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Commentaire Littéraire Caligula acte IV scene XIV

Publié le 30/04/2024

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« CALIGULA, ACTE IV, SCÈNE XIV Albert Camus est un écrivain, dramaturge, philosophe, romancier et essayiste du XXème siècle.

Il est l’auteur de Caligula, une pièce de théâtre en quatre actes qui appartient à la trilogie que Camus nomme « Cycle de l’absurde », où il développe sa thèse philosophique sur l’absurdité de la condition et la vie humaine.

Cette trilogie comprend également l’essai intitulé Le Mythe de Sisyphe ainsi que le roman L’Etranger.

La pièce de théâtre Caligula a été inspirée de l'œuvre Vie des douze Césars de l'historien latin Suétone, et a été publiée pour la première fois en 1944, pendant la seconde guerre mondiale afin de démonter l’ambiguïté du pouvoir.

Cet éponyme traite d’un empereur tyrannique dérangé, qui suite à la mort de sa sœur et aimante, Drusilla, découvre la terrible vérité de l’humanité : « les hommes meurent et ne sont pas heureux.

».

Après cet événement, Caligula choisi de suivre la logique de l’absurde, ainsi il est persuadé qu'il contrôle le destin, et enchaîne crime sur crime.

Cette folie obligera ses sujets à se révolter contre lui.

Le passage étudié est le dénouement de la pièce dans laquelle le lecteur s’attend déjà à une fin tragique, la fin du tyran. Dans le développement qui suit, nous allons voir en quoi ce dénouement est-il un faux monologue délibératif qui s’articule entre folie et philosophie ? Pour cela nous analyserons d’abord le monologue délibératif de Caligula face à lui-même, puis nous étudierons la violence psychologique et la folie du personnage présentes dans cet extrait et enfin nous nous pencherons sur la portée philosophique de cette scène de dénouement. Dès les premières lignes du monologue dans lequel se lance Caligula, on constate que l’empereur se parle à lui-même par l’intermédiaire du miroir, l’apostrophe « Caligula » (l.2) et les pronoms personnels à la deuxième personne du singulier « toi » (l.3) et « tu » (l.3) prononcés par Caligula, nous indiquent clairement qu’il s’adresse à son propre reflet, c’est-à-dire à lui-même.

Nous faisons alors face à un dédoublement de personnalité comme nous le démontre le champ lexical de la dualité « mouvement symétrique » (l.26), « son double » (l.26) et l’alternance entre les pronoms personnels de la première et deuxième personne du singulier « je sais pourtant et tu le sais aussi » (l.13-14), « je tends les mains et c’est toi que je rencontre, toujours toi » (l.17), où les deux pronoms renvoient à Caligula.

Notre héros s’engage ainsi dans un faux monologue avec son reflet.

En effet, c’est devant ce miroir face à lui-même, que Caligula s’ouvre sincèrement pour la première fois au public et au lecteur.

L’utilisation de la conjonction de coordination à valeur de l’opposition « mais » (l.6) révèle que ce monologue a également une fonction délibérative, où le personnage tentera de remettre ses idées en place et exprimera ses sentiments et pensées les plus intimes et profondes que nous verrons dans les sous-parties suivantes. Ensuite, Caligula réalise une auto-introspection, et plus précisément sous forme de blâme car notre héros évoque principalement des sentiments péjoratifs tel que « dégoût » (l.8), « méprisé » (l.8), « lâcheté » (l.8), ce face-à-face avec « son double » lui permet donc de faire également un point sur ses erreurs et regrets.

Dans les paroles du jeune empereur, l’auteur recourt au champ lexical de la justice « coupable » (l.3), « condamner » (l.4), « juge » (l.4), « innocent » (l.4), cela met en évidence que Caligula ressent de la culpabilité dans sa quête de l’impossible qu'il a entrepris, cependant ce sentiment n’est que partiel dans la première partie du texte comme nous le montre l’antithèse « un peu plus, un peu moins » (l.3), mais ce sentiment s’accroît au fur et à mesure, jusqu’à ce que l’empereur termine par avouer définitivement sa culpabilité et celle d’Hélicon, son fidèle conjuré qui l’avait suivi durant toute la quête « nous serons coupables à jamais !» (l.19-20).

L’empereur finit donc par réaliser qu’il a erré et n’a « pas pris la voie qu’il fallait » et l’emploi récurrent du « si » à la valeur irréel du passé nous met en relief que ses hypothèses du passé ne pourront avoir des conséquences dans le présent.

À travers l’euphémisme « la consommation » Caligula reconnaît sa vie comme une consumation progressive mais incomplète puisqu’il ne s’est toujours pas procuré de « la lune », métaphore emblématique de l’impossible.

Puis, à travers la question rhétorique « où étancher cette soif ?» le héros assume désormais que sa soif d’absolu n’est pas possible, ainsi « l’impossible » reste pour lui impossible, cela prouve son échec total. Par ailleurs, cette prise de conscience semble désorienter et même bouleverser l’empereur, les verbes d’action présents dans la didascalie « Il tourne sur lui-même, hagard, va vers le miroir » (l.1) et notamment l’adjectif péjoratif « hagard », met en évidence que Caligula est égaré et nécessite un soutien moral.

Cependant en inspectant la scène il ne trouva personne à qui il pourrait se confier, il décide alors de s’approcher du miroir.

C’est donc auprès du miroir, auprès de lui-même, que Caligula cherchera du réconfort car il a l’impression d’être abandonné, puisque « Hélicon n’est pas venu » lui apporter la lune. En effet, devant son reflet le jeune empereur se comporte comme s’il se trouvait en face d’une personne réelle, « avec tout l’accent de la détresse, se pressant contre le miroir » (l.5), « s’agenouillant et pleurant » (l.14), « il tend les mains vers le miroir en pleurant » (l.15).

Ce jeu de scène décrit dans les didascalies kinésiques, puis le registre pathétique mettent en valeur « la détresse » et la souffrance du personnage, et suscite chez le spectateur et le lecteur un sentiment de compassion envers l’empereur.

La répétition de « peur » à la ligne 6 et 8 témoigne que Caligula est angoissé, ce sentiment de peur qu'il a tant envié chez ses sujets, et ce même sentiment pour lequel il condamnait autrefois à mort.

Ainsi, sa part d’humanité se révèle malgré tout avec ses faiblesses, nous faisons donc face à un personnage tout à fait humain comme les autres.

Ensuite, dans le passage « je suis pour toi plein de haine », Caligula déclare que l’être qu'il déteste et ne supporte pas, est finalement lui-même, cela souligne la souffrance psychologique et le désespoir du personnage.

Enfin, grâce à ce faux monologue, le jeune empereur prend conscience de sa solitude en se posant la question « Quel cœur, quel dieu aurait pour moi la profondeur d’un lac ? », qui est une question rhétorique et qui n’attend pas de réponse.

Mais néanmoins, Caligula répond à lui-même en pleurant, que personne ne sera capable de le comprendre « (S’agenouillant et pleurant.) Rien dans ce monde » (l.14).

Ce jeu scénique pathétique prouve la conscience de sa détresse et renforce le tragique de cette scène. A présent, nous savons que le monologue délibératif devant le miroir a permis au protagoniste de se rendre compte de son échec et de sa solitude.

Nous allons maintenant voir comment, devant ce même miroir, Caligula fera face à son futur imminent et à la folie qu’incarne ce futur. Malgré que la révolte des conjurés était censée être clandestine, elle ne passe pas inaperçue aux yeux de Caligula.

En exclamant la périphrase « Des bruits d’armes ! » (l.7), le jeune empereur annonce la conjuration, et la périphrase « c’est l’innocence qui prépare son triomphe » (l.7) nous renvoie directement au complot des sujets infidèles.

Caligula se doute donc déjà de sa fin tragique.

Différentes atténuations dans les paroles de Caligula, révèlent que la mort est attendue, par exemple les litotes « cela ne fait rien » (l.9) et « ne dure pas » (l.9) ou encore l’euphémisme « сe grand vide où le cœur s’apaise » (l.9) nous indiquent que le jeune empereur sait que la mort l’attend et qu'elle mettra un terme à tout, il n’y a donc plus lieu de lutter, c’est une forme de délivrance.

La négation « Hélicon ne viendra pas » dans laquelle le verbe « viendra » est au futur simple à valeur de base, cet évènement est considéré comme certain, Caligula est donc sûr qu’Hélicon l’a abandonné.

C’est d’ailleurs pour la première fois que Caligula utilise un autre temps verbal, cela nous témoigne d’une projection de dénouement.

Ensuite, le champ lexical du bruit dans la didascalie à la ligne 14 : « bruits », « chuchotements » et « s’entendent », nous met en relief qu'il y a une rupture du monologue, le spectateur et/ou le lecteur s’attend alors à un changement dans la scène.

En effet, Hélicon apparaît soudainement « HELICON, surgissant au fond », ce personnage était attendu depuis longtemps et n’arrive qu'à la fin de la scène, nous faisons donc face à une ironie tragique. Par la suite, on remarque qu’Hélicon reste fidèle à Caligula jusqu’au bout, à travers l’anaphore et l’impératif à valeur.... »

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