roi de France Louis XII, vit décimer sa milice (l'œuvre de Machiavel ne répondit, hélas! nullement à son attente), par les forces de la Ligue pontificale. Les partisans des Médicis profitèrent du désastre pour rétablir « les magnifiques Médicis dans tous les honneurs et les grades de leurs ancêtres ». Machiavel, fonctionnaire de la République, fut chassé de tous ses emplois et banni de Florence.

« Tout est perdu, écrit Charles Benoist, mais tout est gagné. Machiavel a perdu sa place, mais nous avons gagné Machiavel. » Entendons que, sans cette disgrâce, le secrétaire florentin, ainsi qu'il restera à jamais dénommé, n'aurait pas trouvé le loisir d'écrire son œuvre. Cette œuvre comprend, au premier chef, les Discorsi ou Discours sur la première décade de Tite-Live ; Machiavel, à l'occasion de l'Histoire romaine (« histoire d'un peuple ambitieux »), a composé là un véritable traité de science politique, inachevé, sur le gouvernement républicain. C'est ensuite l'Histoire de Florence, le Traité sur l'art de la.guerre. Sans oublier, bien entendu, ce petit ouvrage, « opuscule » comme le qualifie son auteur lui-même, écrit en quelque sorte en marge des Discours : Le Prince (« histoire d'un homme ambitieux »), dont le titre véritable est « Des Principautés ». Négligeons ici la Mandragore, comédie fort légère, et la Vie de Castruccio Castracani, histoire romancée d'un condottiere lucquois.

Machiavel, disgracié, vit dans une modeste maison de campagne qui lui appartient, près de San Casciano, aux environs de Florence. Il souffre du besoin ; il a une femme et des enfants à nourrir; il est plein de rancœur et d'ennui. Rancœur d'être méconnu par les nouveaux maîtres de Florence, ces Médicis qu'il est tout prêt, bien que foncièrement républicain de cœur, à servir loyalement. Ennui d'être éloigné des affaires publiques, auxquelles il avait consacré, quatorze ans durant, toute son intelligence. Il s'épanche dans ses lettres à son éminent ami Vettori, ambassadeur de Florence à Rome, qui sait sa valeur, et qui fait le plus grand cas des avis qu'il lui fournit sur les questions politiques délicates. Une de ces lettres, du 10 décembre 1513, est célèbre, et mérite de l'être ; on va voir pourquoi.

 

Machiavel décrit ses mornes journées. Il tend des pièges aux grives, fait couper les arbres de son bois en conversant avec les bûcherons, puis lit Dante, Pétrarque, ou les plaintes passionnées de Tibulle, d'Ovide (dont les « transports amoureux », dit-il, lui rappellent les siens). L'auberge le compte parmi ses familiers ; il s'y renseigne auprès des clients de passage sur les pays d'où ils viennent ; il s'y encanaille en jouant au tric-trac, à grand renfort de disputes et de gros mots, avec l'aubergiste, le meunier, le boucher et deux ouvriers du four à chaux.

« AU SERVICE DE L'ABSOLU TISME livre en la situant entre 1680 et 1715) ne sera que le développement des germes virulents plantés alors dans les esprits et les cœur s : passion de chercher et de découvrir ; exigence critique et libre examen, avides de s'attaquer à tout dogme, de déchirer toutes scolastiques ; orgueil humain prêt à affronter le divin, à opposer au Dieu créateur l'homme se suffisant à lui-même, l'homme devenu Dieu pour l'homme, exerçant son propre pouvoir créateur sur une nature désormais coupée de racines religie uses, redevenue païenne. «L'ère des techniques », au service de l'homme et de son action, se subst itue à l'ère médiévale «de la contemplation », orientée et dominée par Dieu. L'individu, encadré par les communautés, depuis la famille jusqu'au métier, auxquelles il app artenait par décret de la Providence, conduit par l'É glise au royaume du Ciel, à son salut éternel, va peu à peu s'affranchir de cette longue discipline catholique du Moyen Age, pour chercher sa voie seul, dans une féconde ou stérile solitude. C'est en Italie plus que partout ailleurs que cet individu renouvelé, pour peu qu'il sente sa force, son énergie, sa valeur (tout ce que traduit le mot italien virlu, que trahirait le mot français vertu), se déchatne, explose, jouit agressivement de son émancipation. Se moquant du royaume du Ciel, il ne pense qu'à prendre avidement possession du royaume de la terre, avec toutes ses jouissances : charnelles, esthétiques, intellectuelles. « L' individu, dit avec admiration Charles Benoist, dans ses études sur le Machiavé lisme, l'individu libre et lâché, ruant sous les coups de la fortune , la bête souple et superbe, renard et lion, toujours à l'affût ou à l'assaut de la proie. ,, On a reconnu les grands fauves de la Renaissance italienne, les Borgia, un Benvenuto Cellini, non pas pires que d'autres, dont l'Histoire parle moins, mais capables de plus beaux crimes (car cette notion du beau crime, de l'esthétique dans le crime, vient de la Renaissance ). On a reconnu aussi une première ébauche du surhomme de Nietzsche. Et déjà il apparatt que la surhumanité n'est souvent que le masque somptueux de l'inhumanité, pour ne pas dire de la pire animalité. La situation politique de l'Italie était propice à ce déchaînement des individus pleins de virlu, à leur épanouissement par-delà le bien et le mal. Le sentiment, obscur chez la plupart, clair chez quelques rares esprits , de l'italianité , avec l'orgueil de l'h éritage romain, était étouffé par une poussière de principautés éphémères. Autour de quatre pivots fixes, Rome, Venise, Milan, Florence, c'était une multitude d'États «f oisonnant, pullulant, pourrissant, se faisant, se défaisant, se refaisant », avec l'aide le plus souvent des étrangers, français et espagnols, qui avaient envahi l'Italie. Rome, la Rome pontificale, qui offrait (notamment sous Alexandre VI Borgia) le moins édifiant, le moins évangélique des spectacles, usait elle-même, à l'occasion des armées étrangères, comme de tout autre moyen bon pour agrandir soit son propre temporel, soit les dom aines des fils, frères, neveux, cousins du souverain Pontife. Les condottieri, qui louaient au plus offrant leurs bandes mercenaires, se battant mal et trahissant mieux, s'ingéniaient à faire durer les guerres et s'arrangeaient pour saccag er encore pendant la paix. Telle était l'Italie de la fin du xve siècle, ravagée de dissensions et de crimes, au milieu de la plus magnifique floraison artistique que l'humanité eût connue depuis les temps antiques. L' incomparable Florence, au printemps si doux, à l'air sec et léger, propice aux pensées claires, aux jugements lucides, avait été plus qu'aucune autre ville ravagée par les querelles des factions, jusqu'à ce que les Médicis, famille de riches banquiers, se fussent - à partir de 1434 avec Cosme -empar és du pouvoir. Laurent, tout en méritant le nom de Mag nifique, par son goût pour les arts (lui-même était poète), »

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