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Belgique et littérature - la littérature belge

Publié le 16/02/2019

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belgique

Belgique.

 

Les origines. La littérature de langue française, dont les premières manifestations se situent aux alentours de 1200 (Poème moral, Vers du jugement), étend son réseau d'auteurs et d'œuvres à l'ensemble de la Belgique et n'est donc pas limitée à la seule région où le français est la langue naturelle. La Flandre n'a d'ailleurs pas cessé de produire des écrivains de langue française, dont quelques-uns sont parmi les plus importants de Belgique, par exemple ceux du groupe gantois, à la fin du xixe s. Cette situation remonte au Moyen Âge, à l'époque où la coin- des comtes de Flandre et celle des ducs de Brabant étaient, au moins à certains moments, de véritables foyers littéraires français.

 

Du XIIIe au xvie s., la production des provinces qui forment aujourd'hui le territoire belge ne saurait se distinguer de la littérature en ancien français. Beaucoup d'écrivains (l'auteur de la chantefable d'Aucassin et Nicolette, celui de la farce le Garçon et l'Aveugle, le conteur Gautier le Leu, le chroniqueur Froissart et d'autres) appartiennent au Hainaut, sans qu'on puisse dire s'il s'agit du Hainaut belge ou du Hainaut français, tant pareille discrimination, pour l'époque, manque de pertinence historique. Au XIIIe s., la littérature religieuse ou morale est la plus abondante, surtout dans le pays de Liège, principauté ecclésiastique. La littérature épique, quant à elle, ne sera représentée que par des refontes tardives, comme celle d'Adenet le Roi, qui tiennent plus du roman que de la chanson de geste.

 

C'est peut-être la littérature historique qui connaît le développement le plus remarquable : au xrve s., à Liège, avec les chroniqueurs Jacques de Hemri-court, Jean d'Outremeuse et, surtout, Jean le Bel, le maître de Froissait ; au xve s., dans le milieu des ducs de Bourgogne, avec les mémorialistes d'origine flamande Georges Chastellain et Philippe de Commynes. La cour, très brillante, des princes bourguignons qui régnent alors sur la plupart des provinces belges est du reste un centre de rayonnement artistique et littéraire. La vie de cour se prolongera, à l'époque suivante, à Malines, autour de la gouvernante Marguerite d'Autriche, qui protège Jean Lemaire de Belges, le dernier des grands rhétoriqueurs, puis à Liège, avec le prince-évêque Ernest de Bavière, auprès de qui voisinent savants, humanistes et poètes imitateurs de la Pléiade. Mais le xvie s., qui est une époque de luttes politiques et religieuses, verra surtout s'affirmer, parmi le foisonnement des pamphlets, un polémiste de grand style, Mamix de Sainte-Alde-gonde, dont la prose vigoureuse se nourrit de Rabelais.

 

Le xvii* et le xvme s. sont tributaires de la France, qui fait triompher son classicisme dans tous les genres : les Pays-Bas du Sud et la principauté de Liège consomment bien plus qu'ils ne produisent, et cet état de choses durera longtemps. Du siècle des Lumières, un seul nom mérite d'être retenu : celui du prince Charles-Joseph de Ligne, poly-graphe brillant et spirituel, qui, se disant « Autrichien en France, Français en Autriche, l'un ou l'autre en Russie », représente, au temps de Voltaire, de

 

Frédéric II et de la Grande Catherine, l'idéal du cosmopolitisme européen. En 1772, l'impératrice Marie-Thérèse, désireuse de favoriser la vie intellectuelle dans les Pays-Bas autrichiens, fonde à Bruxelles une Académie des sciences, des arts et des lettres, qui existe encore.

 

L'indépendance. Le jeune royaume de Belgique naît, en 1830, en pleine effervescence romantique et ses écrivains se mettent tout naturellement à l'écoute des grandes voix du mouvement (Hugo, Lamartine, Byron, Scott, Goethe, Heine). La constitution d'une littérature « nationale » correspond d'ailleurs aux vœux des dirigeants politiques qui y voient un facteur de cohésion et une affirmation de l'existence de l'entité belge que le contexte politique européen de l'époque ne reconnaît qu'avec réticence. Le passé, désormais national, sera la principale source d'inspiration d'innombrables romans et drames historiques avec Henri Moke, Jules de Saint-Génois, Philippe Lesbroussart, Jean-Baptiste Coo-mans, Félix Bogaert.

 

En affinant les techniques du récit, le réalisme avait mis au point une forme romanesque qui se révélait particulièrement apte à véhiculer l'idéologie bourgeoise : les romans de Louis Hymans, d'Émile Greyson, d'Émile Leclercq, de Caroline Gravière illustrent l'efficacité du genre. Sous prétexte d'« observation de mœurs », ces romanciers se révèlent de redoutables moralisateurs, doublés de censeurs impitoyables lorsqu'ils se mêlent de critique. Cette période voit pourtant la naissance d'un authentique chef-d'œuvre, la Légende d'Uylenspiegel (1867) de Charles De Coster : la truculence verbale et la liberté de ton de cette épopée populaire désarçonna la critique qui méconnut la véritable dimension de cette œuvre majeure.

 

Le bilan poétique des cinquante premières années d’existence du royaume est certes mince, mais quelques personnalités méritent mieux que l'oubli ou le dédain. Un Théodore Weustenraad célèbre les effets matériels et sociaux de l'industrie avec une force qui annonce parfois Verhaeren ; Eugène Dubois, poète maudit, est, par bien des aspects, proche de Musset ; les recherches d'André Van Hasselt sur la musicalité du vers attireront l'attention de Verlaine. Et Octave Pirmez est un authentique précurseur des décadents et symbolistes, fût-ce seulement par son pessimisme schopenhauérien, sa spiritualité mystique et son sens de l'« entrevision » poétique.

 

On enregistre, dans les années 1870, une nette accélération de l'activité artistique : revues et journaux presque exclusivement littéraires se multiplient, et les éditeurs belges, après avoir publié les écrits de certains communards exilés, se chargent d'imprimer un assez grand nombre de naturalistes français. La nouvelle génération défend, pêle-mêle, Courbet, Wagner, Baudelaire, Flaubert, Gautier et Zola. À sa tête, Camille Lemon-nier inaugure un réalisme d'observation qui mêle l'envolée lyrique à la crudité naturaliste, en s'adjoignant les procédés parfois irritants de l'écriture artiste. Georges Eekhoud s'inscrit dans la foulée de Lemonnier, mais son terroir s'incarnera plus volontiers dans les marginaux et les classes dangereuses de la société industrialisée.

 

Le « mouvement de 1880 ». La Jeune Belgique, fondée en 1881, regroupe les écrivains qui veulent libérer l'art de toute préoccupation morale et sociale : Albert Giraud, Max Waller et Iwan Gilkin se réclament du Parnasse pour la forme, mais Baudelaire est leur véritable maître. L'Art moderne d'Edmond Picard et d'Octave Maus défend par contre la nécessité d'une littérature engagée et authentiquement nationale : cette revue réservera un meilleur accueil au symbolisme que sa consœur, inquiète des libertés prises avec le vers par les tenants de la nouvelle école. Ceux-ci trouvèrent auprès de la rédaction de la Basoche et de la Wallonie (fondée en 1886) un appui sans réserve. Dans l'incomparable climat d'effervescence littéraire et artistique de l'époque, un groupe de jeunes Flamands se distingue : Georges Rodenbach, le nostalgique poète des vies encloses et des villes mortes {Bruges-la-Morte, 1892) ; Émile Verhae-ren, qui déploie toute la puissance d'un

 

lyrisme de visionnaire dont les images violentes et criardes s'inscrivent dans une tradition qui remonte à Bosch et à Bruegel (les Soirs, les Flambeaux noirs) ; Maurice Maeterlinck, qui, après avoir signé en 1889 l'un des recueils les plus caractéristiques de sa génération (Serres chaudes), allait donner au théâtre symboliste droit de cité grâce à sa Princesse Maleine et à Pelléas et Mélisande (1892) ; Max Elskamp, qui crée de toutes pièces une « ville-extase » peuplée d'enfants, d'artisans, de bateaux, de vierges aux robes isocèles, pour écrire cet « enfantin missel de la Passion selon la vie » que constituent ses premiers poèmes ; Charles Van Lerberghe, dont les Entrevisions (1898) et la Chanson d'Ève (1904) disent la fascination pour un univers voué à l'illusion, mais qui constitue le seul monde possible pour l'homme.

 

Une prose entre réalité fantastique et vérité personnelle. Le réalisme et le naturalisme français avaient suscité à la fin du xixe s. une riche lignée de romanciers et de conteurs régionalistes, aussi bien Flamands que Wallons, qui s'attacheront à enraciner profondément la matière romanesque dans leur terroir, tout en interprétant, chacun à sa manière, les mots d'ordre des maîtres français. Si Lemonnier, qui domine le roman jusqu'en 1914, évolue {Comme va le ruisseau, 1903) vers un panthéisme franciscain auquel le « naturisme » de Saint-Georges de Bouhélier et de son époque n'est sans doute pas étranger, et si Georges Eekhoud traduit ses déchirements personnels dans Escal- Vigor (1899), c’est la Campine désolée et mystique qui attire Georges Virrès, la Hesbaye qui inspire l'art sobre, voire impersonnel d'Hubert Krains {le Pain noir, 1904). Chemin faisant, on observe que le régionalisme, d'abord expression d'une contestation sociale et symbole d'une rupture esthétique, devient un simple réservoir à thèmes d'observation et apparaît sous cette forme comme la marque distinctive d'une grande partie de la production romanesque jusqu'à nos jours : on le reconnaît ainsi chez Jean Tousseul, dont le roman-fleuve en cinq

belgique

« Hainaut, sans qu'on puis se dire s'il s'agit du Hainaut belge ou du Hainaut français, tant pare ille discrimination, pour l'épo­ que, manque de pertinence historique. Au xm• s., la littérature reli g ieuse ou morale est la plus abondan te, surtout dans le pays de Liège. principauté ecclé­ siastique. La littér ature épique, quant à elle, ne sera représentée que par des refontes tardives, comme celle d'Adenet le Roi, qui tiennent plu s du roman que de la chanson de geste. C'est peut-être la littérature historique qui connaît le développement le plus remarquable : au XIV• s., à Liège, avec le s chro niqueurs Jacques de Hemri­ court, Jean d'Outremeuse et, surtout, Jean le Bel, le maitre de Froissart; au xv" s., dans le milieu des ducs de Bourgogne, avec les mémorialistes d'ori­ gine flamande Georges Chastellain et Philippe de Commynes. La cour, très brillante, des princes bourguignons qui règnent alors sur la plupart des pro­ vinces belges est du reste un centre de rayonnement artisti qu e et litt é rair e. La vie de cour se prolongera, à l'épo que suivante, à Malines. autour de la gouver­ nante Marguerite d'Autriche, qui protège Jean Lemaire de Belges, le dernier des grands rhétoriqueurs, puis à Liège, avec le prince-évêque Ernest de Bavière, auprès de qui vois in en t savants, huma­ nistes et poètes imitateurs de la Pléiade. Mais le xvi• s., qui est une époque de luttes politiques et religieuses, verra surtout s'affirm er, parmi le foisonne ­ ment des pamphlets, un polémiste de grand style, Marnix de Sainte-Alde­ gonde, dont la prose vigoureuse se nour­ rit de Rabelais. Le XVI� et le xvm• s. sont tributaires de la France, qui fait triompher son classicisme dans tous les genres les Pays-Bas du Sud et la pri ncipa uté de Liège consomment bien plus qu'ils ne produisent. et cet état de choses durera longtemps. Du siècle des Lumières, un seul nom mérite d'être retenu : celui du prince Charles-Joseph de Ligne, poly­ graphe brillant et spirituel. qui, se disan t « Autrichien en France, Français en Autriche, l'un ou l'autre en Russie>>, représente, au temps de Voltaire, de Frédéric II et de la Grande Catherine, l'idéal du cosmopolitisme européen. En 1772, l'impératrice Marie-Thérèse, dési­ r eu se de favoriser la vie intellectuelle dans les Pays-Bas autrichiens, fonde à Bruxelles une Académ ie des sciences, des arts et des lettres, qui exi ste encore. L'indépendance. Le je un e royaume de Belgique naît, en 1830, en pleine effer­ vescence romanti que et ses écrivains se mettent tout naturellement à l'é co ute des grandes voix du mou ve m ent (Hugo, Lamartine, Byron, Scott, Goethe, Heine). La constitution d'une litté ra tur e « natio­ nale» correspond d'ailleurs aux vœux des dirigeants politiques qui y voient un facteur de co h ésion et une affirm ation de l'existence de l'entité belge que le contexte politique européen de l'époque ne reconnaît qu'avec réticence. Le passé, désormais national, sera la principale source d'inspiration d'inn ombrabl es romans et drames historiques avec Henri Moke, Jules de Saint-Genois, Phi­ lipp e Lesbroussart, Jean-Baptiste Coo­ mans. Félix Bogaert. En affinant les techniques du récit, le réalisme avait mis au poi nt une forme romanesque qui se révélait particulière­ ment apte à véhi culer l'idéologie bour­ g eo ise : les romans de Louis Hymans. d'Émile Greyson, d'Émile Leclercq, de Caroline Gravière illustrent l'efficacité du genre. Sous prétexte d'« observation de mœurs >>, ces romanciers se révèl en t de redoutables moralisateurs, doublés de censeurs impitoyables lorsqu'ils se mêlent de critique. Cette période voit pourtant la naissance d'un authentique chef-d'œuvre, /a Légende d'Uylenspiegel (1867) de Charles De Coster : la tru­ culence verbale et la liberté de ton de cette épopée populaire désarçonna la c ri tiqu e qui méconnut la véritable dimension de cette œuvre majeure. Le bilan poétique des cinquante pre­ mières années d'existence du royaume est certes mince, mais quelques person­ nalités méritent mieux que l'oubli ou le dédain. Un Théodore Weustenraad célè­ bre les effets matériels et sociaux de l'industrie avec une force qui annonce parfois Verhaeren ; Eugène Dubois, poète maudit, est, par bien des asp ec ts, »

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