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AFFAIRE DREYFUS ET LES ECRIVAINS

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AFFAIRE DREYFUS (les écrivains et l'). Si l’affaire Dreyfus continue de susciter encore des passions et des polémiques historiques, c’est non seulement en raison de son déroulement mystérieux et dramatique mais aussi parce que, pour la première fois, les intellectuels en général et les écrivains en particulier se sont inscrits dans l’un des deux camps et ont cherché ainsi à influencer le cours de l’histoire. La nouveauté est moins, en l’occurrence, la prise de parti politique (à la manière de Voltaire ou de Hugo) que son caractère collectif. Les écrivains ont agi et réagi, après le lancement de la campagne d’opinion, comme corporation et ont adopté des modes de combat empruntés à la lutte politique moderne : signatures de protestations ou de manifestes, campagnes de presse, meetings, rédactions de brochures et, pour certains même, participation à l’action de ligues (Ligue des droits de l’homme, Ligue de la patrie française) qui sont des embryons de partis. Enfin et surtout, ces prises de position n’ont pas concerné, comme autrefois ou naguère, des incidents de la vie politique ou sociale, mais un combat fondamental où s’affrontaient, pour les écrivains, deux systèmes de valeurs, deux France même.

 

Historique

 

L’intervention des écrivains et des journalistes dans la campagne d’opinion engagée par les partisans de l’innocence de Dreyfus a été le tournant décisif de l’Affaire. En effet, face à l’inertie et à la mauvaise volonté évidente des milieux politiques officiels, les premiers dreyfusards se sont rendu compte que seul un scandale public utilisant la presse, ce nouvel outil de la lutte politique, pourrait mettre en mouvement la procédure de révision du procès de 1894.

 

Cependant, les premiers écrivains ou intellectuels dreyfusards (Bernard Lazare, Gustave Monod, Lucien Herr) n’avaient pas une notoriété suffisante pour que leurs écrits ou articles agissent en profondeur hors du cercle limité de leur entourage respectif (revues d’avant-garde, École pratique des hautes études, École normale supérieure). Aussi le ralliement de Zola, dont le nom avait toujours été, en littérature, au cours des vingt années précédentes, synonyme de scandale, donna-t-il au camp dreyfusard, selon le mot de Léon Blum, un « allié inattendu et inestimable » (Souvenirs sur l'Affaire, 1935) : inattendu parce que Zola avait toujours gardé une certaine réserve politique; inestimable en raison du capital symbolique que représentait son nom. Sa célèbre Lettre au président de la République intitulée « J’accuse », publiée dans /’Aurore du 13 janvier 1898, fut le détonateur qui déclencha la machine infernale de l’Affaire.

 

Si elle n’eut pas l’effet désiré — mettre en lumière les irrégularités du premier procès de Dreyfus au cours du procès intenté à Zola pour diffamation —, elle obligea au moins une partie des milieux littéraires et intellectuels, voire certains secteurs de l’opinion publique, à remettre en question les certitudes inculquées par la presse nationaliste et antisémite alors dominante. Les premières pétitions publiées par l'Aurore, qu’on appelle et provinciaux est restée jusqu’au bout antidreyfusarde. La plupart des écrivains insuffisamment consacrés pour imposer leur opinion ou n’ayant pas assez de revenus pour vivre sans les subsides des journaux doivent donc prudemment, sinon hurler avec les loups, au moins s’abstenir, afin de garder leurs entrées dans les organes de presse.

 

Toutes les prises de position n’obéissent pas cependant à une logique simple. Tel écrivain, situé à un carrefour d'influences contradictoires, peut choisir une position inattendue. Ainsi les écrivains naturalistes plus ou moins liés à Zola ou patronnés par lui n’ont pas tous réagi de la même façon devant l’engagement du maître de Médan. Certains, fidèles à l’esprit de contestation et de scandale du naturalisme, le suivent sans hésiter (Paul Alexis, Octave Mirbeau, Lucien Descaves). En revanche, la plupart de ceux qui se sont déjà éloignés de lui sur le plan littéraire profitent de l'occasion pour faire oublier leur ancienne affiliation en s’engageant dans le camp opposé (Léon Hennique, Gustave Guiches). De même, certains écrivains qui ont débuté dans les rangs de l’avant-garde mais désirent sortir de ce ghetto saisissent le prétexte de l’affaire Dreyfus pour marquer leur ralliement littéraire aux valeurs conservatrices.

« depuis, selon le titre d'un article de Barrès, le «M ani­ feste des intellectuels >>, rassemblent certes des célébrités intellectuelles de l'époque : Anatole France, Octave Mir­ beau, Paul Adam, des membres de l'Institut. des profes­ seurs à la Sorbonne, etc. Mais, en examinant de près, on s'aperçoit que les gros bataillons du dreyfusisme militant (car nombreux sont les écrivains qui refusent de prendre parti faute de contre les contraintes commerciales. Pour eux, s'engager dans l'affaire Drey­ fus n'est donc pas faire de la politique au sens vulgaire mais, au contraire, une manière supplémentaire d'affir­ mer leur individualisme et leur non-conformisme comme ils le font déjà en littérature. Aussi, ce qui gêne ces écrivains, c'est de se retrouver aux côtés -tactique oblige -d'auteurs dont ils ont dénoncé l'idéal esthétique, au premier rang desquels Zola, qu'ils accusaient auparavant d'être un «marchand de papier>> et de cultiver les . De tels dilemmes n'étaient pas de mise dans le camp adverse, dont l'engagement a été conçu comme une défense de 1 'ordre contre tous les ferments de décompo­ sition sociale que symbolisait le dreyfusisme : refus de la justice militaire, mise en cause de l'armée, donc de la nation, dans un pays traumatisé par la défaite de 1870. individualisme excessif oublieux de tout devoir social. dictature des minorités favorisées par un régime parle­ mentaire excessivement libéral, non-conformisme litté­ raire ou social enfin. Cet idéal conservateur- parfois même réactionnaire (chez Brunetière, Bourget ou Maurras) -ne surprend pas dans un milieu littéraire directement ou indirecte­ ment lié à l'Académie française, dont la majorité des membres a refusé, au cours des décennies précédentes, toutes les innovations et tous les novateurs littéraires. Elle compte en outre dans ses rangs un groupe minori­ taire mais influent par les salons et les revues qu'il contrôle (le « parti des ducs » ), qui, en raison du sno­ bisme culturel et social des milieux littéraires. pèse dans le sens le plus traditionnel en politique comme en littéra­ ture. Cette influence académique, si elle est importante pour la frange des écrivains qui aspirent à l'habit vert, n'est, on s'en doute, pas la seule, même si le prestige de l'institution est encore inentamé -ce dont témoignent les candidatures malheureuses mais opiniâtres de Zola. D'autres relais d'influence, au premier rang desquels la presse, vont dans le même sens. On a montré, par exemple, que 1 'écrasante majorité des journaux parisiens »

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