Commentaire littéraire : Mignonne, allons voir si la rose
Publié le 14/01/2026
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Commentaire littéraire : Mignonne, allons voir si la rose
Mignonne, allons voir si la rose
A Cassandre
Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose1
Sa robe de pourpre2 au Soleil,
A point perdu ceste vesprée3
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au votre pareil.
Las4 ! voyez comme en peu d'espace5,
Mignonne, elle a dessus la place6
Las ! las ses beautés laissé choir7 !
Ô vraiment marâtre8 Nature,
Puis qu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !
Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur la vieillesse
Fera ternir votre beauté.
Pierre de Ronsard (1524-1585)
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Avait déclose : avait éclos
Pourpre : couleur rouge vif
Cette vesprée : ce soir
Las : Hélas
En peu d’espace : en peu de temps
Dessus la place : par terre
Choir : tomber
Marâtre : mauvaise mère
Pierre de Ronsard est un poète français du XVIe siècle.
Celui que l’on surnomme "le
prince des poètes" est également connu comme l’un des membres fondateurs du groupe de La
Pléiade.
Cette école poétique s’était fixée pour objectif de faire du Français une langue des
arts, à l’image du Latin et de l’Italien.
Pour cela, elle revendiquait la libre inspiration des
poètes de l’Antiquité.
Mais avant d’être des figures consacrées, les poètes de La Pléiade
étaient de jeunes hommes, des idéalistes.
Aussi s’intéressaient-ils à l’amour, et s’inspiraientils de Pétrarque dans leur traitement de ce thème.
C’est un amour Pétrarquiste, avec force
métaphores, que l’on retrouve dans l'ode « Mignonne allons voir si la rose ».
Le poète y
compare, en 3 sizains aux rimes suivies et embrassées, la beauté féminine à celle d’une rose
pour séduire Cassandre, destinataire du poème.
L’originalité du poème réside dans la façon
dont il mêle les thèmes de la nature et de l’amour à des fins de séduction.
Nous observerons
l’entrecroisement de ces thèmes en évoquant d’abord l’amour, entre éloge et avertissement,
puis la nature, entre beauté et cruauté.
Le thème de l'amour est prépondérant dans le poème.
Également prétexte à une réflexion
sur la vie, il n'en reste pas moins l'objet premier de cette ode.
Dès le début du poème, on
constate la dédicace "À Cassandre".
Le poète se place dans une posture de courtisan
luttant pour l'amour d'une femme inaccessible.
Cependant, cette lutte n'est pas triviale.
Bien au contraire, elle est inspirée par l'Antiquité.
Qu'il s'agisse de la forme du poème (l'ode
est une forme antique) ou de la convocation de grandes entités dont la majuscule peut évoquer
les figures divines de l'Antiquité : "Soleil" (v.3) ; "Nature" (v.10), il est clair que le poète
place son amour dans un Tout plus grand et important que lui.
On peut également souligner
que l'incitation finale "cueillez votre jeunesse" est inspirée du Carpe Diem d'Horace, grande
figure antique.
C'est donc sous le signe de l'Antiquité que Ronsard place son amour, ce
qui lui confère d'emblée, une portée supérieure.
Cependant, le poète ne compte pas que sur le passé pour séduire.
En effet, il s'adresse à la
femme avec le nom "mignonne" (v.1 ; v.8 ; v.13) pour la complimenter de manière plus
directe et opérer un rapprochement avec elle.
Ce rapprochement s'observe également dès le
premier vers, avec l'utilisation de la première personne du pluriel "allons".
Le poète souhaite
accompagner la femme, être près d'elle.
Dans la dernière strophe, Ronsard complimente
également Cassandre sur sa beauté grâce à un verbe dérivé du mot fleur : "votre âge
fleuronne".
Ce verbe est intéressant car il exprime d'une part la beauté en référence à la
connotation méliorative des fleurs, et d'autre part la jeunesse, comme avec l'expression "être
dans la fleur de l'âge".
L'amour du poète transparaît également par les caractéristiques de
Cassandre qu'il mentionne dans la 3e strophe : "votre âge" ; "votre jeunesse" ; "votre beauté".
Ronsard ne se contente pas ici de complimenter Cassandre.
Il se montre également
entreprenant, en sollicitant son amour de manière détournée.
Après la démonstration du
caractère éphémère de la vie qu'il lui a faite dans la deuxième strophe, il cherche à l'inciter à
"vivre" : "Cueillez, cueillez votre jeunesse" (v.16).
L'insistance avec laquelle il répète le
verbe cueillir, conjugué à l'impératif présent, témoigne du caractère pressant de sa
demande.
Il souhaite que Cassandre cesse de résister à son amour, c'est le sens qu'il faut
donner à cette idée de profiter de sa jeunesse.
Cette formule est directement inspirée du Carpe
diem (profite du jour présent) d'Horace, philosophe antique.
Cela joue comme un argument
d'autorité, ce n'est pas simplement le poète qui séduit Cassandre, mais la raison qui la pousse
vers Ronsard.
On note également que l'utilisation du verbe cueillir, en lieu et place de profiter,
lui permet de filer la métaphore de la rose, mise en place dès le début du poème.
Comme on a
pu l'observer, le poète cherche à séduire Cassandre tant qu'elle est encore jeune et belle.
Pour
ce faire, nous allons voir qu'il utilise le thème de la nature à la fois pour souligner la beauté de
la femme, mais aussi pour l'avertir qu'elle sera bientôt remplacée par une autre, plus belle,
plus jeune.
Loin d'être un simple décor, la nature dans ce poème fait partie intégrante de la stratégie
du poète.
Instrument de séduction, image de la femme et de la vie, nous allons voir comment
Ronsard traite ce thème.
La nature dans le poème, c'est d'abord la rose.
Mentionnée dès le
1er vers, elle n'est au début qu'un objet de contemplation.
Mais rapidement, elle se mue pour
devenir une image de la....
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