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BENDA Julien : sa vie et son oeuvre

Publié le 18/11/2018

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BENDA Julien (1867-1956). «Les hommes dont la fonction est de défendre les valeurs éternelles et désintéressées, comme la justice et la raison, et que j’appelle les clercs, ont trahi cette fonction au profit d’intérêts pratiques » (la Trahison des clercs).

 

Ces lignes datent de 1927. A cette époque, beaucoup de « clercs » trahissaient, selon Benda, mais ni plus ni moins que ceux qui les avaient précédés ou devaient les suivre. Si l’anticonformiste Benda n’est guère lu aujourd’hui, s’il ennuie maint lecteur, il le doit sans doute à son opposition radicale à tout ce qui est à la mode, et d’abord ce manque de rigueur, ce goût moderne pour l’affirmation sans preuves qui faisaient partir en guerre ce mathématicien de formation (« Mon drame sera d’être un mathématicien égaré parmi les gens de lettres »). Dans la France byzantine (1945), il avoue préférer Racine ou Molière aux contemporains, parce que les premiers ont mené des « enquêtes proprement scientifiques ». La seule vraie passion de Benda est d’essayer de n'en pas avoir, hormis celle de la raison et de la logique.

 

Cependant ce rationaliste, amant des concepts, maladroit face au réel quotidien, ce célibataire de vocation a connu et aimé plusieurs femmes, qui le lui rendirent bien! La chair le « fascinait » (Jeunesse d'un clerc, 1936), mais il entend demeurer libre. Sous le surnom d’Éleuthère, il signe ces lignes : « la maîtrise en amour est la même qu’en art : discipliner son émotion sans la perdre» (Dialogue d'Éleuthère, 1911). Il ne cesse de harceler cette «civilisation perdue par l’amour» (les Cahiers d'un clerc). Dès Belphégor (1918), il dénonce la recherche de l’émoi, l’abandon de l’idée claire, l’intuitionnisme, tout ce qui peut conduire à la sentimentalité confuse et à l’esthétique vulgaire.

 

Et puisque les choix politiques doivent leur existence au mépris où l’on tient la raison, il accuse le « lyrisme idéologique », dans la France byzantine. Il condamne les particularismes individuels, culturels, nationaux, tout ce qui retranche l’homme, le penseur, l’artiste de l’universel. En pur républicain, il craint pour la civilisation, quand l’instinct l’emporte sur le pensé. Né juif et bourgeois, il n’a guère de faiblesses pour ces contingences.

 

Il connaît admirablement son temps; il lit avec soin ce qui paraît, mais tout ce qu’il y découvre le confirme dans son opposition. Il a réussi ce rare exploit de s’attirer la haine de pratiquement tous les écrivains et penseurs de son époque. Les plus grands noms du siècle ont été malmenés par la violence froide et l’ironie savante de ses écrits : il fustige l’incompétence, le manque de sérieux, la confusion des esprits, la trahison des valeurs, le mépris de l’humain. Toute image disparate (surréalisme), toute tentative de fusion entre le sujet et l’objet, toute littérature qui serait sa propre fin, voilà ce qu’il combat. On peut lui reprocher d’avoir peut-être manqué de nuance, d’avoir un peu trop vite condamné. 

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« dant, dans l'immense majorité des cas, rien n'est plus sain que cet éloge de la distance critique : « Les hommes de l'an 3000! Le propre de mon esprit est de se placer naturellement en l'an 3000 »(Exercice d'un enterré vif, 1946).

C'est un persécuté qui écrit ces lignes, en pleine guerre.

Mathématicien de la justice, J'équité étant pour lui une équation, il maintient la valeur si haut, fait de la cléricature quelqu e chose de tellement supérieur à J'en­ gagement, que rien n'échappe à sa terrible lucidité : la contradiction hégélienne n'existe pas, Je marxisme est la négation de la raison, toute sécularisation de la valeur trahlt la valeur.

Benda ou la tentation de la règle de l'ernùte at�ée.

Beaucoup de grandeur dans ce petit homme- Etiemble l'a bien vu : «Au vrai, j'aurai écrit pour Dieu, tout en le sachant parfaitement insensible à mon œuvre».

Et de l'esprit révolutionnaire, il déclare : «Je l'honore rr.ilitant, non triomphant », trente ans avant Mai 68.

Lire Benda pour ne pas démissionner, pour croire en l'homme.

mais sans folie.

[Voir aussi COMMU· NISME ET LITTÉRJ,TURE).. »

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